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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 08:00
Christiane van den MeersschautMiracles ou résurrections
Christiane van den Meersschaut

Les petits enfants sont avides d'histoires merveilleuses où plane le mystère. Ils nous demandent ainsi de leur raconter : "Jésus qui fait des miracles". Cela augmente "leur" foi en Jésus, leur foi dans le surnaturel.

Nous constatons très vite, qu'en grandissant, des réactions différentes vont apparaître. Une petite partie d'entre eux se contenteront de ces belles histoires merveilleuses. Certains ne prieront toute leur vie que dans l'espoir d'être les heureux bénéficiaires d'un miracle, tandis que d'autres, découragés parce que le miracle ne se produit pas, en perdront "leur" foi.

D'autres encore, un beau jour, ne trouvant pas de réponses à leurs questions, estimeront ces histoires inacceptables et affirmeront que tout ça n'existe pas! Enfin, les derniers vont faire un chemin personnel de recherche et par-delà les méandres de l'approfondissement, vont se voir dessiner tout un chemin de lumière. Ils deviendront adultes dans la foi.

Ce travail de recherche personnel prend beaucoup de temps, demande beaucoup de volonté et de persévérance. Cela n'est pas possible pour tout le monde !

Il me semble donc, qu'il faut utiliser un autre langage, et une autre façon d'enseigner. Je suis souvent ahurie lors de rencontres, suite à une homélie avec tel ou tel prêtre, d'entendre celui-ci posséder telle ou telle clé de lecture d'un texte biblique, alors qu'il vient d'en discourir d'une façon littérale et fondamentaliste pendant 15 minutes. A ma demande de savoir pourquoi il n'a pas présenté le texte à la lumière de ses connaissances actuelles, la réponse est invariablement : "J'ai peur de choquer les gens. Les gens ne sont pas prêts à entendre cela." Personnellement, je crois que si nos églises se vident, c'est parce que le langage utilisé n'est plus crédible, est souvent vide de sens, n'est pas adapté à nos interrogations, n'est plus nourriture, Bonne Nouvelle !

Prenons les textes des miracles. Quelles merveilleuses histoires ! Bien sûr, elles satisfont les petits enfants, mais en grandissant dans la foi, beaucoup se demandent en quoi ce texte est porteur d'une Bonne Nouvelle pour eux aujourd'hui ? Pourquoi, malgré leur foi et leurs prières, il ne leur est pas répondu par le miracle qu'ils attendent ?

Si déjà, dès l'âge de 9, 10 ans, nous pouvions présenter les miracles, non pas en donnant l'importance au prodige lui-même, mais bien en répondant à la question : "Qu'est-ce que cette histoire de Jésus veut me dire à moi aujourd'hui ?"

Parce que si ces textes tiennent la route à travers les millénaires, c'est qu'il y a une Bonne Nouvelle de Jésus à y découvrir. Alors, cherchons les clés pour décoder ces récits. Les ayant découvertes, plus personne ne pourra être déçu ou se sentir roulé. Certains toutefois, en toute liberté pourront dire : ce message ne m'intéresse pas, c'est trop dur pour moi, c'est tout à fait fou... et s'en aller. Mais ce sera sans rancoeur et avec une attitude de tolérance vis-à-vis de ceux qui y croient, de ceux qui en vivent, plutôt qu'une attitude de mépris.

Dans les récits des miracles, nous constatons l'indépendance, l'autonomie, la liberté laissée aux hommes par Jésus. La plupart du temps, Il se fait "arracher ses miracles". Jamais, Il ne se comporte comme un magicien ou un dictateur. Ces textes, à travers leurs petites histoires, nous disent : si tu fais confiance à Jésus, si tu crois en Lui, tu peux te RE-NOUVELER, tu peux RE-SUSCITER. C'est cela qui est porteur de vie, peu importe comment l'histoire s'est réellement passée !

Je me propose de partager avec vous la façon dont j'ai décodé le récit du miracle de la pêche dite miraculeuse en Luc 5,1-11 avec des élèves de primaire, afin que ces miracles deviennent nourriture pour aujourd'hui.

Suite à l'étude attentive du texte, nous arrivons à la synthèse suivante.

... "nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ... " (Lc 5,5)Ils ont bien fait leur travail, mais ils n'ont pas de résultats, ils sont en manque, en besoin, c'est le vide.
"Un jour, ... Jésus ... vit... et pria Simon... " (Lc 5,1-3)Jésus a un regard du coeur et jette dans leurs coeurs blessés par le manque, le besoin sa Parole
... "ils étaient descendus et lavaient leurs filets" (Lc 5,2)Ils ont abandonné, ils ont déjà tout essayé, il n'y a plus rien à faire pour eux, c'est la fin, c’est "la mort"
"Jésus monta... ... s 'assit... " (Lc 5,3)pria celui-ci de lui faire confiance cette fin deviendra commencement c'est "la vie"
''Avance ... en eau profonde " (Lc 5,4)Et voilà que ces spécialistes qui connaissent toutes les ficelles du métier font confiance à quelqu'un qui ne connaît rien au métier. Ils sont tellement en besoin, en manque, le vide est tellement grand qu'ils écoutent sa Parole. Ils avancent au large et tout devient possible.
...''jetez vos filets... " (Lc 5,4)C'est une parole qui pousse à l'action. Ne restez pas là, à ne rien faire, faites quelque chose ! Et c'est la pêche miraculeuse, les poissons débordent de partout.

Mais Jésus dit :

..."dès maintenant, ce sont des hommes que tu prendras " (Lc 5, 10)Car c'est la vie qui doit déborder, l'homme est le coeur de la vie, c'est ce que Dieu a de plus précieux au monde. Alors, il ne faut pas que l'homme se noie dans des problèmes de pauvreté, d'injustice, de solitude, de tristesse, d'exclusion, de chômage...
Il faut le RE-SUSCITER à la vie.

Mais pour prendre des hommes :

  • ne reste pas là à laver tes filets
  • ne te décourage pas
  • ne crois pas que le miracle est impossible
  • ne reste pas assis sur tes habitudes, ta routine
  • va en eau profonde, prends le large pour voir les événements de plus loin, pour voir plus lar­ge, pour agrandir l'horizon
  • secoue- toi crois en des paroles, des gestes qui suscitent la vie. Ta maison, tes habitudes, de loin, au large deviendront toutes petites

Demande-toi alors comment engager une nouvelle fois l'aventure ?

Pour cela :

''Jette tes.filets" (Lc 5,4)Tisse des liens d'amour autour de ceux qui se noient.

Ensemble, nous cherchons alors qui se noie dans notre classe, notre famille, nos amis, notre entourage. C'est ainsi que nous découvrons qu'à tour de rôle, nous pouvons vivre de la Parole et être des pêcheurs d'hommes, mais aussi les noyés ayant besoin de faire confiance à la Parole.

Il m'arrive ainsi fréquemment de témoigner de mon vécu d'enseignante. Comme professeurs, il nous arrive bien souvent d'être là, assis, à laver nos filets, parce qu'un élève nous pose une difficulté par rapport à l'ensemble de la classe, ou par rapport à nous-mêmes. Qu'alors, il nous arrive de tout critiquer, eux, leurs parents, les collègues. Nous avons envie de changer de métier, de tout abandonner ! C'est parce que nous sommes découragés. Nous croyons avoir bien préparé nos cours, tout fait pour avoir un bon contact, une bonne ambiance et nous n'obtenons pas le résultat attendu.

Jésus nous dit alors "avancez en eau profonde ", avancez vers le large. Continuez votre travail, malgré votre "ras le bol", allez chercher plus loin en profondeur. Vos élèves valent tous quelque chose, cherchez ce qui est caché en eux, prenez la peine de relire encore une fois leur dossier, de reprendre le dialogue avec leurs autres professeurs, la psychologue, de rencontrer une nouvelle fois les parents.

Ensuite, tout redevient possible : l'élève se sent accepté tel qu'il est, l'ambiance de la classe est meilleure, le groupe est plus détendu, plus heureux, car ensemble nous RE­ VIVONS en relation d'amour. Quelle résurrection ! Quelle pêche miraculeuse !

Les élèves ensuite s'expriment à leur tour et partagent, à leur grand étonnement, des pêches miraculeuses où parfois ils étaient pêcheurs d'hommes, où parfois ils étaient les noyés.

Nous nous questionnons alors :

  • nos mains servent-elles bien à continuer le travail de Jésus ?
  • nos pieds servent-ils bien à parcourir des chemins de rencontre ?
  • nos coeurs servent-ils bien à aimer nos frères de partout ?
  • nos vies sont-elles "images de Dieu" ?

Mais nous remarquons aussi :

  • que Dieu aide
  • car Jésus propose, accompagne, donne une Parole
  • mais ne le fait pas à leur place. Nous choisissons de prier

si l'homme veut "allez en eau profonde " "monta dans la barque" "jetez vos filets"

Il regarde assis

  • en écoutant sa Parole
  • en demandant la confiance, le courage. Mais pas que Dieu le fasse pour nous et sans nous.

Dès la troisième primaire, nous étudions ainsi les récits des miracles, et nous découvrons qu'ils sont des récits de résurrection pour l'homme. Les enfants qui ont reçu un récit merveilleux, leur apprenant qui est Jésus, dans leur petite enfance, découvrent alors toute la richesse porteuse de vie de ces récits. Ils apprennent aussi qu'il y a d'autres clés de lecture possibles pour un même texte et qu'ils pourront les découvrir tout au long de leur vie. J'espère ainsi les passionner à devenir des chercheurs de Dieu, plutôt que de les "enfermer" dans un récit historique qui est "la vérité", "un mystère".

Les enfants rentrent très bien dans cette démarche. Et librement en toute autonomie, ils choisissent de vivre cela ou non.

"N'ayons pas peur", Jésus n'a jamais obligé quelqu'un à Le suivre.

Christiane van den Meersschaut

Bibliographie

  • Jean DEBRUYNNE : « Ouvrez.. »
  • Jean-Pierre CHARLIER : Quelques réflexions sur les miracles des évangiles.
  • DUQUESNE :"Jésus'·
22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 08:00
Christiane van den MeersschautAutres traversées, autres passages, autres pâques
Christiane van den Meersschaut

Jésus pour revenir du territoire des Géraséniens, dans la décapole païenne, doit traverser le lac, il doit passer sur l'autre rive.

Dans l’évangile de Marc 5, 21 à 43, arrive Jaïre, un chef de la synagogue. Il vient appeler Jésus: "Viens vite imposer tes mains." C'est que sa petite fille est en train de passer sur l'autre rive. Elle qui devient pubère, elle qui va pouvoir donner la vie, elle est à toute extrémité.

Jésus se met en marche tandis qu'une foule nombreuse l'accompagne. Une femme est là, sur un chemin de traverse. Elle a des pertes de sang depuis 12 ans et se meurt parce que personne ne peut vaincre son mal. Elle voit en Jésus un « éveilleur » et se décide à traverser la foule dans l'espoir de le toucher.

Ce n'est pas chose simple que cette traversée. Depuis 12 ans, elle est rejetée par tous. Sa maladie la rend impure. Pour les contemporains de Jésus, comme pour les juifs pieux d'aujourd'hui encore, le Lévitique (15-19) impose des lois précises à ce sujet. La loi lui interdit de toucher un autre ou de se laisser toucher. Elle est donc morte pour les autres, elle n'est plus en relation, en communication. Elle doit se tenir à distance, à l'écart. Elle doit vivre comme une lépreuse. Elle est la lépreuse de la loi ! Si elle transgresse cette loi, on a le droit de la lapider.

Et pourtant, elle pense que cet homme, Jésus, pourrait se laisser toucher par elle, elle veut passer vers celui qui donne la vie, entrer en relation avec lui.

Mais, à côté de Jésus, se trouve un chef de synagogue, un gardien de la Loi. Celui qui fait croire à la femme que Dieu, la Loi, la foule, tout est contre elle. Celui qui fait croire à la foule que cette femme n'a pas sa place parmi les purs. Mais la confiance de la femme est grande, elle veut passer vers l'autre rive, même si pour cela il faut transgresser la loi. Pourquoi ne risquerait-elle pas sa vie, elle qui est déjà morte ?

Cependant le regard et le discours des autres qui la condamnent depuis 12 ans, l'empêchent de venir face à Jésus. Par honte et culpabilité elle n'ose l'approcher que par derrière ! Comme on comprend que lorsque Jésus se retourne et demande : "Qui m'a touché ?", la malheureuse se jette à ses pieds craintive et tremblante.

Comment, mais comment savoir quelle est la personne qui a touché Jésus, alors que celui-ci est serré, étouffé, bousculé par la foule ? Jésus, lui, demande à cette personne de prendre identité, de s'éveiller, de se nommer devant tous, le chef de la synagogue et la foule. Il faut qu'elle se nomme pour retrouver sa dignité, pour passer sur la rive de la vie, pour ressusciter. En même temps, Jésus donne à la foule la capacité de la reconnaître, il leur signifie qu'elle n'est pas impure aux yeux de Dieu. Il l'appelle "ma fille" elle est "du Père" (sinon de la Loi) et ainsi ils peuvent la reconnaître comme "sœurs".

Pour la faire vivre, il faut renouer la relation avec elle.

Jésus reçoit autant qu'il donne. Quelle confiance en lui avait cette femme pour braver les interdits, pour traverser la foule, pour passer au-dessus de la Loi et renaître avec Jésus dans l'amour de Dieu. Mais comme nous dit Adolphe GESCHE : "La foi en Dieu, n'a de sens que si elle me donne la foi en moi."

Jésus s'est d'abord occupé de la femme bannie par la Loi, par l'intouchable qui le touche timidement, mais l'émeut au plus profond de son cœur. Ensuite, seulement, viendra le tour du légiste, de celui qui a la connaissance et qui demande une intervention puissante et pourquoi pas magique: "Viens imposer", demande-t-il à Jésus.

Jésus se remet en marche pour arriver à la maison du chef de la synagogue. Il y trouve des gens emmurés, enfermés dans leurs cris et leurs pleurs comme dans un tombeau. Il les fait sortir, il les pousse dehors, il les fait passer vers la lumière. Lui, il passe à l'intérieur avec ceux qui ont confiance en ses paroles de vie, Pierre, Jean, Jacques, le père mais aussi la mère de l'enfant. Il donne une juste place à la femme, elle qui n'a pas sa juste place à la synagogue. Il met la mère, la femme, en égalité avec le père, l'homme, face à la vie, alors qu'ils ne le sont pas face à la Loi. Et l'homme de la Loi, ce chef de la synagogue voit alors que Jésus n'impose pas les mains, mais prend la main de l'enfant pour la mettre debout, pour la mettre en marche. Il lui dit : "Eveille-toi, lève-toi fillette" toi qui dors ne te laisse pas dominer par la Loi. Je te donne la vie. Tu es du Père, fillette. Ensuite, il demande qu'on lui donne à manger. Manger : signe qu'elle est bien vivante, mais aussi signe de relation aux autres. Il ne faut pas, fillette, ne te nourrir que des idées de la Loi, il faut aussi entrer en relation.

En regardant Jésus œuvrer de la sorte, Jaïre pourra certainement mieux comprendre le sens de son nom "Dieu éclaire". A son tour, pourra-t-il saisir la main de sa femme pour qu'ensemble ils puissent prendre la main de leur fille lui secouer l'esprit et le cœur, l'éveiller à l'amour, à la défense du plus petit, du pauvre, du rejeté ?

Aujourd'hui encore, il est insupportable de voir le sort que l'Eglise réserve à certains. Comment la hiérarchie peut-elle juger qu'un homme, une femme n'est pas digne de Dieu et lui refuser les sacrements ? Jésus ne nous dit-il pas qu'il est venu pour les malades, ceux qui sont humiliés par leur passé, ceux qui sont rongés par une culpabilité enfermante, tous les blessés du corps et de l'âme ? Comment des hommes se réclamant héritiers de Jésus peuvent-ils mépriser les femmes au point de leur refuser leur juste place dans l'Eglise ? Jésus ne nous montre-t-il pas la grande place qu'il accorde aux femmes malgré tous les préjugés de sa culture ?

Mais aujourd'hui nous sommes heureux de voir des "Jacques Gaillot" qui œuvrent au milieu des plus démunis. Nous nous réjouissons de voir nos églises s'ouvrir aux sans­ papiers. Tous sont fils et filles du Père. Nous qui sommes Eglise, qui nous disons héritiers de Jésus, les considérons-nous vraiment comme nos frères et sœurs ? Nous faut-il encore faire du chemin, traverser, passer sur l'autre rive pour qu'ensemble nous puissions chanter la Pâque ?

Christiane van den Meersschaut

Sources : Conférences : José REDING - Philippe BACQ - J.-P. CHARLIER

28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 09:00
Christiane van den Meersschaut2 février : chandeleur, purification, présentation
Christiane van den Meersschaut

En Israël, une femme qui venait d'accoucher était considérée comme "impure" pendant 7 jours après la naissance d'un garçon et 14 jours après celle d'une fille. Après quoi, il y avait une purification de 33 jours si le nouveau-né était un garçon, de 66 jours si c'était une fille. Durant ces 40 ou 80 jours, la mère ne pouvait plus toucher aucune chose sainte et il lui était interdit d'aller au sanctuaire. Quand la purification était achevée, la mère présentait au sacrificateur un agneau d'un an pour l'holocauste et une tourterelle ou un pigeon, en sacrifice pour le péché. Si ses moyens ne lui permettaient pas d'offrir un agneau, elle apportait deux pigeonneaux ou deux tourterelles, l'un pour l'holocauste, l'autre pour le sacrifice d'expiation. Après avoir présenté ce sacrifice au Seigneur, le prêtre effectuait sur la femme le geste rituel de la purification. Dès lors, elle était purifiée de son accouchement. (Lév. 12, 1-8)

Une autre obligation s'imposait au couple dont le premier-né était un garçon. Dans le mois qui suivait la naissance, il devait offrir en holocauste deux pigeons et deux tourterelles et verser au prêtre une somme d'argent ; à l'époque de Jésus c'était cinq sicles d'argent (= 25 journées de salaire) pour le rachat à Dieu de l'enfant, ceci pour appliquer les préceptes relatifs à la commémoration de la Pâque (Ex. 13, 2-13).

Dans le Nouveau Testament (Luc 2, 22-40), la purification de Marie, la présentation rituelle de Jésus au Temple, la rencontre avec les vieillards Syméon et Anne se situent au moment décrit ci-dessus. Syméon accueillera l'enfant en prophétisant sa vocation divine et son martyre sur la croix.

Cet événement sera fêté dans la Méditerranée orientale sous le nom d'HYPAPANTE, du verbe grec hupantanou-hupapantan qui signifie "aller-au-devant".

Les Orientaux insistent, en cette fête, sur la rencontre du vieillard Syméon et de Jésus ; ils viennent au-devant l'un de l'autre et manifestent ainsi la structure essentielle de la liturgie, rencontre de Dieu et de son Peuple pour la célébration de l'Alliance. Ils veulent signifier ainsi que nous ne pouvons rencontrer Dieu que s'il vient d'abord à nous et nous donne l'Esprit, l'élan qui nous mène à lui.

Dans les traditions populaires, la fête est très respectée des paysans, qui redoutent pendant cette période les chutes de grêle sur les jeunes pousses fragiles. Ce jour-là, tous chôment et c'est pour cela que la Vierge de ce jour est appelée "Myliargoussa" (celle qui arrête les moulins). Sa fête sert ici comme moyen de prévision du temps. Ne disent-ils pas : "Le temps d'Hypapante est celui des 40 jours à venir" ou encore "Hypapante enneigée, greniers bien chargés" ?

A Jérusalem, dès le IVe siècle, on célébrait cette fête quarante jours après la Noël. En 534, elle était déjà fête chômée obligatoire pour tout l'empire d'Orient.

Rome l'adopta au VIle siècle pour la substituer à une fête païenne : la fête de l'Expiation et de la Purification (FEBRUA) qui avait lieu dans la Rome antique à la mi-février. A cette époque, les Romains illuminaient les villes tous les cinq ans avec des cierges et des flambeaux, durant toute la nuit, en l'honneur de Februa, mère hypothétique de Mars, afin que celui-ci accorde la victoire aux armées romaines. Les Romains veillaient toute la nuit en chantant leurs louanges aux dieux et en tenant des cierges et des torches allumés. C'était une grande fête de purification du peuple, accompagnée de sacrifices publics et privés.

Or, parce qu'il est difficile aux chrétiens nouvellement convertis d'abandonner une coutume, le pape Serge Ier (687-701) lui donna "un but meilleur" en ordonnant aux chrétiens de célébrer chaque am1ée à pareil jour, une fête en l'honneur de "La Sainte Mère du Seigneur" avec cierges et chandelles bénits. Avec ses cortèges aux flambeaux dans la nuit hivernale du 2 février, aux incantations répétées de "Lumière pour éclairer les païens", la fête de la CANDELARUM (chandelles) avait tout pour être populaire.

L'Eglise remettait ainsi à l'honneur une des plus anciennes solennités de la Vierge. La date du 2 février correspondant au 40e jour après Noël, cette période de 40 jours correspondant comme nous l'avons vu plus haut à la loi juive qui exige la purification rituelle au Temple de toute mère d'un enfant mâle, 40 jours après la naissance du garçon.

En ce jour de fête, depuis plus de mille ans, la tradition s'est imposée de bénir des cierges, des "chandelles", d'où le nom de "CHANDELEUR" pour évoquer les paroles prononcées par le vieillard Syméon (Luc 2, 29-32) "... lumière pour éclairer les nations". Une procession festive, à la lumière des cierges, conduit ensuite à l'église ; on y fait revenir l'assemblée : elle symbolise la rencontre des "fils de lumière" (Luc 16, 8) avec le Christ "lumière des nations". Les fidèles ont l'habitude d'emporter chez eux les cierges bénits. La coutume veut qu'on les fasse brûler auprès des morts, en signe d'espérance de la "lumière éternelle". Une autre coutume voit des fidèles conserver leurs cierges durant toute l'année dans leur maison comme une sorte de talisman contre la foudre. Ils les allument pour se protéger durant les orages.

Depuis que cette fête n'est plus chômée dans nos pays, très peu de fidèles se rendent encore à l'église pour y fêter la fête de la Chandeleur. Par contre, la tradition populaire qui réunit les membres d'une famille pour déguster des crêpes est toujours bien suivie aujourd'hui. Ce rassemblement festif est-il le vestige d'une coutume évoquant le disque solaire, ou est-ce lié à la première récolte des oeufs ? Les deux thèses ont leurs défenseurs!

Avec le Concile Vatican II, la liturgie catholique, à l'exemple des Orientaux, a tenu à faire de la Chandeleur moins une fête de Marie qu'une fête de Jésus. Puisqu'elle commémore la présentation de Jésus au temple, il semble normal qu'il en soit le personnage principal.

A l'approche de la semaine pour l'Unité des Eglises que nous allons vivre, nous pouvons remarquer ici que, comme Syméon va à la rencontre de Jésus, l'Eglise d'Occident rencontre celle d'Orient pour donner le même sens à cette fête. Un tout petit pas parmi d'autres vers l'oecuménisme qui ne peut que nous faire plaisir.

Cette modification du sens de la fête qui célèbre la rencontre, plutôt que la purification nous rapproche très certainement du projet littéraire de l'auteur.

Au premier siècle, les communautés chrétiennes lisaient beaucoup l'Ecriture qui n'était pas, pour elles, un "Ancien Testament" mais véritablement la Parole toujours neuve de Dieu. Pour Luc, cette parole est entièrement transformée par la personne du Ressuscité. Il emprunte pour le récit qui nous occupe des versets d'lsaïe, de l'Exode, du Lévitique, pour les rendre entièrement nouveaux, entièrement christianisés. Il écrit et continue l'histoire biblique devenue transparente à la lumière de Pâques. Luc ne cite pas textuellement l'Ecriture mais il puise à fond dans sa Bible devenue chrétienne, afin de développer ici quelques-uns de ses thèmes favoris : une Histoire guidée par la présence de l'Esprit, la prière, l'universalisme du salut. Luc est le seul à relater cet événement qui a évidemment une portée théologique et fait partie du générique de l'histoire de la vie de Jésus, comme les autres récits de l'enfance.

Dès le début du récit, nous constatons les libertés que prend l'auteur par rapport à la Loi, afin de mieux construire son récit.

Pour accomplir les rites de purification, historiquement, c'est Marie seule qui devait se présenter 40 jours après la naissance de Jésus avec son offrande. Pour accomplir les rites de rachat du premier-né, c'est uniquement à Joseph qu'il est demandé d'agir et il n'est jamais demandé aux parents de présenter l'enfant au temple.

Luc n'est guère intéressé par ces rites. Il rassemble et utilise bien curieusement les commandements en les mêlant de façon confuse et en parlant de "leur" purification (Luc 2, 22).

Son récit qui se veut symbolique nous montre sa préoccupation de vouloir présenter l'enfant au temple, comme le petit Samuel avait été présenté par Anne (I Samuel 1, 22- 28). Sans doute veut- il suggérer ainsi que les parents de Jésus étaient des gens pieux, zélés pour la Loi, mais apportant l'offrande des pauvres. La famille de Jésus est typée. Cela se passe dans la Ville Sainte, lieu de l'événement pascal et point de départ de la mission. C'est au coeur d'Israël, au temple, que Jésus sera reconnu comme le Sauveur.

L'attente d'un Messie par le peuple d'Israël est condensée dans les vieillards Syméon et Anne. Ceux-ci reconnaissent Jésus comme le Messie. Cette rencontre nous suggère le début de la Nouvelle Alliance. Le temps de l'Ancien Testament représenté par Syméon et Anne est accompli. Quelque chose de tout nouveau commence avec Jésus : le Nouveau Testament. Cela se fait sans aucun déchirement, non ; simplement, les temps sont révolus.

Un nouveau-né porté par ses parents pieux et zélés sera déposé dans les bras de Syméon, un vieillard juste et pieux qui attend la mort.

Quel face-à-face: la naissance et la mort !

La Loi qui provoque la venue des parents de Jésus et l'Esprit qui pousse Syméon se liguent pour désigner le nouveau Messie au coeur même de la Religion d'Israël : au temple. Syméon identifie Jésus comme le "Christ du Seigneur" (Ex 30, 22 +), le roi oint par Dieu pour régner sur Israël et sauver le peuple de Dieu (I Samuel 24, 7).

Maintenant, Syméon peut mourir en paix. Par sa rencontre avec le Sauveur, il vient de naître avant de mourir. Ayant reconnu le Messie, il porte dans ses bras toute son espérance. C'est que cet enfant, pour l'évangéliste qui connaît la suite de l'histoire, c'est déjà le crucifié et que, par sa résurrection, tout mort est déjà un nouveau-né. Quel splendide acte de foi !

Le récit se poursuit dans le beau style des chants bibliques.

Syméon, par le "Nunc Dimittis" (Luc 2, 29-32), entrevoit et chante la mission de Jésus. Le salut annoncé par Isaïe est désormais réalisé mais il n'est pas réservé seulement à Israël. Avec Jésus, il devient universel et tous en sont bénéficiaires.

Mais Luc connaît les persécutions qui risquent de mettre en question le projet divin. Il vit au milieu d'un Israël déchiré par l'avènement de Jésus. Toute son histoire glorieuse est ici humiliée par la division des coeurs. Il faut cependant choisir, être pour ou contre, choix particulièrement douloureux en période de persécutions ! Syméon prophétisera donc l'écartèlement d'Israël et annoncera que Jésus subira hostilité et persécutions de son propre peuple.

Et puis, arrive la prophétesse Anne (nom de la mère de Samuel), très pieuse, l'idéal même de la veuve chrétienne (voirI Timothée 5, 5). Et nous voici aux deux témoins exigés par la Loi (Deutéronome 19, 15) pour reconnaître l'avènement de l'ère du salut. Deux témoins qui sont des prophètes. Ce sont des prophètes qui désignent Jésus et dévoilent sa mission, Luc voulant nous signifier que c'est Dieu qui peut révéler qui est son véritable Christ.

Après la sombre prophétie de Syméon, celle d'Anne vient comme un sourire. Luc, qui nous parlera volontiers des femmes dans la suite de son évangile semble nous montrer dès son introduction la place importante que Jésus donnera au sexe dit faible.

Syméon et Anne, un homme et une femme en bout de vie, des chercheurs de Dieu. Luc n'a pas peur de la vieillesse, il ne la refuse pas. Il ne veut pas regarder la vieillesse comme le début de la fin. Il choisit deux vieillards pour nous donner une parole prophétique. Leur long chemin vers la reconnaissance, vers la sagesse, leur quête du divin, leur a permis de rencontrer Jésus qu'ils découvrent comme un sauveur dans leur vie, comme une espérance dans la mort.

Bonne Nouvelle pour hier comme pour aujourd'hui.

Christiane van den Meersschaut

Bibliographie - Sources
  • Nouveau dictionnaire biblique (Ed. Emmaüs 1983)
  • Dictionnaire su Christianisme - Jean. Matthieu (Marabout Service 1980)
  • Dictionnaire de Liturgie - Dom Robert Le Gall (Ed. C.L.D. 1982)
  • Dictionnaire des mots de la foi chrétienne (Ed. du Cerf 1989)
  • Encyclopédie Microsoft (R) Encarta (R) 99
  • Fêtes et croyances populaires en Europe - Yvonne se Sitre (Bordas 1994)
  • Les récits de l'enfance de Jésus - Charles Perrot (Les Cahiers de l'Evangile - Cerf 1976)
  • Une famille juive au temps de Jésus (Fêtes et Saisons n° 410. 12/1986)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Commentaires d'évangiles Fêtes liturgiques
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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 18:37
Christiane van den MeersschautÀ propos de l'Épiphanie (Mt 2, 1-12)
Christiane van den Meersschaut

Épiphanie... Qu'est-ce que cela veut dire ? Dans le vocabulaire chrétien le mot "Épiphanie" (du grec Epiphaneia : manifestation) désigne les manifestations de Dieu aux hommes.

Au jour de I'Épiphanie, ce qui était caché, voilé, secret, se montre. Dieu se montre. Et, pour les évangélistes, Il se montre dans le monde en un temps historique donné, en la personne de Jésus-Christ.

Au jour de I'Épiphanie, Dieu est comme un enfant. Un enfant qui peut sauver le monde. En Jésus nouveau-né, nous pouvons donc voir une image de Dieu dans sa fragilité. Fragilité de l'enfant que, déjà, un puissant de ce monde guette pour le mettre à mort.

Au jour de l'Épiphanie, Dieu ne se manifeste pas comme un maître qui demande la soumission, mais comme un enfant qui nous est donné. Cet enfant, sans nous ne peut rien. Bonne Nouvelle? Nouveauté étonnante et qui ne s'épuise pas au fil du temps. Sommes-nous prêts à adopter Dieu?

La fête de l'Épiphanie a vu le jour en Orient au VIème siècle, où, dès l'origine, elle fut célébrée le 6 janvier en même temps que la fête de la Nativité. De nos jours encore, dans l'Église Arménienne, Noël est célébré le 6 janvier, Après de multiples discussions, les Églises d'Orient et d'Occident s'accordèrent pour célébrer ensemble la fête de Noël le 25 décembre, comme on le faisait déjà en Occident, la fête de l'Épiphanie restant fixée au 6 janvier. À la suite des dernières réformes de la liturgie romaine, cette fête est célébrée, dans les pays d'Occident où ce jour n'est pas chômé, le dimanche qui suit le 1 er janvier.

En Orient, l'Épiphanie est restée, pour les chrétiens, la grande célébration des "Manifestations du Seigneur" essentiellement centrée sur le baptême du Christ. Ceci d'abord parce que dans le récit du baptême, ils voient une manifestation de Dieu : Celui-ci est mon Fils bien-aimé"... (Mt 3,13ss ; Mc 1,9ss, etc.). Ensuite parce qu'ils trouvent que la célébration du baptême de Jésus tend à mettre en pleine lumière le sens spirituel de sa venue en ce monde.

En Occident, la tradition s'est davantage attachée à l'épisode des Mages, associé à la Nativité célébrée quelques jours plus tôt. La liturgie latine s'est donc employée, pour sa part, à mettre en relief le sens symbolique du récit de Matthieu : ces sages venus d'Orient, ces étrangers au peuple juif sont l'expression du caractère universel de la manifestation de Dieu.

Au jour de l'Épiphanie, le Dieu des Juifs se montre aux hommes de toutes les nations et de tous les temps. Il est comme un enfant fragile non seulement pour son peuple, mais aussi aux yeux de nous tous. Nous pouvons, si nous le voulons, l'adopter dans nos vies ou le tuer. Le message de l'Épiphanie est clair, hier comme aujourd'hui.

Mais y a-t-il des faits historiques qui éclairent la composition de ce récit théologique ?

1. À l'époque de la rédaction des évangiles, il y a d'une part de nombreux non-juifs, hommes et femmes, esclaves et hommes libres qui demandent le baptême et, d'autre part, une masse de Juifs qui se désintéressent totalement de Jésus. L'Autorité pharisienne en place allant même jusqu'à persécuter les communautés "judéo-chrétiennes".

Pour les conforter, l'évangéliste, dans ce récit, va vouloir montrer que Jésus-Christ est bien le Messie et qu'avec lui se vérifie la prophétie d'Isaïe (60, 2-6) et se réalise le Psaume 72 qui annonçait un roi idéal devant lequel "les rois les plus lointains, prosternés devant lui, présenteront leurs dons".

Pour Matthieu, Jésus vient pour tous les hommes et les prophéties de jadis sont accomplies. Désormais, ni la race, ni la nation, ni le peuple, ni la famille, ni le statut social ne pourront faire obstacle à cette nouveauté : tout homme qui le souhaite est un enfant de Dieu.

Remarquons au passage, comme nous le dit Charles PERROT que "Juifs et Judéo-chrétiens maniaient l'Écriture avec cette liberté des enfants de Dieu devant un bien de famille, sans être esclaves d'une lecture de type fondamentaliste - dont l'époque moderne nous offre, hélas, trop d'exemples". Le rédacteur juif de l'évangile de Matthieu agit de la sorte pour construire son récit théologique de façon pédagogique.

2. Les communautés Judéo-Chrétiennes sont affrontées aux croyances astrales très répandues et fortes à l'époque.

L'auteur veut souligner la suprématie du Seigneur sur "les éléments du Monde". Pour cela, il utilisera l'image des Mages alertés par "un astre à son lever". Au terme d'un voyage nocturne, allusion sans doute à la nuit spirituelle dans laquelle le monde est plongé quand il vit sans Dieu, ils viendront se prosterner devant Jésus : Celui qui sauve". L'astrologue s'incline devant lui. Comme l'encens et la myrrhe sont utilisés dans les incantations des "magi", en les déposant aux pieds de Jésus, les Mages montrent qu'ils abandonnent leurs croyances et les profits (l'or) qu'ils en tiraient. Une autre tradition nous dit que par le présent de l'or, les Mages reconnaissent Jésus comme Roi, par l'encens comme Dieu et par la myrrhe comme le Ressuscité.

Et qui sont ces Mages ?

Dans la version originale grecque, les visiteurs sont appelés "magi", mot qui désigne ceux qui s'adonnent aux arts occultes orientaux. À l'origine, les Mages formaient un clan parmi les Mèdes, clan qui finalement constitua la caste des prêtres en Perse. À l'époque de Jésus, le mot avait fini par désigner les praticiens professionnels de diverses sciences occultes, telles l'interprétation des rêves et l'astrologie. PHILON, philosophe juif contemporain, exprime une grande admiration pour les véritables "magi", mais attaque les charlatans qui pervertissent leurs pratiques. Matthieu fait écho à l'opinion positive de PHILON et présente ses Mages comme des personnages fort honorables.

C'est plus tard que s'est bâtie la légende concernant les ''Rois Mages" notamment avec les récits d'évangiles dits "apocryphes". On s'accorda d'abord à les faire venir de Perse où l'astrologie avait toujours été à l'honneur. Pour l'évangéliste, ils viennent tout simplement de "l'Orient". Pour un Judéen, "l'Orient" désigne tout ce qui est au-delà du Jourdain. Nous pouvons aussi voir ici une référence aux Écritures. L'histoire du Mage Balaam venu lui aussi d'Orient. (Nombres chap. 22 à 24).

Au Ve siècle, Origène et Saint Léon le Grand adoptèrent le nombre de trois Mages, et cela en fonction des cadeaux offerts. Ensuite, la tradition latine les transforme en Rois. La tradition de leurs noms remonte au VIe, VIIe ou VIIIe siècle selon différentes sources : Melchior (Mon Roi est Lumière), Balthasar (déformation de Balat-Shur-Usur - Baal protège la vie du roi) et Gaspard inexpliqué. Par contre, les chrétiens Syriens et Arméniens comptent une douzaine de Mages.

Au XVe siècle, on voit en eux les représentants de trois races : un Africain : Balthasar de race noire, un Asiatique : Gaspard de race jaune et un Européen : Melchior de race blanche, symbolisant ainsi l'ensemble de l'humanité.

3. Après la destruction du second temple en 70, il y a rupture entre Israël et les communautés Judéo-Chrétiennes.

Le récit exprime cette situation par l'incompréhension d'Hérode et de Jérusalem. Le premier veut tuer, la seconde s'affole. Dans ce texte, les absences sont autant signifiantes que les présences. Ici, il n'est pas question des bergers, encore moins des pharisiens, des prêtres, des scribes ou des lévites. Personne d'Israël ne se dérange pour le nouveau-né. Aucun ne se précipite pour s'émerveiller devant le Messie. Ceux qui savent tout des Écritures, des lois et de Dieu ne savent plus prendre la route car déjà ils ont enfermé Dieu dans la Cité-Sainte.

Les chercheurs de Dieu, eux, se mettent en marche et le découvrent dans un endroit inattendu. Au milieu de leurs interrogations, ils ont découvert l'étoile brillante qui se trouve au cœur de chaque homme où s'inscrit la foi.

Christiane van den Meersschaut, LPC n°95 – décembre 1999.

BIBLIOGRAPHIE
  • Théo. Nouvelle Encyclopédie catholique (DROGUET et ARDANT/FAYARD)
  • Les récits de l'enfance de Jésus (Charles PERROT/Ed. du Cerf)
  • Les grands événements de la Bible (Ed. BREPOLS)
  • La Bible vivante (John D. CLARE et Henry WANSBROUGH/Michel LAFON)
  • Dictionnaire biblique universel (L. MONLOUBOU et F.M. DU BUIT/DESCLÉE)
  • Catéchèse biblique symbolique (Claude et Jacqueline LAGARDE/LE NTURION/PRIVAT)
  • En suivant l'Étoile (Jean-Pierre MANIGNE/La Vie n° 2314)
  • L'or, l'encens et la myrrhe (Hyacinthe VULLIEZ/La Vie n° 2366)
  • L'enfant et les rois (Gérard BESSIERE/La Vie n° 2418)
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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 10:00
André GounelleParabole du fils prodigue Luc 15, 11-32
André Gounelle

Chers amis, chères amies. Cette semaine, nous vous recommandons chaudement de visiter le site du pasteur , pour ses commentaires bibliques et particulièrement ceux des paraboles.

En voici un extrait ...

On a beaucoup hésité sur le titre qu’on pouvait donner à cette parabole.

Traditionnellement, on l'appelle "parabole du fils prodigue", ou "du fils perdu", en mettant l'accent sur ce cadet qui s'en va et qui dilapide son argent, avant de revenir à la maison familiale et hospitalière. On a vu en lui soit l'image de l'humanité qui pèche et se repent, qui s'éloigne de Dieu et retourne à lui, qui chute avec Adam et se relève avec le Christ, soit l'image des païens, éloignés de la maison d'Israël et que l'évangile y fait entrer. Cette interprétation oublie ce que Jésus ne cesse de proclamer, à savoir que Dieu n'a pas attendu que les égarés se repentent pour sortir de leurs malheurs et se convertissent pour échapper à leur misère, mais que, comme le berger et le femme des deux paraboles qui précèdent, il est parti à leur recherche.

D'autres préfèrent comme titre : "la parabole des deux fils", voulant éviter que le commentateur ne ressemble au père de la parabole qui a tranquillement ignoré et oublié son aîné. Pour certains gnostiques des premiers siècles, ce fils aîné correspondrait aux anges, jalousant les êtres humains et la place qu'ils tiennent dans l'action de Dieu. Ces gnostiques voyaient dans les anges des gardiens non pas amicaux et rassurants comme dans l'imagerie populaire, mais hostiles, malveillants, tels des surveillants malintentionnés, peu serviables, et très à cheval sur leurs prérogatives. Pour d'autres commentateurs, plus nombreux, le fils aîné représenterait les courants rigoristes et légalistes du judaïsme qui n'admettent pas que les païens puissent être admis dans la maison de Dieu sans suivre toutes les prescriptions de la loi, sans se mettre en règle avec elle.

On a également suggéré d'intituler notre parabole "le père miséricordieux" ou "le père admirable", en insistant l'amour et la générosité du père qui fait contraste avec l'ingratitude des deux fils, aussi bien de celui qui part que de celui qui reste. Cette dernière appellation a aujourd'hui beaucoup de succès et elle est la plus répandue. Je dois avouer qu'elle ne me convainc pas et que, de plus en plus, je me demande si en l'adoptant, on ne se trompe pas, on ne s'égare pas.

Oserai-je, suggérer une lecture aventureuse et renversante de notre parabole, qui paraîtra probablement extravagante, voire choquante, à beaucoup, et qui l'est peut-être ?

André Gounelle

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 19:56
bateau lpc Les noces de Cana, évangile de Jean 2,1-11
Fr. Hubert (Monastère de Wavreumont) hubthomaswav@live.be

On pourrait entendre ce passage d’évangile comme ceci : il y avait des noces à Cana et Jésus y fut invité ainsi que sa mère et ses disciples. Or un événement se produit qui contrarie le déroulement du programme : le vin vient à manquer. Heureusement Jésus est là et sur l’invitation de sa mère, il fait un miracle, il change l’eau en vin en sorte que la fête peut continuer. Et ses disciples crurent en lui.

Or, en relisant l’épisode tel qu’il est écrit par le rédacteur, on s’aperçoit que l’histoire n’est pas racontée tout à fait de cette manière. Il y a des marques déposées dans le texte qui indiquent une certaine orientation. Ce sont ces marques qu’il s’agit de repérer pour entrer dans la compréhension du texte.

Notons d’abord que tout commence par un manque, le manque de vin : « ils n’ont plus de vin ». Le manque est toujours contrariant, il fait entrer de l’autre dans une vie. Il entame notre identité, l’harmonie, l’unanimité d’un groupe. Assez souvent, quand un manque se produit, soit on se referme et se renferme, soit on s’ouvre à de la surprise, de l’inattendu, on essaie de rebondir, comme on dit. Dans la Bible, on voit que le manque est comme une porte par laquelle Dieu entre dans la maison. Que va-t-il se passer ?

On peut aussi noter ceci : le personnage de Jésus n’est pas au centre du récit. Si l’intention du rédacteur avait été de mettre en lumière Jésus comme faiseur de miracle, il aurait fallu le mettre bien au centre du récit, notamment indiquer ses gestes et ses paroles pour changer l’eau en vin. Or ce n’est pas le cas. Jésus doit se faire prier en quelque sorte par sa mère pour intervenir et il semble plutôt réticent : pourquoi l’appelle-t-il « femme » ? Pourquoi dit-il que son heure n’est pas encore venue ? Et pourquoi la caméra n’est-elle pas braquée sur lui une fois l’eau changée en vin. D’où vient ce vin ? Il y a les serviteurs qui savent, il y a le maître du banquet qui ne sait pas. Jésus, se tient en retrait, dans l’effacement. A la frontière, toujours poreuse, toujours ténue entre l’extraordinaire et l’ordinaire de la vie : une noce par exemple.

Par ailleurs, on peut se demander pourquoi le rédacteur tient à préciser qu’il y avait là des jarres destinées à la purification des juifs ? Si l’important était l’eau changée en vin, ce détail est plutôt superflu. Par-là, il attire sans doute notre attention sur quelque chose qui se produit avec Jésus. La purification aurait-elle à changer de sens ? Peut-être veut-il dire que le vin nouveau fait craquer les outres et qu’à vin nouveau, outres neuves ? « Heureux les cœurs purs », paraît désormais ce qui importe.

Il convient aussi de remarquer ce que nous dit le rédacteur en finale : « Jésus fit ce commencement des signes à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui ». C’est comme cela que ça a commencé, nous dit-il, et il y aura d’autres signes donnés sur le chemin. L’évangéliste Jean en rapporte 7 au long de son écrit : de Cana jusqu’à Lazare en passant par le signe du Temple et celui des pains. La foi des disciples peut commencer si elle accepte d’être menée plus loin, jusqu’au bout. Des signes sont donnés non comme des évidences, des preuves mais comme des signes justement, à déchiffrer et interpréter.

Le lecteur ou l’auditeur de cet évangile peut souhaiter que l’eau se change en vin, au moins de temps en temps mais il est peu probable que cela lui arrive. Alors s’agirait-il d’un effort à faire pour croire en un miracle fait par Jésus en ce temps-là ? Ou bien s’agirait-il d’un chemin à la suite de Jésus ? Une question à laquelle cet épisode évangélique peut nous renvoyer est peut-être celle-ci : vous qui entendez ce récit, qu’allez-vous faire avec ce signe ? Demander toujours plus de signes, des preuves pour avancer ? Ou bien se questionner : d’où cela vient-il ? Sans oublier ces mots de Marie qui sont les seules paroles de tout le récit : « quoiqu’il vous dise, faites ! »

On pourrait aussi entendre l’évangile de ce dimanche comme une parabole. Voici, je résume très fort : il y a des noces à Cana, parabole universelle de l’amour humain, de l’amour d’une femme et d’un homme. L’amour, c’est le vin de l’existence, comme l’indique le livre biblique du Cantique des cantiques. Mais voilà, il y a toujours un manque, en toute condition humaine, une part manquante : « ils n’ont pas de vin ou ils n’ont plus de vin » … Soit l’amour n’est pas là, absent, soit il est toujours insuffisant, fragile, vulnérable, blessé, déchiré, cabossé et il l’est sans doute toujours plus ou moins… Or dans notre évangile, le manque est précisément ce qui va relancer l’histoire, il crée du vide, du jeu, il suspend, il laisse à désirer. Alors que va-t-il se passer ? La Bible ne dit pas que Dieu comble le manque et s’il le comble, ce ne sera d’ailleurs pas définitif, le manque reviendra encore. Mais en parlant de la relation entre Dieu et l’humain, elle dit que Dieu est l’infini des possibles, elle dit que dans la vie, de l’inattendu, de la surprise sont toujours possibles, que tout n’est pas fermé, coincé : alors ne te réduis pas à ce que tu es, à ton petit territoire, ton ego, n’oublie pas qu’au-delà de toi, il y a l’Etre, Dieu. Installe des panneaux solaires pour capter la lumière et l’énergie divines. Au-delà de ce que tu es, il y a la lumière de l’Etre, de Dieu, il y a du possible, des possibilités à chercher, à découvrir, à inventer, à imaginer, à travailler.

Hub Thomas Fr. Hubert (Monastère de Wavreumont)

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 18:37

      Jésus dans cette belle parabole est d’abord présenté comme "le Bon Berger" et ensuite comme "la porte des brebis"

 

      Jean commence par évoquer les faux bergers : ces voleurs et ces brigands qui passent par-dessus le mur.  Je reconnais volontiers en ceux-ci tous les violeurs de conscience et les manipulateurs de toutes les institutions religieuses ou politiques qui enferment dans leurs bergeries les gens crédules et fragilisés, les garants de croyances infantilisantes mais souvent rassurantes et consolantes, ce qui fait, sans doute, leur succès relatif.

      Voilà bien l’image, souvent critiquée, du troupeau bêlant de fidèles obéissant sans réfléchir à leur gourou.  Les gourous, ce n’est pas seulement les sectes.  Et les sectes, ce n’est pas seulement les petites sectes.  Il y a des sectes dans toutes les Eglises, dans toutes les religions.  S’y retrouvent tous les nationalistes, les intégristes de tous poils, les terroristes Talibans et autres, mais aussi la pensée unique du grand capital.  Ces faux bergers-là, LPC les a toujours fuis et dénoncés.

 

      Le Bon Berger, dit Jean est celui qui entre par la porte et qui d’emblée annonce la couleur et s’adresse à la conscience de l’homme avec un respect infini.  Il ouvre la porte et parle à ses brebis personnellement par son nom et les mène toutes dehors.  Dehors ! Bien sûr, parce que la conscience ne peut être enfermée !

       Encore et toujours Jésus "fait sortir" chaque homme, non pas la masse informe du troupeau, non, chaque homme en tant qu’être unique et irremplaçable, pour qu’il vive sa vie, son chemin

 

       Il était triste de voir, il y a quelques années, les moutons anglais, prisonniers de la fièvre aphteuse, patauger dans le cloaque qu’était devenu leur vert pâturage.

        Le mouton a besoin de grands espaces pour se nourrir et s’épanouir.  Ainsi l’homme a besoin de liberté, de rencontre, de dialogue, mais les autorités religieuses de tous bords ont toujours su trouver des bons arguments pour enfermer et ainsi protéger leurs troupeaux contre les dangers des fièvres aphteuses que sont l’utilisation de la raison, la lecture symbolique des Ecritures, la confrontation des idées, la laïcité, la diversité des expressions religieuses et philosophiques.  LPC, quant à elle, a toujours refusé le repli frileux et a, au contraire, toujours prôné le dialogue le plus large possible

 

        N’est-ce pas magnifique de voir Jean identifier Jésus à la porte de la bergerie : " Je suis la porte des brebis.  Celui qui entre par moi sera sauvé ; il pourra entrer et sortir et il trouvera sa nourriture".  Y a-t-il formule plus claire que celle-là pour exprimer l’invitation à la liberté dans notre recherche de nourritures spirituelles ?

        Jésus : le Bon Berger-Porte.  Quelle image !  Un Berger qui vous invite à le "traverser", à dialoguer avec lui, à vous nourrir de lui et, enfin, à sortir et à aller votre chemin.  Jésus nous révèle un Dieu infiniment respectueux de notre liberté.  J’aime voir Jésus comme "révélateur" du Dieu d’Amour en nous, comme l’image photographique qui apparaît doucement lorsqu’on passe le papier sensible dans le révélateur.  Bien sûr, comme le dit St Paul, pour le moment nous voyons "comme dans un miroir", un peu flou et à notre image.  Mais un jour, sans doute…

        Ainsi, si nous la traversons, la Porte-Jésus ouvre un chemin dans l’océan de nos vies, océan où chacun d’entre-nous a son chemin à tracer.  C’est le chemin de l’Amour (Agapè) où chacun devient berger, porte, brebis, révélateur pour ses frères et sœurs.

 

         C’est ce que nous essayons de vivre un peu à LPC.  Je peux dire sincèrement que pour moi et pour beaucoup d’entre-nous, je pense, LPC est une porte ouverte sur la découverte émerveillée des richesses des Ecritures, mais aussi une bouffée d’air frais venu du large, balayant souvent dogmes et croyances d’un autre âge.

         Le cheminement vers une pensée libre, tout en restant chrétienne, n’est pas facile.  La rencontre d’autres chrétiens en recherche nous aide beaucoup et conforte notre démarche, car cela n’a rien de confortable ni de rassurant de naviguer à vue, en dehors des grandes croisières officielles de notre Eglise.  Mais quelle belle traversée !

                                                            Herman Van den Meersschaut

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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 16:27

Essai de lecture symbolique

                                                                                                                                                                                                                   

 

"Sa maison devient son tombeau…", une expression que les journalistes utilisent parfois dans les faits divers : victime d’un détournement, d'une prise d'otage dans sa propre maison…, sa maison devient son tombeau.

Eh bien, c'est  un peu ce qui arrive à Jésus dans cet étrange récit du chapitre 2 de l'évangile de Marc.

Ce texte est, au départ, un simple récit de guérison qui, plus tard, a été retravaillé, écartelé, pour y insérer une controverse avec les docteurs de la Loi sur la remise des péchés (1).  Je laisserai celle-ci de côté pour m'intéresser uniquement à la guérison. Ce récit de miracle se supporte en effet fort bien à lui tout seul, c'est donc sur lui que portera ma recherche.

Je voudrais m'attarder particulièrement à ce qui se passe dans cette maison dont on casse délibérément le toit. N'ayant jamais trouvé d'explication satisfaisante sur ce curieux passage, je vous livre ici une interprétation personnelle très librement inspirée d'un commentaire de Jean Debruynne (2).

Comme toujours chez Marc, le décor, les personnages, les mouvements sont importants et jouent tous un rôle symbolique dans le récit. Il s'agit donc de prendre ces récits très concis au sérieux et de n'en oublier aucun élément.

 

Mais entrons dans le texte.

V. 1 et 2 : Quelques jours plus tard, Jésus revint à Capernaüm et l'on apprit qu'il était à la maison. Une si grande foule s'assembla qu'il ne restait plus de place, pas même dehors devant la porte. Jésus leur disait la Parole.

Jésus se retrouve donc chez lui dans sa ville qui, rappelons-le, veut dire "maison de la compassion" en hébreux. Dans l'évangile de Marc, la "maison" joue un rôle considérable. La maison est le lieu symbolique où Jésus fait des révélations particulières à ses disciples.

Mais imaginons la scène.

La petite maison de terre battue est littéralement envahie par une foule compacte. Quel succès ! Jésus leur parle sans doute du Royaume de Dieu. On n'entend que lui, tout le monde écoute religieusement. Tout est bien.

Et puis soudain :

V. 3 et 4 : Quelques hommes arrivèrent, lui amenant un paralysé porté par quatre d'entre eux. Mais ils ne pouvaient pas le présenter à Jésus, à cause de la foule.

Personne ne bouge, pas un mot, pas un cri, c'est l'indifférence la plus totale.

Devant ces hommes, la foule dont on ne voit que des dos, forme un véritable mur empêchant tout contact personnel avec Jésus. Ce n'est plus une maison, c'est un tombeau !

Jésus en est prisonnier, pris en otage. Il est coincé, paralysé, englouti, étouffé, enterré… Il est coupé de la réalité et ne semble pas en être conscient. Qui donc va l'en sortir ?

Mais intéressons-nous à ces quelques hommes qui forment en fait un groupe, une petite communauté dont quatre personnes portent un paralysé.

Le paralysé est celui qui n'est plus maître de ses muscles et de ses mouvements, il est comme un petit enfant : il est dépendant. Il dépend complètement des autres pour vivre.

Si nous considérons ce handicap d'un point de vue symbolique, nous constatons qu'il empêche toute action, tout engagement, toute idée de partage et d'entraide. Ce n'est donc pas seulement l'action elle-même qui est paralysée, mais surtout l'esprit, la pensée qui la commande, qui s'endort et se fige.  D'une certaine façon, nous sommes tous un peu comme ce paralysé, parce que chacun de nous est dépendant, tous nous sommes liés les uns aux autres, nous avons besoin les uns des autres.

La solidarité est donc vitale. Lorsque les membres d'une communauté se paralysent, se replient sur eux-mêmes, coincés entre quatre murs, la solidarité se meurt. N'est-ce pas le cas de cette foule ?

Mais qu'est-ce qui nous paralyse ainsi ?

Qu'est ce qui nous empêche de penser et d'agir librement ?

Sans doute d'abord l'angoisse et la peur, sources principales du mal en nous ; l'angoisse devant les défis de la vie, la peur de l'autre et de l'inconnu, la peur de la liberté… D'où nos sentiments d'impuissance, d'incompétence qui nous culpabilisent ou nous conduisent à l'indifférence par l'engourdissement de notre pensée.

Notre paralysé est, comme l'aveugle de Jéricho, une représentation symbolique de tout le tragique de l'existence que chacun de nous expérimente tôt ou tard dans sa propre vie.

 

Mais revenons à présent à notre récit.

Les hommes qui arrivent là, eux, ne sont ni aveugles, ni paralysés, puisqu'ils sont ici "les autres" pour lui. Ils le portent à la force de leurs bras, mais aussi à la force de leur amitié. Ils portent tous ensemble la souffrance de leur frère. Ils compatissent : ils souffrent avec (= Capernaüm). Ils croient que la rencontre personnelle avec Jésus peut changer la vie de leur frère et, voyant qu'ils ne pourront traverser la foule qui les ignore, ils n'hésiteront pas à contourner celle-ci et à casser cette maison qui enferme et paralyse Jésus l'empêchant de voir, d'entendre et de soulager la souffrance des hommes.

 

V. 4 : Ils ouvrirent alors le toit, au-dessus de l'endroit où était Jésus ; par le trou qu'ils avaient fait, ils descendirent le paralysé étendu sur sa natte.

Observons à nouveau cette scène étonnante.

Ces quatre hommes portant le paralysé montent le petit escalier extérieur de la maison et personne ne les remarque !! Personne ne propose de s'écarter un peu afin de les laisser passer !! Ensuite, ces hommes se mettent à démolir le toit de branchage et de terre en creusant, aux yeux de tous, un trou au-dessus de l'endroit où se trouvait Jésus !! Tout se remue-ménage ne provoque toujours aucune réaction. Etonnant tout de même ?! Nous sommes en présence, ici, d'une foule totalement aveugle, sourde, muette et paralysée.

Mettons-nous maintenant à la place de Jésus. Celui-ci, tout concentré sur son discours, voit soudain le toit se fissurer, se déchirer et… le ciel s'ouvrir. Descend alors sur lui, non pas une colombe, mais "un infirme couché sur une civière" soutenu à bout de bras par quatre hommes. Vivante image de la compassion et de la solidarité humaine. C'est un paralytique qui vient délivrer Jésus !! Un mort vivant pour ressusciter un vivant mort !! ( 2 )

Mais de quoi vient-il le libérer ?

Dans ce récit, Jésus, que cette foule enferme dans un rôle exclusif d'orateur et d'enseignant, semble s'y complaire. On peut le comprendre, l'assemblée est tellement attentive qu'elle ne voit que lui. Il en est le centre. L'irruption de ce paralysé, littéralement tombé du ciel, va le décentrer et lui rappeler brusquement pour qui il annonce le Royaume : c'est pour les malades et non pas pour les bien portants qu'il est là. C'est l'homme souffrant qui doit être au centre, pas lui.

Comme à son baptême, le ciel s'ouvre mais, ici, ce sont des hommes qui le libèrent de la paralysie que la foule lui a imposée.

 

V. 5, 11 et 12 : Quand Jésus vit la foi de ces hommes, il dit au paralysé… Tes péchés te sont remis… Je te le dis, lève-toi, prends ta natte et rentre chez toi ! Aussitôt, tandis que tout le monde le regardait, l'homme se leva, prit sa natte et partit… Tous furent frappés d'étonnement ; ils louaient Dieu : nous n'avons jamais rien vu de pareil !

La réaction de Jésus est immédiate. Il a devant lui l'illustration parfaite de son discours. Le Royaume, c'est ça : cette petite communauté portant à bout de bras la vie de leur compagnon montrant d'une façon éclatante ce que l'Esprit peut susciter en l'homme lorsqu'il écoute cette Présence au fond de lui-même, cette Voix qui l'amène à partager avec les autres, au-delà de ce qu'il croyait… impossible !

Jésus ne fera que constater et confirmer cette Présence dans ce que ces hommes vivent déjà entre eux. Le paralysé est porté par la foi des autres, c'est à cause de leur démarche qu'il va pouvoir se relever. "Tu as confiance en tes frères, ils t'ont libéré de ta culpabilité et de celle de tes pères. N'aie pas peur de ne pas être à la hauteur. Lève-toi maintenant, débarrasse-toi de ce qui encombre encore

ta vie… rentre en toi, reprends ta vie en main et ose être toi-même, malgré le jugement des autres !" Et l'homme se lève et sort. C'est une nouvelle naissance.

Comme à chaque guérison, il s'agit aussi d'une nouvelle naissance pour tous les protagonistes.

Pour la foule dont l'indifférence, l'aveuglement, la paralysie ont été ébranlés par cette démonstration lumineuse du Royaume, et qui s'offre la possibilité de mieux prendre conscience que celui-ci est à vivre et à construire, ici et maintenant, avec "tous les autres". Il ne suffit pas de connaître les Paroles de Jésus, encore faut-il les vivre pour que le Royaume advienne.

Pour Jésus, elle lui permet de sortir de ce petit monde de bien-pensants dans lequel la foule l'avait enfermé afin de rester entre gens de bonne compagnie et ne pas se rendre impur au contact des pécheurs. Dans les versets qui suivent cet épisode, Jésus fera exactement l'inverse. Allant vers le bord du lac, il prendra un repas dans la maison de Lévi le publicain, l'impur, le pécheur, et en fera un de ses disciples. (ch. 2, 13 à 17)

 

N'oublions pas que Marc écrit pour les jeunes communautés de son temps qui se rassemblent chaque dimanche pour écouter la Parole et rompre le pain. La maison est donc ici l'image de la communauté, de l'Eglise. On peut dès lors trouver dans ce récit une mise en garde contre une tendance, déjà présente à l'époque, de centrer la pratique religieuse sur des célébrations où la vénération voire l'idolâtrie du messager Jésus prend plus d'importance que la mise en œuvre immédiate du Royaume dans la communauté.

Une tendance qui n'a fait que s'amplifier avec le temps par la déification de Jésus, l'homme-Dieu…, personnage mythique, thaumaturge tout-puissant qui, à la fin des temps, viendra juger les hommes et instaurer son Royaume des Cieux. L'Eglise élaborera une savante théologie du rachat et du salut qui lui permettra d'exercer un pouvoir aussi bien temporel que spirituel en culpabilisant les foules souvent incultes. Ce personnage construit de toute pièce n'a plus rien de commun avec notre humble rabbi galiléen qui, lui, a pris la place du serviteur et a toujours mis la compassion pour l'Humain au centre de ses préoccupations. C'est, en tout cas, ce dont ont témoigné les auteurs de l'évangile de Marc, comme on peut  encore l'observer dans ce récit.

"Jésus est venu prêcher l'Evangile et c'est l'Eglise qui est arrivée"(3). Et comme nous l'écrit P. Boyer, un de nos lecteurs : "… elle a rendu impossible la fréquentation de Jésus et l'imprégnation de l'Evangile". On pourrait dire aujourd'hui que la fréquentation de Jésus rend de plus en plus problématique la fréquentation de l'Eglise institution et sa doctrine.

Je ne peux m'empêcher de voir dans cette foule et cette maison qui enferme Jésus l'image de l'Eglise hiérarchique qui, au fil des siècles, a recouvert d'une chape poussiéreuse le message de Jésus, maintenant les fidèles dans des pratiques et des rites magico-religieux comme la vénération de reliques, de la croix ou du saint sacrement. Une Eglise fossilisée, repliée sur elle-même, sur la défensive face à un monde en évolution constante.

Par contre, ces hommes de Capernaüm(4) qui vivent au plus près l'Evangile ne sont-ils pas l'expression d'une autre façon de vivre la proposition chrétienne aujourd'hui ? J'y vois volontiers les innombrables petites communautés de base qui fleurissent un peu partout et réinventent une autre manière de célébrer, mais surtout de vivre en réelle solidarité avec les plus faibles. Serait-ce la quatrième hypothèse de M. Bellet ?

Qui donc s'attellera à casser cette chape de vieilleries qui plombe l'Eglise pour que le ciel puisse s'ouvrir au-dessus d'elle et qu'elle puisse enfin entamer un véritable questionnement permanent et devenir servante ?

Et nous tous, là où nous vivons dans nos paroisses, nos groupes de partage, n'avons-nous pas à nous remettre en question ? Ne nous arrive-t-il pas souvent de ronronner gentiment ensemble pendant que nous étudions la Parole, oubliant que la foi sans les actes est une foi morte ?                                                                                              Herman Van den Meersschaut.

(1) "Commentaires de l'évangile de Marc", Jean-Pierre Charlier (1970)

(2) "Ouvrez", Jean Debruynne (1976)

(3) "Evangile et l’Eglise", Loisy

   (4) ²Capernaüm² utilisé à la place de ²Capharnaüm² dans la Bible en français courant et dans le Nouveau   

          dictionnaire biblique (Ed. Emmaüs – Cinquième édition 1983)

 

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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 22:51

Essai de lecture symbolique

 

Au chapitre IV de son évangile, Matthieu, dans une étonnante composition symbolique nous présente, les options que Jésus de Nazareth va rejeter et surtout, mais par « sous-entendus », celles qu’il va choisir et vivre pleinement durant toute sa vie publique.

La scène décrite dans les tentations n’a pas de témoins puisque Jésus est seul dans le désert. Donc, pour imaginer ce récit il a fallu que l’auteur intègre le mieux possible la spiritualité de Jésus afin de nous faire découvrir, pour ainsi dire, « de l’intérieur » son cheminement intime, surtout, pendant  la période que l’on appelle sa vie cachée.

Période dont on ne sait rien, mais dont on peut supposer qu’elle fut une longue quête faite d’étude de la Thora, de méditations et de débats intérieurs dans la solitude et, sans doute, aussi de la fréquentation du groupe baptiste de Jean. C’est, pendant ce temps de maturation que Jésus va expérimenter, pas à pas, la présence du Divin qu’il sent vivre au plus profond de son être et qu’il appellera : Père. Parmi ses expériences spirituelles intenses, celle de son baptême par Jean sera décisive.

Aussi, avant d’aborder les tentations je voudrais m’arrêter à ce récit car tous deux sont intimement liés.

 

C’est, en effet, la première démarche publique que Jésus entreprend dans l’évangile de Matthieu au chapitre III, versets 13 à17.

 - Alors paraît Jésus : raconte-t-il. Jésus n’apparaît pas comme un super-Messie, mais, tout simplement, en se fondant humblement dans la foule de ceux qui viennent se faire baptiser en confessant leurs péchés.

-Jean voulait l’en détourner. Il ne comprend pas. Lui, il annonçait un maître de justice qui va couper et jeter au feu tout arbre qui ne donne pas de bon fruit, et voilà que celui qu’il reconnaît comme le Messie lui demande le baptême !!!. Eh! oui, Jean est ici le premier tentateur qui veut  empêcher Jésus d’accomplir  toute justice.

- Laisse faire : dit Jésus. Ainsi, en s’avouant pécheur, en s’identifiant à eux, il exprime son engagement radical pour les malades, les exclus, les mal-aimés. En confessant ses doutes, ses peurs, ses faiblesses et en plongeant dans l’eau du Jourdain il devient solidaire de ces hommes, il est un des leurs. C’est à eux qu’il rendra justice. Il se mouillera, d’ailleurs, définitivement pour eux. En se faisant baptiser par Jean, fils de prêtre, mais qui prêche hors du Temple dans le désert, Jésus affirme déjà la position marginale qui sera la sienne par rapport à l’institution religieuse.

En s’immergeant dans l’eau, en se mouillant, en passant la rivière Jésus franchit un pas décisif et prend un engagement irrévocable qui déterminera toute sa vie future. Il laisse derrière lui l’homme ancien pour revêtir l’homme nouveau comme le dit Paul.

Dans le premier Testament, on trouve plusieurs passages de rivières comme, par exemple, celui de Jacob qui, après avoir lutter toute la nuit avec l’ange, changera de nom, devient Israël et passera le Yabboq pour prendre enfin ses responsabilités en affrontant son frère Esaü. On remarque la même symbolique : le combat intérieur qui l’amène à trouver sa vérité et à passer à l’acte.

-En sortant de l’eau les cieux s’ouvrent. Dans son paysage intérieur tout s’éclaire, une voie s’ouvre à lui, Jésus sent qu’il a fait le bon choix. L’Esprit le confirme en descendant comme une colombe et venant sur lui en le  désignant comme son fils bien-aimé qui a toute sa faveur. La voix ne s’adresse pas uniquement à Jésus mais, peut-être, surtout à Jean qui semble ébranlé par la démarche de celui-ci. Chez Marc et Luc c’est à Jésus seul  que s’adresse la voix. Ici c’est ensemble qu’ils prennent conscience de la mission de Jésus.

 

Ces signes symboliques, tout en fraîcheur, en légèreté, en transparence, en tendresse que sont l’eau, la nuée, la lumière, le ciel, la colombe, la voix, sont tous des éléments aussi insaisissables que l’Esprit qu’ils symbolisent..

 

L’eau, associée ici à la rivière est une eau vive. C’est l’eau qui est à l’origine de toute vie,  qui purifie, qui vivifie, qui régénère. Mais on peut y voir aussi le fleuve de la vie, le monde des hommes qui peut nous entraîner, nous engloutir, nous noyer. Jean vit retiré du monde, Jésus s’y plongera à corps perdu, l‘aimera et y tendra la main à tous ceux qui s’y perdent.

Les cieux s’ouvrirent : La nuée symbolise le Divin qui ne peut que se deviner et ne peut ni être saisi, ni être vu. Ici, pour Jésus, la nuée s’ouvre, ce qui était encore obscur, incertain se dévoile, la lumière l’inonde, son choix lui apparaît comme évident et confirmé par le frôlement d’aile de la colombe qui vient sur lui.

La colombe : Dans le récit de la création, l’Esprit de Yahvé plane sur les eaux, image aérienne évoquant le vol majestueux de l’oiseau. La colombe est évidemment présente dans le récit du déluge comme messagère entre Yahvé et Noé.

Les anges ailés sont, eux aussi, images symboliques de l’Esprit qui souffle où il veut et dont on ne sait d’où il vient et où il va. Tout cela est en rapport avec l’air et donc avec le souffle, le vent évoquant, eux aussi, la réalité indicible et invisible de Celui-ci.
La voix : Celui-ci est mon Fils bien-aimé…Fils, en grec, signifie aussi serviteur. Jésus est donc désigné ici comme le vrai Serviteur annoncé  par Isaïe (Is.42, 1), celui qui apporte le droit, ne rompt pas le roseau broyé et n’éteint pas la flamme vacillante...autrement dit, celui qui est solidaire de tous les hommes et plus particulièrement de ceux qui sont broyés et vacillants.

En s’entendant appelé Fils bien-aimé, Jésus ressent au plus profond de lui que son choix correspond à ce que l’Esprit attend de lui, c’est-à-dire : Se plonger dans le monde,  aimer les hommes, les sauver de leurs démons et tracer avec eux la voie vers un monde plus fraternel. Son intuition se transforme en évidence. Une nouvelle vie commence, Jésus re-naît dans cet Esprit - là.
C’est alors que l’Esprit le conduit au désert, mais ça c’est une autre histoire.

Et nous, où sommes-nous dans cette histoire? Nous pouvons certainement tous nous reconnaître parmi cette foule en recherche d’autre chose que le ritualisme stérile que proposait le Temple. Nous nous retrouvons, peut-être, en Jean qui ne supporte pas de voir Jésus avouer sa faiblesse et son humanité ; un super-Messie qui ferait le ménage dans le monde, sur demande, serait tellement plus rassurant. Et enfin, pourquoi ne pas prendre la place de Jésus ? Ah oui, évidemment, c’est plus difficile .Quand lui se plonge dans nos vies, il s’y mouille et s’y salit complètement, alors que nous le faisons souvent du bout des doigts, si ce n’est du bout des lèvres. Et pourtant, lorsque nous nous mouillons de tout notre être pour quelqu’un et que c’est dur parce que si nous lâchons sa main, il coule ; il nous arrive, en un moment de grâce, de voir le ciel s’ouvrir et d’entendre, au fond de nous, la voix qui nous dit : « C’est bien, Fils, tu as fait le bon  choix »
C’est cela ma foi.

   

                                                                                                                                                      Herman VAN den MEERSSCHAUT

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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 17:17

Essai de lecture symbolique de Marc 10, 46 à 52                     

Lorsqu’on s’intéresse à un court passage des évangiles, il est important de le situer dans son contexte. L’épisode qui nous occupe se présente à la fin de la quatrième section (1) de l’Evangile de Marc, juste avant l’entrée de Jésus à Jérusalem où celui-ci sera acclamé comme "Fils de David".

Cette section (du chap. 8, 31 au chap. 10, 52 inclus) se présente comme une prédication sur "l’éthique du Royaume" destinée aux premières communautés. Deux thèmes s’entrecroisent : les conditions à remplir pour "suivre Jésus", c’est-à-dire l’accompagner jusque dans sa mort, et l’idée que Jésus est venu "non pour être servi, mais pour servir", ce qui vaut également pour les disciples. Ces thèmes sont illustrés par des récits montrant que Jésus a un tout autre rapport que ses contemporains au pouvoir et aux biens matériels, mais aussi aux femmes, aux enfants et aux plus faibles.

C'est en conclusion de cette section, un peu comme un résumé, que vient la guérison d’un aveugle "qui suit Jésus".

Comme nous l’avons suggéré précédemment (cfr. revue n° 2 page 7), nous essaierons donc de lire ce récit comme une "parabole en action".

 

V. 46 : "Ils arrivèrent à Jéricho. Lorsque Jésus sortit de cette ville avec ses disciples et une grande foule, un aveugle appelé Bartimée, le fils de Timée, était assis au bord du chemin et mendiait."

En une phrase, le décor est planté et les personnages en place. Observons-les.

 

Le décor :

Nous sommes à Jéricho, une petite ville au bord du Jourdain surnommée la ville des palmiers. Il y fait bon vivre dans la fraîcheur de l’oasis. Dans l’évangile, la ville est souvent le lieu symbolique des activités humaines, des trafics et des échanges commerciaux. Ici, on sort de cela pour prendre le chemin qui rejoint Jérusalem par une longue et pénible montée sinueuse à travers le désert de Judée. Pour ceux qui connaissent les lieux, l'image est claire. Le chemin représente évidemment la vie où nous marchons avec les autres et dans laquelle il s’agit de trouver sa place. Il est aussi le symbole de notre cheminement spirituel qui, inévitablement, passe par le désert. Le chemin, en grec, c’est aussi la voie, La Voie que Jésus propose, la Bonne Nouvelle du Royaume et des Béatitudes. Ici, c’est un chemin bien difficile que Jésus va emprunter et il nous invite à l’y suivre.

 

Les personnages :

Les disciples et une grande foule qui entourent Jésus : ils passent, sans le remarquer, devant un mendiant aveugle assis au bord du chemin.

La foule impersonnelle où se perdent les disciples marche sur le chemin à la suite de Jésus. Bartimée, lui, parce qu’il est aveugle donc improductif et marginal, est hors de la ville, mis à la porte, en marge, exclu de la société. Il nous est difficile aujourd’hui d’imaginer un monde sans lunettes, mais, à l’époque, la cécité ou simplement une vue déficiente provoquait irrémédiablement l’exclusion du monde du travail et donc la pauvreté d’un grand nombre de personnes. Mais, au-delà du handicap physique, l’aveuglement exprime ici, plus largement, l’incapacité dans laquelle se trouve Bartimée de voir un avenir s’ouvrir à lui. On perçoit bien ici l’intérêt qu’il y a à interpréter symboliquement l’aveuglement. Si l’on oublie que Bartimée est atteint de cécité, on peut lui faire endosser toutes les détresses que l’homme peut vivre : abandon, chômage, pauvreté, racisme, famine, exploitation, etc. Ne nous sommes-nous pas tous retrouvés, à un moment ou l'autre, dans  une de ces situations dramatiques, peu importe quelles en étaient les causes ?

Mais nous verrons que notre homme ne s’y résigne pas pour autant.

 

 

 

V 47. "Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : Jésus, Fils de David, aie pitié de moi !"

"Fils de David" était le titre messianique le plus populaire. Si les pauvres et les rejetés attendaient de lui qu’il "apporte aux pauvres une bonne nouvelle et prenne soin des désespérés" (Isaïe : 61, 1), le peuple, lui, attendait plutôt un Messie politique, un homme fort qui purifierait Jérusalem de l’occupant romain et restaurerait ainsi la grandeur d’Israël.

D’une part un homme compatissant et serviteur, de l’autre un homme de pouvoir et d’honneur.

Bartimée est peut-être aveugle, mais il n’est ni sourd, ni muet. Il a entendu Jésus et il crie sa détresse. C’est le cri déchirant d’une vie niée, humiliée. Il lance un appel personnel, d'homme à homme… Dans le Royaume que Jésus annonce, avouer sa faiblesse et appeler à l’aide n’est pas une honte. Son intuition lui dit qu’il sera entendu.

 

 V. 48. "Beaucoup lui faisaient des reproches et lui disaient de se taire, mais il criait encore plus fort : Fils de David, aie pitié de moi !"

La foule veut réduire au silence ce gêneur, cet individu qui semble n’avoir rien compris. Le Fils de David n’est pas venu pour s’occuper des indigents. Il n’y a pas de temps à perdre si la libération d’Israël est en vue. Cependant, Bartimée crie de plus belle, seul face à tout ce monde ! Personne ne réagit, personne n’est touché par son appel, même pas les disciples.  Serait-il donc le seul à être vraiment conscient que Jésus n’est pas venu pour dominer, mais pour servir ?

La foule, bien souvent, empêche de penser librement. Dans une foule, si on n’y prend garde, on perd vite sa personnalité et ses facultés de discernement, de clairvoyance. La foule ne pense pas, les meneurs pensent pour elle et, ici, ce n’est pas Jésus qui la mène mais sans doute des disciples qui voyaient en lui un libérateur politique. On pourrait dire que, dans ce récit, c’est plutôt la foule qui est aveugle, puisqu’elle se trompe lourdement sur la mission réelle de Jésus. Ne pas se laisser piéger, se démarquer ostensiblement de cette foule suppose une forte personnalité et un grand courage. C'est pourtant ce que fera Jésus.

 

V.49.  "Jésus s’arrêta et dit : Appelez-le. Ils appelèrent donc l’aveugle et lui dirent : Prends courage, lève-toi, il t’appelle."

Jésus est le seul à réagir, il arrête tout pour une seule personne et lui prête toute son attention.   Il ne s’arrête pas pour une vétille, mais pour l’essentiel. Il s’arrête devant la souffrance humaine et oblige ainsi la foule à faire de même. Voulant impliquer les disciples et la foule dans sa démarche, il leur demande d’appeler eux-mêmes le mendiant. "Ils l’appelèrent donc…". Ce n'est pas le grand enthousiasme, mais certains semblent en tout cas interpellés et transmettent le message en l’encourageant vivement à se remettre debout.

 

V.50. "Alors il jeta son manteau, bondit et vint vers Jésus."

Avec la réaction de Bartimée, on assiste, dans une explosion de joie, à un véritable déchaînement, une libération, une nouvelle naissance. Il se dépouille de son vieux manteau qu’il jette là à terre, comme si c’était un changement de peau, un changement d’homme. Laissant là son ancienne vie, il se découvre tel qu’il est devant celui en qui il met toute sa confiance…, une confiance aveugle.

 

V.51, 52. "Jésus lui demanda : Que veux-tu que je fasse pour toi ? L’aveugle répondit : Rabbouni, que je voie. Et Jésus lui dit : Va, ta foi t’a sauvé. Aussitôt, il put voir et il suivait Jésus sur le chemin."

Il est amusant de remarquer comment, aux versets 35 et 36 qui précèdent ce récit, les apôtres Jacques et Jean s’adressent impérativement à Jésus en disant : "Nous voulons que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander". Jésus leur répond : "Que voulez-vous que je fasse pour vous ?". Exactement la même question qu’avec Bartimée.  Et que demandent donc ces apôtres ? : "Quand tu seras dans ton règne glorieux, permets-nous de siéger, l’un à ta droite, l’autre à ta gauche". Leur demande et celle de Bartimée sont diamétralement opposées. Les apôtres n’attendent que pouvoirs et honneurs ; le mendiant de Jéricho n’attend qu’amour et compassion. Notre aveugle se révèle bien plus clairvoyant sur la mission de Jésus que les apôtres aveuglés par leur recherche de promotions personnelles.

Personnellement, je trouve que la question : "Que veux-tu que je fasse pour toi ?" résume tellement bien l’engagement de Jésus au service de ses frères.

Mais que demande Bartimée lorsqu’il dit "que je voie" ? Sans doute espère-t-il que la lumière éveille sa vie, qu’il retrouve sa dignité, qu’il soit respecté et reconnu dans sa différence, et qu’un avenir heureux s’ouvre enfin à lui au sein d’une communauté de frères où se vit l’entraide et la solidarité. Le Royaume annoncé par Jésus, au fond !

Mais la réponse de Jésus est curieuse. Il ne dit pas : "Vois, ta foi t’a sauvé" mais "Va, ta foi t’a sauvé", comme si Jésus ne lui rendait pas la vue… En fait, dans cet aveugle clairvoyant, Jésus reconnaît un vrai disciple et, lui donnant toute sa confiance, l’envoie travailler lui-même à la construction de ce monde dont il rêve. Il était assis et mendiait, maintenant il est debout et devient acteur de sa propre vie en suivant Jésus sur le chemin.

Ce que l'on traduit par "suivre", c'est le verbe grec "akolouthéo" qui veut dire d'abord : faire route avec, accompagner (d'où le mot "acolyte"). Bartimée fait route avec Jésus, il l'accompagne. Accompagner suggère échange, communion possible, encouragement. Je marche avec toi, marche avec moi, marchons ensemble. (2)

Suivre Jésus, ce n’est pas suivre aveuglément un certain nombre de rites et de règles morales, c’est adhérer pleinement à sa vision profondément optimiste de la vie et de l’homme en particulier.

Faire route avec Jésus, avec nos frères humains, c’est vivre en profondeur l’expérience de la rencontre avec l’autre, dans le plus grand respect de sa différence en se laissant guider par la compassion et, avec une grande disponibilité d’écoute, se mettre à son service. Cela n'est pas sans risques. Pour Jésus cela peut aller jusqu’à donner sa vie pour ceux qu’on aime. Si chacun vit cela, il y a réciprocité et donc entraide et solidarité. Voilà l’utopie du Royaume que Jésus nous invite à réaliser ensemble, ici et maintenant avec nos proches et tous ceux qui croiseront notre chemin.

                                                                                                               Herman Van den Meersschaut

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