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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 08:00
Christiane van den Meersschaut-JanssensToussaint ou jour des morts ?
Comment sont nées ces fêtes ?
Christiane van den Meersschaut-Janssens

Aujourd'hui, chaque 1er novembre, l'Eglise catholique célèbre dans l'allégresse la mémoire de tous les saints connus et inconnus. C'est la fête de la Toussaint, de l'ancien français : « Feste de toz sainz ». Le lendemain, 2 novembre, est consacré à la fête des Morts, avec laquelle on confond parfois la Toussaint.

La fête de la Toussaint existait déjà en Orient comme commémoration de tous les martyrs de la Foi. Longtemps, elle fut célébrée aux alentours de Pâques ou Pentecôte. Au Ve siècle, en Syrie, c'était le vendredi de Pâques, à Rome le dimanche après la Pentecôte.

Ce lien avec Pâques et la Pentecôte donne le sens originel de la fête: "célébrer la victoire du Christ dans la vie de beaucoup d’hommes et de femmes".

Cependant, le pape Boniface IV va déplacer une première fois la date de cette fête.

Le 25 août 608, ce moine bénédictin, originaire des Abruzzes, était nommé évêque de Rome (608-615). A l'occasion de son sacre, il reçut un présent de choix de l'empereur: le Panthéon. Ce temple circulaire, coiffé d'une impressionnante coupole était à Rome une œuvre monumentale de l'époque impériale. Il avait été construit en 27 avant J-C par Agrippa en l'honneur de tous les dieux et dédié aux sept divinités planétaires. Boniface décida aussitôt de le convertir en église, suivant la pratique des premiers siècles qui consistait à transformer en lieux chrétiens, les lieux de culte païen. En 610 (1), il consacra l'édifice à "Sainte Marie des Martyrs" en mémoire de tous ceux qui avaient versé leur sang pour témoigner du Dieu unique. Le pape voulant ainsi honorer la foule des martyrs, dont il avait fait transférer les ossements tirés des catacombes.

Le 13 mai, jour anniversaire de la dédicace de l'église, devint la "Fête de tous les martyrs, de tous les saints et Marie". La date avait été soigneusement choisie. En effet, elle correspondait aux célébrations dans le calendrier romain des jours de mai (9, 11, 13) des "Lemuria" où l'on sacrifiait au culte des ancêtres pour se prémunir des lémures ou larves : les âmes des défunts non satisfaits. Mais cette tradition funéraire ne s'étendait pas à l'ensemble de l'empire.

Dans les pays celtiques, c'est le 1er novembre que l'on célébrait tous les disparus des familles avec la fameuse fête des "Samain". C'était une fête de joie que cette fête des morts qui correspondait aussi au Nouvel An. Le but essentiel de la fête était de rétablir le contact entre la communauté des morts et celle des vivants. Les tertres où vivaient les morts étaient entrouverts pour leur permettre de revenir sur terre. Banquets, festins rituels et débauches visaient à rétablir l'ordre cosmique renversé par la disparition d'un proche ou d'un soldat tombé sur les champs de bataille.

C'est pourquoi, l'empereur Louis Ier le Pieux, institua en 835 (2) une Toussaint au Ier novembre dans l'espoir de couper court aux rituels peu chrétiens pratiqués en cette période de l'année. L'enjeu était de substituer la commémoration de tous les saints, ancêtres virtuels de tous les fidèles, au culte des morts familiers, pratiqué à cette période dans une grande partie du monde occidental.

Pour unifier ces pratiques discordantes, le pape Grégoire III fixa la fête de la Toussaint définitivement au 1er novembre. Il dédicaça en ce jour une chapelle de la Basilique Saint-Pierre en l'honneur de tous les saints.

Vain espoir, car le cuite des morts au 1er novembre, profondément enraciné dans les coutumes populaires, se poursuivit comme si de rien n'était.

Au Xe siècle, Odilon, abbé de Cluny, conseiller du pape et des princes, mais aussi fin diplomate, ordonna la célébration d'une messe solennelle le 2 novembre, "pour tous les morts qui dorment en Christ". Cette fête des Morts, née en France, fut progressivement adoptée dans toute la chrétienté occidentale.

Un liturgiste du XIIIe siècle, Durand de MENDE écrira: "La veille de la Toussaint est Jour d'affliction, la solennité est Jour d'allégresse, le lendemain est Jour de prière." En effet, la conviction que les vivants ont à prier pour les morts s'est établie dès les premiers temps du christianisme. Il s'agit de solliciter la miséricorde de Dieu pour ceux qui n'ont "pas encore" été admis à participer à sa béatitude. Cette prière pour les morts a très vite trouvé son expression la plus achevée dans la messe.

L'Eglise demandait aux chrétiens, non seulement de chômer le dimanche, mais aussi aux grandes fêtes lorsqu'elles pouvaient tomber en semaine, afin de les honorer en participant à la célébration eucharistique.

Or, après la révolution, lors du Concordat (15/07/1801) signé entre Bonaparte et Pie VII pour régler les relations entre l'Eglise et l'Etat, Pie VII avait concédé à Bonaparte que le nombre de fêtes d'obligation soit réduit à quatre en France (Noël, Ascension, Assomption, Toussaint), Bonaparte acceptant de son côté que le chômage de ces quatre jours-là soit légal. D'autre part, le calendrier civil pouvait reconnaître le 1er novembre comme un jour férié en l'honneur des morts pour la patrie.

De nos jours, les deux fêtes se confondent. Le 2 novembre n'étant pas chômé, la religiosité populaire a fait un amalgame de la Toussaint et du Jour des Morts. Dans la plupart des familles, la note funèbre semble l'emporter sur l'allégresse de la fête de la Toussaint. Et le 1er novembre, jour chômé, voit défiler dans les cimetières des milliers de personnes chrysanthèmes en main. Bouquets de fleurs, verdures et bruyères sont déposés sur les tombes pour transmettre à ceux et celles qui nous précèdent dans l'au-delà un message d'amour.

Et comme dit Hyacinthe VULLIEZ : "La Toussaint, c'est la fête des gens du peuple de Dieu." La fête la plus impressionnante; la fête la plus proche de nous parce qu'elle est la fête de nos proches. La fête de tous, car chacun est appelé à la sainteté de tous les jours qui consiste à être simplement évangélique. La conscience chrétienne d'aujourd'hui reconnaît dans cette fête la portée et la valeur des gestes quotidiens, le poids de chaque vie humaine si cachée soit-elle, et l'honneur que mérite le plus humble chrétien.

 

Christiane van den Meersschaut-Janssens - octobre 1999

(1) date ne concordant pas d'un auteur à l'autre. (retour)
(2) Idem. (retour)

BIBLIOGRAPIE
  • Fêtes et croyances populaires en Europe Ed. BORDAS, de Yvonne de SIKE, archéologue et ethnologue
  • Théo, Nouvelle Encyclopédie catholique Ed. DROGUET et ARDANT/FAYARD
  • Chronologie des Papes de Saint Pierre à Jean-Paul II Ed. MARABOUT HISTOIRE de Jean MATHIEU-ROSAY
  • Les Symboles Catholiques Ed. ASSOULINE de d omRobert LE GALL, abbé de Kergonan
  • Les Saints au Moyen Age Ed. PLAN de Régine PERNOUD
  • Encyclopredia Universalis
21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 09:48
André VerheyenToussaint
André Verheyen

Dans quelques jours, des miIlions de chrétiens - et d'autres peut-être aussi - fêteront la Toussaint avec, souvent, une dimension très accentuée de la mémoire des défunts.

La confusion entre la Toussaint et le Jour des Morts n'est évidemment pas dangereuse puisque la plupart des saints que nous honorons sont morts et que beaucoup de nos défunts ont vécu une certaine sainteté.

Dans notre pays, le ler novembre est jour férié, pas le 2, ce qui explique que les visites aux cimetières se font surtout le jour de Toussaint.

Ce qui, par contre, est beaucoup plus préoccupant, c'est la qualité médiocre d'un culte des saints, généralement intéressé et souvent superstitieux. Si on ajoute à cela une conception dépassée du Paradis, liée aux dimensions de temps et d'espace, on aura compris qu'il y a encore "du pain sur la planche" pour une sérieuse réflexion.

Plusieurs personnes, qui sentent bien qu'il y a quelque chose qui cloche dans le système folklorique et superstitieux actuel, nous demandent "si ça sert encore à quelque chose de prier les Saints". L'utilisation du verbe "servir" est remarquable : comme si le culte que je voue à mon père et à ma mère devait servir à quelque chose!

Et pourtant si ! Cela sert énormément, à condition de revoir radicalement ce système que j'ai appelé folklorique et superstitieux.

Il est clair que si je prends la peine de lire une biographie de St Antoine de Padoue, j'y découvrirai sa foi profonde et son zèle missionnaire. Si alors, même sans paroles ni prières formulées, je pense à lui en désirant partager sa qualité de vie spirituelle, bien sûr, mon désir va être efficace.

Mais quelle honte et quelle pitié dans ces pseudo-prières où on demande à St Antoine de retrouver des objets perdus!

Nous avons recréé notre "panthéon" à l'instar des religions de l'antiquité gréco-romaine qui avaient leurs divinités tutélaires pour l'amour, la guerre, les voyages en mer, l'économie et les af­faires, la chasse, etc.

Un des cas les plus surprenants est celui de St Christophe dont tout le monde sait actellement qu'il s'agit d'un personnage de légende. (1)

Rien ne s'oppose évidemment à ce qu'on continue les manifestations folkloriques autour de St Christophe dans le cadre de la valorisation du patrimoine. Mais entretenir l'ambigüité de cette pseudo-dévotion superstitieuse envers un personnage de légende ne favorise certainement pas la crédibilité du culte des Saints.

Nous conseillons plus volontiers la communion spirituelle avec quelqu'un comme Dom Helder Camera, qui n'a heureusement pas encore été récupéré par le système. Cette communion spirituelle-là, oui vraiment, ça sert à quelque chose...

André Verheyen - LPC – octobre 1999

(1) "Ce saint, très populaire au Moyen Age, a été écarté du calendrier romain en 1970, son histoire ne relevant que de la légende." (Dictionnaire LAROUSSE • 2 volumes - 1988)
N. d. l. r. : les dictionnaires spécialisés dans le domaine de la vie des Saints mentionnent neuf saints Christophe mais aucun d'eux n'a quelque chose à voir avec la légende qui est née du nom "Christophoros". En effet, cela signifie en grec "porteur de Christ". (retour)