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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 16:42
bateau lpc Mt 2, 13-23. - La fuite en Egypte, le massacre des enfants, le retour d'Egypte.
Rapporteur : Christiane Van den Meersschaut
LPC n° 17 / 2012

Nous prenons connaissance d'un tableau montrant les parallèles entre le Joseph du premier testament et celui de l'évangile de Matthieu et entre Moïse et Jésus. Nous nous rappelons que Matthieu s'appuie entièrement sur le premier testament pour convaincre son auditoire que Jésus est le nouveau Moïse. Comme lui, il sera sauvé d'un massacre, il quittera l'Égypte pour entrer en Terre promise et sera appelé "Mon fils". Nous trouvons dans cet épisode écrit tardivement un générique de la mission de Jésus, les évangiles de l'enfance étant des compositions théologiques.

Chacun alors partage avec les autres ce qu'il ressent aujourd'hui à la lecture de ces textes :

  • Je ne peux accepter dans ce texte que Dieu tout-puissant sauve le fils de Joseph des griffes du tyran Hérode et laisse celui-ci massacrer des innocents. J'essaye de comprendre ce que Matthieu veut nous dire. Le monde violent, injuste et cruel du temps de Jésus est assez conforme au nôtre. Des gens innocents ne sont pas épargnés par la rudesse de la vie. C'est donc dans un monde où la veuve et l'orphelin ne sont pas protégés que Matthieu entreprend de nous brosser cette histoire. Ce même "pourquoi" se pose toutes les fois que, dans une catastrophe, certains ont la vie sauve et d'autres la perdent. Dieu est-il à ce point cruel ? Joseph, à trois fois, fut tourmenté par la situation à laquelle il devait faire face. N'avons-nous pas aussi dans notre vie été dans une situation tourmentée où le chemin à prendre n'était pas clair ? Que fait Joseph dans chacune de ces situations difficiles ? Le texte dit qu'il s'est assoupi. En réalité aujourd'hui nous pourrions dire qu'il s'est intériorisé. Peut-être a-t-il prié ? Néanmoins il s'est arrêté, s'est assis et s'est mis à l'écoute et c'est là pour moi tout le mystère de la foi ; c'est comme si en nous la bonne décision à prendre se faisait jour. Faire cette expérience que Joseph a faite, nous aussi nous pouvons la faire. En effet, chacun, dans sa vie de femme ou d'homme, a déjà fait ou fera ce type d'expérience où il pourra dire comme Marcel Légaut "oui, j'ai senti que plus grand que moi m'habite". Mais ne nous y trompons pas : ce n'est pas Dieu qui fait un miracle pour orienter favorablement la situation. Je le vois plutôt comme une Présence Vivante en tout homme qui, s'il le souhaite, fera vivre en lui cette étincelle du divin, comme dit Bernard Feillet, qui le guidera tout au long de sa vie. Dieu n'intervient pas dans le monde par des miracles spectaculaires, mais par l'action des femmes et des hommes qui savent trouver en eux cette petite étincelle divine. Prenons du temps pour nous laisser aimer par ce mystère qui nous habite. C'est cela pour moi ce que Matthieu veut me dire aujourd'hui.
  • J'ai l'impression de lire une histoire comme celles que nous racontons à nos petits-enfants. Elles racontent des choses terribles mais qui se terminent bien. Cependant, la réalité dans le monde des adultes est d'une autre dimension. C'est l'histoire de tous les génocides. Le massacre des innocents s'est répété à grande échelle ; nous ne sommes pas très loin de tout cela. C'est notre histoire sainte dans la réalité d'aujourd'hui. Il n'y a pas la conscience du mal chez certains. L'évangile est une douce chanson. Est-ce qu'il parvient à vraiment changer les choses ?
  • Oui, cela existe, il y a des chrétiens qui apportent l'humanité à leur entourage : Maximilien Kolbe, Etty Hillesum, l'Abbé Pierre…
  • Pour moi, ce récit est une leçon de vie : Joseph, le père, apprend que l'enfant imprévu est en danger, l'enfant, le tout petit, le plus faible est en danger ! Alors, ses parents laissent tout tomber pour le protéger. Ils abandonnent leur pays, leur maison, leur famille pour partir au loin avec le petit. Ils vont se cacher avec lui pour le protéger et ne ressortent du désert, du bois ou d'Égypte que lorsque toute menace est écartée. N'est-ce pas ce que tout parent, chrétien ou non, devrait être prêt à faire ? Hérode est l'anti-Joseph et Marie, celui que l'enfant imprévu dérange. Pour lui, pas question de changer son optique de vie pour un nouveau-né. Rien que des enfants programmés, souhaités ?
  • Pour les deux Joseph particulièrement doués en interprétation des rêves, Dieu communique. Est-ce croyable en 2011 ? La question reste ouverte. Dieu apparaît ici comme le sauveur du sauveur : Jésus, fragile et en danger, a dû être sauvé lui-même par ces deux pères terrestre et céleste. Dieu incarné sous la forme d'un bébé nous montre la fragilité de Dieu.
  • Je ne peux plus croire à un Dieu qui a un plan, Jésus étant celui qui doit venir nous sauver par sa mort. Les récits me sont difficiles à aborder de cette façon-là.
  • Ce qui m'intéresse, c'est de chercher ce que ce récit peut m'apporter aujourd'hui et comment il peut être Bonne Nouvelle. Je compare les rêves à une période de maturation. Nos rêves sont pétris de ce que nous sommes. Nos mauvais rêves nous font tourner dans un labyrinthe. Je remarque que, dans le texte, après les deux rêves, vient l'ordre "Debout" et à chaque fois "Joseph se lève et va" Être debout et avancer, c'est le message récurrent de la bible, qui traverse les temps. Hérode est un despote cruel et fort de son pouvoir mais, face à un bébé, il est rempli d'inquiétude. Aujourd'hui, les hommes de pouvoir ont-ils peur des petits ? Joseph a peur de la violence et prend un autre chemin. Faut-il faire face à la violence en essayant un geste, une parole pacifiste ou faut-il se détourner et s'en aller comme Joseph pour sauver "sa" famille ?
  • En tant que libre penseuse chrétienne, j'aime faire un parallèle entre le retour de Jésus en Égypte, aux sources de l'histoire d'Israël, et notre recherche des sources du Jésus de l'histoire. Jésus est pétri de sa tradition, mais va se libérer d'un carcan religieux pour parler de sa propre autorité et ouvrir un nouveau chemin vers plus d'humanité, pour toutes les nations cette fois. Nous sommes des chrétiens pétris de notre tradition chrétienne, libérés d'un certain enseignement ecclésial, qui essayons de vivre en répondant à l'invitation de Jésus de rendre notre monde plus humain.
  • Dans tous ces génocides et ces fuites, ce n'est jamais simple. Partir ou fuir, ce n'est pas toujours un mieux. Quand est-ce que l'on doit se mettre debout ? Quand est-ce qu'on doit accepter son impuissance ? Il faut savoir faire des choix sans toujours en mesurer les conséquences. On fait ce qu'on peut, on avance à tâtons.
  • On bouge beaucoup dans ce récit, le va-et-vient n'est pas toujours très clair. L'Égypte est à la fois terre d'accueil pour la famille des deux Joseph et à la fois pays d'esclavage pour les Hébreux. Nous sommes dans une fiction, nous pouvons être tous les personnages. Tous ces comportements sommeillent en nous. Il y a du Hérode en nous. Ce sont les problèmes de la violence, de la société, du monde impitoyable dans lequel nous vivons. J'aime le thème de l'exode : c'est un accouchement ; le peuple passe par un petit chemin d'eau pour déboucher dans un désert où tout est possible. Ce texte est très riche : cherchons les petits créneaux qui nous parlent. On marche beaucoup, les pieds sont très importants, nous sommes toujours en chemin vers plus d'humanité. Rester sur place, c'est mourir déjà.
  • Ici Joseph a un rôle central pour montrer que Jésus est de la lignée de David, qu'il est le nouveau Moïse. Ces récits font partie des grands mythes. À travers les mythes, les grandes questions existentielles se posent, mais n'apportent pas toujours de réponse. Pourquoi n'a-t-on pas le courage de dire que l'on ne sait rien de Jésus avant sa vie publique ? Pourquoi ne pas réfléchir sur qui est Jésus et sur ce qu'il nous apporte plutôt que sur tous ces mythes, réfléchir sur ce qui nous rassemble au niveau de l'essentiel plutôt que de nous limiter à du folklore ?
  • L'intérêt historique est nul, mais pas une interprétation actuelle et théologique. Cette insistance pour que s'accomplissent les dires des prophètes répond à la question que se posaient les juifs de l'époque : Jésus est-il vraiment de Dieu ? Oui, répond Matthieu, puisqu'il accomplit les prophéties. Le souci, typiquement juif, de Matthieu était que l'écriture s'accomplisse. Il avait besoin de tout prouver et chacun de ses récits se terminait par une citation des Écritures. Jésus, lui, n'aura pas le désir de convaincre. L'esprit de Jésus, c'est le souci du dialogue, la conviction intime que ce qu'il vit, chaque être humain est appelé à le vivre. D'où son effort pour susciter les êtres à leur mystère. Un effort, en effet, qui le conduira à utiliser le langage des paraboles.
  • Joseph et sa famille se retirent en Galilée. Jésus n'avait de place qu'en Galilée, milieu plus ouvert que la Judée, grâce à la présence de nombreux non-juifs. Matthieu nous montre ainsi que les communautés chrétiennes vivaient, elles aussi, en retrait, en dehors du monde juif qui les excluait. Les premiers chrétiens pratiquaient à la synagogue (vers l'an 80-85), et c'est à ceux-là qu'il fallait démontrer par des récits qu'ils étaient dans le bon en suivant Jésus !
  • L'image de Dieu évolue, les notions évoluent. Nous sommes maintenant plus attachés à découvrir la personne de Jésus. Pourquoi Jésus est-il le centre du monde pour moi ? On a chacun son chemin. Jésus est le centre dans certaines cultures, mais il y en a d'autres, Lao Tseu, Bouddha…

Rapporteur : Christiane Van den Meersschaut

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 12:35
bateau lpc Lv 1, 1-2;9-18;35-37. - Comment Dieu veut-il être servi ?
Rapporteur : Christiane Van den Meersschaut
LPC n° 17 / 2012

Sur la proposition de certains d'entre nous de choisir un texte du Premier Testament, Marie-Jeanne nous a proposé un extrait du Lévitique. Elle introduit le chapitre en brossant rapidement un historique de la composition du Pentateuque et du sens que les auteurs ont voulu donner à ces livres ainsi que quelques précisions sur le livre législatif qu'est le Lévitique.

  • Le style de l'injonction me gêne. Où est ma liberté de choisir? Je comprends que le texte est écrit à un moment donné, dans des circonstances particulières, et poursuit un objectif précis. Mais il me demande un effort pour passer outre à ce style impératif. Car il me dit que, comme la chèvre de Monsieur Seguin, je dois choisir entre être attachée ou être libre et mourir. Or, pour moi le message de Jésus me donne une autre réponse, comme dans le récit de la guérison de Bartimée : Jésus nous demande certes de croire mais il ne nous l'impose pas. Il ne va pas vers Bartimée, il lui laisse le choix de venir à lui. En interrogeant Bartimée sur son attente, Jésus le reconnaît comme une personne à part entière. Il ne s'adresse pas à l'aveugle, au marginal mais à l'être tout entier qui se trouve face à lui. Pour moi, ce qui est la partie vivante de mon cheminement de foi, c'est cette liberté de croire, de choisir tous les jours de vivre en chrétien, donc de vivre "les consignes" des versets du Lévitique. Non pas parce que je dois mais parce que je l'ai choisi. En dépassant nos réticences par rapport aux injonctions je pense que nous pouvons méditer tous les jours sur la place à donner à "l'autre", "le prochain", dans la vie de tous les jours. Tous "les prochains". L'effort quotidien dans nos relations aux autres est de voir en l'autre un être tout entier et non pas son paraître ; dès lors, de lui reconnaître la liberté d'être différent, de penser autrement, de lui laisser la même liberté que celle que nous revendiquons…. et de l'aimer malgré tout. Et ça, c'est un sacré défi !
  • Martin Buber, juif humaniste, a traduit le Pentateuque en allemand en restant très proche de l'hébreu. Au lieu d'employer le futur, il utilise l'impératif présent et parle en "tu". C'est beaucoup plus interpellant. Même si on n'aime pas, on est interpellé. Je ne comprenais pas bien les paroles de Jésus " je ne suis pas venu abolir la loi mais l'accomplir". Grâce aux versets 17-18, je vois ce lien très fort avec l'amour du prochain, mais Jésus va beaucoup plus loin et beaucoup plus fort.
  • Jésus n'est pas venu révolutionner ni inventer une nouvelle religion. C'était un juif de son temps qui a voulu réformer. Ses actes vont plus loin dans l'analyse de sa foi à lui. Son but était de revenir à l'essentiel de la foi juive, comme nous avons le désir de revenir au Jésus de l'évangile.
  • L'évangile, lui, parle en positif. Ici des ordres négatifs "Ne… pas" ; dans l'évangile, des propositions "Heureux celui qui" ou encore comme le traduit Chouraqui "En marche". C'est autrement stimulant ! Pour moi, Jésus est un libre penseur juif, et l'idée me vient que l'évangile serait une libre pensée par rapport au premier testament.
  • J'aime beaucoup ce texte. Si je suis votre Dieu, vous serez d'accord avec moi et vous agirez ainsi. Cela nous renvoie à la vie actuelle. Ce n'est pas dépassé, ce sont les traces d'une première alliance. Comme chrétiens, nous faisons référence aux Béatitudes, mais elles sont déjà dans le premier testament. L'Église nous a malmenés par son commandement " tu aimeras ton prochain", mais en l'amputant du "comme toi-même".
  • Faut-il voir dans ces règles un abus de pouvoir des religieux ou rechercher le sens profond ? Il faut en tirer le sens pour l'être humain. Faire tout un chemin pour respecter les autres. C'est tout différent que de se sacrifier comme nous l'a demandé l'Église. Au fil du temps la forme change mais pas le fond, il y a toujours eu la part du pauvre. La tentation est forte pour toutes les religions de prendre le pouvoir. À nous de trouver de l'air, de la légèreté dans la profondeur.
  • A priori je n'aimais pas ce texte, mais il a un message universel. C'est un aspect de la découverte de ce que c'est que d'être un homme, un juif qui croyait en Dieu. Ce qu'il faut faire pour être croyant et lié à Dieu. Mais ces injonctions gomment ce qui est au profond de nous et que chacun doit découvrir tout seul et en toute liberté. Cela me gêne d'être obligée. Où est l'amour ? On a passé les versets sur le pur et l'impur et l'on sait où ces préceptes nous mènent ! Cela pose question. Jésus s'est opposé à cela. J'ai un mélange de sentiments divers.
  • En fait le principal de ces commandements est l'interdiction de faire du tort à autrui, de le victimiser. Exprimé de manière positive c'est l'obligation d'aimer son prochain, jusqu'à son ennemi, comme soi-même si l'on veut plaire à Dieu et lui rendre honneur. Les autres commandements varient en importance et certains ne sont plus appliqués sauf dans les sociétés les moins avancées du judaïsme, du christianisme ou de l'islam, avec des variantes.. C'est ainsi qu'il n'est plus raisonnable de mettre à mort ou de condamner les homosexuels, ceux qui commettent l'adultère, les enfants qui désobéissent à leurs parents, ceux qui ne mangent pas casher, etc. ; Mais la résistance est coriace. Les catholiques traditionalistes, les protestants évangéliques qui jouent un rôle majeur dans la politique des États-Unis, les ultrareligieux israélites, en font précisément leur cheval de bataille. Ils ne veulent pas donner une priorité à l'esprit mais à la lettre de la loi. La dernière victime est le concile de Vatican II où l'on a voulu maintenir à tout prix une vision traditionnelle de l'Église aux dépens de la volonté de la majorité des évêques qui y participaient. Cinquante ans après, nous en payons les conséquences par un essoufflement du message chrétien dans notre société.
  • Le texte dénonce l'oppression de son prochain…"ne serait-ce qu'en différant d'une seule nuit le paiement du salaire dû à l'ouvrier pauvre". Aux yeux de Dieu, il n'y a pas compensation, mais plutôt aggravation, si les maîtres donnent libéralement, pour des buts soi-disant chrétiens ou philanthropiques, ce qui a été arraché au prix de larmes et de souffrances. Et quelle n'est pas la responsabilité du commerce et des affaires dans le désir tyrannique de devenir riche ?
  • Ceci est un testament perpétuel. Quant il est dit " tu ne feras pas ceci", c'est que cela se faisait. Donc, ce que les juifs ne pouvaient pas faire à cette époque, c'est applicable à nous aussi.
  • Le Lévitique ne donne jamais de justification. Il faut l'accepter en bloc, quitte à être dépaysé. Ce livre est relativement désaffecté par les chrétiens alors qu'il occupe une place centrale pour les juifs. Il est remarquable d'y trouver le célèbre "aime ton prochain comme toi-même". Je suis agréablement surprise de voir de vraies perles dans ce chapitre, dont Jésus s'est visiblement inspiré.
  • C'est tellement proche de l'évangile, mais avec d'autres mots ! Mais alors, qu'est-ce qu'il y a de nouveau dans l'évangile ?
  • Moïse a proposé un code de morale inspiré. Cela a changé le cours de l'histoire. Aimez votre prochain dit Moïse. On a aussi notre code d'aujourd'hui : les droits de l'homme.
  • On retrouve les 10 paroles de vie attribuées à Moïse et à Dieu. Pour les hébreux de l'époque, Dieu est là- haut, il récompense, il punit, il protège, il légifère. Ce langage impératif nous dérange, mais, si on le situe dans le contexte, c'est un texte d'alliance et une alliance, c'est un contrat. Ce Dieu dit " je suis avec vous si vous faites ce que je vous dis". Dans le Lévitique, c'est plus individuel, cela nous rapproche du Nouveau Testament. Dans un contrat, chaque partie a un rôle à jouer. "Je suis votre Seigneur – Vous êtes mon Peuple". Dans un couple, si on s'aime, on ne s'exprime pas en disant " tu feras" ou " tu ne feras pas" C'est un contrat d'amour :" je choisis de faire cela parce que je t'aime". On rejoint ici Jésus qui apporte une autre vision de Dieu. S'il n'y a plus d'amour le contrat est rompu. Pour moi, les 10 commandements sont le minimum vital pour vivre entre humains sur la terre et nous vivons bien souvent en dessous de ce minimum.
  • Les versets 35-38 peuvent nous rappeler que nous avons tous des traces d'immigration chez nos ancêtres. Ils nous disent : "si vous voulez vivre pleinement votre humanité, voici des balises."
  • Quelle différence avec l'évangile ? Qu'est-ce que Jésus a apporté de neuf ? Je me demande s'il n'y a pas une liberté individuelle. Remettre les gens debout. Le premier testament s'adresse à la collectivité ; le peuple passe avant l'individu. Jésus avait sûrement cette idée-là aussi, mais il accordait une importance particulière à celui qu'il rencontrait.
  • Jésus nous présente un Dieu qui s'adresse à nous personnellement. Jésus est venu nous montrer la face de Dieu alors que, devant Dieu, Moïse doit se cacher la face. Nous pouvons l'appeler père, cela le rapproche.
  • Quelle différence entre le Dieu du Lévitique (Dieu de vengeance) et le Dieu de Jésus (Dieu père) ! La notion de Dieu reflète la société qui parle de ce Dieu. On progresse chaque fois dans la notion de Dieu et nous devons encore progresser.
  • C'est quoi l'amour de Dieu ? Cela passe par les gens ! Il n'y a que l'humain qui montre l'amour de Dieu.
  • Nous voyons dans ce premier testament tant de règles qui ne mettent pas l'homme debout, les nombreuses règles sur la pureté et l'impureté par exemple. Dans le nouveau testament, nous voyons Jésus qui ne tient pas compte de cela, en mangeant, en parlant, en défendant des personnes dites "impures". Regardons aujourd'hui le mal que fait encore ce genre de règles dans certaines religions ou cultures !
  • Il y a une grande différence entre Jésus et le premier testament. Jésus, devant la souffrance d'autrui, est pris aux entrailles. On traduit souvent par "il eut pitié", ce qui est beaucoup moins fort. Jésus se met à la place de l'autre. C'est typique du nouveau testament : vivre, se réjouir, souffrir avec l'autre.
  • Une autre grande différence entre les deux testaments c'est que, dans le premier, il fallait éviter de pécher ; dans le second, c'est plus positif : Jésus voulait que les gens soient heureux.
  • Jésus est né, a vécu et est mort Juif. Il n'est pas venu abolir mais accomplir. Où Jésus va plus loin, c'est dans sa relation à Dieu, il l'appelle "papa". C'est une relation proche. Les juifs au Temple avaient tout un système de distances avec Dieu - le parvis des femmes, des hommes, des prêtres, du grand prêtre – avant d'arriver à Dieu. À la mort de Jésus, le voile du temple qui se déchire, c'est le symbole de la distance qui disparaît. Jean-Baptiste parle encore de jugement, mais Jésus parle de pardon. Il nous ouvre des libertés mais ne nous conduit pas à l'anarchie. Jésus ne s'encombre pas de la lettre, mais il retourne à la source.
  • Dans le Lévitique comme dans d'autres passages du premier testament, on observe une religion de l'exclusion, on retranche l'homme pécheur du peuple. Jésus va à la rencontre des exclus, pas uniquement des pauvres, mais aussi des riches. Il répond aussi aux invitations des collaborateurs, des gloutons qui avaient les moyens d'inviter Jésus à leur table. On sort ici de la religion de l'exclusion. Ici, elle inclut ceux qui étaient bannis.
  • Jésus est un véritable juif qui s'est lui-même découvert au fil de sa vie. Il a eu une progression personnelle. On admet cette progression. Jésus ne savait pas tout dès la naissance.
  • Je me dis chrétienne en essayant de vivre du message de Jésus auquel je crois, mais je ne me dis plus adepte de telle ou telle religion. Ce qui compte pour moi c'est la spiritualité et non la religion. Regardons toutes les guerres causées par les religions. Toutes les religions en produisent. La spiritualité grandit l'homme en l'humanisant.
  • Notre histoire est faite de continuité et de prolongation. Le nouveau testament est le second testament et nous sommes en train de vivre le troisième testament.

Rapporteur : Christiane Van den Meersschaut

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 15:19
bateau lpc Mt 25, 14-30. - La parabole des talents.
Rapporteur : Marie-Jeanne De Pauw
LPC n° 16 / 2011

MT 25,14-30 - La parabole des talents

Les séismes financiers qui secouent actuellement la planète entière ont donné une résonance particulière à cette parabole. Pour plusieurs participants, ce texte pourrait faire l'apologie de la spéculation ‘faire fructifier l'argent à la banque sans travailler', alors que l'usure était interdite dans le monde juif.

Lorsque la parabole nous dit (vers. 29) "car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on enlèvera même ce qu'il a", comment ne pas penser au scandale des riches qui continuent à s'enrichir et des pauvres qui deviennent toujours plus pauvres ? C'est une horreur, dit une participante, si on se situe au niveau de la spéculation et en terme d'intérêt.

Nous constatons donc que, pour beaucoup d'entre nous, une lecture qui ne tient pas compte du mécanisme des paraboles rend ce texte imbuvable. Mais, comme le soulignent plusieurs participants, il s'agit d'une parabole dont la pointe échappe aux incohérences ‘logiques'. Le récit tente de nous faire percevoir qu'il faut oser réaliser quelque chose. Comme le souligne une participante: est-ce plus grave de perdre que de ne pas essayer ? Un autre participant renforce cette idée en précisant qu'au coeur du fonctionnement des paraboles on quitte le niveau de la quantité pour se situer au niveau de la qualité.

Le texte évoquant une somme considérable - un talent égale plus ou moins 15 années de salaire - le lien peut être fait avec la vie reçue. Que vais-je en faire ? Vais-je oser assumer mes choix, valoriser mes talents, gérer de manière responsable ? Peu importe qui est l'autorité qui confie ses biens ; l'important c'est qu'en se retirant elle nous donne une autonomie qui nous permet de parcourir un chemin personnel, mettant en valeur ce que nous avons reçu.

Le troisième serviteur, nous dit un participant, n'a pas reçu sa part comme un don, mais plutôt comme un objet dont il a la garde. En faisant cela, il n'est pas devenu créateur… À moi, poursuit ce participant, à la lumière de cette parabole, de regarder le chemin de ma vie, d'y trouver des traces de cette création demandée…

Plusieurs participants soulignent qu'il ne nous appartient pas de juger la démarche d'un chacun, car nous ne sommes pas égaux devant la vie. À nous de construire un monde plus fraternel, dans le respect des uns et des autres.

Cette parabole répond bien à mon chemin de libre penseuse chrétienne, nous confie une participante : oser, faire confiance, avoir foi en soi, développer les talents que la vie nous a donnés dans notre relation avec notre prochain et en assumer les risques !

Rapporteur : Marie-Jeanne De Pauw

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 15:11
bateau lpc Mt 22, 34-40. - Le plus grand commandement.
Rapporteur : Christiane Van den Meersschaut
LPC n° 16 / 2011

Mt 22, 34-40 - Le plus grand commandement

Marie-Jeanne nous propose un commentaire inspiré du livre de J.Meier "Un certain Juif Jésus" T.4 "La loi et l'amour". Cette péricope se situe dans un contexte polémique. Par ses paroles et ses actes, Jésus est devenu une menace pour l'autorité religieuse de son époque et suscite la réaction vengeresse des autorités, bien décidés "de le prendre au piège" afin de le compromettre auprès du petit peuple. Selon Meier, cette éblouissante dialectique de combinaison et de distinction de deux commandements, (Deut 6, 5 ; Lév 19,18) a la meilleure probabilité de venir du Jésus historique. Absolument aucun écrit juif avant l'époque de Jésus ne nous offre un double commandement d'amour s'inspirant de deux textes de la Torah, juxtaposés mais soigneusement distingués, tout en formant un tout supérieur à tous les autres commandements.

  • Aimer Dieu ne me pose pas de problème, c'est facile ; mais aimer son prochain, c'est là le problème ! Mais qui est son prochain ? Doit-on aller jusqu'à aimer son ennemi ? Il ne faut surtout pas soigner son prochain pour gagner son ciel, il faut aimer son prochain gratuitement.
  • Aimer Dieu cela me pose un problème. Comment aimer quelqu'un qu'on ne connaît pas ? Moi, je ne peux pas. Aimer son prochain comme soi-même qu'est-ce que cela veut dire ? On ne peut pas aimer les autres comme on aime ses proches, donc il y a une autre signification. Aimer son prochain, c'est avoir une attitude de respect, voir l'autre comme une personne aussi importante que soi. C'est avoir une écoute attentive, un regard profond qui puisse remettre l'autre debout.
  • Aimer Dieu ce n'est pas évident pour moi aujourd'hui. Ce que Jésus a dit de Dieu ne me satisfait plus tout à fait, car l'expérience de Dieu faite par Jésus est relative à son époque et à sa culture. J'aime lire dans l'épître de Jean 4,7-8 que "Quiconque aime connaît Dieu" C'est dans notre désir profond d'être aimé et à partir de ce que nous vivons que nous pouvons connaître Dieu, c'est-à-dire expérimenter quelque chose du divin en nous. Ce double commandement n'en fait qu'un, on ne peut découvrir Dieu qu'à travers l'amour humain. Il y a plusieurs formes d'amour, Eros, Philia, Agapè, mais tous les trois font partie de la vie. Il y a des moments où une forme d'amour prend le pas sur les autres, mais on passe par les trois formes.
  • Aimer Dieu, mais qui est Dieu ? Comment aimer quelqu'un de mystérieux ? Aimer sur ordre ? C'est impossible ! L'Amour existe t-il ? Oui, je l'ai expérimenté. Cet amour est en relation avec mon incertitude sur Dieu. Je suis tenté d'identifier Dieu dans l'Amour. Et mon ennemi ? Je ne peux pas l'aimer, mais je peux me mettre en disposition de l'aimer et pour ça j'ai des modèles.
  • Jusqu'où aimer ? Aimer sans retour ? Jusqu'où cela doit-il aller s'il n'y a pas de retour ? Jusqu'au masochisme ? Peut-on aller jusqu'à la destruction de soi-même ? A quoi sert, comme forme d'amour pour Dieu, de se flageller, de porter le cilice, de ne pas se nourrir le jour et de se gaver la nuit ou le week-end…. ? À quoi sert, comme forme d'amour, de se laisser battre par son conjoint, de se faire écraser par l'autre, de taire l'inadmissible… ?
  • J'aime beaucoup l'histoire du Bon Samaritain. Celui-ci a un objectif pour sa journée. Il rencontre le blessé, il fait ce qu'il faut pour lui, il le conduit à l'auberge, paye pour ses soins et délègue la suite à l'aubergiste. Lui, il continue sa route pour réaliser l'objectif de la journée qu'il s'était choisi. Il faut savoir dire "halte" un certain moment. Il faut éveiller l'autre et l'autre doit faire son chemin.
  • En ce sens, le professeur Y-P. Nkodo, psychologue et neuropsychologue en gériatrie à Erasme, dit à certains moments, face à la douleur de l'autre "il est nécessaire d'avoir des infidélités salvatrices".
  • Jésus a pressenti que, pour aimer son prochain, c'est-à-dire le respecter dans son altérité et lui permettre de développer le meilleur de lui-même, il faut nécessairement prendre du recul. Dans la prière, en vivant cette relation de confiance avec celui qu'il appelait Père, Jésus retrouvait cette énergie positive mise à l'épreuve par les réalités souvent éprouvantes de la vie. Ancrage dans le réel et moments d'intériorité dans le silence et la confiance me semblent être les lignes de force de ces deux grands commandements distincts mais indissociables.
  • Tolstoï dit de Dieu qu' "On ne le comprend pas par l'intelligence, mais avec la vie". C'est l'intuition.
    Lorsque Jésus parle d'aimer son Père au-dessus de tout c'est parce qu'il a ressenti une Présence en lui qui le fait vivre, exister et aimer au-delà de tout. Dieu touche là notre profondeur humaine. Me sentir aimer de Dieu, quels que soient mon parcours et mes faiblesses, sera force et courage pour me mettre ou rester debout sur le chemin de ma vie. À moi maintenant de me laisser aimer pour apprendre à aimer à mon niveau. Je pense ici à l'abbé Pierre mais aussi à Mère Térésa ou Sœur Emmanuelle qui ont su se laisser aimer par cet Amour, expérimenté un jour et entretenu tout au long de leur vie, pour en faire les vies que nous connaissons.
  • Je crois que Jésus a combiné ces deux commandements du premier testament par une expérience personnelle de son Dieu intérieur. Quand Jésus aime, par ses actions et ses paroles, il se sent poussé de l'intérieur par ce qu'il a de meilleur en lui, qu'il appelle Dieu. Pour pouvoir aimer l'autre il faut être en harmonie avec son moi profond. Si Dieu fait partie de ce moi, en aimant l'autre, on découvre qu'on continue l'œuvre de création du Royaume à la suite de Jésus.
  • Je ne crois pas qu'il faille être en harmonie avec soi pour aimer l'autre. Il y a des êtres souffrants qui, malgré leur détresse, peuvent aimer leur prochain.
  • Je ne peux pas parler à Dieu car je suis resté au Dieu de mon catéchisme, mais je peux parler à Jésus. Heureusement qu'il y a ce second commandement !
  • Ce texte me met par terre. Il me dit ce que je dois faire et que, depuis toujours, je ne fais pas. Auparavant j'avais la confession, j'étais tranquille : une petite pénitence, trois paters et un ave, et c'était terminé ! Depuis, j'ai pris des distances avec cette façon de faire, je respire mieux, mais j'ai un problème, car je malmène Dieu en me conduisant de la sorte. Je ne peux que me faire des reproches de ne pas avoir fait ce que j'aurais voulu faire.
  • Attention de ne pas avoir un idéal trop absolu, car la culpabilisation alors est d'autant plus grande. J'aimerais bien recommencer ma vie pour faire mieux.
  • Peut-on aimer tout le monde sans retour ? On s'est tous fait pomper l'air par certaines personnes. Où est la limite ? On peut aimer sans retour ses enfants. Pour les autres on ne peut pas aimer si on ne s'aime pas soi-même. C'est difficile. Il faut parvenir à se pardonner à soi-même.
  • On peut se pardonner mais aussi demander pardon. Attention de ne pas être dans l'illusion : si je me sacrifie, je crois que je donne du bon, mais est-ce vraiment bon ? On est souvent dans l'illusion !
  • Chez les protestants, nous n'avons pas de confession. Il n'y a pas d'intermédiaire humain entre Dieu et soi. On nous demande de faire notre examen de conscience, de se donner son pardon et de chercher comment pouvoir réparer le mal que l'on a fait.
  • Tout le monde a ses moments de grâce qui sont parfois très courts. Ce que l'on sait des moments de grâce de Jésus, c'est très court, trois ans de sa vie. Il a sans doute été, comme tous les enfants et les jeunes de son époque, à faire des bêtises. Ce qu'on met en exergue ce sont de courts moments de la vie. Je prends simplement ce texte comme une recette de bonheur. Mais attention ! Quand chacun s'applique à réaliser une même recette, les résultats, les goûts sont tous différents. La plupart du temps nous sommes de pauvres types qui avons des moments sublimes.
  • Ce passage est évidemment central dans l'évangile. Cependant, je trouve que les "termes" sont d'une autre époque et ne tiennent pas compte de la psychologie moderne. "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit". Est-il possible d'"aimer" un être qui n'est pas représentable, qui n'a pas de chair ? Je comprends que Légaut n'utilisait pas beaucoup le terme "amour" qui, à son avis, recouvrait trop de choses différentes. Légaut lui préférait le terme de "fidélité". Il me semble qu' "aimer Dieu" c'est "entrer dans la lignée", comme dit A. Myre, c'est-à-dire suivre une ligne qui a commencé avec l'apparition chez l'homme de la conscience et qui se poursuivra tant qu'il y aura des hommes. Cette ligne, c'est la fidélité à la source d'énergie qui se trouve dans le fond de notre être, nous pousse à faire le bien, à s'intéresser aux autres et tend à notre accomplissement humain.
    "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Le "comme toi-même" me dérange. Quid de ceux qui ne s'aiment pas eux-mêmes ? On ne peut aimer autrui que si l'on s'aime soi-même. L'individu pourvu d'un "moi" limité n'en est pas capable. Je préfère de loin cette autre parole de Jésus : "aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés". La comparaison est meilleure car on sait que Jésus était un être d'amour authentique.

Rapporteur : Christiane Van den Meersschaut

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 14:59
bateau lpc Mt 21, 28-32. - La parabole des deux fils.
Rapporteur : Christiane Van den Meersschaut
LPC n° 16 / 2011

Mt 21,28-32 - La parabole des deux fils

Nous nous rappelons que Matthieu écrit pour les juifs de la jeune église qui sont devenus chrétiens. Il réconforte ainsi sa communauté persécutée par les scribes et les pharisiens. Il propose une conception de vie chrétienne qui ne détruit pas la Loi mais qui la surpasse. Il ne s'agit plus de paraître irréprochable en étant en ordre avec une religion formaliste, celle qui donne toute la valeur à l'obéissance et à la pratique des rites, des règles, des offrandes, des prières, afin d'être "cascher", d'être bien vu, d'être sauvé. Pour l'auteur, la supériorité de l'enseignement de Jésus c'est qu'il met l'accent sur ce qui est intérieur à l'homme, les intentions de son cœur. Il ne s'agit plus de dire mais de faire. Il ne s'agit plus de chercher quel est le minimum des exigences à accepter pour être "en ordre" avec Dieu, mais il s'agit de "voir" et "d'entendre" les appels des hommes pour travailler à sa vigne, pour construire le Royaume.

  • Pour moi, c'est un texte provocateur, Jésus parle ici comme un prophète qui bouscule les foules par son discours. Le premier fils représente notre humanité, c'est notre côté soleil, c'est se convertir librement, c'est un oui réfléchi et efficace. Le second fils, c'est notre côté ombre, c'est avoir un ego surdimensionné, c'est notre côté orgueil et hypocrisie. C'est ne pas oser dire non par crainte de Dieu. La crainte c'est le contraire de l'amour !
  • Jésus parle à une assemblée de gens qui sont dans leur bon droit et leur reproche de n'avoir pas été comme les prostituées. Je ne vois pas le rapport avec les deux fils.
  • Comme dans d'autres récits de Jésus, nous pouvons être à chaque fois tous les personnages. Ce texte me renvoie à St Paul qui dit "Je fais le mal que je ne voudrais pas faire et je ne fais pas le bien que je voudrais faire".
  • Je me retrouve un peu entre les deux pôles suivants : d'une part, la facilité, l'instinct grégaire qui fait qu'on se laisse dominer par la Loi, d'autre part, l'aventure personnelle, le risque, le don, l'effort.
  • Ce texte met en scène quelque chose d'essentiel dans l'être humain. Dans la Genèse l'homme est créé à l'image de Dieu. On pourrait dire en vue d'être à l'image, à la ressemblance de Dieu. L'être humain est fait pour devenir un mieux et, dans cette évolution, il y a les freins : On n'y va pas et parfois on y va.
  • Ce texte ne me parle pas, c'est trop extrême : oui contre non. J'admire le oui des chrétiens en Syrie et dans d'autres pays où les chrétiens sont persécutés.
  • Beaucoup d'hypocrites dans l'Église se cachent derrière la façade d'honorabilité que constitue la pratique des rites : ils se donnent en exemple en public, mais que font-ils dans la sphère privée ?
    Ne pas oser dire non, c'est rester un gamin, c'est une forme d'immaturité. Celui qui ose dire : "Je suis prêtre et j'aime quelqu'un" a une longueur d'avance morale.
  • Dire non est un acte de liberté, le fils rompt sa relation avec son père pour créer quelque chose qu'il a choisi librement, il peut alors dire oui. Il n'est plus dans l'obéissance ou la soumission. Il naît à une relation nouvelle avec son père. C'est une image biblique récurrente : dès la Genèse, Abraham doit rompre avec son père et quitter son pays. Il nous faut prendre des distances avec ce que l'on nous avait dit pour choisir librement. Voir ce que nous garderons par choix réfléchi plutôt que par répétition automatique.
  • La liberté, c'est toujours un choix à faire. Ce choix peut être très difficile.
  • Nous devons nous reconvertir continuellement, c'est un recommencement quotidien pour travailler au Royaume, on n'est pas converti une fois pour toutes. Le Royaume, c'est bien ici que nous y arriverons.
  • Ce texte m'interpelle sur le plan profane et religieux. Du point de vue profane, il s'agit d'être fidèle à son engagement. "Que ton oui soit oui" Le oui qui est oui c'est un rapport à l'altérité. C'est important à transmettre dans l'éducation des enfants. Du point de vue religieux, quelle déception de voir que le prêtre de 80 ans qui a fêté son jubilé par une célébration œcuménique avec la communauté protestante de son quartier a maintenant des ennuis avec Mgr Léonard, sa hiérarchie. Faut-il construire le Royaume dans le partage ou au contraire selon la doctrine ? Mais il y a aussi des prêtres autrichiens qui osent se révolter, ils ouvrent l'Église aux "prostituées" : les gens divorcés.
  • Ce qui m'émerveille encore une fois, c'est la liberté que Jésus ose prendre avec l'autorité religieuse. Il ose critiquer en pleine face des spécialistes religieux, dans le Temple même de Jérusalem. On croit rêver ! On mesure la stupeur de l'auditoire. Imaginons cela aujourd'hui !
    Jésus dénonce ici l'hypocrisie pour faire l'éloge de la sincérité, des cœurs purs. Il donne la première place à ceux qui se présentent à lui tels qu'ils sont, avec leurs fragilités et malgré leurs manquements aux rituels religieux.
  • Ce qui compte, c'est la solidarité, la justice, le partage. L'évangile nous présente quelqu'un de formidable, Jésus, quelqu'un comme nous, mais qui mettait l'autre sur un piédestal. Et la question est : Comment parvenir à faire comme lui pour servir l'autre ?
  • À notre époque, qui sont les "prostituées" et les "collecteurs d'impôts?" Ce sont les exclus. Ce sont les jeunes sans repères. Est-ce que ceux qui n'ont pas de place dans la société n'ont pas quelque chose à nous dire ?
  • Il faut cesser de mettre des étiquettes. Il faut faire sauter les barrières et les préjugés. L'important c'est de voir ce que l'autre a construit pour rendre le monde plus humain.
  • La règle d'or c'est "Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse". La déclaration des droits de l'homme n'est malheureusement pas encore adoptée par tous les pays.

Rapporteur : Christiane Van den Meersschaut

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 13:46
bateau lpc Mt 13, 44-52. - Le trésor caché, la perle, le filet, les richesses nouvelles et anciennes.
Rapporteur : Christiane Van den Meersschaut
LPC n° 15 / 2011

Mt 13, 44-52 - Les paraboles du trésor caché, de la perle, du filet, des richesses nouvelles et anciennes.

Les deux premières paraboles présentent le royaume de Dieu comme une réalité incomparable, sans prix, qu'il faut préférer à tout. Pour Matthieu, le chrétien trouve dans la foi juive renouvelée par Jésus un véritable trésor. Cette foi n'est pas pour lui un appauvrissement ou un abandon de la Loi, comme les autres juifs le pensaient. Mais la Loi de l'Ancien Testament est incomplète : Jésus vient la compléter, c'est-à-dire la mener à sa perfection. Les traditions juives avaient beaucoup ajouté à la Loi venue de Moïse ; surtout, de nombreux maîtres spirituels avaient faussé le sens de la vie selon la Loi. Jésus rectifiera leur enseignement. La question porte sur l'attitude des disciples : elle est un reflet des discussions qui opposèrent les chrétiens des années 80 aux représentants du judaïsme. Le disciple est celui qui a accepté d'aller plus avant avec le Christ.

Après cette brève introduction, c'est le temps du partage :

V.44-46 La parabole du trésor caché et de la perle

  • insistance sur la nécessité d'avoir des priorités et des choix et de s'y tenir.
  • importance des choix personnels, joie d'avoir fait le bon choix.
  • éthique de la responsabilité personnelle.
  • ce que l'on cherche est enfoui, caché dans un grand ensemble ; le trésor dans un champ, les perles dans la masse des perles du commerce, les bons poissons dans la mer.
  • il s'agit de chercher, de trouver dans notre vie le Royaume des cieux. Il est caché, enfoui en nous-mêmes, mais aussi dans les autres, dans des groupes de personnes, des initiatives, des associations, des communautés qui partagent…Ne dit-on pas "cette personne est une perle, un trésor ?"
  • on trouve l'essentiel par hasard, par recherche active, en travaillant sa vie.
  • gratuité de ce trésor qui est là au-dedans de chacun ; on peut le découvrir par hasard, là où on ne l'attend pas : des paroles, une rencontre, une lecture, les circonstances de la vie…ou en le cherchant ailleurs que dans nos idées reçues.
  • il y a des invitations de la vie. La vie de quelqu'un d'autre peut m'interpeller et me modifier peu à peu.
  • c'est une invitation à vivre les tournants de notre vie. Lorsqu'on a trouvé le plus précieux, sachons lâcher le reste.
  • "donner tout ce qu'on a" : est une invitation au dépouillement pour vivre de l'essentiel.
  • "vendre tout ce que l'on possède" : c'est partir sur des chemins nouveaux, c'est perdre ses certitudes, c'est être moins en sécurité, mais c'est oser prendre sa vie en main, c'est devenir soi.
  • "le trésor" : c'est le moment juste à l'étape juste. Ce qui m'interpellait il y a vingt ans ne me dit plus rien aujourd'hui. C'est devenir heureux.
  • "le trésor" : notre richesse spirituelle intérieure, personnelle, cachée, qui est surprise pour les autres et provoque la joie.
  • la préciosité du trésor : on le place au-dessus de tout, on lui donne la première importance, c'est rare, c'est beau, c'est une recherche de l'absolu, de la perfection.
  • pour moi l'évangile est ce trésor, cette perle.
  • "la perle" : précieuse, importante, recherche d'absolu, de ce qui me dépasse.
  • "la perle" : une poussière qui devient quelque chose de précieux.
  • je suis choqué par ces récits. Le premier prend un trésor qui ne lui appartient pas ! Pour le deuxième, j'aurais préféré qu'un collectionneur trouve la perle plutôt qu'un marchand, car celui-ci va spéculer pour en tirer profit !

V.47-48 La parabole du filet

  • l'important, c'est que les filets soient jetés, que le grain soit semé.
  • les filets évoquent nos communautés où il y a plusieurs tendances.
  • "le filet" : image de tous les liens, de toutes les relations que nous vivons avec les gens.
  • "le filet": image de l'homme qui embrasse tous les éléments, les événements de sa vie et qui y fait le choix de ce qui est bon pour l'homme.
  • "le filet" : moi je vais faire ma pêche, je dois tout le temps faire le tri, c'est pas à un autre (à un ange) à le faire, les trésors sont différents aux différentes étapes de ma vie. C'est comme ça qu'est mon ciel intérieur aujourd'hui.
  • "ramasser dans des paniers" : c'est un partage, une mise en commun.

V.49-50 Ainsi en sera-t-il à la fin du monde :

  • je n'aime pas ces versets, mais ce sont des lieux communs pour les gens de l'époque.
  • si on se regarde bien, on sait qu'on n'est ni mauvais, ni bon. Alors ?
  • comment des disciples qui ont vécu avec Jésus peuvent-ils écrire cela ? Ont-ils compris le message de Jésus ?
  • je suis révolté par ces versets, pourquoi les disciples ont-ils écrit des choses pareilles ?
  • les paroles de la Bible sont des paroles datées, passées, dépassées.
  • Matthieu vit dans sa tradition juive, Jésus n'a laissé aucun écrit, ce sont des hommes qui parlent à l'époque de Jésus, tous les peuples étaient théistes et, dans chaque religion, on croyait à une vie léthargique, à la pesée des âmes, au jugement.
  • cela n'a plus aucun intérêt pour nous puisque nous ne pouvons plus admettre la fin du monde avec un jugement tel que la tradition le présente. Notre vision de l'univers balaye ces visions mythiques valables à l'époque où elles furent écrites.
  • il ne s'agit pas de juger, ni de rejeter les mauvais des bons, mais de faire des choix radicaux, d'opter pour le bien de l'homme, le beau, non pas par peur d'un jugement, d'une punition, mais parce que le bien est une bonne chose, il humanise l'homme.

V.51-52 Des richesses nouvelles et anciennes

  • "tirer de son trésor du neuf et du vieux" : on a tous des casseroles à tirer, des blessures avec lesquelles il faut vivre.
  • il faut s'approprier ses déterminismes, cela demande un effort de lucidité pour voir clair en soi, ne pas dissimuler ses blessures. Quand on assume ses échecs, ses limites, on peut vivre avec l'ancien et, à partir de cette acceptation, on peut vivre du neuf.
  • cela me fait penser à la transhumance : on part et on traverse, mais tout en restant soi ; on ne revient pas pareil, on s'est enrichi.

"Le Royaume des cieux" :

  • "C'est la vie des hommes ensemble, parvenue à sa perfection, c'est la vraie communauté humaine" dit Martin Buber.
  • l'accès au Royaume, c'est trouver le sens de sa vie, devenir soi, vivre en conséquence. J'ai longtemps cru que le sens de la vie c'était de faire son devoir. Puis beaucoup plus tard, j'ai mûri et perçu que le devoir pour lui-même est desséchant, même s'il s'agit de rendre service ; il doit s'accompagner de joie et d'amour, ce qui est souvent refoulé. L'âge correspond à une diminution d'énergie, mais cela a aussi du bon : on se limite à l'essentiel, à ce qui rend heureux.
  • Ce n'est pas le trésor ou la perle qui est le Royaume des cieux, mais l'homme qui cherche, l'homme qui trouve, l'homme qui trie, qui agit, qui fait des choix. Ce qui se passe entre l'homme et sa découverte c'est le Royaume des cieux.
  • Le royaume de Dieu est à découvrir en nous, dans notre vie, c'est une manière de penser, de vivre qu'il nous faut acquérir, c'est-à-dire nous "approprier" (faire naître, faire mieux) en l'expérimentant dans notre quotidien avec les autres.
  • c'est être " trésor" ou "perle" pour les autres ; et les autres, être pour nous "graine" ou "levain".
  • c'est humaniser l'homme, c'est bon pour l'homme de faire le bien, c'est-à-dire d'aimer, pardonner, partager, afin que les hommes puissent vivre une vie "bonne".

Ce qui m'habite après la lecture et la méditation de ces paraboles de Matthieu

En quelques phrases imagées, très simples, Jésus nous révèle aujourd'hui son secret, ce qui le fait vivre, ce qui l'habite, il le compare à un trésor caché dans un champ. Et cela nous surprend : pourquoi cacher dans la terre ce qui est une réalité du ciel ?… et j'entends par "ciel" ce qui est au plus profond de moi. Mais où se fait cette découverte ? Cette découverte se fait au milieu même de notre champ, car nous sommes le champ de Dieu. Ne cherchons pas le Royaume de Dieu ici ou là, il est au-dedans de nous mais comment y accéder ? Et là je touche le mystère de la foi. J'ai beau aller à la messe tous les jours, prier, demander, rien ne vient, j'ai vraiment la sensation d'avancer dans un désert aride, je me sens seul et abandonné. Dieu est absent… J'avance dans ma vie avec le vide en moi. Mais pourquoi, ce matin, en entrant dans cette église, j'ai ressenti comme une paix, comme une Présence qui m'attendait. Je ne me sentais plus seul, j'ai pu dire ce que j'avais sur le cœur, ce qui m'encombrait ; je me sentais écouté et aimé. Mystère que ce que j'ai vécu là, j'ai ressenti là que plus grand que moi m'habitait et voulait mon bonheur. Ma vie ne fut plus la même ; mes prises de décision tenaient compte de cette expérience vécue. Est-ce là le mystère de Dieu et de la foi ?… Je n'en sais rien mais, ce que je sais, c'est que c'est une balise pour la conduite de ma vie. C'est cela que pour moi cette parabole de Matthieu veut dire. Charles Vandenhove

Rapporteur : Christiane Van den Meersschaut

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 13:15
bateau lpc Jn 14, 1-12. - Jésus est le chemin qui conduit au Père.
Rapporteur : Marie-Jeanne De Pauw
LPC n° 14 / 2011

Le participant qui présente la péricope de Jean souligne que ce discours, attribué à Jésus au moment du dernier repas, est un discours construit par Jean pour témoigner de sa christologie. Aucune trace de ce discours chez les autres évangélistes, même chez Matthieu qui a cependant construit son évangile autour de cinq grands discours. Christologie, car Jean met Jésus-Christ au centre de sa réflexion, alors que chez les autres évangélistes Jésus se réfère toujours au Père. Jean nous donne le sujet de sa réflexion, mais il ne nous dit pas pourquoi et comment il arrive à ce résultat. Nous ne sommes donc pas dispensés de faire, chacun, la démarche du pourquoi et du comment.

Au regard de sa vie, pourquoi Jésus est-il le chemin ? (vers.6)

Puisque le Père se révèle dans la manière de vivre de Jésus, qu'est-ce que cela nous apprend sur le Père ?

Quel sens donné au vers. 12 : "Celui qui croit en moi fera aussi les oeuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je vais auprès du Père" ?

Certains participants sont mal à l'aise avec ce texte :

Jésus semble se présenter comme Dieu. L'évangile nous a toujours été présenté comme la parole de Dieu et j'éprouve des difficultés à prendre distance par rapport au texte.

Je n'aime pas du tout que l'on mette Jésus au centre de tout. Ces textes amènent à diviniser Jésus. Pour moi, il y a d'autres chemins pour atteindre ce qui est profond en nous. Par contre au vers.12, c'est Jésus lui-même qui nous pousse à trouver en nous les réponses aux questions de notre époque.

Ce texte me met mal à l'aise lorsque Jésus s'identifie au Père. Pour moi, l'image de Jésus est une image fraternelle qui nous invite à trouver la Source au fond de nous.

Je ne supporte pas l'idée que personne ne peut aller au Père sans passer par Jésus.

Jean décrit ici un Jésus tout à fait étranger au Jésus historique. Plusieurs dizaines d'années de traditions se sont écoulées entre la vie de Jésus et la rédaction de l'évangile de Jean.

Un participant précise que, selon le père Boismard, c'est à Ephèse qu'une des couches rédactionnelles de Jean affirme la divinité de Jésus afin de le rendre aussi important qu'Artémis, fille de Zeus et déesse de la cité.

Un participant précise qu'il peut entrer dans ce texte dans la mesure où il y voit l'expression d'une communauté qui essaie de vivre de Jésus.

En se mettant à la place du rédacteur, tributaire des représentations de son époque, on peut dégager l'essentiel, à savoir l'homme Jésus qui, par sa manière de vivre la justice et la miséricorde, m'appelle à vivre ainsi.

Dans ce texte, je ne reprends certainement pas le mot "vérité" car… que d'atrocités commises en son nom !

D'autres participants soulignent les aspects positifs du texte

Ce texte nous ramène bien à ce que nous sommes aujourd'hui : comme Philippe, nous voulons connaître Dieu mais nous ne sommes pas prêts à faire de notre vie le chemin de justice, de miséricorde, d'ouverture à l'autre qui nous y conduit.

Normalement, un père aime ses enfants et aide à ce qu'ils se réalisent. Cette idée de Dieu me convient. Jésus nous indique un chemin vers l'amour infini où chacun a sa place. Amour où nous sommes un peu Dieu, un peu Jésus.

Par sa manière de vivre, proche des plus petits, au service de la vie, au service de l'homme et non de la religion, Jésus est pour moi un chemin de vie.

En appelant son Dieu "Père" il nous le rend proche par rapport à une théologie de la toute-puissance. "Père" est un mot de relation et non un titre.

Ai-je vu des signes de la présence de Dieu dans ma vie ? Oui, grâce à des personnes que j'ai rencontrées sur mon chemin et qui m'ont permis d'espérer. Dieu n'agit pas directement dans le monde, il a besoin de nos mains.

Le but de la vie de Jésus et de ses disciples n'est pas de montrer Dieu mais de réaliser dès à présent le Royaume.

Rapporteur : Marie-Jeanne De Pauw

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 13:05
bateau lpc Jn 10, 1-10. - La parabole du berger et des brebis.
Rapporteur : Gisèle Brouwer
LPC n° 14 / 2011

Pour aborder ce texte de l'évangile de Jean - que tous les participants (mais nous n'étions que six…) ont trouvé rebutant et même choquant - une mise en perspective préalable nous a semblé nécessaire.

Un article de Jacques Vermeylen (publié dans Pastoralia 2011 N°4) explique le travail effectué, par une équipe oecuménique lors de la rédaction de la nouvelle TOB, pour rectifier les 68 mentions de l'expression "Les juifs" dans l'évangile de Jean. Mal comprise, cette expression laisse sous-entendre, notamment dans la passion de Jésus, que tout le peuple juif est "déicide", ce qui a contribué à l'antisémitisme chrétien massif au cours des siècles et même aux progroms.

Or, comme chacun sait, Jésus était un juif parmi d'autres, fils de juifs, circoncis et fréquentant la synagogue. Il n'a pas perdu sa qualité de juif parce qu'il a été tué par d'autres juifs..! Il n'est pas, comme on l'a laissé entendre, ou comme cela apparaît dans l'évangile de Jean, un chrétien d'origine indéterminée poursuivi par la vindicte du peuple juif.

Le mot "Juifs" pouvant avoir plusieurs sens, le travail a consisté à identifier l'acception convenable dans les 68 cas de l'évangile de Jean pour les rendre plus fidèles au sens suggéré par le texte.

Jacques Vermeylen juge que c'est un progrès réel et suggère de s'y référer.

Cette mise au point avait pour but de prendre un peu de distance par rapport à ce passage (10,1-10) et aux termes violents, mis dans bouche de Jésus, vis-à-vis de ses "prédécesseurs" et qui, d'après les notes de l'ancienne TOB, se rapporte aux pharisiens (c'est-à-dire les juifs, vr chap. 5,1-18 ).

Nous continuons cependant à trouver ce texte difficile à appréhender :

"Qu'est-ce que l'auteur a bien voulu dire et à qui ?".

"C'est de nouveau une belle envolée, pleine de symboles qui ne me disent rien, un texte entièrement construit".

"Je suis choquée par les termes…"

"…par cette exclusion de ce qui n'est pas Jésus" (v.8).

"Il n'y a aucun support à cette déclaration..(d'exclusion)"

Ce rejet de la forme du texte nous rend difficile l'accès au fond du message: "Qu'a-t-il voulu dire ?"

Quelques éclaircies cependant :

"Moi, j'aime les symboles, ils me font vivre (ex. la "porte"), ce texte me fait penser à l'enfant qui cesse de pleurer seulement quand il reconnaît la voix de sa mère; à ce moment, il se sent, il se sait, aimé".

"Dans le chef du berger, il y a une dimension de connivence, d'amour, d'exemple et les brebis ne s'y trompent pas. La parole, le geste, l'autorité naturelle proviennent d'une différence fondamentale de nature. Jésus a eu une marque très forte sur ses contemporains".

Comme le suggère une note de la TOB, une participante a relu ce qui précède (9, 13 et svts) qui a trait à la longue discussion des pharisiens sur la personne de Jésus. Celui-ci a guéri l'aveugle-né un jour de sabbat, il n'est donc pas de Dieu…mais alors, comment a-t-il pu guérir l'aveugle ?

Il y a un retournement : l'aveugle voit (par ses yeux et par la foi) et les pharisiens sont "aveugles", enfermés dans leurs certitudes ("Nous sommes de Moïse").

Ce sont les mêmes qui entrent par effraction dans l'enclos des brebis, ce sont des usurpateurs. Le "bon" berger est celui qui "aime", qui a ouvert les yeux (il connaît ses brebis) et le cœur (il les appelle). On le reconnait et on le suit, il est la "porte".

Une question encore : "Je suis la porte", dit Jésus, à cela on peut adhérer mais n'y en a-t-il pas d'autres ? La plupart répondent "oui" (Mahomet, Bouddha…). A approfondir…

Rapporteur : Gisèle Brouwer

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 12:51
bateau lpc Jn 4, 1-42. - Jésus et la Samaritaine.
Rapporteur : Martine Dupont
LPC n° 14 / 2011

Une analyse de John P. Meier nous est proposée en guise d'introduction. Selon lui, la rencontre de Jésus avec la Samaritaine peut se situer dans la ligne de celle avec la Cananéenne ( Mc 7, 24-30, Mt 15,21-28).

Chaque fois, il y a une rencontre de cœur à cœur, une parole qui ébranle Jésus et lui fait prendre conscience de l'universalité de sa mission. Guidée par Jésus, la Samaritaine accomplit un parcours spirituel où elle part d'une désignation inamicale de Jésus (Toi un Juif v.9) pour en arriver à affirmer qu'il est prophète (v.19) et enfin à suggérer qu'il est le Messie attendu (v.25). Jean a construit un récit qui se relate sans doute par une rencontre réelle mais où la plénitude d'être de Jésus dissout tous les savoirs et permet de découvrir en nous-mêmes l'eau vive et l'origine de cette eau vive.

Plusieurs des participants voient comme idée-force de ce texte la non-exclusion : Jésus qui renverse les barrières et fait un plaidoyer pour l'amour universel. Il s'adresse de sa propre initiative à une femme inconnue (ce que ne faisaient pas les juifs) et qui vient de Samarie, d'un peuple méprisé. La Samaritaine vit là une rencontre capitale : elle se sent respectée, valorisée. Jésus ne la juge pas non plus d'avoir eu plusieurs maris et de vivre avec un homme sans être mariée avec lui. Une deuxième idée-force concerne "l'eau vive". Jésus fait comprendre à la Samaritaine que ce n'est pas l'eau matérielle qui étanche vraiment notre soif, que notre désir profond ne peut être comblé par les biens matériels. Un participant dit : " Je peux passer ma vie à me satisfaire de choses qui me donneront un plaisir momentané et un petit bonheur, mais demain la soif sera à nouveau vive". La consommation à laquelle nous sommes poussés continuellement donne-t-elle du sens à notre vie ?

Au contraire, quand on est à l'écoute de son être profond, il faut élaguer, comme on doit élaguer un arbre qui pousse pour lui donner toute sa chance de s'épanouir. Le malentendu au sujet de l'eau entre Jésus et la Samaritaine interpelle : sommes-nous sûrs nous-mêmes de bien entendre Jésus? Un participant s'interroge : quelle est l'étincelle qui entraîne notre conversion intérieure? Ici, Jésus ne fait pas de miracle, mais il va au cœur de la recherche d'une femme qui ne parvient pas à étancher sa soif d'amour, même en changeant souvent de mari. Il dit à cette femme qu'elle peut trouver d'abord en elle-même la voie de l'amour, de la liberté et de la vérité.

Une participante dit comprendre pourquoi les rencontres amoureuses dans la Bible ont souvent lieu près d'un puits. Nous utilisons tous cette expression : "avoir soif d'amour". Et nous nous sentons comme desséchés quand nous manquons trop d'amour, de tendresse. L'eau dont parle Jésus, c'est la Source qui est à la fois en nous et en Dieu, le jaillissement continuel de l'Amour et de la Joie qui relie aussi tous les hommes. Pour boire à cette source et s'en imprégner, ce n'est pas si simple. Il s'agit de lâcher prise, de laisser certains repères et de suivre cette eau courante, qui nous emmène parfois où nous ne voulons pas aller. Cette Source, aucun temple, aucun homme, aucune religion n'en possède le monopole. Les historiens des religions relèvent l'originalité et la modernité de cette rencontre avec la Samaritaine où Jésus pulvérise la prétention des religions à détenir la Vérité. "Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité" (v.23). En fait, de tout temps et dans toutes les cultures, des mystiques font l'expérience qu'ils sont temples de Dieu et que l'Amour peut seul rencontrer vraiment leur Désir.

Rapporteur : Martine Dupont

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 16:15
bateau lpc Mt 1, 18-25. - La naissance de Jésus-Christ.
Rapporteur: Monique Levie
LPC n° 13 / 2011

La plupart des participants disent ne pas croire à la réalité historique de ce récit, mais y lisent un enseignement doctrinal. Le problème rencontré par les évangélistes est qu'ils ne disposaient d'aucun écrit concernant Jésus. Il y a donc un vide à combler :

- Un participant, rappelle que Jean-Pierre Charlier, bibliste, disait que les récits de l'enfance sont un résumé de toute la prédication de Jésus, rassemblé comme sur un timbre-poste.

- Pour une participante, s'inspirant de l'exégèse de Jean Jacob, Luc et Mathieu auraient comblé ce vide en donnant libre cours à leur inspiration pour témoigner de ce que Jésus a été pour eux. Mathieu adresse le récit de la naissance de Jésus à ses collègues scribes. Pour ces derniers, en effet, Jésus faisait problème car pour eux, il n'était pas prévu par les écritures (contrairement au Messie) et, une fois adulte, Jésus s'en prenait souvent à la tradition juive. Pour les convaincre que Jésus est bien le Messie attendu, Mathieu s'appuie sur une prophétie d'Esaïe (7,14) et leur présente un descendant de David; Joseph, homme de bien et de tradition, en qui les scribes peuvent s'identifier.

Joseph est effrayé par la grossesse de Marie, qui n'est pas réglementaire puisqu'elle n'est pas de son fait. Il envisage donc de la répudier, comme le veut la loi (mais il le ferait en secret pour éviter à Marie la lapidation. L'ange apparaît en rêve à Joseph qui change d'avis et garde Marie. On peut y voir un appel à la conversion adressé aux scribes.

A propos de la virginité de Marie :

- Quelqu'un rappelle que, dans l'Antiquité, il y a beaucoup d'exemples de personnages importants nés d'une vierge et d'un dieu.

- Une participante trouve ce dogme malsain car il fait naître Jésus dans une famille qui n'est pas normale. L'intervention de Dieu ne lui plaît pas.

- Une autre trouve heureux que, dans la suite du récit, Joseph et Marie vivent en couple normalement.

- Un autre témoigne : je me suis converti au Christianisme, mais j'ai plutôt opté pour le protestantisme. Une des raisons était que je trouvais ce dogme de la virginité de Marie irrecevable. C'est une fausse valeur. L'exemple à suivre chez les protestants, est celui d'une vie conjugale normale. Le sens le plus important de la naissance de Jésus est qu'il est le fils de Joseph et de Marie.

- Une intervenante dit ne pas être dérangée par la virginité de Marie et l'intervention de Dieu. Des choses miraculeuses peuvent arriver car, en Dieu, beaucoup de choses sont possibles. Elle cite le cas de la conversion d' Etty Hillesum.

A propos de la prédiction d'Isaïe :

- Un participant explique qu'Isaïe a écrit à un moment où la situation en Israël était désespérante : le royaume du Sud risque d'être détruit par le royaume du Nord. Dans ces conditions, avec qui s'allier ? Plutôt qu'une alliance avec les armées, on choisit de rester fidèle à l'alliance avec Dieu. On annonce qu'un prince héritier est né qu'on appelle Dieu avec nous. Mathieu voit en Jésus ce prince descendant de David par son père Joseph. L'alliance continue : espérance dans la désespérance.

Quel sens a ce récit pour chacun de nous ? :

- La naissance de Jésus se veut "Bonne Nouvelle". Jésus est présenté comme étant la présence visible de "Dieu au milieu de nous: "Emmanuel" et comme présence salutaire et rédemptrice de Dieu: "le Seigneur sauve: Jésus"

- L'évangéliste fait naître Jésus dans un contexte de désordre, mais il apporte l'espoir. Le non-conformisme de sa naissance préfigure l'audace de Jésus quand il n'hésitera pas à s'en prendre à la tradition, au risque de sa vie. Plusieurs participants admirent la simplicité qui entoure sa naissance : Jésus naît parmi les petits, dans l'inconfort, tout comme, plus tard, il sera particulièrement attentif aux pauvres, aux malheureux, aux rejetés.

- Pour une intervenante, on attache trop d'importance au mythe : la crèche, le bœuf, l'âne, etc. Noël est avant tout une fête de paix. Dans les tranchées, pendant la guerre, on fêtait parfois Noël entre ennemis. C'est à Noël qu'on se demande : qu'est-ce que Jésus représente pour moi ? Jésus n'est pas le seul à donner de l'espérance. Bouddha montre aussi un chemin.

On entame un second tour, sur le sujet : Qui est Jésus pour moi ? :

- Jésus ne représente rien dans ma vie. L'important pour moi est l'Esprit Saint. Ou bien c'est l'esprit de Jésus, cela revient toujours à Dieu.

- Je me suis converti lors d'un séjour à Assise. Comme saint François, j'ai été séduit par le Christianisme. Jésus est pour moi une présence et un guide. J'aime la prière en communion.

- Le message de Jésus donne un sens à la vie : proximité avec Dieu, joie en abondance, sens de la souffrance et de la mort.

- Je suis frappée par l'audace de Jésus. Il a été élevé dans la tradition juive très rigide et à l'âge adulte il ose révéler ce qu'il ressent au plus profond de lui-même en parlant avec sa propre autorité, en prenant de grandes distances avec les rites, avec la loi telle qu'enseignée par les prêtres et avec le temple. Jésus est un libre penseur juif et il me convie à la libre pensée, chemin de libération pour moi. Jésus met l'autre debout, parce qu'il a des yeux qui voient et des oreilles qui entendent. Ce faisant, il me montre le chemin du Royaume dont il parle où les hommes sont compatissants les uns envers les autres, équitables, justes et pacifistes. C'est un homme sage qui m'éclaire et m'encourage. Sans Jésus, je ne serais pas ce que je suis.

- Je ne sais pas ce que Jésus est pour moi car il est à la fois étranger et proche. On le connaît seulement par ce qu'on dit de lui. Je suis surtout émue par sa compassion.

- Jésus est pour moi un exemple de courage dans une transgression qui lui a coûté cher.

- C'est surtout l'esprit de Jésus qui m'inspire. Jésus passait souvent la nuit en prière. Il inspire l'espérance qu'il existe une source d'amour. Il est aussi exigence : il invite à se mettre en confiance avec cette source d'amour, pour qu'elle apporte la sérénité et aide à pardonner quand cela est difficile.

- Jésus est lointain. Il vit à une autre époque. Mais, à cette époque, il s'est situé proche des petits. Il s'est battu contre tout ce qui écrase l'homme. Sous cet aspect-là, il m'est proche.

- J'ai longtemps confondu Jésus et Dieu. Les "pouvoirs spéciaux" attribués à Jésus m'ont toujours mis mal à l'aise. C'est pourquoi l'effondrement des dogmes de la divinité de Jésus, du péché originel, du rachat, me rapproche de lui. Il est un homme comme moi et tous les humains. Mais il est aussi la référence, la norme de ce que l'homme peut être, et devenir. Il est, pour ceux qui acceptent la rencontre, révélateur d'eux-mêmes et de ce dont ils sont capables. Comme dit M. Légaut, il fait sortir ce qui est en moi, qui est de moi, mais n'est pas que de moi. Il révèle le divin qui nous habite. Je n'ai pas de culte particulier pour lui, je ne le prie pas, mais sa présence ne me quitte pas.

Rapporteur: Monique Levie

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