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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 08:00
Christiane van den MeersschautA propos de la Pentecôte
Christiane van den Meersschaut

La Pentecôte, du grec "pentècostè (hèméra)" : cinquantième jour, nous indique que la fête célébrée ce jour-là a bien lieu cinquante jours après la Pâque.

Pour nos ancêtres dans la foi, le sens de cette fête a évolué d'après leur histoire, avant que les chrétiens à leur tour, après l'événement pascal, lui donnent un sens nouveau.

Originellement, dans l'ancien Israël, c'était la "Fête de la Moisson" (Ex 23,16 ;34,22), jour de joie et d'action de grâce (Nb 28,26 ; Lv 23, 16 ss). On y offre les prémices de ce que la terre a produit sept semaines après la Pâque et l'offrande de la première gerbe (Lv 23,15). D'où, l'origine du nom de la fête juive « Chavouoth », qui veut dire semaine. Symboliquement, les sept semaines évoquent une plénitude, un renouvellement complet.

Plus tard, la fête évolue. En effet, on se rappelle que c'est une cinquantaine de jours après la sortie d'Egypte (célébrée par la Pâque) que les ancêtres avaient écouté Moïse proclamer les Dix Paroles dont il venait de recevoir la révélation. C'est alors que le peuple réuni au pied du mont Sinaï avait conclu l'Alliance avec Yahweh. La fête de Chavouoth devint naturellement l'anniversaire du "Don de la Torah".

L'association de la "fête de la Moisson" et du "don de la Torah" semble remonter au IIe siècle avant Jésus-Christ d'après le livre des Jubilés, un écrit de cette époque. Ce sens se généralise au début de notre ère, d'après les écrits rabbiniques et les manuscrits de Qumrân.

Albert GUIGUI, Rabbin de Bruxelles, nous dit qu'aujourd'hui encore, à la fête de Chavouoth: "... les Juifs commémorent le jour de la révélation du Sinaï, par l'étude des rites, par la lecture des livres bibliques et par les actes : une infinie responsabilité dans chacune de leurs actions".

Une vieille légende disait que, le jour du don de la Loi que Dieu fit à Moïse, sur le mont Sinaï, l'Esprit de Dieu était descendu sur septante familles hébraïques sous la forme de feu. Or, les Juifs, pensant qu'il n'y avait que septante nations dans le monde, y voient le signe que leur Loi devait s'étendre comme un feu aux autres nations du monde.

Est-ce cette idée de révélation spirituelle destinée à toute l'humanité qui incite Luc à ajouter un troisième sens au "cinquantième jour" du calendrier juif ? Pour lui, cette fête doit nous rappeler le don de l'Esprit promis et la naissance de l'Eglise universelle.

Si Jean lie en un seul événement la Résurrection, l'Ascension et le don de l'Esprit, nous pouvons remarquer par ailleurs que ni Paul, ni Marc, ni Matthieu ne connaissent l'existence d'une Pentecôte chrétienne. Luc lui-même n'en parle pas dans son évangile, mais nous donnera, dans un récit tardif, les Actes des Apôtres, le récit de la "Pentecôte chrétienne". Son texte de l'effusion de l'Esprit est émaillé d'images bibliques et symboliques traditionnellement associées à une manifestation divine.

Hans KUNG nous fait remarquer : "Il est aujourd'hui difficile de dégager les éléments historiques cachés derrière son récit. Lors de la première Pentecôte, après la mort de Jésus, de nombreux pèlerins sont sans doute venus à Jérusalem. Il est parfaitement possible que la première assemblée des adeptes de Jésus, revenus en majorité de Galilée à Jérusalem, se soit tenue à cette occasion et qu'elle se soit constituée en communauté eschatologique dans un enthousiasme charismatique favorisé par l'atmosphère ambiante. Il se pourrait que Luc ait rattaché à la Première Pentecôte une tradition relative à la première manifestation d'une extase collective inspirée qui aurait eu lieu à Jérusalem."

Les premiers chrétiens ne célèbrent pas une Pentecôte chrétienne, mais c'est en grande allégresse qu'ils fêtent Pâques pendant 49 jours. Saint Athanase (295-373), Père de l'Eglise, appelait cette période "le grand dimanche". En effet, au IIIe siècle, quand on parle de Pentecôte dans l'Eglise, c'est pour désigner la durée de ces 49 jours et non la fête du "cinquantième jour". Au cours de la liturgie, on ne priait que debout et non à genoux, on ne jeûnait pas et on chantait l'Alléluia à profusion. Au IVe siècle, on se met à célébrer le "cinquantième jour", mais... c'est pour y fêter l'Ascension !

L’unique mention d’une Pentecôte chrétienne dans les Actes de Luc, s’est cependant très fortement imposée à la conscience de l’Eglise, puisqu’à partir de Ve siècle, on a commencé à célébrer le cinquantième jour après Pâques, lors d'une fête bien distincte. Dès lors, une nouvelle conception historicisante de la fête est apparue à l'encontre de la période de cinquante jours de joie pendant laquelle on célébrait ensemble comme un même événement: la Résurrection, l'Ascension et l'envoi de l'Esprit.

De nos jours, dans la liturgie, c’est en éteignant le cierge pascal au soir de la Pentecôte que l'on veut signifier que le temps pascal est clos.

Si Luc mentionne le "parler en langues" ou "glossolalie" c'est que cela arrivait fréquemment dans les premières communautés chrétiennes fondées par Paul, et cette attitude remontait bien avant la date présumée de la composition des Actes. Toutefois, ce phénomène n'impliquait pas la capacité de parler en langues étrangères, il consistait à émettre des "sons extatiques, inintelligibles, incompréhensibles pour les autres" et qui allaient parfois jusqu'à suggérer la démence. Luc semble d'ailleurs y faire allusion lorsqu'il note que, parmi les spectateurs, certains pensaient que les Apôtres étaient ivres (Act. 2,13). Quant aux références ultérieures à la glossolalie (Act. 10,46 ; 19,6), elles ne font pas allusion à des langues étrangères.

Ce récit de Luc a engendré, au fil des siècles, de nouvelles communautés qui vont « parler en langues ».

C’est au début du XXe siècle qu’est né le « Pentecôtisme » dans les milieux protestants américains. "Parler en langues" est pour eux une manière de rendre le culte. Ce mouvement n'a pas été accueilli par les Eglises et a continué à vivre hors d'elles. Il est considéré comme une secte.

Un Néo-Pentecôtisme a vu le jour vers 1950 dans les milieux protestants américains et a pris une orientation largement œcuménique. Il s'est développé, en particulier, dans les milieux catholiques américains d'abord, puis européens pour arriver en France en 1971. Ce courant spirituel nomme les adhérents : "charismatiques" (du mot grec signifiant : don) car ils utilisent les dons de l'Esprit. Ils pensent que l'Esprit ne cesse de distribuer ses dons selon sa volonté et accorde des dons différents à chacun. Ils sont persuadés que par la prière ils peuvent provoquer l'effusion de l'Esprit dans le groupe et ils affirment que l'Esprit authentifie leurs paroles et leurs actes d'évangélisation par des signes visibles : guérison, parler en langues, interpréter le "parler en langues", prophétiser, avoir le discernement des esprits, libérer des esprits mauvais, faire des miracles.

Ce mouvement est encouragé par Paul VI dès 1975 et plus tard par Jean-Paul II. Il se vit le plus souvent en communautés monastiques ou en groupes de prière se réunissant une fois par semaine sous la conduite d'un responsable appelé "Berger". Chaque groupe a sa physionomie propre marquée par son histoire et par des signes perçus comme venant de Dieu. Ils croient en l'immédiateté de l’intervention de Dieu dans leur vie et lisent généralement les textes bibliques de façon littérale et historicisante. Si nous sommes souvent admiratifs devant leur générosité et leur attention aux souffrants, nous regrettons par ailleurs la faiblesse de leur sens critique dans leur approche théologique.

La Pentecôte 1991 a vu naître notre mouvement "Libre Pensée Chrétienne" que je ne dois plus vous présenter mais que je veux citer même si nous ne "parlons en langues" ! Comme on le voit, l'Esprit, en tous temps, souffle où Il veut. De la sorte, les Actes qui traitent de la croissance du peuple de Dieu et qui soulignent le rôle essentiel de l'Esprit dans nos vies est bien d'actualité et parole de Dieu pour nous aujourd'hui.

Christiane van den Meersschaut

Sources :

  • "Les têtes juives" A. GUIGUI 1987
  • "Théo" DROGUET et ARDANT - Fayard 1980
  • "Les grands événements de la Bible" Brepols 1987
  • "Etre chrétien" Hans KUNG 1974
  • "Origines et histoires de la Bible"J.R.PORTER - Bordas 1996
  • "La Bible vivante" J.O. CLARE et H. WANSBROUGH - Lafon 1993
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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 08:00
Christiane van den MeersschautA propos de l'Ascension
Christiane van den Meersschaut

Les premiers disciples de Jésus étaient juifs comme lui. Ils étaient, comme lui, pétris des "Ecritures". La méditation de ces textes, faite par les apôtres à la lumière de Pâques, s'est développée et approfondie au fil des temps. Les récits bibliques entendus depuis leur enfance déterraient à chaque fois du fond de leurs cœurs enténébrés, des moments passés avec Jésus vivant. Des situations disparues et vécues avec le Nazaréen semblaient se rappeler à eux par les Ecritures. Leur questionnement intérieur devait être incessant et aller des Ecritures à Jésus et de Jésus aux Ecritures. Ce va-et-vient devait être un véritable remue-ménage spirituel. Aujourd'hui, il nous faut bien comprendre cela. On ne peut dissocier les récits évangéliques construits en référence aux Ecritures, car celles­ ci éclairent entièrement l'Evangile et nous donnent de précieuses clés de lecture.

Au début, les disciples étaient prisonniers d'une image politique du Messie, véhiculée par les Ecritures et la Tradition qui ne correspondaient pas du tout à l'action menée par Jésus. Il leur a fallu un long cheminement pour saisir la spiritualité de Jésus, sa Bonne Nouvelle, son instauration du Royaume. Enrichis alors de ce sens nouveau, ils parviennent enfin à proclamer leur Foi : Oui, Jésus est vraiment le Messie, le Christ annoncé qui n'a pas été reconnu.

L'intelligence des disciples s'approfondit des correspondances établies entre Jésus et les Ecritures. Ils associent l'homme de Nazareth aux antiques images bibliques qu'ils interpréteront comme des figures qui annoncent Jésus le Messie. D'où l'importance pour eux de garder l'imagerie de la première alliance et l'emploi de l'allégorie dans l'activité catéchétique primitive.

L'étude des textes concernant l'Ascension de Jésus en est un exemple. Nous distinguons d'une part l'imagerie (nuée, montée, anges...) et d'autre part le sens théologique et catéchétique (exaltation de Jésus en Dieu, le départ de Jésus qui induit la mission ici­ bas) que ces images veulent nous communiquer. Ces récits nous parlent d'un dernier départ de Jésus que dans notre langage nous appelons ascension.

Si le récit de l'Ascension dans notre imaginaire est très coloré et suggestif, les évangiles sont très concis et donnent très peu de détails. Marc (1) (16,19) nous signale que "Jésus est enlevé au ciel et assis à la droite de Dieu" tandis que Luc (20,51) nous dit que "Jésus est séparé d'eux et emporté au ciel".

Deux auteurs seulement nous parlent de l'Ascension dans le N.T. Ils situent l'événement le même jour que la Résurrection, car, dès cet instant, Jésus vit d'une vie nouvelle et il rejoint le Monde de Dieu. L'Ascension, c'est cela. Il faut évidemment écarter de notre esprit une vision de Jésus ressuscité attendant quelque part, à Jérusalem ou sur les routes de Galilée, le quarantième jour pour monter au ciel. Non, la Résurrection et l'Ascension ne sont pas deux événements distincts. Pour mieux mettre en valeur ces deux aspects du même "Mystère de Foi", Marc et Luc vont les séparer dans leurs livres : d'une part, la sortie du tombeau par la victoire sur la Mort (la Résurrection), d'autre part, le triomphe, la glorification de Jésus auprès de Dieu (l'Ascension).

Il a fallu cependant un certain temps aux disciples pour qu'à travers un énorme travail de mémoire des gestes et des paroles de Jésus, celui-ci leur "apparaisse" comme le Messie annoncé. Et, une tout aussi longue période leur a sans doute été nécessaire pour que Jésus leur "apparaisse" vivant à travers leurs différentes expériences relationnelles (gestes- attitudes).

Les auteurs vont exprimer cela dans des "récits d'apparitions" qu'ils vont placer entre le tombeau vide et l'ascension. Ceci apparait donc comme un procédé littéraire ne tenant pas compte de la durée réelle de leur réflexion.

Matthieu, dans ses "récits d'apparitions" semble exprimer que Jésus est bien vivant avec eux et ce, jusqu'à la fin des temps (28,16-20). Il n'y a donc pas de récit d'ascension chez lui.

L'Ascension pour Marc se passe à Jérusalem et pour Luc à Béthanie. Dans les deux cas, ces récits terminent leur évangile et on peut y découvrir que c'est encore le même jour que les disciples reçoivent l'Esprit (Pentecôte) qui les conduit directement à prêcher, à donner des signes (Mc 16,20), à vivre dans la joie et la louange (Lc 24,52-53).

Dans son livre des Actes des Apôtres, Luc nous fait revivre la même scène, mais cette fois dans le style habituel des théophanies bibliques. Pour nous suggérer ce mystère indicible, il puisera dans l'imagerie des Ecritures et nous donnera des détails qui ont tous une portée symbolique. Il situe l'événement sur le Mont des Oliviers (1,12) et cela se passe quarante jours après sa Passion (1,3). Jésus est enlevé au ciel (1,2), s'élève et une nuée le dérobe aux yeux de ses apôtre (1,9). Tandis que ceux-ci scrutent le ciel, deux hommes vêtus de blanc leur font prendre conscience de leur attitude erronée (1,10-11). Nous lisons ceci, bien sûr en nous référant aux Ecritures du premier Testament. Nous pouvons faire de nombreuses connexions. Je n'en citerai que quelques-unes.

Le Dieu "Très-Haut" (Gn 14,18) a sa demeure sur une "montagne" (Ps15,1;48,2-3). Dieu se rendant dans sa demeure "monte" (Ps 47,6). Rencontrer Dieu c'est donc nécessairement "monter" (Ps 122,4) et l' A.T. connaît des héros qui ont été "enlevés" auprès de Dieu : Hénok (Gn 5,24 ; Si 44,16), Elie (2 R 2,11-16) le juste obstinément fidèle à Dieu (Ps 73,24), les justes morts prématurément (Sg 4,10-11). "La Nuée" (Ex 19,16) accompagne la théophanie du Sinaï et il faut "quarante jours" pour accomplir les pèlerinages terrestres vers la montagne de Dieu (1 R 18,9).

Dans ces trois récits d'Ascension (Mc, Lc, Actes) nous constatons à travers une imagerie quelque peu différente d'un texte à l'autre, un même témoignage de Foi, une même catéchèse qui veut mettre l'auditeur en contact avec la personne de Jésus, et qui traverse les siècles.

Aujourd'hui, nous pourrions lire ce texte symbolique de la façon suivante: lorsque nous cherchons à nous rapprocher de Dieu (mont) il nous faut cependant un certain temps (40 jours) pour parvenir à nous nourrir d'une expérience de Dieu. Cette expérience nous grandit (élève) mais nous n'atteignons jamais Dieu (la nuée) car il ne faut pas uniquement chercher dans l'au-delà, dans l'imaginaire (scruter le ciel) mais entendre la Parole de Dieu (2 hommes en blanc) qui nous fait comprendre que nous avons notre mission ici­ bas. Jésus qui, lui, a rempli sa mission est assis à droite de Dieu (égal à Dieu) et a rejoint le monde de Dieu, Il fait partie de Dieu. Il nous quitte le jour (du premier matin) pour nous laisser devenir créateur à notre tour, pour continue, à sa suite, à réaliser le Royaume dans le chaos du monde par la pratique de sa Parole.

Les auteurs voulaient aussi signifier que Jésus ne s'était relevé de la tombe pour se retrouver de façon familière au milieu des siens, comme les différentes apparitions le racontent (Mt 28, Mc 16, Jn 20,21) ; mais qu'il est Jésus glorieux, exalté et vivant d'une vie nouvelle auprès de Dieu. Qu'il est le Seigneur après sa victoire sur la mort. C'est la brusque irruption du Seigneur glorifié dans la vie des hommes, le Maître du Monde et de l'histoire. Ces textes se voulaient des présentations de Foi et des hymnes liturgiques des premiers chrétiens.

Dès le IVe siècle, à Jérusalem, la fête de l'Ascension sera célébrée par une procession vers le Mont des Oliviers.

Au Ve siècle, saint MAXIME, évêque de Turin, nous dit ceci à propos de l'Ascension : "Lorsque le Christ souffre sur la Croix, Il est comme ce grain dont lui-même a parlé, qui doit mourir pour porter du fruit ; lorsque le Christ est environné de la foi de ses nombreux apôtres, Il est le grain qui a fructifié. Que fut Jésus avec ses disciples pendant ces quarante jours qui ont suivi la résurrection ? Il leur enseigne la sagesse de l'âge mûr, Il leur donne des instructions fécondes qui les convertiront. Ensuite, Il monte au ciel, c'est-à-dire vers son Père ; son Incarnation fructifie alors, et Il communique à ses disciples les semences de la sanctification."

Au XXe siècle, François VARILLON nous dit que : "le ciel où "monte Jésus" c'est très exactement l'intimité de Dieu. Ce que les chrétiens appellent "ciel" ce n'est pas un lieu éternel, supra-terrestre, un domaine métaphysique. Ce n'est pas Dieu seul. Le ciel est le contact de l'être de l'homme avec l'être de Dieu, la rencontre intime de Dieu et de l'homme".

Jésus est parti. Il est parti pour qu'à notre tour, nous puissions nous élever. "Il vous est utile que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le Saint-Esprit ne viendra pas." (Jn 16,7) Le Saint-Esprit ne dicte pas ses décisions, mais il inspire celui qui veut vivre de Jésus. Jésus part pour que nous devenions des adultes responsables, construisant notre vie, prenant nos libertés, écrivant nous-mêmes notre histoire.

Compris ainsi, quelle Bonne Nouvelle que l'Evangile !

Je laisserai le mot de la fin à CLAUDEL qui, pour nous parler du départ de Jésus écrivait: "Il faut que je vous soustraie mon visage pour que vous ayez mon âme."

Christiane van den Meersschaut

(1) A propos de cette finale de l'évangile de Mc (16,9-20 ) les exégètes estiment qu'elle fut ajoutée au second siècle. Primitivement, il semble bien que l'évangile de Marc se termine sur la simple annonce de la Résurrection de Jésus. (retour)

Sources

  • "Au nom des Pères" - Claude LAGARDE, Manne 1992
  • Jésus est ressuscité au matin de Pâques. Il est vivant" - André THIVOLLIER
  • "Dictionnaire Biblique" - L. MONLOUBOU et F.M. DU BUIT, 1985
  • "Théo" - DROGUET et ARDANT, Fayard 1989
  • Conférences : "Le quatrième Seuil de la Foi" - MESS'AJE
  • "Joie de croire, joie de vivre" - François VARILLON, Le Centurion 1981.
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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 08:00
Christiane van den MeersschautLes fêtes du printemps… La Paque… Pâques
Christiane van den Meersschaut

La fête de Pâques a pris, dans les Eglises chrétiennes, le relais de la Pâque Juive, en en modifiant le sens.

L'origine de Pâques remonte cependant bien avant Moïse. C'était une fête des bergers, à l'époque de la transhumance. Le sens premier du mot ''Pâque" qui veut dire "traversée" pourrait bien être celui de "transhumance". Lorsqu'au printemps, il faut quitter les régions qui se dessèchent pour chercher avec le troupeau un peu d'herbe verte et d'eau limpide, on suivait certains rites. Il s'agissait d'abattre un agneau et de badigeonner avec son sang les poteaux de la tente pour préserver le troupeau de l'esprit mauvais, porteur d'épidémie. Ensuite, les premiers-nés des troupeaux étaient sacrifiés. Il était interdit de briser leurs os et la viande servait au repas festif familial. Ces rites sont, sans doute, encore pratiqués aujourd'hui par certains bergers d'Arabie qui ont conservé tous les éléments dont étaient constituées ces célébrations antiques.

A la même saison, les cultivateurs de ces pays d'Orient récoltaient les premières gerbes d'orge. A cette occasion, on faisait la fête du Pain Nouveau. Ce pain était pétri avec la farine de la nouvelle moisson. C'était un pain "azyme", c'est-à-dire qu'il ne pouvait pas contenir de levain de la vieille pâte de l'ancienne moisson.

Ces fêtes du retour du printemps sont dites "naturistes" parce qu'elles suivent le cycle de la nature. Les sacrifices, les rites sont dédiés aux forces, aux dieux de la nature. On parle alors de "religions naturelles".

Pour les Hébreux, d’après le livre de l’Exode, la mythique épopée de leur libération d'Egypte sous la conduite de Moïse, ces rites de la fête du printemps prennent un nouveau sens. Ils étaient naturistes, magiques; ils deviennent historiques. En effet, ils veulent rappeler un événement emblématique de l'histoire du peuple hébreu, de leur nation (comme par exemple pour la France la prise de la Bastille, le 14 juillet).

Les Hébreux donnèrent alors à leur fête coutumière du printemps un sens nouveau : celui du souvenir de leur délivrance. L'importance qu'ils attachaient à cet événement décisif de leur histoire conféra dès lors à cette célébration sa place dans leur religion.

Le rite du Pain Azyme rappelle l'événement d'un peuple qui retrouve son indépendance, en fuyant le pays d'oppression dans une si grande hâte qu'il emporte avec lui son pain qui n'a pas eu le temps de lever. (Ex 12, 32-38).

Le rite du Sang de l'Agneau qui marque les portes rappelle comment les maisons des Hébreux ont été épargnées de l'épidémie mortelle qui a frappé jusqu'au fils du Pharaon. Le malheur a "passé outre". C'est Dieu qui les a protégés en passant. On retrouve ici le sens du mot "Pâque" le passage, Pessah en hébreu. C'est ainsi que ce peuple perçoit Dieu dans son histoire, il le proclame dans ses écrits et le célèbre par une fête familiale riche en symboles.

Quelques quinze siècles plus tard à Jérusalem, un Juif nommé Jésus célèbre ce repas pascal avec ses proches. Les récits évangéliques racontent qu’au cours de ce repas, qui sera un repas d'adieu, il donne une signification nouvelle à tous ces rites. Ce pain, dit-il, que nous allons rompre et manger ensemble est comme mon corps que je vais laisser briser par amour pour vous. Ce vin que nous allons boire est comme mon sang qui va couler pour que vous puissiez croire. Jésus passe par la croix pour que ses paroles, ses gestes d'éveil à la Vie puissent rester crédibles et traverser sa mort.

Si Jésus s'était caché, enfui ou tu pour échapper à la mort, sa Bonne Nouvelle aurait-elle traversé les siècles ?

Symboliquement, il est donc bien le "Pain de Vie" : un pain au goût nouveau et "l'Agneau Pascal" : une victime innocente, mais qui par sa mort fait naître de nombreux témoins qui dénoncent les comportements meurtriers et font germer des relations fraternelles. Jésus, le Ressuscité à une vie nouvelle, apporte au monde un renouveau printanier, le passage de sa vie à travers la mort. Son corps disparaît, mais ses paroles, ses gestes traversent les siècles en s'amplifiant d'âge en âge et nous appellent à devenir une race d'hommes nouveaux avec une dimension divine. Il nous appelle à renaître en "fils de Dieu".

Désormais pour les chrétiens, les rites du Pain Azyme, du Sang de l'Agneau sur les portes n'ont plus de sens puisqu'ils vivent de Jésus. Ce qui compte pour eux, c'est de rejoindre Jésus dans sa mort au péché et sa vie nouvelle de ressuscité. C'est d'être libéré du mal, de renoncer à toutes les formes d'esclavage, c'est de s'engager à mener une vie conforme à l'évangile.

Les premiers chrétiens se réunissaient chaque dimanche pour fêter la résurrection du Seigneur. Mais lors de la Pâque juive annuelle, les disciples venus du judaïsme ne pouvaient manquer de faire mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus, qui était le fondement de leur foi. La fête est nommée Pâque ou plutôt Pâques en souvenir de la semaine de fête juive.

Une fête de Pâques spécifiquement chrétienne apparaît au Ile siècle. Si la Pâque juive est fêtée à une date fixe, le 14 Nisan, suivant un calendrier lunaire; en 325, le Concile de Nicée va la fixer au dimanche qui suit la pleine lune venant après l'équinoxe du printemps (toujours entre le 22 mars et le 25 avril). De nos jours, la date est la même pour les catholiques et les protestants mais différente dans les Eglises orthodoxes d'Orient.

Lorsque les grandes persécutions des chrétiens sont terminées, la nuit pascale devient la grande nuit baptismale de l'année. Les chrétiens prient alors toute la nuit jusqu'au chant du coq, heure prévue pour la "Fraction du Pain" (comme ils appelaient la Messe). "Les païens dansent bien toute la nuit, disaient-ils ; pourquoi ne serions-nous pas capables de prier toute cette nuit-là ?" Cette fête s'achevait donc à l'aube.

La disparition progressive des baptêmes d'adultes va provoquer un certain désintérêt pour la veillée pascale.

Dès le VIIe siècle, on ne consacre plus toute la nuit à la veillée. Les textes liturgiques d' une seconde messe, celle du jour, apparaissent alors.

C'est seulement en 1930 qu’une reforme liturgique remet en lumière l'importance de la Pâque du Christ. En 1951, Pie XII autorise la célébration nocturne de la veillée pascale. Il la rend obligatoire en 1955.

Si les Juifs célèbrent la Pâque en famille et à la maison, les catholiques célèbrent Pâques en communauté et à l'église. Il leur est demandé de jeûner le Vendredi-Saint et de participer à une célébration pénitentielle pour prendre conscience de leurs manques d'amour.

A la veillée pascale, ils célèbrent différents passages :

  • le passage des ténèbres à la lumière, avec la bénédiction du cierge pascal.
  • le passage de l'esclavage à la liberté, avec l'écoute de différentes lectures.
  • le passage de la soif à l'eau vive, avec le renouvellement de leurs promesses baptismales.
  • le passage du jeûne à la joie du partage du Pain et du Vin en mémoire de Jésus.

Puissions-nous célébrer nos Pâques en faisant vraiment notre passage printanier à une Vie Nouvelle avec Jésus, Lui qui nous dit qu'aimer, lutter pour la justice, servir, accueillir les moins favorisés, croire en l'homme, libérer des esclavages, affronter les persécutions, donner sa vie, c'est déjà...RESSUSCITER.

Christiane van den Meersschaut

Sources :
  • "L'histoire du peuple de Dieu" n° 6 Moïse - André Thivollier
  • "Points de Repère" n° 103 Claude BERNARD 1989
  • "Dictionnaire du Christianisme" - Jean-Mathieu ROSAG 1990
  • "Fêtes et Croyances populaires en Europe" - Yvonne DE SIKE 1994
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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 09:00
Christiane van den MeersschautA propos du carême
Christiane van den Meersschaut

Le nombre quarante joue, dans un grand nombre de cultures, un rôle déterminant pour la pratique des rites mortuaires et du culte des ancêtres. Après les 40 jours de deuil considérés comme indispensables, des cérémonies et des rites viseront à lever les interdits du deuil, à purifier les parents du défunt de la souillure, mais aussi à satisfaire le mort.

La coutume de la mise en quarantaine des malades, des étrangers, des "méchants", est à l'origine d'une croyance largement répandue selon laquelle le nombre quarante symbolise un cycle de vie ou de non-vie.

Dans la Bible, le salut de l'humanité passe souvent par le nombre quarante. Quarante désigne les années d'une génération, d'un cycle de vie ; d'où son emploi pour une période assez longue.

Quarante jours de Déluge (Gen 7, 4, 12), l'arche vogue quarante jours (Gen 7,17), Moïse demeure quarante jours au sommet du Sinaï (Ex 24, 18), le peuple reste quarante ans dans le désert (Deut 29, 4)), les éclaireurs reviennent de Canaan après quarante jours (Nomb 13, 25), Elie marche quarante jours vers l'Horeb (1 Rois 19, 8), David (2Sam 5,4) et Salomon (1 Rois11, 42) règnent pendant quarante ans...

Jésus se retire au désert, jeûne, résiste à la tentation pendant quarante jours (Mt 4, 2). Après sa résurrection, c'est pendant quarante jours qu'il apparaitra à ses disciples (Act 1, 3)...

Suivant la tradition judaïque (Lév 12, 1-8), c'est quarante jours après l'accouchement que Marie, comme toute femme juive, sera purifiée par le rite des relevailles.

Nous remarquons bien que dans ces différents exemples, il y a, à chaque fois, une trans­ formation de l'être lui permettant une rencontre qui le fera renaître. Cela ne se fait pas tout seul, il s'agit à chaque fois de se mettre en mouvement pour un voyage intérieur et cela prend toute la vie.

Le mot Carême provient de quaresima, altération populaire de l'expression latine classique quadragesima dies, le "quarantième jour" sous-entendu: avant Pâques.

Le Carême, aux premiers siècles du christianisme, était surtout une période de préparation des catéchumènes, l'étape ultime avant le baptême qu'ils recevaient la nuit de Pâques. Avant de recevoir ce baptême, les juifs et les païens avaient dû suivre la Didachè (enseignement) qui leur indiquait la "voie" pour devenir chrétien. Après avoir été accueillis par l'imposition des mains et la trace du signe de la croix, ils recevaient une instruction durant deux ou trois ans, puis, s'ils en étaient dignes, ils recevaient le baptême après le Carême, la nuit de Pâques.

C'était aussi un temps de purification symbolique des pénitents qui, soumis en même temps à des macérations particulières (mortifications que l'on s'inflige par esprit de pénitence), allaient recevoir, au cours de cette même nuit, le pardon de l'Eglise.

Mais à cette époque, la durée et la rigueur du Carême différaient d'une Eglise à l'autre: à Alexandrie par exemple, on jeûnait toute la semaine sainte, tandis qu'à Lyon, au temps de saint Irénée (II• siècle), on s'abstenait de toute nourriture pendant les deux jours précédant Pâques.

La coutume de se préparer pour la fête de Pâques par un jeûne de quarante jours s'imposa dans les différentes Eglises d'Orient à la suite des conciles de Nicée (325) et de Laodicée (365) et fut adopté définitivement trois siècles plus tard à Rome, où la pratique du jeûne et de la pénitence était cependant facultative.

Au IVe siècle, l'Eglise de Jérusalem respectait huit semaines de Carême (dimanches de la Septuagésime, Sexagésime, Quinquagésime) pendant lesquelles on ne jeûnait pas les samedis et les dimanches. Le reste du temps, les fidèles prenaient un seul repas par jour. Ce frugal repas était composé de pain, de légumes et d'eau.

Dès le VIe siècle, avec l'usage du baptême des enfants dès leur naissance, le catéchuménat disparaît progressivement. Le Carême devient alors une période de jeûne et de privations volontaires pour les fidèles désireux de faire pénitence.

C'est à partir du VIIe siècle qu'on recula le début du Carême au dimanche de la Quinquagésime, mais en réalité cela faisait quarante-deux jours avant Pâques. Toutefois, en tenant compte des seuls dimanches où le jeûne pouvait être interrompu, le nombre de jours de Carême effectif jusque Pâques se trouvait inférieur à quarante. Pour rester fidèle à ce chiffre symbolique du cycle de la vie, on avança alors le début du Carême au mercredi précédant le dimanche de la Quinquagésime: le Mercredi des Cendres.

En 653, le concile de Tolède interdit toute consommation de viande pendant toute une année à ceux qui auraient rompu le jeûne du Carême !!? Tandis qu'en 789, Charlemagne menaça de la peine capitale quiconque aurait enfreint, sans dispense spéciale, la loi du Carême !!?

Restée assez stricte dans les Eglises d'Orient, la pratique pénitentielle du Carême a été de plus en plus allégée en Occident pour se réduire dès 1949 à des exigences minimales: abstinence de viande les vendredis de Carême et invitation au jeûne le mercredi des Cendres (qui ouvre le Carême) et le Vendredi-Saint.

Ces deux jours correspondent en effet à une célébration de la mort et ont valeur de rappel de notre propre fin à venir : le mercredi des Cendres, le prêtre bénit les cendres des rameaux de l'année précédente et trace avec elles une croix sur le front des fidèles qui assistent à l'office en prononçant la phrase "Tu es poussière et tu retourneras en poussière."

Actuellement, dans de nombreuses paroisses, le prêtre dépose les cendres au creux de la main des participants en disant :"Convertissez-vous et croyez à l'Evangile."

La cendre est le symbole de la dissolution des corps. Dans l'Ancien Testament, la cendre est la représentation à la fois du péché et de la fragilité de l'homme (Sg 15, 10 - Ez 28, 18 - Ml 3, 21). D'ailleurs, le pécheur qui, au lieu de s'endurcir dans son orgueil (Si 10,9), prend conscience de sa faute, confesse précisément qu'il n'est que "poussière et cendre" (Gn 18,27 - Si 17,32). Pour signifier aux autres et à lui-même qu'il est convaincu, il s'assoit sur la cendre (Jb 42,6 - Jon 3,6) et s'en couvre la tête (Jdt 4, 11-15: 9,1 - Ez 27, 30).

Se "couvrir" de cendre le mercredi précédant le Carême est donc une sorte de confession publique mimée. Par le langage de cette matière sans vie, de cette poussière, l'homme se reconnaît pécheur et fragile, demandant à Dieu sa miséricorde. A celui qui avoue ainsi son néant, se fait entendre la promesse du Messie qui vient triompher du péché et de la mort, "consoler les affligés et leur donner, au lieu des cendres, un diadème" (Is 61,21).

Cette tradition probablement introduite par le pape Grégoire Ier (590-604), a été généralisée depuis le synode de Bénevent (Italie) en 1091.

Conformément à une constitution apostolique du pape Paul VI promulguée en 1966, le jeûne et l'abstinence de viande pendant le Carême ne deviennent obligatoires que le mercredi des Cendres et le Vendredi-Saint.

Le jeûne, du latin "jejunium" : la privation volontaire de toute nourriture est la pratique de l'abstention totale ou partielle de nourriture pour des raisons religieuses ou autres. Le jeûne est universellement représenté dans l'histoire des hommes.

Le jeûne des chrétiens le Mercredi des Cendres et le Vendredi-Saint exprime la volonté de réparer le péché et d'y renoncer. Il est aussi et surtout une préparation à la rencontre de Pâques.

Aujourd'hui, l'Eglise demande aussi aux chrétiens de profiter du temps de Carême pour remettre à l'honneur l'antique aumône sous forme de dons à des organismes d'aide au Tiers-Monde. C'est un Carême de partage.

L'assouplissement du Carême dans l'Eglise catholique est sans doute le résultat d'une adaptation aux moeurs modernes, mais peut-être aussi une réponse tardive aux critiques des deux grands réformateurs, Martin Luther et Jean Calvin, concernant le Carême, dont l'observance était, à leurs yeux, trop ostentatoire et pas assez intériorisée.

Mais nous pouvons aussi constater que cela nous rapproche du sens que Jésus donne au jeûne. En effet, dans l'évangile nous voyons que Jésus sait utiliser le jeûne (Mt 4,1) en tant que préparation à la rencontre divine ou à toute grande oeuvre faite avec Dieu. Il demande cependant de jeûner en secret (Mt 6, 16-18) et nous montre que le jeûne en soi n'a qu'une valeur relative (Mt 9, 11-15).

Vécus ainsi, le jeûne et le partage deviennent une voie spirituelle qui permet aux chrétiens de prendre le temps de se préparer intérieurement par une remise en question individuelle.

Comme Jésus se retirant 40 jours dans le désert, il nous faut du temps pour rentrer en nous-mêmes et nous retrouver face à nous-mêmes et à cette présence que nous appelons Dieu.

Pour ceux à qui cela parle, le jeûne peut faire partie de ce retrait du monde. L'homme peut alors se concentrer sur l'essentiel en laissant de côté ses besoins primaires. L'abstinence peut être pour certains une occasion de méditation, de réflexion, de prière, de rencontre. Ces deux comportements peuvent induire un partage pour une plus grande justice, une solidarité universelle.

Quarante ans, nous l'avons vu plus haut, symboliquement c'est toute une vie. Ressusciter dans sa vie, cela ne se fait pas du jour au lendemain. Comme les apôtres ont mis du temps à découvrir Jésus vivant dans leur vie, nous devrons aussi y mettre du temps, mais au bout il y a la possibilité d'une rencontrre. Il faut bien toute une vie pour découvrir quelque chose de Dieu !

Que ce dernier Carême soit pour ceux qui le souhaitent un temps de retrait, un temps de gestation, un mouvement vers un voyage intérieur plein d'espérance vers une rencontre qui les ressuscite.

Bonne route !

Christiane van den Meersschaut - LPC n°97- 2000

Bibliographie
  • Fêtes et croyances populaires en Europe - Ed. Bordas 1994 de Yvonne de SIKE, archéologue et ethnologue
  • Théo, Nouvelle Encyclopédie Catholique - Ed. Droguet et Ardant/Fayard 1989
  • Vocabulaire de Théologie Biblique - Cerf 1991 publié sous la direction de Xavier-Léon DUFOUR
  • Dictionnaire de Liturgie - Dom Robert LE GALL Ed. C.L.D. 1982
  • Encyclopédie Microsoft (R) Encarta (R) 99
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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 09:00
Christiane van den Meersschaut2 février : chandeleur, purification, présentation
Christiane van den Meersschaut

En Israël, une femme qui venait d'accoucher était considérée comme "impure" pendant 7 jours après la naissance d'un garçon et 14 jours après celle d'une fille. Après quoi, il y avait une purification de 33 jours si le nouveau-né était un garçon, de 66 jours si c'était une fille. Durant ces 40 ou 80 jours, la mère ne pouvait plus toucher aucune chose sainte et il lui était interdit d'aller au sanctuaire. Quand la purification était achevée, la mère présentait au sacrificateur un agneau d'un an pour l'holocauste et une tourterelle ou un pigeon, en sacrifice pour le péché. Si ses moyens ne lui permettaient pas d'offrir un agneau, elle apportait deux pigeonneaux ou deux tourterelles, l'un pour l'holocauste, l'autre pour le sacrifice d'expiation. Après avoir présenté ce sacrifice au Seigneur, le prêtre effectuait sur la femme le geste rituel de la purification. Dès lors, elle était purifiée de son accouchement. (Lév. 12, 1-8)

Une autre obligation s'imposait au couple dont le premier-né était un garçon. Dans le mois qui suivait la naissance, il devait offrir en holocauste deux pigeons et deux tourterelles et verser au prêtre une somme d'argent ; à l'époque de Jésus c'était cinq sicles d'argent (= 25 journées de salaire) pour le rachat à Dieu de l'enfant, ceci pour appliquer les préceptes relatifs à la commémoration de la Pâque (Ex. 13, 2-13).

Dans le Nouveau Testament (Luc 2, 22-40), la purification de Marie, la présentation rituelle de Jésus au Temple, la rencontre avec les vieillards Syméon et Anne se situent au moment décrit ci-dessus. Syméon accueillera l'enfant en prophétisant sa vocation divine et son martyre sur la croix.

Cet événement sera fêté dans la Méditerranée orientale sous le nom d'HYPAPANTE, du verbe grec hupantanou-hupapantan qui signifie "aller-au-devant".

Les Orientaux insistent, en cette fête, sur la rencontre du vieillard Syméon et de Jésus ; ils viennent au-devant l'un de l'autre et manifestent ainsi la structure essentielle de la liturgie, rencontre de Dieu et de son Peuple pour la célébration de l'Alliance. Ils veulent signifier ainsi que nous ne pouvons rencontrer Dieu que s'il vient d'abord à nous et nous donne l'Esprit, l'élan qui nous mène à lui.

Dans les traditions populaires, la fête est très respectée des paysans, qui redoutent pendant cette période les chutes de grêle sur les jeunes pousses fragiles. Ce jour-là, tous chôment et c'est pour cela que la Vierge de ce jour est appelée "Myliargoussa" (celle qui arrête les moulins). Sa fête sert ici comme moyen de prévision du temps. Ne disent-ils pas : "Le temps d'Hypapante est celui des 40 jours à venir" ou encore "Hypapante enneigée, greniers bien chargés" ?

A Jérusalem, dès le IVe siècle, on célébrait cette fête quarante jours après la Noël. En 534, elle était déjà fête chômée obligatoire pour tout l'empire d'Orient.

Rome l'adopta au VIle siècle pour la substituer à une fête païenne : la fête de l'Expiation et de la Purification (FEBRUA) qui avait lieu dans la Rome antique à la mi-février. A cette époque, les Romains illuminaient les villes tous les cinq ans avec des cierges et des flambeaux, durant toute la nuit, en l'honneur de Februa, mère hypothétique de Mars, afin que celui-ci accorde la victoire aux armées romaines. Les Romains veillaient toute la nuit en chantant leurs louanges aux dieux et en tenant des cierges et des torches allumés. C'était une grande fête de purification du peuple, accompagnée de sacrifices publics et privés.

Or, parce qu'il est difficile aux chrétiens nouvellement convertis d'abandonner une coutume, le pape Serge Ier (687-701) lui donna "un but meilleur" en ordonnant aux chrétiens de célébrer chaque am1ée à pareil jour, une fête en l'honneur de "La Sainte Mère du Seigneur" avec cierges et chandelles bénits. Avec ses cortèges aux flambeaux dans la nuit hivernale du 2 février, aux incantations répétées de "Lumière pour éclairer les païens", la fête de la CANDELARUM (chandelles) avait tout pour être populaire.

L'Eglise remettait ainsi à l'honneur une des plus anciennes solennités de la Vierge. La date du 2 février correspondant au 40e jour après Noël, cette période de 40 jours correspondant comme nous l'avons vu plus haut à la loi juive qui exige la purification rituelle au Temple de toute mère d'un enfant mâle, 40 jours après la naissance du garçon.

En ce jour de fête, depuis plus de mille ans, la tradition s'est imposée de bénir des cierges, des "chandelles", d'où le nom de "CHANDELEUR" pour évoquer les paroles prononcées par le vieillard Syméon (Luc 2, 29-32) "... lumière pour éclairer les nations". Une procession festive, à la lumière des cierges, conduit ensuite à l'église ; on y fait revenir l'assemblée : elle symbolise la rencontre des "fils de lumière" (Luc 16, 8) avec le Christ "lumière des nations". Les fidèles ont l'habitude d'emporter chez eux les cierges bénits. La coutume veut qu'on les fasse brûler auprès des morts, en signe d'espérance de la "lumière éternelle". Une autre coutume voit des fidèles conserver leurs cierges durant toute l'année dans leur maison comme une sorte de talisman contre la foudre. Ils les allument pour se protéger durant les orages.

Depuis que cette fête n'est plus chômée dans nos pays, très peu de fidèles se rendent encore à l'église pour y fêter la fête de la Chandeleur. Par contre, la tradition populaire qui réunit les membres d'une famille pour déguster des crêpes est toujours bien suivie aujourd'hui. Ce rassemblement festif est-il le vestige d'une coutume évoquant le disque solaire, ou est-ce lié à la première récolte des oeufs ? Les deux thèses ont leurs défenseurs!

Avec le Concile Vatican II, la liturgie catholique, à l'exemple des Orientaux, a tenu à faire de la Chandeleur moins une fête de Marie qu'une fête de Jésus. Puisqu'elle commémore la présentation de Jésus au temple, il semble normal qu'il en soit le personnage principal.

A l'approche de la semaine pour l'Unité des Eglises que nous allons vivre, nous pouvons remarquer ici que, comme Syméon va à la rencontre de Jésus, l'Eglise d'Occident rencontre celle d'Orient pour donner le même sens à cette fête. Un tout petit pas parmi d'autres vers l'oecuménisme qui ne peut que nous faire plaisir.

Cette modification du sens de la fête qui célèbre la rencontre, plutôt que la purification nous rapproche très certainement du projet littéraire de l'auteur.

Au premier siècle, les communautés chrétiennes lisaient beaucoup l'Ecriture qui n'était pas, pour elles, un "Ancien Testament" mais véritablement la Parole toujours neuve de Dieu. Pour Luc, cette parole est entièrement transformée par la personne du Ressuscité. Il emprunte pour le récit qui nous occupe des versets d'lsaïe, de l'Exode, du Lévitique, pour les rendre entièrement nouveaux, entièrement christianisés. Il écrit et continue l'histoire biblique devenue transparente à la lumière de Pâques. Luc ne cite pas textuellement l'Ecriture mais il puise à fond dans sa Bible devenue chrétienne, afin de développer ici quelques-uns de ses thèmes favoris : une Histoire guidée par la présence de l'Esprit, la prière, l'universalisme du salut. Luc est le seul à relater cet événement qui a évidemment une portée théologique et fait partie du générique de l'histoire de la vie de Jésus, comme les autres récits de l'enfance.

Dès le début du récit, nous constatons les libertés que prend l'auteur par rapport à la Loi, afin de mieux construire son récit.

Pour accomplir les rites de purification, historiquement, c'est Marie seule qui devait se présenter 40 jours après la naissance de Jésus avec son offrande. Pour accomplir les rites de rachat du premier-né, c'est uniquement à Joseph qu'il est demandé d'agir et il n'est jamais demandé aux parents de présenter l'enfant au temple.

Luc n'est guère intéressé par ces rites. Il rassemble et utilise bien curieusement les commandements en les mêlant de façon confuse et en parlant de "leur" purification (Luc 2, 22).

Son récit qui se veut symbolique nous montre sa préoccupation de vouloir présenter l'enfant au temple, comme le petit Samuel avait été présenté par Anne (I Samuel 1, 22- 28). Sans doute veut- il suggérer ainsi que les parents de Jésus étaient des gens pieux, zélés pour la Loi, mais apportant l'offrande des pauvres. La famille de Jésus est typée. Cela se passe dans la Ville Sainte, lieu de l'événement pascal et point de départ de la mission. C'est au coeur d'Israël, au temple, que Jésus sera reconnu comme le Sauveur.

L'attente d'un Messie par le peuple d'Israël est condensée dans les vieillards Syméon et Anne. Ceux-ci reconnaissent Jésus comme le Messie. Cette rencontre nous suggère le début de la Nouvelle Alliance. Le temps de l'Ancien Testament représenté par Syméon et Anne est accompli. Quelque chose de tout nouveau commence avec Jésus : le Nouveau Testament. Cela se fait sans aucun déchirement, non ; simplement, les temps sont révolus.

Un nouveau-né porté par ses parents pieux et zélés sera déposé dans les bras de Syméon, un vieillard juste et pieux qui attend la mort.

Quel face-à-face: la naissance et la mort !

La Loi qui provoque la venue des parents de Jésus et l'Esprit qui pousse Syméon se liguent pour désigner le nouveau Messie au coeur même de la Religion d'Israël : au temple. Syméon identifie Jésus comme le "Christ du Seigneur" (Ex 30, 22 +), le roi oint par Dieu pour régner sur Israël et sauver le peuple de Dieu (I Samuel 24, 7).

Maintenant, Syméon peut mourir en paix. Par sa rencontre avec le Sauveur, il vient de naître avant de mourir. Ayant reconnu le Messie, il porte dans ses bras toute son espérance. C'est que cet enfant, pour l'évangéliste qui connaît la suite de l'histoire, c'est déjà le crucifié et que, par sa résurrection, tout mort est déjà un nouveau-né. Quel splendide acte de foi !

Le récit se poursuit dans le beau style des chants bibliques.

Syméon, par le "Nunc Dimittis" (Luc 2, 29-32), entrevoit et chante la mission de Jésus. Le salut annoncé par Isaïe est désormais réalisé mais il n'est pas réservé seulement à Israël. Avec Jésus, il devient universel et tous en sont bénéficiaires.

Mais Luc connaît les persécutions qui risquent de mettre en question le projet divin. Il vit au milieu d'un Israël déchiré par l'avènement de Jésus. Toute son histoire glorieuse est ici humiliée par la division des coeurs. Il faut cependant choisir, être pour ou contre, choix particulièrement douloureux en période de persécutions ! Syméon prophétisera donc l'écartèlement d'Israël et annoncera que Jésus subira hostilité et persécutions de son propre peuple.

Et puis, arrive la prophétesse Anne (nom de la mère de Samuel), très pieuse, l'idéal même de la veuve chrétienne (voirI Timothée 5, 5). Et nous voici aux deux témoins exigés par la Loi (Deutéronome 19, 15) pour reconnaître l'avènement de l'ère du salut. Deux témoins qui sont des prophètes. Ce sont des prophètes qui désignent Jésus et dévoilent sa mission, Luc voulant nous signifier que c'est Dieu qui peut révéler qui est son véritable Christ.

Après la sombre prophétie de Syméon, celle d'Anne vient comme un sourire. Luc, qui nous parlera volontiers des femmes dans la suite de son évangile semble nous montrer dès son introduction la place importante que Jésus donnera au sexe dit faible.

Syméon et Anne, un homme et une femme en bout de vie, des chercheurs de Dieu. Luc n'a pas peur de la vieillesse, il ne la refuse pas. Il ne veut pas regarder la vieillesse comme le début de la fin. Il choisit deux vieillards pour nous donner une parole prophétique. Leur long chemin vers la reconnaissance, vers la sagesse, leur quête du divin, leur a permis de rencontrer Jésus qu'ils découvrent comme un sauveur dans leur vie, comme une espérance dans la mort.

Bonne Nouvelle pour hier comme pour aujourd'hui.

Christiane van den Meersschaut

Bibliographie - Sources
  • Nouveau dictionnaire biblique (Ed. Emmaüs 1983)
  • Dictionnaire su Christianisme - Jean. Matthieu (Marabout Service 1980)
  • Dictionnaire de Liturgie - Dom Robert Le Gall (Ed. C.L.D. 1982)
  • Dictionnaire des mots de la foi chrétienne (Ed. du Cerf 1989)
  • Encyclopédie Microsoft (R) Encarta (R) 99
  • Fêtes et croyances populaires en Europe - Yvonne se Sitre (Bordas 1994)
  • Les récits de l'enfance de Jésus - Charles Perrot (Les Cahiers de l'Evangile - Cerf 1976)
  • Une famille juive au temps de Jésus (Fêtes et Saisons n° 410. 12/1986)
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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 09:00
Herman Van den MeersschautDes santons et des hommes
Herman Van den Meersschaut

On dit que les voyages forment la jeunesse. Rien ne me semble plus vrai... en ce qui me concerne en tout cas. Ainsi en fut-il de mon premier séjour en Provence, il y a plus de cinquante ans.

Ce voyage fut pour moi un véritable éblouissement et j'y ai contracté, comme beaucoup de Belges, le virus provençal, mais surtout la passion des "santons". Petit monde fascinant que celui de ces petits personnages de terre cuite. Comme nous, le santon, sorti d'un moule commun, est cependant unique. Le moule ne lui donnant que sa forme générale, c'est le façonnage final et la peinture qui le rendra à la fois semblable et unique.

Dès mon enfance, les personnages de la crèche m'étaient déjà très chers, ceux-ci figurant en bonne place dans la crèche familiale. Celle-ci était la réplique en miniature de la crèche en grandeur nature du Collège Notre-Dame de Cureghem que nous fréquentions, mes frères et moi. Cette grotte de Bethléem (en papier), dont rayonnaient une beauté et une paix extraordinaire, a enchanté mon enfance et, je crois, de nombreuses générations.

Oui, je sais, on idéalise toujours les souvenirs d'enfance. Peut-être ! Mais il ne faut pas minimiser, je pense, l'empreinte que peuvent laisser dans une âme enfantine ces moments de contemplation inexprimable devant la crèche de Noël. Il ne s'agissait pas tellement de l'émerveillement devant le merveilleux, le miraculeux, mais de savourer, comme des moments d'éternité, la douce quiétude, le silence, la paix, le bonheur simple qui se dégageait du spectacle. Il est essentiel, dans la vie d'un enfant, de l'initier à la contemplation de la beauté non seulement extérieure, mais surtout intérieure. Cela semble manquer à beaucoup de jeunes d'aujourd'hui à qui, malheureusement, on n'apprend plus la beauté, mais qu'on inonde, au contraire, de laideur, de violence et de bruit.

Ainsi les santons ont-ils toujours fait partie de ma vie et c'est avec une bonne centaine de personnages que, chaque année, je construis notre crèche. C'est devenu une sorte de "rite". On ne déballe les santons que pour Noël, le reste du temps ils dorment au grenier. Ils sont "consacrés" à jouer leur rôle dans la crèche et non à figurer dans la vitrine d'une collection.

L'ensemble se présente un peu comme un microcosme de notre société, à l'instar des grandes crèches provençales. À peu près toutes les activités humaines y sont représentées, des plus humbles aux plus prétentieuses. Nous y sommes tous, avec nos défauts et nos qualités, notre histoire toute chargée de nos désirs, nos aspirations, nos échecs.

Paul Rensonnet, santonnier wallon (1), insiste sur le fait que ses santons sont toujours "en marche". Ils ne sont jamais statiques mais en marche vers la crèche, vers l'étoile. Et pourtant, d'autres santons sont assis et même couchés ; mais peut-être ceux-là "marchent-ils dans leur tête" ?

Tout ce petit monde danse, rit, se marie, vole, triche, ment, joue, travaille surtout et pense beaucoup à l'argent... pendant que très discrètement est déjà présent, un peu à l'écart, dans l'ombre, celui qui va révéler aux hommes la Lumière qui est en eux. Et certains marchent vers "l'enfant emmailloté et couché dans une mangeoire".

Cet enfant n'est-il pas à lui seul une extraordinaire image de notre humanité naissante dans son ensemble, mais aussi de notre propre humanité toujours à naître et à renaître ? N'est-ce pas moi qui suis couché là dans la paille, souvent bien démuni devant les difficultés de la vie, avec mes espoirs, mes fragilités, ma dépendance inévitable par rapport aux autres ? N'est-ce pas nous qui sommes là, avec nos larmes, nos sourires et cette irrépressible sympathie que nous sommes capables de provoquer chez nos "alter ego", nos "autres nous-mêmes" ?

Ainsi on pourrait dire avec Bernard Feillet (2) que "Noël est autant la fête de l’Homme que la reconnaissance de la venue de Dieu au monde". C'est, sans doute, pour cela que la fête de Noël résiste si bien à la sécularisation de notre société.

Bernard Feillet dit encore que "si nous reconnaissons par la célébration de sa naissance que Jésus est un homme dont le destin fut unique et décisif pour l'approche du mystère de Dieu, nous sommes invités à porter le même regard sur le destin de tout homme (...). Se dire chrétien, en vénérant ce que fut Jésus, dispose, non pas à sous-estimer les autres hommes, mais à en découvrir la grandeur."

Noël résonne alors en chaque homme comme un appel personnel : "Au-delà de toutes tes vicissitudes de l'existence, ce que je suis et ce que je deviens est destiné à la croissance de l'homme et à l'être de Dieu, pour une part singulière que nul ne peut réaliser à ma place. Je suis né unique pour une œuvre unique (...). La foi en soi est fondatrice de toutes les autres fois (...). Si l'homme venait à perdre la foi en lui-même, aucune foi en Dieu ne serait possible."

Mais dans la crèche, avec Jésus il y a aussi Marie et Joseph, le couple humain. Y a-t-il image plus parlante que celle-là pour évoquer l'amour humain ?

La volonté des chrétiens d'affirmer l'origine divine de Jésus, en lui donnant une mère humaine et un père divin comme dans d'autres mythologies, a malheureusement écarté la figure de Joseph, le père bien humain de Jésus. (// Mt. 13, 55 : N'est-ce pas le fils du charpentier ?) Les innombrables œuvres d'art représentant Marie, aussi belles soient-elles, ont souvent faussé l'image de la femme qu'elle a été, faisant d'elle un être mièvre et désincarné.

Joseph, lui, est totalement absent, tout comme le père est de plus en plus absent de nos familles actuelles. La dévaluation de l'amour-don, de la fidélité, de l'engagement réciproque, prive les jeunes des références indispensables pour expérimenter ces valeurs sans lesquelles aucune vie commune n'est possible. Il y aurait tout un travail à faire, via les médias et notre témoignage, afin de restaurer aux yeux des enfants l'image du couple humain et de leur montrer ainsi que l'amour est possible, que cela existe et que cela se vit. C'est ce que nous crie, en silence, le couple de la crèche.

Noël et son expression populaire dans l'étable de Bethléem, nous révèlent, à travers l'image de ce couple humain penché avec respect sur notre humanité, entouré d'hommes et de femmes de toutes origines et de toutes conditions, que l'amour pour l'humanité est la valeur suprême. Jésus le répétera inlassablement jusqu'à en mourir.

Si le bonheur de tous les hommes, et particulièrement celui des plus faibles et des plus démunis, n'est pas au centre de nos préoccupations religieuses, notre foi en Dieu qui est Amour n'est que mensonge. (// Jean, 4, 20 : Si quelqu'un dit : "J'aime Dieu" et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur. ")

Le bien de l'homme, la cause de l'homme devrait être la plate-forme commune où se retrouvent toutes les spiritualités, au-delà de tous les clivages institutionnels. Ce serait cet œcuménisme du quatrième cercle qu'a déjà évoqué souvent A. Verheyen. Nous en sommes encore loin bien sûr c'est pourquoi inlassablement nous fêtons Noël chaque aimée afin de réfléchir ensemble comment construire la grande crèche qui demain verra naître une nouvelle humanité.

Paix aux hommes que Dieu aime.

Paix aux hommes qui aiment l'homme.

Herman Van den Meersschaut - LPC n°94-1999

(1) Paul RENSONNET – NATOYE (retour)
(2) Bernard FEILLET, L'ERRANCE, pp. 133-134 (DDB) (retour)
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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 18:37
Christiane van den MeersschautÀ propos de l'Épiphanie (Mt 2, 1-12)
Christiane van den Meersschaut

Épiphanie... Qu'est-ce que cela veut dire ? Dans le vocabulaire chrétien le mot "Épiphanie" (du grec Epiphaneia : manifestation) désigne les manifestations de Dieu aux hommes.

Au jour de I'Épiphanie, ce qui était caché, voilé, secret, se montre. Dieu se montre. Et, pour les évangélistes, Il se montre dans le monde en un temps historique donné, en la personne de Jésus-Christ.

Au jour de I'Épiphanie, Dieu est comme un enfant. Un enfant qui peut sauver le monde. En Jésus nouveau-né, nous pouvons donc voir une image de Dieu dans sa fragilité. Fragilité de l'enfant que, déjà, un puissant de ce monde guette pour le mettre à mort.

Au jour de l'Épiphanie, Dieu ne se manifeste pas comme un maître qui demande la soumission, mais comme un enfant qui nous est donné. Cet enfant, sans nous ne peut rien. Bonne Nouvelle? Nouveauté étonnante et qui ne s'épuise pas au fil du temps. Sommes-nous prêts à adopter Dieu?

La fête de l'Épiphanie a vu le jour en Orient au VIème siècle, où, dès l'origine, elle fut célébrée le 6 janvier en même temps que la fête de la Nativité. De nos jours encore, dans l'Église Arménienne, Noël est célébré le 6 janvier, Après de multiples discussions, les Églises d'Orient et d'Occident s'accordèrent pour célébrer ensemble la fête de Noël le 25 décembre, comme on le faisait déjà en Occident, la fête de l'Épiphanie restant fixée au 6 janvier. À la suite des dernières réformes de la liturgie romaine, cette fête est célébrée, dans les pays d'Occident où ce jour n'est pas chômé, le dimanche qui suit le 1 er janvier.

En Orient, l'Épiphanie est restée, pour les chrétiens, la grande célébration des "Manifestations du Seigneur" essentiellement centrée sur le baptême du Christ. Ceci d'abord parce que dans le récit du baptême, ils voient une manifestation de Dieu : Celui-ci est mon Fils bien-aimé"... (Mt 3,13ss ; Mc 1,9ss, etc.). Ensuite parce qu'ils trouvent que la célébration du baptême de Jésus tend à mettre en pleine lumière le sens spirituel de sa venue en ce monde.

En Occident, la tradition s'est davantage attachée à l'épisode des Mages, associé à la Nativité célébrée quelques jours plus tôt. La liturgie latine s'est donc employée, pour sa part, à mettre en relief le sens symbolique du récit de Matthieu : ces sages venus d'Orient, ces étrangers au peuple juif sont l'expression du caractère universel de la manifestation de Dieu.

Au jour de l'Épiphanie, le Dieu des Juifs se montre aux hommes de toutes les nations et de tous les temps. Il est comme un enfant fragile non seulement pour son peuple, mais aussi aux yeux de nous tous. Nous pouvons, si nous le voulons, l'adopter dans nos vies ou le tuer. Le message de l'Épiphanie est clair, hier comme aujourd'hui.

Mais y a-t-il des faits historiques qui éclairent la composition de ce récit théologique ?

1. À l'époque de la rédaction des évangiles, il y a d'une part de nombreux non-juifs, hommes et femmes, esclaves et hommes libres qui demandent le baptême et, d'autre part, une masse de Juifs qui se désintéressent totalement de Jésus. L'Autorité pharisienne en place allant même jusqu'à persécuter les communautés "judéo-chrétiennes".

Pour les conforter, l'évangéliste, dans ce récit, va vouloir montrer que Jésus-Christ est bien le Messie et qu'avec lui se vérifie la prophétie d'Isaïe (60, 2-6) et se réalise le Psaume 72 qui annonçait un roi idéal devant lequel "les rois les plus lointains, prosternés devant lui, présenteront leurs dons".

Pour Matthieu, Jésus vient pour tous les hommes et les prophéties de jadis sont accomplies. Désormais, ni la race, ni la nation, ni le peuple, ni la famille, ni le statut social ne pourront faire obstacle à cette nouveauté : tout homme qui le souhaite est un enfant de Dieu.

Remarquons au passage, comme nous le dit Charles PERROT que "Juifs et Judéo-chrétiens maniaient l'Écriture avec cette liberté des enfants de Dieu devant un bien de famille, sans être esclaves d'une lecture de type fondamentaliste - dont l'époque moderne nous offre, hélas, trop d'exemples". Le rédacteur juif de l'évangile de Matthieu agit de la sorte pour construire son récit théologique de façon pédagogique.

2. Les communautés Judéo-Chrétiennes sont affrontées aux croyances astrales très répandues et fortes à l'époque.

L'auteur veut souligner la suprématie du Seigneur sur "les éléments du Monde". Pour cela, il utilisera l'image des Mages alertés par "un astre à son lever". Au terme d'un voyage nocturne, allusion sans doute à la nuit spirituelle dans laquelle le monde est plongé quand il vit sans Dieu, ils viendront se prosterner devant Jésus : Celui qui sauve". L'astrologue s'incline devant lui. Comme l'encens et la myrrhe sont utilisés dans les incantations des "magi", en les déposant aux pieds de Jésus, les Mages montrent qu'ils abandonnent leurs croyances et les profits (l'or) qu'ils en tiraient. Une autre tradition nous dit que par le présent de l'or, les Mages reconnaissent Jésus comme Roi, par l'encens comme Dieu et par la myrrhe comme le Ressuscité.

Et qui sont ces Mages ?

Dans la version originale grecque, les visiteurs sont appelés "magi", mot qui désigne ceux qui s'adonnent aux arts occultes orientaux. À l'origine, les Mages formaient un clan parmi les Mèdes, clan qui finalement constitua la caste des prêtres en Perse. À l'époque de Jésus, le mot avait fini par désigner les praticiens professionnels de diverses sciences occultes, telles l'interprétation des rêves et l'astrologie. PHILON, philosophe juif contemporain, exprime une grande admiration pour les véritables "magi", mais attaque les charlatans qui pervertissent leurs pratiques. Matthieu fait écho à l'opinion positive de PHILON et présente ses Mages comme des personnages fort honorables.

C'est plus tard que s'est bâtie la légende concernant les ''Rois Mages" notamment avec les récits d'évangiles dits "apocryphes". On s'accorda d'abord à les faire venir de Perse où l'astrologie avait toujours été à l'honneur. Pour l'évangéliste, ils viennent tout simplement de "l'Orient". Pour un Judéen, "l'Orient" désigne tout ce qui est au-delà du Jourdain. Nous pouvons aussi voir ici une référence aux Écritures. L'histoire du Mage Balaam venu lui aussi d'Orient. (Nombres chap. 22 à 24).

Au Ve siècle, Origène et Saint Léon le Grand adoptèrent le nombre de trois Mages, et cela en fonction des cadeaux offerts. Ensuite, la tradition latine les transforme en Rois. La tradition de leurs noms remonte au VIe, VIIe ou VIIIe siècle selon différentes sources : Melchior (Mon Roi est Lumière), Balthasar (déformation de Balat-Shur-Usur - Baal protège la vie du roi) et Gaspard inexpliqué. Par contre, les chrétiens Syriens et Arméniens comptent une douzaine de Mages.

Au XVe siècle, on voit en eux les représentants de trois races : un Africain : Balthasar de race noire, un Asiatique : Gaspard de race jaune et un Européen : Melchior de race blanche, symbolisant ainsi l'ensemble de l'humanité.

3. Après la destruction du second temple en 70, il y a rupture entre Israël et les communautés Judéo-Chrétiennes.

Le récit exprime cette situation par l'incompréhension d'Hérode et de Jérusalem. Le premier veut tuer, la seconde s'affole. Dans ce texte, les absences sont autant signifiantes que les présences. Ici, il n'est pas question des bergers, encore moins des pharisiens, des prêtres, des scribes ou des lévites. Personne d'Israël ne se dérange pour le nouveau-né. Aucun ne se précipite pour s'émerveiller devant le Messie. Ceux qui savent tout des Écritures, des lois et de Dieu ne savent plus prendre la route car déjà ils ont enfermé Dieu dans la Cité-Sainte.

Les chercheurs de Dieu, eux, se mettent en marche et le découvrent dans un endroit inattendu. Au milieu de leurs interrogations, ils ont découvert l'étoile brillante qui se trouve au cœur de chaque homme où s'inscrit la foi.

Christiane van den Meersschaut, LPC n°95 – décembre 1999.

BIBLIOGRAPHIE
  • Théo. Nouvelle Encyclopédie catholique (DROGUET et ARDANT/FAYARD)
  • Les récits de l'enfance de Jésus (Charles PERROT/Ed. du Cerf)
  • Les grands événements de la Bible (Ed. BREPOLS)
  • La Bible vivante (John D. CLARE et Henry WANSBROUGH/Michel LAFON)
  • Dictionnaire biblique universel (L. MONLOUBOU et F.M. DU BUIT/DESCLÉE)
  • Catéchèse biblique symbolique (Claude et Jacqueline LAGARDE/LE NTURION/PRIVAT)
  • En suivant l'Étoile (Jean-Pierre MANIGNE/La Vie n° 2314)
  • L'or, l'encens et la myrrhe (Hyacinthe VULLIEZ/La Vie n° 2366)
  • L'enfant et les rois (Gérard BESSIERE/La Vie n° 2418)
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