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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 08:00
André VerheyenJésus avant le Christianisme
André Verheyen

C’est le titre d'un livre d'Albert NOLAN, publié en 1979 aux Editions Ouvrières à Paris. Sur la couverture du livre nous pouvons lire: "Albert Nolan est aumônier national des étudiants en Afrique du Sud. Il est né en 1934. Dominicain, il est, dans son ordre religieux, provincial pour toute l'Afrique australe."

Dès les premières lignes, l'auteur pose un problème passionnant.

"Des milliards d'hommes, à travers les âges, ont vénéré le nom de Jésus. Qui nous dira ceux qui, parmi eux, l'ont réellement compris, ceux qui ont mis en pratique ce qu'il voulait voir se réaliser ?

"Ses paroles ont été si souvent déformées, déviées de leur sens qu'on a l'impression qu'on peut désormais tout leur faire dire, ou qu'elles n'ont plus rien à dire.

"Son nom, tant d'hommes en ont usé, abusé, pour justifier leurs crimes, assurer leur autorité, soutenir leur héroïsme, ou leur folie, qu'on se demande si, ironie suprême, on n'a pas précisément, au nom même de Jésus ressuscité, prêché, répandu les idées contre lesquelles il s'était, de son temps, le plus violemment opposé.

"Jésus ne peut être complètement identifié à ce grand phénomène religieux du monde occidental qu'a été le christianisme. Il est bien plus que le fondateur d'une des grandes religions du monde. Il se tient devant le christianisme tel le juge de tout ce qui a été fait en son nom. Le christianisme ne peut en revendiquer la possession exclusive. Jésus appartient à l’humanité tout entière"

Précisons que NOLAN vit le drame de l'Afrique du Sud, avec ses violences, tortures dans les prisons, exécutions sommaires, etc. Il constate aussi que certaines Eglises en son pays utilisent la foi pour soutenir ouvertement une politique d'asservissement et qu'alors "il reste une référence ultime et solide: le Jésus de l'Histoire, l'homme Jésus avant le christianisme".

Mais il est intéressant de noter qu'il consacre toute la troisième partie (une sur quatre, sept chapitres sur les dix-neuf de son livre) à la Bonne Nouvelle du Royaume.

Nous avons eu nous-mêmes l'occasion de signaler le déplacement de sens de La Bonne Nouvelle après la mort de Jésus.

On trouve une autre approche, plus théologique, de ce même problème dans un article de la revue "Concilium" (n° 245 de 199, consacré au Messianisme dans l’histoire), écrit par Ion SOBRINO sous le titre "Messie et Messianisme – Réflexions depuis le Salvador".

Voici deux passages caractéristiques pour notre propos.

"L'oubli du messianisme a des racines socio-politiques, mais aussi, d’une certaine manière, il commence dès après la résurrection de Jésus. Le problème est donc aussi ecclésial et théologique; il consiste, au nom du médiateur (Christ ressuscité), à reléguer au second plan la médiation (la réalisation de la volonté de Dieu, le Royaume de Dieu dans les paroles de Jésus, les espérances messianiques). A notre avis, deux choses se sont produites: on a donné la priorité au médiateur sur la médiation, et le médiateur a été compris efficacement davantage selon le modèle de Fils de Dieu que selon celui de Messie." (o.c. page 145)

"Cela nous conduit à un problème central dans le Nouveau Testament, qui va bien au-delà du passage connu qui s'opère de Jésus à Christ, c'est-à-dire du Jésus qui prêche au Christ prêché. Il s’agit d'un changement dans la compréhension du dessein de Dieu : au centre du kérygme, ce n'est plus directement la venue du royaume de Dieu annoncé par Jésus, mais l'apparition du Christ. Quoique médiateur et médiation continuent à être en relation, la "bonne nouvelle" de Dieu se concentre maintenant sur le Christ et non sur le royaume de Dieu, davantage sur le médiateur (l'envoyé de Dieu) que sur la médiation (la réalité d’un monde selon la volonté de Dieu). De la sorte, les réalités qui étaient importantes pour Jésus de Nazareth se formulent de manière à ce que, d'une part, il y ait continuité entre l’avant et l’après de Pâques, mais aussi discontinuité.

Ainsi, les premiers croyants continuent d'espérer le salut et rapportent au Christ, et maintenant de façon absolue, mais ce salut n'est pas formulé comme "royaume de Dieu", libération des nécessités plurielles, terrestres et transcendantes, personnelles et collectives, mais comme salut plus transcendant (dans la parousie), plus personnel (de l'individu) et plus religieux (pardon des péchés)." (o.c. page 147-148)

Marcel LEGAUT, de son côté, faisait remarquer que la pensée théologique et spirituelle de l'Eglise a tellement accentué la mort et la résurrection du Christ qu'on a parfois l'impression que la vie terrestre de Jésus n'a pas d’importance.

C'est bien l'impression que nous avons, en effet, lorsque nous disons dans la prière eucharistique "Faisant ici mémoire de la mort et de la résurrection de ton Fils,…" Pourquoi pas de sa vie ?

"… la tentation est grande - à laquelle d'ailleurs on a très généralement succombé - de négliger la vie humaine de Jésus, d'y atténuer la transcendance de son rayonnement personnel, au profit de sa mort "seule rédemptrice" et de sa résurrection, "seul fondement de la foi en lui". (Débat sur la foi - Marcel LEGAUT et François VARILLON - Chez Desclée De Brouwer en 1972, page 45)

"La mort de Jésus est la conséquence de sa vie, de sa mission, non d'une volonté extrinsèque à Jésus. Il ne pouvait que mourir de cette façon pour être fidèle à l’ensemble de ce qu'avait été sa vie. Sa mort ne peut pas être séparée de sa vie, ce que l'on fait trop souvent quand, oubliant tout ce qu'il a vécu, le négligeant, on ne parle, "on ne fait mémoire" que de sa mort et de sa résurrection." (o.c. page 71)

On touche ici un aspect fondamental de notre foi : à qui s'adresse notre foi, à l'Eglise catholique, au christianisme des apôtres et des premiers chrétiens ou à Jésus lui-même ?

Dans la présentation catholique traditionnelle on ne pose pas cette question; on la trouve même déplacée. Il y a toute une littérature spirituelle ou religieuse qui souligne que la fidélité à Jésus suppose la fidélité à l'Eglise, qu'on ne peut les dissocier.

De même le magistère traditionnel n'a jamais envisagé un seul instant qu'on puisse mettre en doute l'identité entre la pensée de Jésus et la proclamation officielle de l'évangile par les Apôtres. Cette proclamation ou 'annonce' officielle est souvent désignée par un mot repris du grec : le Kérygme. On la trouve dans le Nouveau Testament en général et dans les différents résumés de la foi chrétienne appelés 'symboles'.

Loin de prêter aux responsables de l'Eglise quelque mauvaise intention, on peut penser que c'est dans un souci de simplification pédagogique et pour rendre service au une forme claire peuple chrétien qu'ils ont toujours essayé de donner au contenu de la foi chrétienne une forme simple, résumée, unifiée, par exemple dans les catéchismes.

Mais l'état des connaissances actuelles dans le domaine biblique - et surtout leur diffusion dans des livres et articles accessibles à un public de plus en plus large - permet de valoriser les différences et les diversités plutôt que de penser qu’il faut les minimiser.

L'exemple le plus simple est l'explication d'une diversité de présentation entre deux évangélistes par la diversité des publics auxquels ils s'adressent.

Un autre exemple est la possibilité de déterminer la date plus ou moins tardive de certains écrits du Nouveau Testament, ce qui explique l’évolution de la réflexion et du langage.

Tout cela permet de ne plus considérer comme impertinente la question de la conformité entre le projet de Jésus et l'image qui nous en a été transmise par les auteurs de nos écrits du Nouveau Testament. Autrement dit : la question de "Jésus avant le Christianisme."

Un cas remarquable est celui des réflexions sur le sacerdoce dans l'épitre aux Hébreux, comparées à ce que Jésus a effectivement vécu.

Cela permet aussi de prendre ses distances avec une certaine présentation traditionnelle qui voulait que notre foi se réfère inconditionnellement au kérygme (voir ci-dessus) dans sa forme considérée comme définitive puisque, disait-on, la révélation était clôturée avec la mort du dernier Apôtre.

La plus grande sympathie pour le messager de la personne aimée n'empêche nullement de vérifier la conformité de son témoignage ni surtout de donner la priorité à la pensée de la personne aimée par rapport aux interprétations du messager.

On comprend aisément qu’il y a encore "du pain sur la planche" pour l’œcuménisme, en particulier pour tous ceux qui ont une conception un peu trop "sacralisée" des textes de référence.

 

André Verheyen (n°26 septembre 1999)

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 09:00
Herman Van den MeersschautLes tentations de Jésus (Matthieu IV, 1 à 11) (suite et fin)
Herman Van den Meersschaut

Le récit de Matthieu nous montre un Jésus sûr de lui. Son baptême l'a confirmé dans ses choix, il répond donc sans hésiter aux propositions du diable, citant des paroles de Dieu dans les Ecritures, paroles qui, pour lui, sont sa vraie nourriture. Pour lui, il n'y a plus de doute. Ce qui n'exclut pas que Jésus, comme nous, a dû se battre, toute sa vie, avec ses démons et a, sans aucun doute, fait des erreurs. Il est intéressant de relire à ce sujet la rencontre de Jésus avec la Cananéenne, que le Père Charlier appelait la « conversion de Jésus. » ( Matthieu 15,21 à 28)

Mais dans le récit qui nous occupe la tentation vient plutôt de l'extérieur, c'est­ à-dire, de tous les perturbateurs, les diviseurs, les empêcheurs, les adversaires qui croiseront le chemin de Jésus.

Selon certains commentateurs, le diable symbolise aussi le peuple et même les disciples qui suivent Jésus, mais qui sont diables en « se mettant en travers de son chemin » attendant de lui qu'il montre sa puissance par des prodiges, qu'il prenne le pouvoir et impose son Royaume par la force.

L'expression : Si tu es fils de Dieu, ordonne... est une véritable provocation. Le peuple diable ne provoque pas Jésus en lui disant : « Si tu es un homme ... mais, si tu es le fils de Dieu, montre ce que tu peux faire, montre ta puissance et utilise-la pour arranger nos affaires. »

L'Eglise nous dit que Jésus n'était pas seulement le fils de Dieu, mais Dieu lui­ même et que tout lui était possible; mais qu'il a refusé d'utiliser ses pouvoirs spéciaux pour attirer les foules à lui. Mais si, comme je le pense, Jésus n'était pas Dieu, il n'avait donc pas d'autres pouvoirs que nous et n'a donc pu utiliser que nos pauvres moyens humains.

C'est pourquoi, il ne change pas les pierres en pains. Les pierres restent des pierres, les hommes restent des hommes, mais il les appelle à être de plus en plus humains. L'Evangile n'est donc pas à entendre comme un message magique, qui viendrait changer notre réalité matérielle. N'est-ce pas, cependant, ce que beaucoup de croyants attendent secrètement de Dieu lorsqu'ils lui adressent leurs prières de demande?

Dans le premier tableau, nous étions au ras du sol avec le pain et les pierres du désert, c'était, en quelque sorte, notre rapport au monde matériel.

Dans le deuxième tableau, le diable emmène Jésus plus haut dans les airs, sur le Temple.

Ce sera, ici, notre rapport au divin.

Le diable l'emmène à la ville sainte et le place sur le faîte du Temple…

Emmener Jésus et le placer au sommet du Temple, lieu sacré entre tous où Dieu demeure, n'est- ce pas le considérer comme l'égal de Dieu, le déifier? Pendant sa vie, il ne s'est, semble-t-il, pas présenté, lui-même, comme fils de Dieu et encore moins comme Dieu. Curieusement, c'est après sa mort, alors qu'il ne pouvait plus réagir, que la jeune Eglise l'a déifié. Sans cela, le christianisme aurait-elle réussi aussi bien?

et lui dit : Si tu es fils de Dieu, jette-toi en bas.

« Vas- y, éblouis-nous, séduis-nous, fais nous un beau tour de magie, nous t'adorerons, tu seras un dieu pour nous » dit le peuple-diable. Les hommes ont toujours espéré la venue d'un surhomme providentiel, d'un Messie. C'est ce qu'expriment, entre autres, des fictions contemporaines comme Zorro, Superman et autres Spiderman.

Pour appuyer cela le diable utilise à son tour les Ecritures :

Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et ils te porteront dans leurs mains, de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre.

« Tu vois, Dieu est avec toi » Le peuple aimerait tant que Jésus soit cet homme providentiel investi de tous les pouvoirs, littéralement porté par Dieu et qui interviendrait lorsqu'il l'appelle. Mais Jésus n'a pas ces pouvoirs.

Sa réponse est nette : Il est aussi écrit : Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu.

Autrement dit : ne demande pas à Dieu ce qu'il est incapable de te donner.

« Il est inutile d'essayer de me tester, de m'éprouver » semble dire Dieu « toute intervention directe de ma part, dans vos vies, serait une injustice inacceptable » On touche, ici, au délicat problème de la prière de demande ou d'intercession, qu'elle s'adresse à Dieu, à Jésus, à Marie ou aux saints. Peut-être cela pourra-il faire, un jour, le sujet d'un numéro spécial de LPC ?

L'exégète Rudolf Bultmann considérait ce texte comme « le mode d'emploi, la clef de lecture des miracles des évangiles ». Il ne faut pas entendre ces épisodes miraculeux comme autant de preuves magiques. Les miracles, comme les paraboles, exposent, dans un langage symbolique, l'enseignement de Jésus tel que les disciples l'ont perçu et médité. Si l'on sort de l'approche symbolique, on est en pleine magie et les textes perdent toute crédibilité.

Enfin, dans le troisième tableau, le diable entraîne Jésus toujours plus haut. Ce sera notre rapport au pouvoir.

Le diable l'emmène encore sur une très haute montagne…

Symboliquement, le sommet de la montagne est, non seulement le lieu du contact avec le divin, mais aussi celui de l'Alliance et de la Loi. Gravir la montagne, atteindre le sommet est l’image symbolique du cheminement spirituel de l'homme qui cherche à donner plus de sens, plus d'humanité à sa vie et au monde dans lequel il est plongé. Là, il est « aux pieds de Dieu », c'est- à­ dire : tout à son écoute. Mais, ici, ce n'est pas du tout ce que propose le tentateur.

...il lui montre tous les royaumes avec leur gloire et lui dit : Tout cela, je te le donnerai, si tu tombes à mes pieds et m'adores.

Les royaumes avec leur gloire qui s'étalent aux pieds de Jésus résument toutes les richesses du monde, tout le potentiel matériel et humain qui s'offrent à l'homme pour asseoir son pouvoir. C'est le rêve d'une toute-puissance qui permettrait de tout manipuler, de tout maîtriser. Qui n'a jamais rêvé d'un tel pouvoir ? Les évangélistes nous montrent bien comment les apôtres, eux­ mêmes, en rêvaient et se voyaient déjà au pouvoir avec Jésus. (Matthieu 20, 20 à 28)

Mais notre désir de pouvoir se mue bien souvent en désir de domination. Dominer, de peur d'être dominé. C'est le cas chez tous dictateurs, qu'ils soient chefs d'état ou chefs de famille.

C'est là, qu'en nous, les pulsions égocentriques se réveillent.

Se prosterner devant le diable, se mettre à genoux devant le Mal, c'est le considérer comme une possibilité parmi d'autres, c'est être prêt à utiliser tous les moyens pour imposer notre domination sur les autres.

Alors Jésus lui dit : Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : C'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, c'est à lui seul que tu rendras un culte.

Jésus refusera tout pouvoir de domination sur l'homme, il ne se prosternera que devant Dieu, non pas le « Dieu des armées », mais le Dieu d'Amour. Cette prosternation symbolique, comme celle des mages devant Jésus et sa mère à Bethléem, exprime la reconnaissance, l'acceptation par l'homme, de l'Amour comme valeur suprême. Pour Jésus, la seule puissance qui doit animer l'homme, c'est celle de l'Amour. C'est ainsi que, pour lui, tout pouvoir doit être au service de la communauté humaine. Ne dira-t-il pas : « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir » (Mt 20.28). L'Eglise semble avoir oublié cela, bien souvent, se mettant au service des puissants de ce monde, quand elle ne mettait pas ceux-ci à son propre service ! Aujourd'hui, certains nostalgiques en rêvent encore.

Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s'approchèrent, et ils le servaient.

Jésus se retrouve sur la montagne dans l'intimité de la Voix qui, lors de son baptême, lui murmurait qu'il avait fait le bon choix. Ici, à nouveau, l'image aérienne des anges représente symboliquement la voix divine qui nourrit Jésus de sa Parole, qui lui sert son pain de ce jour.

C'est ainsi que Matthieu nous présente les trois grandes options que Jésus a choisies et vécues pendant sa vie :

  • Tout en ne vivant pas en ascète, il prendra des distances par rapport aux biens matériels en choisissant de vivre avec les plus pauvres. Il valorisera, avant tout l'ETRE plutôt que l'avoir: Etre bon, être juste, être compatissant, etc...
  • Refusant toute manipulation, toute séduction, tout artifice, tout culte de la personnalité, il ne cherchera pas sa satisfaction personnelle. A l'écoute de tous, il ira, les mains nues, à la rencontre de toutes les misères et se montrera solidaire des exclus.
  • Refusant tout pouvoir, il prendra la dernière place pour être au service de ses frères les hommes. Il révèlera par ses actes, non pas un Dieu tout­ puissant, mais un Dieu père, un Dieu d'Amour. Il y restera fidèle jusqu'à la mort.

En conclusion, je voudrais laisser le dernier mot à Jean-François Breyne de la revue Evangile et liberté.

« Voilà le mode d'emploi : l'Evangile n'est pas à entendre comme un moyen de devenir un surhomme, ni même un super-croyant, mais un homme, une femme, tout simplement.

Ce récit nous livre une ultime clef : comment résister ? Par la parole. Une parole qui se fonde sur l’Ecriture. Par trois fois Jésus va répondre : « il est écrit ». C 'est là que nous fondons notre foi, notre capacité à résister au malheur, à la souffrance, à la mort, à tous nos fantasmes de puissance.

Mais attention ! Ultime piège ! Le diable aussi dit : « il est écrit » ! Et là réside l’'ultime mise en garde. Car il ne suffit pas de lire les Ecritures. Le diable le fait aussi. La remarque est d'importance. Elle représente l'ultime piège. Car l'écriture doit être interprétée, à l'aune de ce récit pour devenir véritablement Parole vivante. »

Herman Van den Meersschaut - LPC n° 23- 2007

Bibliographie :
  • Dictionnaire du N.T.X.Léon-Dufour
  • LaBible à la lumière du symbole de J.Behaeghel.Ed.Alphée
  • Evangile et liberté : fëvrier 2004. J.F. Breyne. page 8
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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 09:00
Herman Van den MeersschautLes tentations de Jésus (Matthieu IV, 1 à 11)
Herman Van den Meersschaut

Après avoir été baptisé par Jean, Jésus se retrouve donc au désert.

Cette scène, qui exprime d'une manière extrêmement condensée les grandes options de Jésus, est un exemple typique de composition symbolique. Ici on est dans l'imaginaire, le fantastique comme dans les contes. Il n'y a rien de plausible, ni dans le récit, ni dans les décors; et pourtant tout a un sens, tout est symbolique. Nous nous retrouvons donc à nouveau dans le « paysage spirituel » du personnage.

« Alors Jésus fut conduit au désert par l'Esprit pour être tenté, par le diable...il jeûna quarante jours »

La Voix pousse Jésus à entrer en lui-même, à faire le vide et à s'ouvrir à tous les possibles afin de préciser ses choix et la manière dont il mènera son action. Puisqu'il s'agit, ici, de rendre l'expérience spirituelle que Jésus a vécue, mais que nous vivons aussi, l'auteur utilise le chiffre « quarante », symbole d'une période de maturation, de conversion, de transformation, de transfiguration de laquelle peut naître une nouvelle vie. L'Ancien Testament l'utilise d'ailleurs abondamment.

Faire le désert, le vide s'exprime aussi par le « jeûne ». Jeûner c'est bien sûr s'abstenir de nourriture, c'est une ascèse physique, mais aussi et surtout prendre des distances par rapport à toutes les choses matérielles qui encombrent nos vies et nous empêchent d'aller à l'essentiel.

Car c'est de l'essentiel que le diable veut le détourner.

Le diable ! Parlons-en de celui-là.

Profitons-en pour tordre le coup, une fois pour toute, à ce personnage qui hante encore tellement d'esprits dans le monde et dans toutes les religions. Quand l'Eglise dira-t-elle clairement, dans son enseignement, que le diable n'existe pas ? Qu'il n'est pas le maître de l'empire du mal qui s'oppose à celui du bien, mais qu'il est une image forte inventée par les hommes pour exprimer symboliquement ces pulsions égocentrique négatives, ces pulsions de mort qu'ils sentent surgir en eux-mêmes avec effroi et qui les font agir comme s'ils étaient manipulés par quelqu'un. Il peut être « légion » comme chez le démoniaque de Luc 8, 30, représentant alors nos innombrables voix intérieures qui nous assaillent.

On peut remarquer, ici, l'emploi de trois noms pour désigner ce que nous appelons le Mal.

La Vulgate (traduction latine de la Bible) écrit volontairement ces mots avec une minuscule, ne les considérant pas comme des noms propres, évitant ainsi tout dualisme qui supposerait l'existence de deux divinités opposées.

- Diable: diabolos en grec. Terme dérivé du verbe diaballo, composé de dia : à travers et ballo : s'élancer, se précipiter. Est donc diable celui qui se précipite en travers de notre chemin, celui qui essaie de nous en détourner. On pourrait dire le perturbateur, le diviseur, l'empêcheur.

- Satan: de l'hébreu sathan: l'adversaire, l'accusateur, l'ennemi, l'opposant.

- Tentateur: tenter en grec signifie : essayer, tester, éprouver. Il n'est pas péjoratif, mais implique un choix. Choisir, n'est-ce pas la situation à laquelle nous sommes tous confrontés dès notre réveil tout au long de notre vie ? Le mot est utilisé ici dans un sens péjoratif. C'est celui qui fait miroiter des mirages, des bonheurs illusoires, qui tend des pièges, qui sème le doute en mentant.

Mais revenons à notre récit et à ce qu'il peut nous dire aujourd'hui.

Après quarante jours Jésus eut faim.

Je pense que le mot faim est capital dans ce texte. Bien sûr, il est normal qu'il ressente une sérieuse fringale après quarante jours de jeûne, mais s'agit-il bien de cela ? De quoi Jésus avait-il faim ? De quoi avons--nous faim ? Tout ne procède-t-il pas de nos désirs les plus profonds? C'est à partir de l'idée que nous nous faisons du bonheur que nous faisons nos choix et que nous essayons de rester maîtres de notre destin malgré les limites et les contraintes que nous impose la société. C'est lorsque cette faim n'est pas assouvie, mais que d'autres y arrivent, que peut naître la convoitise. Notre unique tentation est celle de vouloir dominer, de peur d'être dominé. On pourrait dire que c'est la tentation de la toute-puissance.

Il s'agit bien de cela ici.

Matthieu nous raconte cela en trois tableaux.

Dans une sorte de crescendo le diable va emmener Jésus, de plus en haut, dans trois lieux symboliques : Les pierres du désert, le faîte du temple et une très haute montagne.

Arrêtons-nous au premier tableau.

Si tu es fils de Dieu, change ces pierres en pains.

Le pain est l'objet de toutes nos faims, de notre désir de posséder, de nous approprier les choses. Il représente ici tous les biens matériels que nous croyons indispensables à notre bonheur. Notre époque est riche en tentateurs et marchands d'illusions. La publicité, sous toutes ses formes, nous bombarde de messages nous poussant, évidemment, à consommer des biens qui nous sont présentés comme indispensables à notre bonheur et tendent ainsi à façonner des masses humaines dépourvues de sens critique. Ces producteurs créant sans cesse de nouveaux besoins, les consommateurs sont pris dans la spirale infernale de la frustration. Une sorte d'esclavage, au fond.

Change ces pierres ...

Afin d'obtenir ce qu'ils désirent absolument certains n'hésiteront pas à forcer le destin en tentant l'impossible, parfois l'irréparable: exploitation des plus faibles, vols, violences, meurtres, guerres.

Tout au long de notre histoire nous nous sommes crus tellement puissants que, pour obtenir ce que nous convoitions, nous avons asservi des millions d'êtres humains et détruit la nature d'une façon irréversible. Notre désir de posséder n'a, décidément pas de limite.

C'est le monde de l'avoir.

Jésus répond : L'homme ne vit pas que de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu

On l'a dit plus haut, le jeûne de Jésus est déjà une réponse. Pourquoi toujours vouloir changer la pierre en pain ? Pourquoi vouloir tout monnayer, rentabiliser? La pierre a ses qualités : elle est solide, discrète, humble, nue, parfois lisse, parfois rugueuse, mais toujours vraie et solidement accrochée à la terre. Elle est, tout simplement. Or il faut savoir que Yahvé est la pierre, le rocher (Dt,32,3-4), sa loi est gravée dans la pierre et que Jésus appellera Simon: Pierre. Jésus, lui aussi est « la pierre d'angle », et pour certains « la pierre d'achoppement ».

Avec lui on est dans le monde de l'être, non de l'avoir.

Ce que Jésus propose, c'est de tendre vers une plus grande qualité d'être, surtout d'être avec les autres et pour les autres, afin de construire ensemble, sur la pierre, un monde plus humain. La parole qui sort de la bouche de Dieu est celle qui sourd en chacun de nous, lorsque nus devant nous-mêmes, dépouillés de nos avoirs, nous l'entendons murmurer qu'il n'y a, en effet, que « être avec, être pour quelqu'un » qui donne un sens à notre vie.

Le désert est là afin que, dans le silence, nous entendions la parole qui « nourrit » l 'esprit, un pain spirituel capable, pour ceux qui le désirent, d'ouvrir la porte de la conscience et de la liberté.

La prochaine fois nous nous arrêterons aux deux autres tableaux.

Herman Van den Meersschaut - LPC n°22-juin 2007

Bibliographie. :
  • Dictionnaire du N.T.X.Leon-Dufour
  • La Bible à la lumière du symbole de J Behaeghel, Ed. Alphée
  • Evangile et Liberté : février -E 2004.JF. Breyne. page 8
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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 09:00
Herman Van den MeersschautLe baptême de Jésus (Matthieu III, 13 à17)
Herman Van den Meersschaut

Au chapitre IV de son évangile, Matthieu, dans une étonnante composition symbolique nous présente, les options que Jésus de Nazareth va rejeter et surtout, mais par « sous-entendus », celles qu’il va choisir et vivre pleinement durant toute sa vie publique.

La scène décrite dans les tentations n’a pas de témoins puisque Jésus est seul dans le désert. Donc, pour imaginer ce récit il a fallu que l’auteur intègre le mieux possible la spiritualité de Jésus afin de nous faire découvrir, pour ainsi dire, « de l’intérieur » son cheminement intime, surtout, pendant la période que l’on appelle sa vie cachée.

Période dont on ne sait rien, mais dont on peut supposer qu’elle fut une longue quête faite d’étude de la Thora, de méditations et de débats intérieurs dans la solitude et, sans doute, aussi de la fréquentation du groupe baptiste de Jean. C’est, pendant ce temps de maturation que Jésus va expérimenter, pas à pas, la présence du Divin qu’il sent vivre au plus profond de son être et qu’il appellera : Père. Parmi ses expériences spirituelles intenses, celle de son baptême par Jean sera décisive.

Aussi, avant d’aborder les tentations je voudrais m’arrêter à ce récit car tous deux sont intimement liés.

C’est, en effet, la première démarche publique que Jésus entreprend dans l’évangile de Matthieu au chapitre III, versets 13 à17.

- Alors paraît Jésus : raconte-t-il. Jésus n’apparaît pas comme un super-Messie, mais, tout simplement, en se fondant humblement dans la foule de ceux qui viennent se faire baptiser en confessant leurs péchés.

- Jean voulait l’en détourner. Il ne comprend pas. Lui, il annonçait un maître de justice « qui va couper et jeter au feu tout arbre qui ne donne pas de bon fruit », et voilà que celui qu’il reconnaît comme le Messie lui demande le baptême !!! Eh! Oui, Jean est ici le premier tentateur qui veut empêcher Jésus d’accomplir toute justice.

- Laisse faire : dit Jésus. Ainsi, en s’avouant pécheur, en s’identifiant à eux, il exprime son engagement radical pour les malades, les exclus, les mal-aimés. En confessant ses doutes, ses peurs, ses faiblesses et en plongeant dans l’eau du Jourdain il devient solidaire de ces hommes, il est un des leurs. C’est à eux qu’il rendra justice. Il se mouillera, d’ailleurs, définitivement pour eux. En se faisant baptiser par Jean, fils de prêtre, mais qui prêche hors du Temple dans le désert, Jésus affirme déjà la position marginale qui sera la sienne par rapport à l’institution religieuse.

En s’immergeant dans l’eau, en se mouillant, en passant la rivière Jésus franchit un pas décisif et prend un engagement irrévocable qui déterminera toute sa vie future. Il laisse derrière lui l’homme ancien pour revêtir l’homme nouveau comme le dit Paul.

Dans le premier Testament, on trouve plusieurs passages de rivières comme, par exemple, celui de Jacob qui, après avoir lutté toute la nuit avec l’ange, changera de nom, devient Israël et passera le Yabboq pour prendre enfin ses responsabilités en affrontant son frère Esaü. On remarque la même symbolique : le combat intérieur qui l’amène à trouver sa vérité et à passer à l’acte.

- En sortant de l’eau les cieux s’ouvrent. Dans son paysage intérieur tout s’éclaire, une voie s’ouvre à lui, Jésus sent qu’il a fait le bon choix. L’Esprit le confirme en descendant comme une colombe et venant sur lui en le désignant comme son fils bien-aimé qui a toute sa faveur. La voix ne s’adresse pas uniquement à Jésus mais, peut-être, surtout à Jean qui semble ébranlé par la démarche de celui-ci. Chez Marc et Luc c’est à Jésus seul que s’adresse la voix. Ici c’est ensemble qu’ils prennent conscience de la mission de Jésus.

Ces signes symboliques, tout en fraîcheur, en légèreté, en transparence, en tendresse que sont l’eau, la nuée, la lumière, le ciel, la colombe, la voix, sont tous des éléments aussi insaisissables que l’Esprit qu’ils symbolisent…

L’eau, associée ici à la rivière est une eau vive. C’est l’eau qui est à l’origine de toute vie, qui purifie, qui vivifie, qui régénère. Mais on peut y voir aussi le fleuve de la vie, le monde des hommes qui peut nous entraîner, nous engloutir, nous noyer. Jean vit retiré du monde, Jésus s’y plongera à corps perdu, l‘aimera et y tendra la main à tous ceux qui s’y perdent.

Les cieux s’ouvrirent : La nuée symbolise le Divin qui ne peut que se deviner et ne peut ni être saisi, ni être vu. Ici, pour Jésus, la nuée s’ouvre, ce qui était encore obscur, incertain se dévoile, la lumière l’inonde, son choix lui apparaît comme évident et confirmé par le frôlement d’aile de la colombe qui vient sur lui.

La colombe : Dans le récit de la création, l’Esprit de Yahvé plane sur les eaux, image aérienne évoquant le vol majestueux de l’oiseau. La colombe est évidemment présente dans le récit du déluge comme messagère entre Yahvé et Noé.

Les anges ailés sont, eux aussi, images symboliques de l’Esprit qui souffle où il veut et dont on ne sait d’où il vient et où il va. Tout cela est en rapport avec l’air et donc avec le souffle, le vent évoquant, eux aussi, la réalité indicible et invisible de Celui-ci.

La voix : Celui-ci est mon Fils bien-aimé…Fils, en grec, signifie aussi serviteur. Jésus est donc désigné ici comme le vrai Serviteur annoncé par Isaïe (Is.42, 1), « celui qui apporte le droit, ne rompt pas le roseau broyé et n’éteint pas la flamme vacillante »...autrement dit, celui qui est solidaire de tous les hommes et plus particulièrement de ceux qui sont broyés et vacillants.

En s’entendant appelé Fils bien-aimé, Jésus ressent au plus profond de lui que son choix correspond à ce que l’Esprit attend de lui, c’est-à-dire : Se plonger dans le monde, aimer les hommes, les sauver de leurs démons et tracer avec eux la voie vers un monde plus fraternel. Son intuition se transforme en évidence. Une nouvelle vie commence, Jésus re-naît dans cet Esprit - là.

C’est alors que l’Esprit le conduit au désert, mais ça c’est une autre histoire.

Et nous, où sommes-nous dans cette histoire? Nous pouvons certainement tous nous reconnaître parmi cette foule en recherche d’autre chose que le ritualisme stérile que proposait le Temple. Nous nous retrouvons, peut-être, en Jean qui ne supporte pas de voir Jésus avouer sa faiblesse et son humanité ; un super-Messie qui ferait le ménage dans le monde, sur demande, serait tellement plus rassurant. Et enfin, pourquoi ne pas prendre la place de Jésus ? Ah oui, évidemment, c’est plus difficile. Quand lui se plonge dans nos vies, il s’y mouille et s’y salit complètement, alors que nous le faisons souvent du bout des doigts, si ce n’est du bout des lèvres. Et pourtant, lorsque nous nous mouillons de tout notre être pour quelqu’un et que c’est dur parce que si nous lâchons sa main, il coule ; il nous arrive, en un moment de grâce, de voir le ciel s’ouvrir et d’entendre, au fond de nous, la voix qui nous dit : « C’est bien, Fils, tu as fait le bon choix »

C’est cela ma foi.

Herman Van den Meersschaut

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 09:00
Hyacinthe VulliezJésus, j’aimerais tellement savoir (1)
Hyacinthe Vulliez

Jésus, je veux revenir sur la connaissance que nous avons de toi, et que nous souhaitons avoir ! Cela me permettra de mieux voir la qualité et le degré de la relation que j'ai avec toi, avec le moins d’équivoque possible.

J’ai déjà parlé des trois manières de te connaître. D'abord, la manière historique, manière scientifique et rigoureuse dont les résultats ne m'ont apporté qu'une satisfaction relative. Puis, la manière théologique qui organise les idées que nous nous faisons de toi, qui définit des dogmes et instaure des rites et qui, finalement, fait de tout cela un système. Enfin, la manière du croyant qui se met en ta présence pour prier et méditer.

Ces trois manières me conduisent à me demander si tu es bien celui auquel je pense, celui que j'imagine. Ma question présente au moins l'avantage de me protéger contre la tentation d'une mixture qui met le croyant que je suis fort mal à l'aise et qui rend presque impossible tout dialogue avec d'autres croyants, qu'ils soient chrétiens, catholiques, juifs, musulmans ou autres.

La prise en considération de ces distinctions est nécessaire pour l'annonce de ton message sous toutes ses formes : catéchèse, prédication ou théologie... Ceci dit, Jésus, je voudrais te faire part d'une de mes graves inquiétudes.

Tu sais certainement que ton vicaire sur terre, le pape Benoît XVI, a publié un ouvrage en deux tomes qu'il a intitulé Jésus de Nazareth.

Ce titre te situe clairement dans le contexte historique qui fut le tien. Mais, en fait, le pape parle très peu du Jésus historique. Il est presque exclusivement question du Jésus théologique. Ce qui me chagrine le plus, ce n'est pas qu'il ait fait ce choix, mais c'est ce qu'il dit de l'exégèse historico-critique, méthode qui tient compte du contexte culturel, social et religieux dans lequel tu as réellement vécu. Il parle de cette méthode comme si elle n'avait été pratiquée qu'au dix-neuvième et vingtième siècle, et non pas à partir du quinzième. Ce qui me chiffonne avant tout, c'est qu'il affirme que la méthode historico-critique a fait son temps, qu'elle n'a plus rien à découvrir, plus rien à dire. On ne devrait s'en tenir qu'à la méthode théologique.

Le pape, dans «Jésus de Nazareth », tome I page 8, écrit : « Une chose me semble évidente : en deux cents ans de travail exégétique, l'interprétation historico-critique a désormais donné tout ce qu'elle avait d'essentiel à donner. Si l'exégèse scientifique ne veut pas s'épuiser à rechercher sans cesse de nouvelles hypothèses, devenant théologiquement insignifiantes, elle doit franchir un pas méthodologique supplémentaire et se reconnaître de nouveau comme une discipline théologique, sans renoncer à son caractère historique ». La compétence du pape en théologie est reconnue, mais tout de même !

Les chercheurs: paléontologues, historiens, anthropologues, sociologues... devraient-ils s'inscrire sur les listes du chômage technique ? La lecture du Monde de la Bible m'apporte de temps en temps la nouvelle des découvertes que font des équipes de fouilles, et je m'en réjouis.

Jésus, j'aimerais tant savoir quelque chose de plus sur toi, le Jésus historique, pour mieux pénétrer le mystère de ta personnalité.

Un jour, sur un chemin de Galilée, tu as posé la question à tes amis : « Que dit-on que je suis ? » Tu voulais savoir comment tu étais perçu par les foules qui venaient t'écouter. « Pour les uns, ont-ils répondu, tu es Jean-Baptiste. Pour d'autres, Elie. Et pour d'autres encore : un des prophètes ». Un des autres prophètes ? Ils ne savaient pas trop. Ils n'osaient se prononcer. Aveu prudent de leur ignorance. Mais, pour eux, tu n'étais certainement pas un prophète quelconque. Ils te suivaient avec passion!

Brusquement, tu leur fais prendre un virage. La question que tu leur avais posée les engageait peu. Il en serait tout autrement avec la question que tu allais leur lancer : « Mais vous, je dis bien vous, qui dites-vous que je suis ? ». Pierre, toujours prêt à se mettre en avant, répond au nom de tous, ce qui d'ailleurs dispense les autres de te faire une réponse personnelle: «Tu es le Messie!». Mais qu'entendait-il par là ? Voulait-il dire que tu étais le Messie de la fin des temps ou bien le messie politique qui résistait au pouvoir des occupants romains, un zélote prêt à prendre les armes ? Quel messie ? Les avis étaient nombreux et variés.

La liste des noms et des qualificatifs qu'on te donnait était longue, et elle s'allongeait encore.

Et depuis, qu'a-t-on fait de toi ou plutôt que n'a-t-on pas fait de toi ? P.A. Bernheim, actuellement Grand Rabin de France, écrivait en 1996 : « Jésus, ces dernières années, a été vu successivement comme un révolutionnaire zélote, un magicien, un exorciste, un hassid pieux et charismatique, un proto-rabbin galiléen, un pharisien, disciple de Hillel, un sage, un paysan, un cynique (une école philosophique) avec un programme social, un prophète eschatologique, un prophète messianique, un Messie davidique, sans parler des diverses combinaisons de plusieurs des aspects précédents ». (dans Jacques, frère de Jésus, Paris). François Blanchetière, historien des origines du christianisme, ajoute:

« Et pourquoi pas le Jésus sans-culotte des révolutionnaires de 1792 ou le Jésus romantique, le Jésus socialiste, pacifiste, écologiste, etc. » (Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, (30 - 135. Editions du Cerf, page 364).

Jésus, de quels attributs ne t'a-t-on pas affublé ! Et on continue ! Les gens ont défini ton identité suivant les différents courants de pensée de l'époque dans laquelle ils vivaient, suivant les choix politiques qu'ils faisaient, suivant les convictions sociales ou religieuses qu'ils avaient. On n'a pas changé de pratique ! On te fait toujours à la mesure de nos pensées et de nos sensibilités. On fait de toi un maître ou un gourou, conforme à nos désirs et à nos besoins ou, au contraire, on fait de toi un adversaire qui ne mérite que l'élimination.

Tes contemporains n'ont-ils pas fait de toi un bouc émissaire, une victime clouée sur la croix ? Qui étais-tu pour tes compatriotes de Nazareth et de Galilée ? Guérisseur, thaumaturge, manipulateur de foules, orateur passionné, débatteur redoutable, homme exceptionnel, dieu ? Pour échapper à l'enfermement de celles et de ceux qui t'adulaient, tu t'ouvrais un passage et tu partais ailleurs.

Je me risque à te poser une question quelque peu insidieuse : qui pensais-tu être ? J'aimerais tant savoir ! Mais, en définitive, je préfère ne pas savoir !

Aujourd'hui encore, on fait de toi un Jésus sur mesure, même au sein de l'Eglise catholique. Il est urgent et important que l'on interroge l'exégèse et l'histoire pour savoir au mieux qui tu fus réellement, le juif et le galiléen de son temps, cela pour s'approcher au plus près du Jésus Réel.

Je me méfie de celles et de ceux qui déclarent leurs certitudes à tous vents, avec une naïveté déconcertante, et qui te font dire n'importe quoi. Il faudrait que tes disciples entreprennent une grande opération de salubrité, faire un tri entre toutes les images qu'ils se font de toi et puis, dire : tu es encore au-delà ! Il faudrait rassembler tous les stéréotypes que nous fabriquons pour voir les nombreuses facettes de ta personnalité, puis les secouer pour trier, et enfin forer un trou dans leur épaisseur pour percevoir quelque chose de ton identité.

Je te l'avoue, je suis parfois agacé de ne pas savoir vraiment qui tu es. Ton Père, sur le Sinaï, à l'époque où les Hébreux ne connaissaient pas la conjugaison du présent et du passé, ton Père dit à Moïse : « Je serai qui je serai ». Je suis Instant et Eternité!

Il te fut difficile de faire comprendre à tes amis qui tu étais. L'évangéliste Jean rapporte une discussion laborieuse entre toi et eux. Tu leur disais avec détermination : « Si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés » ( Jean 8, 24). Clin d'œil vers le Sinaï ! Comme ils ne comprenaient pas davantage, tu ajoutais: « Lorsque vous aurez élevé le Fils de l'Homme, vous connaîtrez que je suis ». (Jean 8, 28).

Je suis ! Je suis, éternellement présent, quel mystère! Je suis ? Abîme de l'instant et Plénitude de l'éternité ! Mystère de l'homme, voué à vivre les deux simultanément

Hyacinthe Vulliez

(1) Extrait de Jésus, je t’écris- Chap.n°15 et 16- éd. Les amis du Crespiat (retour)
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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 09:00
André VerheyenLes spécialistes
André Verheyen
A l’aube du christianisme – La naissance des dogmes - Marie Emile Boismard - Edition du Cerf 1998 Marie Emile Boismard

Quand on parle de spécialistes, l’appréciation est généralement favorable. En effet, si je dis que tel historien est un spécialiste de la période gallo-romaine, je peux supposer qu’il connaît beaucoup de choses sur cette période, probablement beaucoup plus que les autres historiens. Je pense donc que je trouverai plus facilement chez lui ce que je cherche en cette matière. Cependant, dans le domaine médical circule la boutade : "un spécialiste, c’est quelqu’un qui sait de plus en plus sur de moins en moins et un généraliste, c’est quelqu’un qui sait de moins en moins sur de plus en plus…"

La théologie a aussi ses spécialistes. Et là aussi on peut faire des expériences étonnantes. C’est ainsi que dernièrement un théologien spécialisé en théologie dogmatique avait répondu- avec quelque suffisance, semble-t-il - à un spécialiste en exégèse biblique : "Oui mais ça, c’est de l’archéologie."

La spécialité de Jacques Duquesne, c’est le journalisme. Dans un article du Vif/l’express il dénonçait "une conspiration du silence" autour du livre "A l’aube du christianisme – La naissance des dogmes" de Marie-Emile Boismard. (Edition du Cerf 1998)

Dans son "Avant-propos", Marie Emile Boismard dit : "Ce volume donne le résultat de nos réflexions après quarante-cinq ans d’enseignement." Et il formule son propos comme suit : " …les dogmes auxquels nous croyons maintenant ne sont pas nés du jour au lendemain avec le christianisme. Aussitôt après la résurrection du Christ, les apôtres ne croyaient pas encore que Jésus était Dieu, ils n’avaient aucune notion du mystère de la Trinité, ils ne soupçonnaient même pas que la mort de leur maître eût une valeur rédemptrice. Ce fait est admis par la quasi-totalité des théologiens modernes. La question se pose alors inévitablement : à quel moment sont nés les principaux dogmes de l’Eglise, et comment se sont-ils progressivement formés ? C’est à cette double question que voudrait répondre le présent volume." (o.c.p7)

Ce qui est remarquable – et amusant à la fois – c’est qu’au fil de la lecture du livre de Marie Emile Boismard on se sent devenir spécialiste avec lui.

Je voudrais donner un exemple.

Pour le commun des mortels – dans ce cas-ci, pour l’immense majorité des catholiques pratiquants – cela ne pose aucun problème d’entendre à l’office la lecture d’un extrait de la lettre de Paul à Tite (2,11à14) et plus tard dans l’année un extrait de la lettre de Paul à Timothée (2,1à8). Il faut être spécialiste de l’exégèse biblique pour remarquer que ces deux textes sont contradictoires.

"Tt2, 13-14 : Nous attendons la bienheureuse espérance et l’apparition de la gloire de notre grand Dieu et sauveur, Jésus-Christ, qui s’est livré pour nous afin de nous racheter de toute iniquité et de purifier un peuple qui lui appartienne en propre, zélé pour le bien."

"Tm2, 5-6 : Car unique est Dieu, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, un homme, le Christ Jésus, qui s’est livré en rançon pour tous."

"Ces deux textes sont liés par le thème du rachat par le Christ. Mais tandis que le premier affirme que Jésus est Dieu, le second commence par rappeler la croyance juive en un dieu unique, pour noter ensuite que Jésus n’est qu’un homme, ce mot étant bien mis en évidence " (o.c.page 97) "Nous voici en présence de deux textes qui sont incompatibles. Ils ne peuvent pas être du même auteur. Nous avons vu que le second est le plus ancien. Peut-il remonter à Paul lui-même ? (o.c.99)"

Il n’est pas possible de donner un aperçu valable d’un problème aussi important en quelques lignes, mon but est ailleurs. Je voudrais montrer que, contrairement à ce que disait le théologien spécialisé en dogmatique cité ci-avant, c’est l’exégèse des textes de référence qui conditionne le dogme et pas l’inverse. Mais ce n’est pas aux théologiens ou aux spécialistes que je m’adresse : j’ai plusieurs amis qui sont déçus, ou même choqués quand on met en doute la pertinence d’une citation biblique. Et qui s’étonnerait que cela vaille surtout pour l’évangile de Jean ?

Et pourtant !...Peut-on encore, en 1999, brandir une citation de l’évangile en lui attribuant une valeur d’ "inspiration" ou de "révélation" au sens traditionnel ?

André Verheyen - LPC 90/1999

Dubitando ad veritatem pervernimus
En doutant on parvient à la vérité

Cicéron

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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 09:05
Hyacinthe VulliezJésus on sait peu de choses de toi
Hyacinthe Vulliez

Jésus, on sait peu de choses de toi, et sur toi.

Pourtant on aimerait en savoir beaucoup plus. Tu n’as laissé aucun écrit. Les quatre évangélistes, eux, ont écrit ce qu’ils savaient de toi, tes paroles et tes gestes, mais ils l’ont fait au travers de leurs sensibilités, de leurs cultures et du contexte historique dans lequel ils vivaient.

Les différences entre eux sont à prendre en compte. Entre un Matthieu polémiste et même bagarreur ; un Marc, esprit rigoureux et concis ; un Luc nourri de culture grecque et Jean, un sensible, mystique, visionnaire. Ils ont écrit tardivement, quelques décennies après ta mort, dans les années 60 à 100.

Le premier à écrire a été l’apôtre Paul qui ne t’a jamais rencontré. Il t’a connu par sa fameuse vision sur le chemin de Damas. Il t’a connu comme ressuscité seulement. Dans ses lettres, il ne fait que quelques rares allusions à ta vie terrestre. On sait si peu de choses de toi que certains se sont plu à mettre noir sur blanc des récits fantaisistes qui ont eu, et ont encore beaucoup de succès. Que sait-on de toi ?

J’ai étudié les Ecritures en utilisant les moyens dont nous disposons aujourd’hui : exégèse, histoire, sociologie, paléontologie…Et je continue encore tous les jours à plus de, 92 ans, sans que je qui n’aboutisse à des résultats qui me satisfassent pleinement. Tu es un mystère et tu restes un mystère. En ta vie terrestre, tu aimais te protéger derrière le secret.

Excuse-moi, Jésus ! Je me demande si, comme tout homme, tu savais toi-même vraiment qui tu étais. Tu préférais te taire et tu souhaitais que nous soyons prudents. Plus on creuse, plus le mystère est devant. Tu n’aimais pas du tout qu’on parle des choses extraordinaires que tu faisais : les guérissons, les résurrections, les injonctions aux éléments de la nature, la chasse aux puissances sataniques…Qu’es-tu réellement ?

Il est une distinction indispensable à faire si l’on veut s’approcher de ce que tu as été, et non selon les idées que tes premiers disciples avaient de toi. Faire cette distinction, c’est assainir da foi, la purifier, la rendre plus authentique, et non la réduire. Une foi qui n’est ni un savoir ni une certitude mais une conviction qui inclut la question. Distinguer le Jésus de l’histoire (le Jésus historique) du Jésus théologique (le Jésus de la théologie et de l’apologétique).

Les athées disent que Dieu n’existe pas mais ils ne peuvent pas plus le prouver que le croyant ne peut prouver qu’il existe. L’homme ne peut prouver la non-existence de Dieu. Il ne peut prouver son existence. La foi n’est pas la conclusion d’une argumentation rigoureusement conduite. Elle n’est pas de l’ordre du rationnel. Elle est raisonnable ! Il y a là de quoi désarçonner nos contemporains férus de rationalité. L’appétit du rationnel éloigne beaucoup de Dieu. Les athées ne peuvent nier que toi, Jésus, tu as existé, sans nier l’histoire. Ta vie s’est déroulée dans l’histoire des hommes. Mais à vrai dire, nous savons bien peu de choses sur toi. Des choses qui soient sûres ! Ce que tu as réellement fait, ce que tu as réellement dit !

Le magistère de l’Eglise catholique parle trop souvent comme si la foi en l’existence de Dieu relevait d’un savoir qui s’écrit dans des traités et des dogmes. Cela me gêne beaucoup. Une des conséquences de notre ignorance à ton sujet est paradoxalement qu’on raconte beaucoup de choses à ton sujet. On brode comme l’ont fait les apocryphes. On affirme de façon péremptoire que tu as dit ceci ou cela. Jésus a dit ! On te fait dire ce que le prédicateur veut dire, le prédicateur qui fait de toi celui qui le couvre. Il faut se méfier. Ne sont-ce pas ceux et celles qui affirment avec fermeté, en mettant les point sur les "i", qui te font dire ce qu’ils pensent eux-mêmes ? Jésus, n’y-a-t-il pas lieu de t’indigner ?

Jacob Neusser, historien juif, en appelle à l’honnêteté. "Si vous ne pouvez montrer en fouillant textes et contextes que c’est bien ce que Jésus a dit, alors, avouez-le, vous ne le savez pas". Jésus, combien il est difficile de savoir qui tu fus réellement ! Quelle fut ton attitude à l’égard de la Loi qui est plus que le Pentateuque (les cinq premiers livres de la Bible), et aussi à l’égard de tes compatriotes… ? On n’imagine guère combien ceux et celles qui se sont livrés à cette recherche ont dû travailler, et de quelle rigueur intellectuelle, ils ont dû faire preuve.

Un exégète américain, John P. Meyer, a récemment publié les résultats de ses travaux, un total d’environ 4000 pages ! Enorme travail de patience dont je suis le bénéficiaire ! Cela me rapproche de Toi. Cela me fait plonger dans le mystère de Dieu, l’Insondable et l’Indicible.

Le docteur Jonas Salk, un des premier chercheur de la lutte contre le sida, prit conscience qu’il ne suffisait pas de guérir mais qu’il fallait prévenir, et par conséquent chercher et inventer. Il a compris qu’il lui fallait mettre en sommeil toutes les "vérités" qui enferment dans la satisfaction des connaissances acquises. Il les a toutes mises de côtés, que ce soit celles des scientifiques ou celles des théologiens, pour s’adonner à la découverte de nouvelles vérités car, pour lui, il n’existe pas de vérités définitives. C’est ainsi qu’il a méritée Prix Nobel. Encore à plus de 91 ans, il cherche toujours. Il se déclare agnostique. Il dit ne pas savoir si Dieu existe. Mais il ne lui refuse pas la possibilité d’exister. Il accepte le mystère.

Jésus, vais-je t’étonner ? Je me demande si je ne suis pas agnostique. Le mystère est devant moi, et plus encore en moi.

A demain, Je reviendrai sur la question.

Hyacinthe Vulliez

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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 13:54
Herman Van den MeersschautAprès 2000 ans… Qu'avons-nous fait de lui ?
Herman Van den Meersschaut

En 2001 l'Église catholique a fêté 2000 ans de Christianisme. Ce fut, pour beaucoup, l'occasion de "jubiler" pour ces deux millénaires de bons et loyaux services rendus à la gloire de l'Église Romaine. Pour d'autres ce fut l’heure des bilans. Je n'aurai pas la prétention de me risquer dans un tel exercice. Je dirais simplement que 2000 ans de Christianisme ont imprégné notre culture occidentale d'une façon telle que notre quotidien le plus banal en est continuellement nourri : le calendrier, les fêtes chômées, le langage, les arts, etc. On peut, sans doute, dire que le Christianisme a produit le meilleur de ce dont l'homme est capable, mais, peut-être, aussi le pire. Pouvons-nous vraiment bien mesurer les dégâts humains qu'ont pu provoquer la domination spirituelle de l'Église sur les masses, l'antisémitisme, les croisades, les schismes, l'inquisition, la collusion avec les pouvoirs séculiers ? Mais n'est-ce pas là une caractéristique de toutes les religions instituées, qui pour se maintenir doivent défendre, avec bec et ongles, leur pouvoir sur les consciences ?

Mais notre Église est-elle bien celle de Jésus? A-t-il lui-même fondé une Église ? Mais, au fond, qui était donc ce Jésus dont nous nous disons disciples ?

Du personnage historique nous ne savons que peu de choses et ce que nous en savons passe inévitablement au travers du filtre des évangiles. Ceux-ci, écrits bien après la mort de Jésus, ne sont pas simplement une transcription fidèle des faits et gestes de celui-ci, mais l'expression littéraire des témoignages de plusieurs générations de disciples.

Je vous propose de suivre Hans Küng (1) dans sa tentative de cerner de plus près, dans les textes néo-testamentaires, les véritables intentions de Jésus et le message qu'il a délivré. C'est dans son magnifique ouvrage "Être chrétien" (2) que l'auteur tente de répondre à la question : "Qui est le Christ ?". Je me permets de le citer librement :

… Le Christ n'est autre que Jésus de Nazareth. Il n'était pas un prêtre, mais un "laïc" célibataire -ce qui surprenait- un guide d'un mouvement "laïc". Il n'était pas théologien et n'a construit ni théorie ni système. Il annonçait le royaume de Dieu avec les mots de tous les jours, à l'aide d'images, de récits et de paraboles. Il était totalement étranger à l'oligarchie sacerdotale dirigée par les Sadducéens (le Temple) et pourtant, assez curieusement l'Église verra souvent Jésus comme le garant de l'appareil ecclésiastique et religieux.

  • Jésus n'a été d'aucune manière un révolutionnaire politique ou social. Non : il a prêché la non-violence et l'amour du prochain. Il n'avait pas de lien avec le parti révolutionnaire des Zélotes et pourtant, plus tard, certains ont rattaché Jésus à ce courant pour légitimer leur action.
  • Jésus ne s'est en aucune façon retiré du monde : il n'a pas vécu à l'écart de la société. Il n'a fondé aucun ordre monastique, ni établi de règle, ni de prescriptions ascétiques comme les Esséniens établis à Qumran ; et pourtant les moines se sont souvent réclamés de son exemple pour légitimer leur style de vie.
  • Jésus n'a enseigné ni "loi nouvelle" ni technique de dévotion. Il n'a montré aucun penchant pour le moralisme, le juridisme, ni pour les innombrables interprétations de la Loi comme le faisaient les Pharisiens. En revanche, il a proclamé une liberté nouvelle à l'égard de la légalité : l'amour sans limitation. Et pourtant, bien des gens feront de Jésus un "nouveau législateur", un grand moralisateur.

En somme, c'est un acquis important dans l'approche de la personne de Jésus que de ne pas l'enfermer dans le cadre étroit de l'ordre établi, de la révolution, de la fuite du monde ou du compromis. Jésus fait éclater tous les schémas. Il représente un défi lancé aussi bien à la gauche qu'à la droite : manifestement plus proche de Dieu que les prêtres, plus libre à l'égard du monde que les ascètes, plus moral que les moralistes, plus révolutionnaire que les révolutionnaires. Pourquoi ne s'est-il pas laissé annexer ? Cette attitude découle de la volonté même de Jésus. Qu'a-t-il voulu en fin de compte ?

  • Jésus n'a prêché ni une théorie théologique, ni une loi nouvelle, ni même sa propre personne : il a annoncé le Royaume de Dieu : la cause de Dieu - c'est-à-dire sa volonté - va triompher et elle s'identifie à la cause de l'homme, c'est-à-dire au bien de celui-ci (c'est moi qui souligne). Jésus propose une "norme suprême" à l'agir humain. Pour lui la norme suprême c'est la "volonté de Dieu". "Que ta volonté soit faite". Quelle est donc cette volonté de Dieu ? Elle ne s'identifie pas purement et simplement à une loi, à un dogme ou à une règle. D'après tout ce que Jésus a dit et fait, il est manifeste que la volonté de Dieu n'est pas autre chose que le bien intégral de l'homme. Il ne s'agit pas seulement du bien de l'âme, mais du bien de l'homme tout entier dans le présent et dans l'avenir. Il s'agit du bien très réel de tout homme qui se présente à moi, qui a besoin de moi et qui est chaque fois mon prochain.
  • Par conséquent, Jésus relativise, par son comportement, les traditions et les institutions et ne craint pas d'enfreindre la loi et les préceptes. Ainsi, en ce qui concerne le Temple et le culte : pour lui, l'humanité supplante le formalisme et le ritualisme. Tous les rites sont soumis au même critère : sont-ils ou non au service des hommes?
  • C'est pourquoi Jésus préconise l'amour qui n'exclut personne, pas même l'ennemi et qui est prêt à aller jusqu'au pardon sans limites.
  • C'est pourquoi il prend fait et cause pour tous les pauvres, les misérables, les hérétiques, les déviants, les esclaves, les malades, les femmes et les enfants, bref, ceux qui "ne sont pas dans le coup".
  • C'est pourquoi Jésus ose annoncer, au lieu du châtiment divin par la Loi, le pardon totalement gratuit. Il ose même accorder personnellement ce pardon, offrant ainsi à l'homme la faculté de se convertir et de pardonner à ses semblables.

Ainsi Jésus a provoqué ses contemporains à une décision ultime : non pas en faveur de tel dogme ou telle loi, mais en faveur de la Bonne Nouvelle du Royaume qu'il annonçait, c'est-à-dire la volonté de Dieu : le bien intégral de l'homme. Jésus ne se réfère pas à un Dieu nouveau, mais au Dieu d'Israël, dont il renouvelle la conception ; il l'annonce comme le père des égarés et s'adresse à lui de manière très personnelle, comme à son père.

Du coup, se posait la question : Jésus n'était-il pas un hérétique, un faux prophète, un blasphémateur, un corrupteur du peuple ? La mort violente de Jésus était la suite logique de son attitude à l'égard de Dieu et des hommes. Elle est la réponse des prêtres, des gardiens de la Loi, du droit et de la morale à son action non-violente. Jésus devient le représentant des pécheurs, des transgresseurs de la Loi. Il meurt abandonné à la fois par les hommes et par Dieu.

Or la mort de Jésus n'était pas la fin de tout. La foi de sa communauté est la suivante : le crucifié vit à jamais auprès de Dieu, il fonde ainsi notre espérance. La résurrection ne signifie pas le retour à la vie spatio-temporelle, ni sa prolongation, mais l'accueil dans la réalité insaisissable et englobante, ultime et première, que nous appelons Dieu…

C'est ici que commence l'aventure de l'Église qui se constituera autour de la communauté des apôtres qui ont connu Jésus. C'est à la lumière des témoignages de ceux qui ont vécu cette expérience intérieure qu'a été la présence de Jésus-vivant dans leur vie, que s'élaboreront les premiers récits évangéliques.

L'Église apostolique va rapidement se structurer. D'abord persécutée, elle arrivera finalement en 380 à être imposée comme religion d'état par les empereurs romains. C'est, peut-être, la pire chose qui soit arrivée dans l'expansion du Christianisme. Son mariage avec le pouvoir impérial a, sans aucun doute, très sérieusement altéré le message originel transmis par Jésus.

Il me semble que, si l'Église veut rester crédible aux yeux du monde et être un exemple dans la réalisation du Royaume, il faudra qu'elle retourne très sérieusement aux sources de son existence en essayant de retrouver toute l'originalité et la fraîcheur du message du Jésus de l'Évangile et peut-être même d'avant les évangiles.

Cette recherche, nous avons tous à la faire personnellement et à nous laisser interpeller : "Vous êtes le corps du Christ ? Qu'avons- nous fait de lui ?". Oui, en ce troisième millénaire déjà bien entamé, qu'allons-nous faire de lui ?

Herman Van den Meersschaut. LPC n°95 – 1999-2016

(1) Hans Kung – Théologien de l’Université de Tubingen (Allemagne) (retour)
(2) Vingt propositions de « Etre chrétien »- Editions de Seuil 1974 et « Etre chrétien » ; Editions du Seuil 1978. (retour)
N.d.l.r.: À l'intention de ceux et celles qui s'intéressent davantage à la précision qu'à la symbolique des nombres, nous voudrions dire qu'ils peuvent avoir toutes leurs assurances ; nous sommes bien d'accord que l'an 2000 fait partie du deuxième millénaire…
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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 18:55
Hyacinthe Vulliez Jésus on sait peu de choses de toi. (1)
Hyacinthe Vulliez

Jésus, on sait peu de choses de toi, et sur toi.

Pourtant on aimerait en savoir beaucoup plus. Tu n'as laissé aucun écrit. Les quatre évangélistes, eux, ont écrit ce qu'ils savaient de toi, tes paroles et tes gestes, mais ils l'ont fait au travers de leurs sensibilités, de leurs cultures et du contexte historique dans lequel ils vivaient.

Les différences entre eux sont à prendre en compte. Entre un Matthieu polémiste et même bagarreur ; un Marc, esprit rigoureux et concis ; un Luc nourri de culture grecque et Jean, un sensible, mystique, visionnaire. Ils ont écrit tardivement, quelques décennies après ta mort, dans les années 60 à 100.

Le premier à écrire a été l'apôtre Paul qui ne t'a jamais rencontré. Il t'a connu par sa fameuse vision sur le chemin de Damas. Il t'a connu comme ressuscité seulement. Dans ses lettres, il ne fait que quelques rares allusions à ta vie terrestre. On sait si peu de choses de toi que certains se sont plu à mettre noir sur blanc des récits fantaisistes qui ont eu, et ont encore beaucoup de succès. Que sait-on de toi ?

J'ai étudié les Ecritures en utilisant les moyens dont nous disposons aujourd'hui : exégèse, histoire, sociologie, paléontologie…Et je continue encore tous les jours à plus de, 92 ans, sans que je qui n'aboutisse à des résultats qui me satisfassent pleinement. Tu es un mystère et tu restes un mystère. En ta vie terrestre, tu aimais te protéger derrière le secret.

Excuse-moi, Jésus ! Je me demande si, comme tout homme, tu savais toi-même vraiment qui tu étais. Tu préférais te taire et tu souhaitais que nous soyons prudents. Plus on creuse, plus le mystère est devant. Tu n'aimais pas du tout qu'on parle des choses extraordinaires que tu faisais : les guérissons, les résurrections, les injonctions aux éléments de la nature, la chasse aux puissances sataniques…Qu'es-tu réellement ?

Il est une distinction indispensable à faire si l'on veut s'approcher de ce que tu as été, et non selon les idées que tes premiers disciples avaient de toi. Faire cette distinction, c'est assainir da foi, la purifier, la rendre plus authentique, et non la réduire. Une foi qui n'est ni un savoir ni une certitude mais une conviction qui inclut la question. Distinguer le Jésus de l'histoire (le Jésus historique) du Jésus théologique (le Jésus de la théologie et de l'apologétique).

Les athées disent que Dieu n'existe pas mais ils ne peuvent pas plus le prouver que le croyant ne peut prouver qu'il existe. L'homme ne peut prouver la non-existence de Dieu. Il ne peut prouver son existence. La foi n'est pas la conclusion d'une argumentation rigoureusement conduite. Elle n'est pas de l'ordre du rationnel. Elle est raisonnable ! Il y a là de quoi désarçonner nos contemporains férus de rationalité. L'appétit du rationnel éloigne beaucoup de Dieu. Les athées ne peuvent nier que toi, Jésus, tu as existé, sans nier l'histoire. Ta vie s'est déroulée dans l'histoire des hommes. Mais à vrai dire, nous savons bien peu de choses sur toi. Des choses qui soient sûres ! Ce que tu as réellement fait, ce que tu as réellement dit !

Le magistère de l'Eglise catholique parle trop souvent comme si la foi en l'existence de Dieu relevait d'un savoir qui s'écrit dans des traités et des dogmes. Cela me gêne beaucoup. Une des conséquences de notre ignorance à ton sujet est paradoxalement qu'on raconte beaucoup de choses à ton sujet. On brode comme l'ont fait les apocryphes. On affirme de façon péremptoire que tu as dit ceci ou cela. Jésus a dit ! On te fait dire ce que le prédicateur veut dire, le prédicateur qui fait de toi celui qui le couvre. Il faut se méfier. Ne sont-ce pas ceux et celles qui affirment avec fermeté, en mettant les point sur les "i", qui te font dire ce qu'ils pensent eux-mêmes ? Jésus, n'y-a-t-il pas lieu de t'indigner ?

Jacob Neusser, historien juif, en appelle à l'honnêteté. "Si vous ne pouvez montrer en fouillant textes et contextes que c'est bien ce que Jésus a dit, alors, avouez-le, vous ne le savez pas". Jésus, combien il est difficile de savoir qui tu fus réellement ! Quelle fut ton attitude à l'égard de la Loi qui est plus que le Pentateuque (les cinq premiers livres de la Bible), et aussi à l'égard de tes compatriotes… ? On n'imagine guère combien ceux et celles qui se sont livrés à cette recherche ont dû travailler, et de quelle rigueur intellectuelle, ils ont dû faire preuve.

Un exégète américain, John P. Meyer, a récemment publié les résultats de ses travaux, un total d'environ 4000 pages ! Enorme travail de patience dont je suis le bénéficiaire ! Cela me rapproche de Toi. Cela me fait plonger dans le mystère de Dieu, l'Insondable et l'Indicible.

Le docteur Jonas Salk, un des premier chercheur de la lutte contre le sida, prit conscience qu'il ne suffisait pas de guérir mais qu'il fallait prévenir, et par conséquent chercher et inventer. Il a compris qu'il lui fallait mettre en sommeil toutes les "vérités" qui enferment dans la satisfaction des connaissances acquises. Il les a toutes mises de côtés, que ce soit celles des scientifiques ou celles des théologiens, pour s'adonner à la découverte de nouvelles vérités car, pour lui, il n'existe pas de vérités définitives. C'est ainsi qu'il a méritée Prix Nobel. Encore à plus de 91 ans, il cherche toujours. Il se déclare agnostique. Il dit ne pas savoir si Dieu existe. Mais il ne lui refuse pas la possibilité d'exister. Il accepte le mystère.

Jésus, vais-je t'étonner ? Je me demande si je ne suis pas agnostique. Le mystère est devant moi, et plus encore en moi.

A demain, Je reviendrai sur la question.

Hyacinthe Vulliez

(1) Extrait de: Jésus, je t'écris, de Hyacinthe Vulliez aux éditions les amis de Crespiat, 2012. Contact: hyacinthe.vulliez@orange.fr (retour)
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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 18:01
Alain DupuisA propos de "Jésus pour le XXIème siècle" de John Shelby Spong.
Alain Dupuis
LPC n° 26 / 2014

Enfin est mise à la disposition des lecteurs francophones une traduction de l’intégrale du livre de John Shelby SPONG : "Jésus pour le XXIème siècle", aux éditions Karthala.

John Shelby SPONG est évêque retraité de l’église Épiscopalienne (anglicane) de Newark (New Jersey) USA. Ce livre fut publié en 2007 aux États-Unis sous le titre beaucoup plus parlant de "Jesus for the Non-Religious. Recovering the Divine at the Heart of Human" (Jésus pour les Sans Religion Redécouvrir le Divin au Cœur de l’Humain). Il nous parvient donc traduit (non sans quelques maladresses de transcription dues à la différence de culture religieuse entre la vieille Europe et le monde anglo-saxon américain).

Encore un bouquin sur "le Jésus de l’histoire" ?

Non ! Au contraire. L’essentiel de l’ouvrage est une enquête sur la genèse du Jésus "mythique"! Mais pour accéder finalement au Jésus "homme accompli".

Dans une première partie, l’auteur fait le point sur l’historicité du personnage et des faits entourant Jésus de Nazareth. Il s’en tient globalement aux acquis de l’exégèse historico-critique contemporaine, à savoir qu’un certain Jésus est effectivement né d’une certaine Marie, à Nazareth et non à Bethléem, et a vécu en Palestine dans les 30 premières années du 1er siècle de notre ère. Passé la trentaine, après un passage auprès de Jean-le-Baptiste et de ses adeptes, il a enseigné, prêché, agi et rassemblé autour de lui des disciples, hommes et femmes de toutes catégories sociales et peut-être même ethniques. Par sa personnalité, ses propos, sa liberté spirituelle, son autorité naturelle et les espoirs qu’il suscitait, il fut rapidement perçu comme une menace pour l’ordre social et religieux de son monde, il fut arrêté, condamné à mort, et exécuté par crucifixion, comme tant d’autres, à l’époque. C’est là que le vrai problème commence !

COMMENT et POURQUOI cet homme, indubitablement fascinant, bien que mis au ban de la société par sa condamnation et son exécution infamantes, a-t-il si profondément impressionné tous ceux qui le suivaient pour que, même mort et enterré, il ait continué d’interroger et de chambouler leur vie, leur foi religieuse et leur imaginaire juif, bien après sa disparition ?

Genèse d’un Jésus "selon les Écritures": la période "orale".

Dans une seconde parie, J-S. Spong tente de montrer COMMENT s’est construit petit à petit le Jésus "de la foi" chez ses disciples de l’époque.

Jusque dans les années 50, il n’y a aucune trace écrite évoquant la vie du personnage Jésus de Nazareth.

Seules nous sont parvenues des 20 années qui suivirent sa mort, deux traces écrites. D’une part l’hypothétique "Source", qui aurait en partie alimenté la rédaction de Matthieu et de Luc, mais n’aurait mentionné ni naissance, ni enfance, ni crucifixion, ni résurrection, et l’ "évangile" non canonique dit de Thomas, qui ne rapporte non plus aucun fait, mais recueille seulement des paroles "de sagesse " du maître, dont on retrouve la trace dans les évangiles canoniques. La mémoire "historique" de Jésus semble donc, pendant au moins 20 ans, livrée aux aléas de l’oralité, c'est-à-dire de la rumeur, des "on dit", mais surtout, de la reconstruction / interprétation.

La thèse centrale de John Shelby Spong est alors la suivante : ces femmes et ces hommes juifs, comme Jésus, pratiquaient le judaïsme et fréquentaient les synagogues, seuls lieux, à l’époque, où ils avaient accès à leurs Écritures, c'est-à-dire à une clé d’interprétation et de compréhension du monde. Ils ont donc, peu à peu, lu et identifié "leur Jésus" à différentes figures, symboles et épisodes mythiques de ces textes, évoqués et célébrés de manière récurrente au cours de l’année liturgique juive. (On laisse au lecteur le soin de découvrir dans cette étude comment les évangiles synoptiques se structurent selon l’année liturgique juive, et comment leur thématique vient éclairer le personnage de Jésus tour à tour comme fils de David, nouveau Moïse, Fils de l’homme, Fils de Dieu, Agneau pascal immolé, Agneau /Bouc émissaire de Youm Kippour, porteur du "péché du peuple", "Serviteur souffrant" du second Isaïe, etc….

Pour résumer le sens de cette étude fouillée et plutôt convaincante : contrairement à ce que laissent entendre des expressions récurrentes du Nouveau testament telles que : "selon les Écritures" ou "pour que s’accomplissent les Écritures", ce n’est peut-être pas Jésus qui a "accompli les écritures", mais les Écritures juives qui ont servi à comprendre…et, peut-être, à enfermer l’énigmatique Jésus dans les limites de ces croyances, de ces archétypes et de ces mythes. L’auteur montre comment Paul, puis les rédacteurs des synoptiques, à partir des années 50, ont travaillé sur ces bases-là d’interprétation.

Quel est le Dieu rencontré en Jésus ?

Dans cette dernière partie, J-S. Spong tente de répondre au POURQUOI Jésus a suscité toute cette fébrilité interprétative chez ceux qui l’ont connu.

L’auteur rappelle que cette interprétation fait appel à ce qu’il désigne comme le Dieu du "théisme" : Dieu extérieur au monde, qui surplombe de haut le monde et l’histoire des hommes en y faisant sa loi. Cette perception de Dieu n’est plus recevable… et masque peut-être bien ce que Jésus révèle du Divin.

"…à présent, nous devons séparer le Dieu, tel qu’il était appréhendé par le théisme, de l’expérience de Dieu que nous revendiquons pour Jésus".

Les chapitres de cette dernière partie tentent de dégager tout ce qui dans l’enseignement et l’agir de Jésus (jusqu’à l’acceptation de la mort, pour ne pas trahir ce qu’il sait et vit intérieurement) dévoile en lui l’expérience d’un Dieu autre, intérieur, qui rend l’homme capable d’atteindre sa pleine humanité.

C’est, à ses yeux, ce qui, confusément, a tant impressionné et bouleversé les témoins de sa vie, au point qu’ils y lisent la présence du divin. Présence dont ils ont tenté de rendre compte dans leurs schémas mentaux. Mais "Dieu était en Christ" n’est pas une doctrine destinée à promouvoir des théories d’incarnation ou de trinité : c’est une proclamation de la présence qui mène à la plénitude, à une nouvelle création, à une nouvelle humanité et une nouvelle façon de vivre»

Ce qui justifie parfaitement la seconde partie du titre anglais : redécouvrir le Divin au cœur de l’humain.

Alain Dupuis

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