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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 15:48
Jacques Musset Les feuilles mortes de mon jardin.
Jacques Musset
LPC n° 25 / 2014

A la fin de l'été et à l'automne, je m'adonne à un chantier particulier, le ratissage des feuilles mortes sous les pruniers, le lilas et le saule tortueux. Ce travail s'étale sur quelques semaines. Le premier à fleurir, le lilas, est le dernier à perdre ses feuilles. Quant aux pruniers, sitôt les fruits donnés fin juillet, début août, ils se défont de leur parure, comme s'ils avaient hâte d'entrer dans le grand repos de l'hiver. Avec mon large râteau, je regroupe en tas les centaines et milliers de feuilles avant de les mettre au compost où elles vont se décomposer lentement avant de devenir poussière d'humus.

Il m'arrive de penser à chacune d'elles qui furent, l'espace d'une saison, bien vertes et bien vivantes, peuplant les branches des arbres, assurant leur respiration et assainissant l'atmosphère, en dégageant le précieux et essentiel oxygène dont l'homme a tant besoin pour vivre. Chacune de ces feuilles minuscules a apporté modestement mais réellement sa contribution à la survie de l'humanité et de son environnement. Chacune a été utile à sa place. Chacune a rempli sa mission, fidèlement, sans bruit, dans la discrétion, obscurément. Et de même qu'elles sont nées, ont grandi, se sont développées et ont accompli leur office sans que personne ne les remarque, les gratifie, les encourage ou les remercie, de même, elles vont se dissoudre à l'abri des regards, ignorées à tout jamais, retournant à la terre originelle et s'y perdant anonymement. A ces humbles créatures qui ont fait noblement leur travail et assuré à la nature et à l'homme un service capital, j'ai envie de dire merci.

D'elles, je reçois en effet une grande leçon dans l'art de vivre : chacun a une place essentielle à tenir au sein de la vaste humanité. S'il la tient justement, fidèlement, consciencieusement, il sauve et embellit le monde et l'empêche de s'asphyxier. L'important n'est pas d'être remarqué, considéré, reconnu mais d'accomplir, avec intelligence, intégrité et ténacité, sa tâche d'homme. Comme les feuilles anonymes de mon jardin, l'humanité est, depuis son apparition, peuplée d'hommes et de femmes inconnus qui, au long des générations et sous toutes les latitudes, ont assuré et assurent encore, par la qualité de leur vie quotidienne, la survie de l'espèce et son développement, en dépit de tous les gâchis et de toutes les régressions. Lorsque l'occasion m'est donnée de déambuler dans le cimetière de ma commune natale, où sont enterrés des gens que j'ai connus, je suis habité par une seule réflexion : quelle part d'humanité ces êtres ont-ils léguée à la génération qui les suivait en dépit de leurs limites, voire de leurs défaillances ? Devant certains caveaux, je me recueille plus particulièrement, rempli de reconnaissance, je sais la qualité d'existence des personnes dont je fais mémoire.

A la foule des anonymes qui ont construit ce monde que j'habite dans ce qu'il a de meilleur et auxquels je suis redevable d'être ce que je suis, je rends grâces. Et je souhaite, inspiré par nombre de ces devanciers, prendre le relais. J'aimerais être, au lieu où les événements m'ont placé et pour le reste de mes jours, un modeste artisan, apportant à sa manière une discrète contribution d'oxygène à l'incertaine et fragile humanité dont je suis membre. Celle-ci ne peut en effet subsister que grâce au souffle renouvelé que lui dispense jour après jour la multitude de celles et de ceux qui pratiquent les petites et les grandes vertus dont parle si bien le philosophe Comte-Sponville (1) C'est à ce chantier, qui donne parfois le vertige, que je m'efforce avec beaucoup d'autres de participer à ma mesure et selon mes capacités.

Feuilles mortes de mon jardin, savez-vous quelle leçon vous me donnez quand, après avoir effectué votre travail, vous acceptez de disparaître ? "Infimes et éphémères mais nécessaires" (2) vous l'avez été ; puissions-nous l'être nous aussi le temps de notre existence ! (3)

Jacques Musset

(1) Petit traité des grandes vertus, André Comte-Sponville, éditions PUF 1995 (retour)
(2) Prière d'homme de Marcel Légaut ( Aubier) page 53 (retour)
(3) Extrait de son livre "Le potager, école d'humanité" 2008. On peut se le procurer auprès de l'auteur E-mail : jma.musset@orange.fr - J.Musset, 12, rue du Ballon, 44680 Ste Pazanne – France Tel : 00 33 (0)2 40 02 49 15 (10 € + port) (retour)
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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 14:54
Traces.
André Gailly
LPC n° 25 / 2014

Dans la solitude croissante de la fin de vie, c'est souvent l'angoisse qui domine : Pourquoi la mort ? Et après ? N'y a-t-il pas d'autre issue que l'absurdité du néant ou l'espérance d'un au-delà proposée par les Églises ?

Chacun peut approfondir pour lui-même cette recherche (1) en lien avec ses propres opinions

Derrière nous un sillage

Les souvenirs qui nous restent ne sont-ils pas comme la pointe de l'iceberg d'une réalité beaucoup plus vaste ? Par exemple face à un paysage ardennais, en écoutant les souvenirs des habitants, je peux ajouter à ce paysage comme une quatrième dimension, celle du temps, du vécu des femmes et des hommes qui l'ont traversé. Chaque bout de chemin ou de sentier a été tracé et parcouru par beaucoup de gens. Depuis si longtemps animaux, arbres, plantes et fleurs ont été soignés et améliorés par eux.

Chaque maison garde le souvenir de tous ceux qui y ont vécu l'amour et élevé leurs enfants, espéré les récoltes et craint l'orage. Chaque pierre dans un mur a été placée par une main : elle a entendu des rires et des plaisanteries, des conflits et des vengeances, des fêtes et des drames.

Toute la végétation qui nous entoure et nous nourrit, plonge ses racines dans une fine couche d'humus, terreau accumulé grâce à la vie et à la mort d'êtres vivants.

Ce qui restera héréditairement et culturellement de nous, ne sera-t-il pas aussi une sorte d'humus ? Fragile mélange nourrissant, il sera indispensable à la croissance humaine de tous ceux qui à leur tour alimenteront le terreau humain des générations à venir.

Sous le sol circulent des nappes d'eau invisibles qui le rendent fertile. Notre défi n'est-il pas d'accepter de devenir une goutte fécondante parmi les flux souterrains qui irrigueront la vie de l'humanité ?

Comme l'écume fugitive à la crête des vagues, nos souvenirs ne sont que la frange visible d'une puissante houle de vibrations humaines venant de la nuit des temps : émotions, sensations et pulsions du corps ou de l'esprit. Elles nourrissent nos capacités de créer et de détruire, de haïr ou d'aimer, de nous résigner ou de résister face à la violence et au pouvoir de l'argent.

La lumière des étoiles nous atteint alors que beaucoup d'entre elles ont cessé de vivre depuis des millions d'années ; elle se propage ensuite bien au-delà de nous, à travers l'infini de l'univers. N'est-ce pas l'image du rayonnement de ceux qui nous ont précédés ? Lui aussi nous traverse de part en part. De façon réelle mais imprévisible, il atteindra à leur tour les vivants de demain en leur apportant, parmi bien d'autres, notre petite part de souffrances et de tendresse.

Bien au-delà des histoires familiales, nous faisons l'expérience d'être imprégnés par les traces vivantes, secrètes, d'êtres innombrables. Bien plus vaste que celui de l'hérédité, un immense arbre généalogique culturel ascendant étend ses ramifications jusqu'à tous ceux qui ont influencé nos manières de vivre, de sentir et de penser.

Que ce soit la façon de se loger, de se nourrir, de travailler, de faire la fête lors d'une naissance, d'un mariage, de faire le deuil d'un défunt… Comment soigner et éduquer les enfants ou prendre soin des malades, des plus faibles… L'entraide, l'accueil, la tendresse, l'hospitalité…Comment résister et lutter contre les injustices… Bref comment lutter pour la vie, pour l'humain et contre les forces de mort.

Même si leur part d'ombre nous a aussi façonnés, le plus vital à l'intérieur de nous –mêmes, est nourri par les affrontements et les solidarités, les espérances et les craintes de tous ceux qui ont vécu depuis les débuts de l'humanité. Quand on rentre en soi-même, c'est fameusement "habité" !

Ce qui reste de l'autre, c'est ce qui a fait de nous ce que nous sommes devenus. Entre ma naissance et ma mort ce qu'il y a en moi de vraiment "humain " - et ce qu'il y a de moins humain ! – aura été influencé par bien plus d'une centaine de personnes (parents, amis, professeurs, animateurs de mouvements de jeunesse et d'adultes, acteurs sociaux, auteurs de livres et de films, musiciens, etc...). On pense souvent à la famille, à l'hérédité, mais c'est tellement plus large.

Entre sa naissance et sa mort à elle, chacune de ces personnes qui ont laissé en moi leur empreinte, avait elle-même été influencée par au moins cent autres personnes ! Si on remonte ainsi de deux générations, je porte en moi des traces de plus de 100 x 100 = 10.000 personnes qui vivaient environ au temps de mes grands-parents.

Si on remonte d'une génération en plus, je porte en moi des traces d'un million de personnes qui vivaient à l'époque de mes arrière-grands-parents ! Et si l'on remonte plus haut cela fait encore tellement plus de monde. C'est finalement tout le genre humain dont nous sommes les héritiers.

Tout cela ne se passe pas seulement entre individus mais aussi entre groupes, de façon collective, dans l'ensemble des réseaux qui tissent peu à peu l'humanité.

A notre tour, chacun de nous a influencé durant sa vie (en positif ou en négatif) au moins une centaine de personnes : enfants, élèves, amis, compagnons de travail, de loisir, personnes rencontrées. Trois générations plus tard, des traces de chacun de nous seront donc présentes dans un million de personnes qui vivront à l'époque de nos arrière-petits-enfants ou arrière-petits neveux.

Quoi que chacun en pense, qu'il le veuille et en soit conscient ou non, il restera quelque chose de lui : ce ne sera pas le "néant"

Quelle responsabilité ! Mais aussi quelle espérance… à condition d'avoir foi dans les femmes et les hommes d'aujourd'hui et de demain. Et cette foi-espérance en chacun au-delà de ce qu'il parait, n'est-elle pas le vrai défi ? […]

Défiant les pulsions de mort nous venant du passé et du présent, en nous et entre nous, un flux de choix pour la vie engendre ainsi « l'humain » : ce fond secret de générosité, de résistance à la cruauté et d'improbable amour caché au creux des femmes et des hommes.

Cet "humain" toujours menacé qui resurgit sans cesse avec blessures et guérisons, dans une aventure assez chaotique, soumise à de subites bifurcations.

Disparaitre et devenir présent autrement

[…] Plus tard ce qui reste de quelqu'un devient peu à peu non identifiable, anonyme. Les souvenirs deviennent des "traces" invisibles mais actives dans le cœur et l'esprit de tous ceux qui l'ont approché ; à travers eux, de proche en proche, elles en nourriront d'autres sans limites de temps ni de lieu.

Comme l'a écrit Paul Ricœur (2) : La survie, c'est les autres. Il s'agit de transférer sur l'autre l'amour de la vie. Cela vérifie et met à l'épreuve le détachement, la disponibilité pour l'essentiel, pour le fondamental. Je reporte avec confiance sur les autres, mes survivants, connus et inconnus la tâche de prendre la relève de mon désir d'être, de mon effort pour exister dans le temps des vivants.

Dans un grand respect d'autres convictions je suis de ceux qui croient que leurs "traces nourrissantes" dans les vivants d'aujourd'hui et de demain, seront la forme de leur vie après la mort.

Cela se vit dans ce qu'on peut appeler une "transmission créatrice" : nous recevons une part de "l'humain" en gestation et nous essayons de l'enrichir un peu tout en la transmettant autour de nous et aux suivants.

Participer à cette transmission créatrice de "l'humain" est une puissante source de sens pour la vie et face à la mort.

Nos mots nous viennent, par exemple, de ceux qui nous ont parlé ou que nous avons lus ; sans eux nous serions muets ! Ces mots, ils les avaient eux-mêmes appris d'autres et cela de proche en proche depuis l'invention du langage, cette naissance de l'humain dans l'humanité.

Récits, contes, poèmes, romans, essais et tragédies nous transmettent tant de force et de souffrance, de découvertes de "l'humain", de luttes et d'espoirs. […]

Faire mémoire

[…] Dans nos régions l'attitude face à la vie et à la mort a été très marquée par le judéo-christianisme. Grandi dans le judaïsme et nourri intérieurement par lui, Jésus de Nazareth, par ses paroles et par ses actes, l'a remis vigoureusement en question pour aller plus loin en humanité. Nous en avons retenu : "le sabbat est fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat" et bien d'autres choses. Il reste de lui la mémoire d'une vie à la fois fidèle et rebelle…et il en est mort !

On peut penser qu'après sa mort, comme à Emmaüs, ses disciples ont cherché à re-susciter sa mémoire et à la rendre nourrissante dans le rite symbolique fort de l'eucharistie.

Après un décès, il est vraiment vital de se réunir pour faire mémoire…Partager des expressions de sens et des rites réinventés ou puisés dans des textes et des rituels existants, humains ou religieux.

Ecouter des expressions libres de ceux qui ont connu le défunt… Faite à la fois d'ombres et de lumières, sa mémoire se met à vivre, re-suscitée, en chacun de ceux qui sont présents.

Entre eux des liens se renforcent et leur travail de deuil peut commencer.

Pour des chrétiens, le lien peut donc être fort avec le rite symbolique de l'eucharistie tel que présenté ci-dessus.

On peut alors dire :

  • Ce que tu as donné en d'autres fleurira
  • Ce que tu as chanté en d'autres jaillira
  • Ce que tu as offert en d'autres revivra
  • Ce que tu as semé en d'autres germera

André Gailly

(1) Extraits du livret : "Près de nous des fins de vie. Sens ou non- sens ?" 56 p. - Elle est disponible (2 euros + frais de port) chez André Gailly, Av. Gustave Latinis, 17, 1030 Bruxelles - Tél 0479/527080 - Courriel : andre.gailly@yahoo.fr - L'édition 2012 a été assez bien retravaillée grâce aux réactions reçues. (Voir rubrique : "Quelques livres" LPC 6/2009 page 22) (retour)
(2) Paul Ricœur - "Vivant jusqu'à la mort" - Ed. du Seuil 2007 (retour)
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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 14:08
Alain Dupuis Y aurait-il de l'éternel dans nos vies ?
Alain Dupuis
LPC n° 25 / 2014

"On ira tous au paradis…" chantait Michel Polnareff. Et voici qu'un éminent bibliste protestant et une psychanalyste de renom paraphrasent ce titre (1) pour débattre du bien-fondé "chrétien" d'une telle espérance…

Il y a là un double thème aussi vieux que notre humanité : d'une part, le refus de la mort comme anéantissement de tout notre être : une conscience, un regard, une sensibilité qui, le temps d'une vie, ont signifié découverte, savoir, savoir-faire, communication, émerveillement, révolte, jugement de valeur, amour-tendresse, amour-passion, plaisir, souffrance, relations, ruptures, alliances, arrachements.

Et d'autre part l'attente d'une juste rétribution/compensation pour les efforts, les épreuves surmontées et les souffrances subies en cette vie.

Aujourd'hui, dans notre culture occidentale rationaliste, le discours de la plupart de ces traditions, leurs croyances, leurs dogmes, leur cosmologie et leur anthropologie, leurs rituels, leurs lois morales, leurs explications et leurs promesses font figure de discours archaïques, dépassés parce qu'irrationnels". Le christianisme n'y échappe pas.

L'anthropologie considère que les rituels funéraires furent une des premières marques d'humanisation chez nos lointains ancêtres hominidés. Ils témoignent du refus d'assimiler la personne du défunt et sa dépouille au reste des déchets et cadavres abandonnés par la nature au fil des jours et des saisons. Et quel que soit le degré d'élaboration des "religions" ou des "sagesses", sous toutes les latitudes, la plupart mettent en scène une "vie après-mort", et le lien (religio) des vivants avec un monde supposé des esprits et des ancêtres (rites funéraires de l'Egypte ancienne, culte des ancêtres cher à l'Asie et aux animismes océaniens, africains et amérindiens, etc…).

Et ces cultures associent le plus souvent ces spéculations et constructions à la croyance en un jugement ou/et un nouveau sort constituant la rétribution post mortem à la mesure de la valeur des vies écoulées.

L'exception du judaïsme ancien !… (2)

Compte tenu de l'impact de la pensée juive (biblique, en tout cas) sur notre culture occidentale, nos schémas mentaux, nos représentations du monde, notre anthropologie et notre système de valeur, un détour par le judaïsme s'impose.

a) Une "religion" sans "au-delà" !

Le premier constat, considérable, est que le judaïsme est resté, très longtemps presque totalement réfractaire à l'idée même d'une "vie après la mort" !

Jusqu'à la fin de l'exil babylonien (6ème siècle av. J.C.), et même jusqu'au milieu du 2ème siècle av. J.C., les écritures juives n'évoquent pratiquement jamais l'hypothèse d'une vie après la mort. Les défunts s'évanouissent dans un monde inférieur, le "shéol" (Hadès, en grec) dans un état proche du néant.

En fait, même si l'idée de rétribution pour une conduite juste ou injuste, est obsessionnelle et structurante de la religion juive (Loi divine oblige), celle-ci ne peut avoir lieu QUE dans le cadre et les limites concrètes de cette vie : "bénédiction divine", octroyée sous forme de prospérité, santé, abondance des biens, nombreuse descendance, plaisirs ordinaires de la vie, et, surtout, longévité heureuse…à quoi il convient d'ajouter une très spirituelle jubilation intérieure du juste "en Dieu", opposée à l'affliction des pécheurs.

Pourtant, la littérature post exilique, pétrie d'influences étrangères (Mésopotamie, Perse), commença à mettre en question sérieusement ce système :

Comment des gens parfaitement justes, et donc bénis par Dieu, peuvent-ils, tout à coup, sans faute connue, se retrouver accablés de tous les maux ?

Le Livre de Job pose la question. Il argumente, accuse, plaide tout et le contraire de tout…pour finalement conclure à "un mystère" qui dépasse l'homme. Job, enfin convaincu par Dieu lui-même, et convaincu que ce mystère le dépasse, sera rétabli dans toutes ses félicités terrestres premières : retour à la case départ. "Circulez, il n'y avait rien à voir, sauf le bon vouloir de Dieu ! " semble nous dire ce livre.

Le Qohélet, quant à lui, d'une modernité saisissante, relève le caractère éphémère et illusoire de toute vie et de tout ce qui la constitue : jeunesse, beauté, gloire, richesses, intelligence, sagesse, savoir, pouvoir, amours, plaisirs, tout n'est que "vapeur" et retourne au néant !

Pour lui, la rétribution n'est qu'une chimère de plus : des justes galèrent tandis que des salopards se gobergent dans l'opulence et la jouissance. Conclusion, Dieu ou pas : "Le sort final de l'homme est le même que celui des bêtes…Toute vie se termine de la même manière. Tout être retourne à la terre dont il a été formé. Personne ne peut affirmer que le souffle de vie propre aux humains s'élève vers le haut tandis que celui des bêtes doit disparaître dans la terre." (Qo 3,19-21)

b) Mais alors, la justice n'exige-t-elle pas une rétribution post mortem ?

Les spécialistes situent le tournant historique de la pensée juive sur cette question de la rétribution à la grande et longue crise d'identité juive marquée par le règne de la dynastie hellénique des Séleucides et de ce qu'on appela "la révolte des Maccabées", au milieu du 2ème siècle av. J.C. : au-delà de la domination politique étrangère (hellénique et romaine) sur la nation, l'enjeu était d'accepter, ou non, ou jusqu'à quel degré, l'hellénisation/mondialisation de la culture, de la société et, chose plus grave, de la religion juive.

Cette crise fut l'occasion de nouvelles approches de la rétribution des justes : quelle compensation pour tous ces héros, qui, au fil de toutes ces années de violence, et en particulier après l'édit de persécution d'Antiochos IV Épiphane, avaient perdu la vie pour la défense de la "vraie" religion, par fidélité absolue au Dieu d' Israël ?

  • Une version individuelle pour les "martyrs" fidèles au Dieu unique des juifs.

    Patrice Bergeron résume ainsi l'enjeu : "…de ces persécutions surgira la conviction suivante : si quelqu'un a accepté de mourir au lieu de renier la foi de ses pères, si quelqu'un est resté fidèle à la Loi jusqu'au martyre, plutôt que de rendre un culte aux idoles, il faut que Dieu le récompense après la mort. De ces épisodes sombres est donc née la croyance en un après, à une récompense, une rétribution au-delà de la mort :

    "Après lui avoir arraché la peau de la tête avec les cheveux, on lui demanda : « mangeras-tu du porc plutôt que de subir la torture de ton corps… ? Mais il répondit, dans la langue de ses pères, " Non !"…. Au moment de rendre le dernier soupir il dit : "Scélérat que tu es, tu nous exclus de la vie présente, mais le roi du monde, parce que nous serons morts pour ses lois, nous ressuscitera pour une vie éternelle." (2 Maccabées 7, 7-9).

    Et comme la pensée sémitique reste totalement imperméable à toute distinction dualiste entre "corps" et "âme" dans l'homme, toute idée de résurrection post mortem concerne obligatoirement toute la "personne", physique et psychique. Bref ! La fameuse "résurrection de la chair"…

  • La version collectiviste et cosmique de la victoire / revanche du peuple élu et de son Dieu sur les païens et ce monde mauvais.

    Malgré des antécédents en période exilique (Livre d' Ezéchiel, 587 av.J.C.) on vit au 2ème siècle fleurir la littérature de genre apocalyptique dont le Livre de Daniel (vers 164 av.J.C.) constitue le modèle type, et en fixe les formes essentielles.

    On doit à ce genre, probablement hérité du mazdéisme perse, beaucoup des croyances juives du 2ème siècle av.J.C, et du 1er de notre ère : la doctrine de la chute, l'affrontement dualiste entre (fils de) lumière et (fils des) ténèbres, les bons et les mauvais, l'opposition Dieu/monde, la résurrection collective des morts, les anges, les démons etc… Mais on lui doit sans doute aussi une autre certitude, beaucoup plus encombrante : le sentiment que le "peuple choisi" par le seul vrai Dieu l'emportera infailliblement, un jour, bientôt, sur tous les mécréants, malgré toutes les humiliations et persécutions en cours, et aura sa revanche ! À lui la terre, aux autres, le châtiment du feu !

    À noter qu'Ici, le dénouement de l'histoire, toujours annoncé comme imminent, avec assujettissement du monde entier aux élus du seul vrai Dieu, doit se réaliser sous la férule d'un "messie", ou d'un "fils d'homme" chargé d'instaurer ce "règne de Dieu" en ce monde, même renouvelé de fond en comble.

  • La version sapientielle spiritualiste…

    Quelques décennies plus tard, le Livre de la Sagesse écrit entre 50 et 30 av. JC, à Alexandrie, haut lieu du brassage des cultures juive et grecque, marquera une autre approche, subtile, du thème lancinant de la rétribution, sans rupture avec la vie…

    Résurrection ? Ou immortalité ?

    L'introduction au livre de la Sagesse dans la TOB dit de l'auteur du livre que "Deux mots typiquement grecs résument chez lui l'idée d'une récompense future des justes : " immortalité" (1,15 ; 3,4 ; 4,1 ; 8,17 ; 15,3) et "incorruptibilité" (2,23 ; 6,18-19). Il veut faire comprendre à ses lecteurs que la vie des justes ne s'arrête pas avec la mort physique, mais qu'elle se prolonge éternellement et glorieusement auprès de Dieu".

    Ainsi : "Le juste est assuré de l'immortalité car Dieu n'a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir à la perte des vivants. Il a tout créé pour l'être ; les créatures du monde sont saines, en elles il n'est aucun poison de mort (…) car la justice (c.-à-d. la vie conforme au vouloir divin - ndlr -) est immortelle." (Sg 1,13-15) Et encore :"L'immortalité se trouve dans la parenté avec la Sagesse"(Sg 8, 17)

    Avec ces deux notions d'immortalité et d'incorruptibilité liées à la conformité (parenté) d'une vie humaine à la Sagesse divine, ne sommes-nous pas sur une tout autre piste que celle d'une problématique "résurrection de la chair" le scénario du spectaculaire jugement qui va s'imposer plus tard ? Ne s'orientait-on pas plutôt vers l'hypothèse qu'une "vie juste" débouche tout naturellement sur la Vie en plénitude ? Et pourtant…

Avec le christianisme, quoi de neuf ?…

Ce que nous appelons aujourd'hui, à tort ou à raison, "christianisme", est né au milieu d'une période d'ébullition apocalyptique du judaïsme palestinien et judéen.

Alors à la question "quoi de neuf ?", on a envie de répondre : un indéchiffrable recyclage et méli-mélo de toutes les croyances, conceptions, peurs et espérances qui circulaient dans le judaïsme du premier siècle, et un fébrile jeu de copié-collé biblique depuis les origines, pour tenter d' "enchâsser" l'atypique rabbi Jésus de Nazareth, son aventure, ses actes, sa parole et sa mort atroce, dans du "déjà connu, déjà su" (Maurice Bellet). Ainsi se bâtirent, autour de lui, une ou plusieurs "doctrines de salut", pas forcément toujours cohérentes ni compatibles entre elles.

Deux choses émergent, professées par ce mouvement très hétérogène des adeptes de Jésus de Nazareth, dès les premières années qui suivent sa mort :

  • Une certitude très partagée (Unanime ? Ce n'est pas sûr…) : le crucifié de Jérusalem serait vivant – en Dieu ? Auprès de Dieu ? Dieu lui-même ? – et pour toujours !
  • Un message : il annonce et promet à ceux qui l'écoutent et le suivent, moyennant un changement radical de mentalité, l'accès au salut que tous attendent, et qu'il désigne comme Royaume de Dieu, Vie éternelle, Vie en abondance, joie parfaite, et qu'il présente à la fois comme une réalité déjà présente, à portée de main, dès maintenant, et au-delà de la contingence actuelle.

Comme nous l'avons évoqué plus haut, croire Jésus "vivant" est dans la stricte logique des idées professées par certains milieux juifs : le Juste (l'ami de Dieu) ne peut connaître la corruption. C'est le fond de la foi que Luc, dans les Actes, fait proclamer publiquement à plusieurs reprises par un Pierre citant, par exemple, le psaume 16: Tu n'abandonneras pas mon âme à l'Hadès et ne laisseras pas ton saint voir la corruption. Tu m'as fait connaître les chemins de vie, tu me rempliras de joie en ta présence (Ps 16, 8-11- Ac.3, 22-28)

En milieu populaire juif de ce temps, cette certitude pouvait-elle être exprimée autrement qu'en termes de résurrection corporelle ? Il convient d'en tenir compte pour notre réflexion d'aujourd'hui… Pour Paul, pharisien adepte de la "résurrection des morts", Jésus est simplement le "premier-né d'entre les morts", "le premier-né d'une multitude de frères" (Rom 8, 29 ; Col 1, 18)

La seconde nouveauté, en revanche, est peut-être plus percutante pour le sujet qui nous occupe ici : "Que dois-je faire pour accéder à la vie éternelle ?"

Henri Persoz, à la fois scientifique et théologien, choisit de conclure son passionnant petit ouvrage "Impensable résurrection" (3) sur l'épisode (Lc 10,25-37) où Jésus est confronté à un "légiste", spécialiste s'il en est de la religion et du salut. Le légiste lui pose bien la question qui nous hante : "Que dois-je faire pour recevoir en partage la vie éternelle ?"

Comme souvent, Jésus retourne la question : toi, le spécialiste de la Loi, qu'en dis-tu ? Que dit la Loi ? "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme de toute ta force et de toute ta pensée et ton prochain comme toi-même".

"Par rapport à toutes ces questions de vie éternelle et de résurrection" nous dit Persoz, "Jésus prend du recul car il dit au scribe "Va, fais cela et tu vivras". Jésus dévie donc la question du scribe, il la ramène (il le ramène, lui, le scribe) sur la terre, il ne s'encombre pas de considérations sur l'au-delà, parle simplement de vivre, de vivre dans cet aujourd'hui qui se présente, de vivre en plénitude, dans la proximité de Dieu, de goûter le vrai bonheur. "Va, fais cela et tu vivras".

Puis Persoz fait remarquer que l'évangile, ici, rapproche deux commandements qui, dans l'Ancien testament figurent dans deux livres fort éloignés (Deutéronome et Lévitique), marquant ainsi une évidence nouvelle : "pas de Dieu sans prochain, pas de prochain sans Dieu" remarque-t-il, citant St Augustin : "Aime ton prochain ; et considère en toi la source de cet amour du prochain ; là autant qu'il est possible, tu verras Dieu…" (Traité sur l'évangile de Jean, 17,8). C'est alors que survient la question insolite du légiste : mais… "Qui est mon prochain" ?

Aujourd'hui, on s'attendrait plutôt à la question : "Mais qui est Dieu" ?

"Le légiste, dit Persoz, Dieu, il connaît. Il le prie tous les jours, il le rencontre au Temple, il l'écoute à travers la lecture de la Thora. Il le cerne bien, pas de problème. Mais le prochain, qui est-il, où est-il ?

Et Jésus, comme à son habitude, retourne la situation et fait surgir l'inattendu : à la fin de la parabole, la question de Jésus n'est pas : "As-tu compris que le blessé est ton prochain ?" mais "Qui s'est fait prochain de l'homme blessé?"

Et le légiste n'hésite pas : "Celui qui a fait preuve de bonté… "

Pour Jésus, il ne s'agit pas de ratiociner sur qui est ou n'est pas mon prochain (juif-pas juif, pur-impur, vertueux-pécheur, citoyen-étranger) mais de devenir, soi-même, intérieurement, un "prochain": un être attentif, compatissant, au service de toute vie et de ses besoins, comme le fut le Samaritain…Il ne s'agit plus tant de "faire" du bien, que d' "être" bon…Ce qui n'est pas forcément la même chose…

Et l'éternité dans tout ça ?

On est tenté de répondre, en forme de boutade : mais ça y est, Jésus a répondu à cette question au paragraphe précédent… Est-ce vraiment une boutade ?

L'auteure de l' "Anticatéchisme, pour un christianisme à venir" (Albin Michel) qui écrit sous le pseudonyme de Pietro de Paoli, à la page "Éternité ", propose la réflexion suivante : "Non, l'éternité n'est pas une sorte de super Club Med pour les siècles des siècles. (…)

Mais "combien de fois, avons-nous souhaité qu'à un instant précis, le temps s'arrête ? (…) Quoi, vous haussez les épaules, vous ne vous laissez pas prendre à ce miroir aux alouettes, vous êtes des esprits forts, vous croyez que ce qui compte, c'est ce qui se passe ici et maintenant, au présent ! Eh bien, c'est précisément de quoi l'éternité nous parle. L'éternité nous parle du présent, c'est-à-dire très exactement de ce à quoi nous aspirons.

"Vivre au présent, être pleinement présent à nous-mêmes et aux autres, avoir une parole si vraie, si juste qu'elle serait nous, tout simplement. Alors nous serions enfin unifiés en nous-mêmes, (…) nous conjuguerions nos vies, nos pensées, nos relations au présent infini, au présent éternel. Oui, comme Dieu !…

"Et nous en avons déjà l'expérience. N'est-ce pas ce que nous éprouvons parfois, de façon fugace dans la perfection d'un instant, d'un regard échangé, d'une parole juste et vraie ? " (P.95-96).

Le moine bouddhiste zen vietnamien Thich Nhat Hanh intitule le chapitre 6 de son petit ouvrage "Il n'y a ni peur ni mort" (La table ronde 2003) : L'adresse du bonheur : Si vous voulez savoir – écrit-il d'emblée – où vivent Dieu, les bouddhas et tous les grands êtres, je peux vous le dire. Voici leur adresse : Ici et maintenant. C'est tout ce qu'il vous faut savoir…"

Le 4ème évangile, dit de Jean, au chapitre 17, met dans la bouche de Jésus une longue prière /testament, qui ne nous dit sans doute pas grand-chose sur ce que pensait Jésus, mais en revanche beaucoup sur la "spiritualité" de l'auteur. Même si on peut être réservé sur le contenu théologique de ce long discours, on a envie de rapprocher un verset du propos que nous venons de lire. Parlant des disciples, Jésus dit : "Père, je veux que là où je suis, ils soient aussi avec moi, pour qu'ils contemplent la gloire que tu m'as donnée…" (V.24.)

L'auteur ne fait pas parler Jésus au futur, mais au présent. Au présent immédiat qui est aussi le lieu de la Présence de Dieu, souvent désignée comme "gloire" dans cet évangile.

Mais alors le jugement, dans tout ça ?

Comme nous l'avons dit plus haut, les textes du Nouveau testament, lettres de Paul, évangiles synoptiques, actes des apôtres, littérature johannique (4), tout ça brasse toutes les idées les plus sages et les plus folles qui occupaient l'imaginaire religieux des hommes de ce temps et de cette région. Impossible de dire quelles étaient les croyances de Jésus dans tout cet arsenal.

Daniel Marguerat et Marie Balmary, par exemple, dans leur joute exégétique autour du thème du jugement nous fournissent la preuve que, même avec les meilleures dispositions du monde, suivant notre culture (protestante, bibliste et moraliste pour Marguerat, catholique, psychanalytique et mystique (?) pour M.Balmary), on n' "entend" pas vraiment la même chose à travers ces textes.

Une chose est certaine, toutes les allusions, directes ou indirectes, à un scénario de jugement dernier, prochain, voire imminent contenu dans les textes néotestamentaires (Ex : Mt ch.24 ; Mc 13 ; Lc 21 ; 2Th 1,6-12, 2, 3-12 ; 2P 3, 10, etc…) sont construites, inspirées, calquées sur des apocalypses juives anciennes ou du moment, circulant dans le milieu.

Henri Persoz montre comment Paul, d'épître en épître, sur les 10 années de son apostolat, est obligé sans cesse de "revoir sa copie"…et comment, au chapitre 6 de l'épître aux Romains, le scénario résurrection / jugement ne fait plus partie du "catéchisme" de l'apôtre.

A la question légitime : "mais comment est-ce possible que les 'promesses' divines de la Bible ne s'accomplissent pas ? " Vito Mancuso, dans son ouvrage "De l'âme et de son destin" (Albin Michel 2009) ose tranquillement ceci : "C'est que Dieu n'est jamais intervenu directement dans l'histoire et que les promesses ne proviennent pas de lui, même si elles sont écrites dans la Bible (…) C'est pourquoi le christianisme n'est pas une religion du livre…

"Ce qu'il faut abolir en théologie, c'est la catégorie du futur (…) comme nous y invite la littérature sapientiale de la Bible hébraïque, qui à mon avis représente le point culminant de toute la Bible en termes de maturité spirituelle dans le rapport au monde. La catégorie du futur n'a rien à voir avec l'éternité, qui est la seule véritable dimension du divin." (p.317)

Manière de dire que, Dieu étant éternel Présent, si le fameux jugement n'a encore jamais eu lieu, c'est tout simplement parce qu'il n'aura jamais lieu. Tout se joue au présent, ici et maintenant. Comment donc ?

Peut-être une clé de réponse est-elle dans ces enseignements, entre beaucoup d'autres, attribués à Jésus, et qu'on lit habituellement de manière beaucoup trop moralisante et superficielle :

"Ne jugez pas pour n'être pas jugés. Car du jugement dont vous jugez, vous serez jugés. (Mt 7, 1-2)

Et ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés. Absolvez et vous serez absous. (Lc 6,37)

Le juif Sigmund Freud pensait, et à sa suite une partie des psychanalystes contemporains, que l'imaginaire du jugement dernier des apocalypses était lié à l'immaturité de cultures qui véhiculent une notion infantile de la justice, faite de jalousie à l'égard des autres (les méchants), et de rêve de revanche spectaculaire et définitive sur eux, dans lequel on instrumentalise un Dieu-tout-puissant fantasmé, faute d'en avoir soi-même le pouvoir. Le juif Karl Marx inventa sans doute une "apocalypse" sans Dieu, où les "damnés de la terre" auraient hérité de sa toute-puissance pour imposer leur règne. On peut parfois s'inquiéter de ce qu'une certaine "théologie de la libération" n'enfourche le même cheval des pauvres et des victimes marchant derrière un Dieu justicier pour inverser le cours de l'histoire…

Et si l'abandon (si difficile et si couteux !) de toute idée de jugement, de justice rétributive, de revanche pour soi, et pour autrui, était le test de notre sortie de l'infantilisme spirituel et de notre accès à la maturité ?

Pour conclure : quelle rétribution ? AUCUNE !

"Donnez ! Et il vous sera donné : une mesure belle, tassée, secouée, débordante sera versée dans votre sein. De la mesure dont vous mesurez pour le don, il vous sera donné en retour !" (Lc 6, 38)

"Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement." (Mt 10, 8)

On serait plutôt en régime de totale gratuité, et de vases communicants : plus je me vide, plus je me remplis… De quoi ? De qui ?

Et si je renonce à juger, il n'y a plus de jugement…

Plus je donne, plus je reçois, au point que ça déborde !

Mais de toute manière, je ne peux donner d'authentique que ce que je reçois. Et comme ce que je reçois de Vie est gratuit, comment ne pas la donner gratuitement ?

Et comme tout ça, ici, maintenant, au jour le jour, c'est la VIE en moi, devenue partie de moi, devenue moi, et que cette vie-là, elle est l'éternel Présent….Il n'y a ni peur, ni mort, ni jugement…

"Fais cela, et tu vivras…" et … à la grâce de Dieu !

 

Alain Dupuis

(1) "Nous irons tous au paradis". (Albin Michel 2012) Daniel Marguerat et Marie Balmary. (retour)
(2) On consultera avec profit ce thème, sur Google, le "dossier interBible" : la mort et l'au-delà dans la Bible, travail collectif de S.Doane, P. Bergeron, Y. Guillemette. (retour)
(3) Henri Persoz : " Impensable résurrection" Ed. Passiflores 2012 (retour)
(4) On entend par là tous les textes du N.T. attribués à Jean : 4ème évangile, Épîtres, Apocalypse, étant bien entendu que tous ces textes, même s'ils relèvent du même courant théologique, sont d'auteurs diverses, et généralement non identifiés (retour)
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