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26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 09:00
Jacques Musset Les mages, Hérode et nous
Matthieu 2
Méditation de Jacques Musset

L'histoire des mages se répète à longueur de siècles. La même merveilleuse aventure. Des hommes et des femmes en quête de sens se mettent en recherche d'un Trésor caché dont une étoile intérieure leur révèle l'existence. Ils ne craignent pas de quitter leurs terres habituelles, d'abandonner leurs sécurités, de traverser des déserts, de galérer à travers mille obstacles à leurs risques et périls et de marcher vers des lieux inconnus sans pour autant douter qu'ils cheminent vers des impasses. Au creux de leur nuit, ils avancent, interrogent ceux qui sont censés savoir, et de fil en aiguille, ils trouvent enfin la perle rare. Le trésor n'est ni or ni argent, ni promesse de pouvoir. C'est une Parole vive sous des dehors fragiles, vulnérables, imprévus, qui n'en impose pas, qui ne s'impose pas mais rayonne de simplicité et de vérité.

Nous sommes entourés de ces êtres de désir. Nous les côtoyons et les entendons si nous leur prêtons une oreille attentive. Nous-mêmes, nous sommes de cette caravane quand nous sommes intérieurement en marche, ouverts à l'inattendu et à l'inconnu, prêts à franchir des caps dont nous ignorons sur quels espaces ils débouchent, convaincus cependant que cette voie inédite, qui prend à certains jours des allures de sentiers de crête, est un chemin de vie.

Après coup, nous en avons la confirmation, mais loin de nous inciter à nous installer dans une confortable tranquillité, la voix intérieure nous remet sans cesse en selle. Car le grand voyage intérieur de naissance à nous-mêmes, c'est dans notre vie quotidienne qu'il se déroule et ses horizons sont infinis.

Nous n'aurons jamais fini de les parcourir.

L'histoire des mages se répète à longueur de siècles. Merveilleuse aventure mais aussi drame tragique. Des institutions, des voies spirituelles et des religions, certains de leurs responsables et de leurs adeptes, héritiers de messages ancestraux, nés du meilleur de l'homme, les gardent jalousement derrière des vitrines ou au fond de coffres- forts, comme des pièces de musée. Ils les revêtent de dorures, les vénèrent comme des idoles et transmettent à leur sujet une doctrine censée être leur interprétation orthodoxe. Malheur à qui viendrait contester leur fonds de commerce et leur dire qu'ils ne sont que les gardiens de livres morts, car que vaut un livre qui ne fait pas apparaître des sens nouveaux grâce à des lecteurs actifs? Ces prétentieux qui oseraient tirer de la Parole initiale du neuf et de l'inédit, des figures d'humanité jamais vues, des conséquences inexplorées, seraient vite dénoncés et poursuivis. Dieu merci, on n'arrête pas le mouvement intime des êtres en chemin. En dépit des embûches, ils regagnent leurs terres par des sentiers qu'eux seuls connaissent pour partager le feu dont ils brûlent, la lumière qui les éclaire, l'eau vive qui les désaltère, le pain qui les rassasie. Nous avons pu et pouvons encore parfois nous situer du côté de ceux qui se considèrent comme les détenteurs de la vérité, méfiants vis-à-vis des autres voies que la nôtre, sceptiques à l'égard de ce qui peut jaillir de neuf par rapport à ce que nous n’avons jamais expérimenté, réticents vis-à-vis de questionnements qui nous dérangent et nous remettent en question. En ce cas, c'est la peur qui nous fige, la peur de perdre et de nous perdre.

Personne n'est ainsi vacciné une fois pour toutes, malgré sa vigilance, d'être le complice d ' Hérode, des Grands-prêtre et des Scribes. C'est la raison pour laquelle, en lisant et en méditant ce texte d'évangile si connu, l'exercice de la lucidité sur nos pensées et nos pratiques s'impose pour ne pas adopter un manichéisme de facilité. Il y aurait les bons d'un côté (dont nous serions) et les méchants de l'autre. Si mon désir rejoint le chemin des mages, ma pratique le rejoint-il effectivement dans ma manière de vivre quotidiennement? J'ai à assumer mes ambiguïtés et même mes contradictions. D'en être conscient non seulement ne me décourage pas mais me maintient en marche. Car comme dit si bien le poète René Char, "Il y aura toujours à ne jamais s'arrêter", moyennant quoi Jean Sulivan ajoute: "Le bonheur est dans l'incessante marche". Alors soyons d'éternels pèlerins à l'étoile comme les mages jusqu'à notre dernier souffle!

Jacques Musset

Nous vous conseillons de cliquer sur « Noël » dans la colonne « Rubriques », du Blog, vous y trouverez d’autres méditations pertinentes.

24 décembre 2018 1 24 /12 /décembre /2018 09:00
bateau lpc Noël du Père Léon
Père Léon

Noël !

Un temps fort, le moment d’un arrêt

Le temps de croire qu’un monde où vivre ensemble est possible

Noël !

Un temps pour nous reprendre,

nous relever, nous redresser,

pour repartir à croire dans l’impossible

Noël !

Un temps pour découvrir l’autre, les autres

Rencontrer Dieu…..le reconnaître en chacun

Noël !

Fête de la vie qui nous entoure

Fête d’un peuple en marche

Fête de la construction du Royaume ici-bas et maintenant

8 décembre 2018 6 08 /12 /décembre /2018 13:16
Jacques Noyer Noël ?
Jacques Noyer

J’ai trouvé ! J’ai trouvé ce que l’Église de France devrait dire devant cette insurrection des fins de mois que nous connaissons. Elle devrait annoncer qu’on ne fêtera pas Noël cette année. Le 25 décembre sera un jour comme un autre. Rien dans les églises : pas d’office, pas de crèche, pas d’enfants. On va revenir aux dimanches ordinaires car l’Avent n’aura pas lieu.

Elle dira que notre peuple n’est pas dans un état d’esprit qui lui permet de fêter Noël. Le cri de désespoir qui le traverse est incompatible avec le mystère de Noël, avec l’espérance de l’Avent, avec l’accueil d’un enfant étranger.

Je suis peut-être vieux jeu mais je me souviens des Noël de mon enfance. Il n’y avait pas que les fins de mois qui étaient difficiles. Mais à Noël on oubliait tout pour se réjouir de ce qu’on avait. Les familles les plus modestes se retrouvaient avec le peu qu’elles avaient. Dans la nuit, les pauvres se sentaient riches du toit sur leur tête, du repas amélioré de leur assiette, de la bûche supplémentaire qui chauffait la maison et surtout de la chance d’avoir un papa, une maman, des frères et sœurs qui s’aimaient. On échangeait des petits riens qui étaient pleins de choses. On allait voir le Jésus de la crèche, l’enfant démuni, étranger, dont la seule richesse était l’amour que nous lui manifestions. Et on prenait conscience qu’il y avait plus pauvres que nous, des ouvriers sans travail, des enfants sans papa, des familles sans maison. Et s’il restait un peu de gâteau on allait en donner une part au voisin malheureux.

Qu’on rappelle à notre société qu’il y a des pauvres qui ont difficulté à vivre, voilà qui va bien à Noël. Qu’on dise aux nantis que les pauvres ont des droits, qu’on redise le projet d’un monde plus juste pour tous, voilà qui s’accorde bien à Noël.

Mais ce que j’entends, n’est pas l’amour des pauvres, le souci de ceux qui n’ont rien, l’amour qui appelle au partage et à la justice. J’entends une population qui a peur de devenir pauvre, une population qui n’aime pas les pauvres. Tout le monde se dit pauvre pour avoir le droit de crier ! Les pauvres riches sont obligés de quitter le pays puisqu’on les gruge. Les pauvres pauvres ferment leur maison à plus pauvres qu’eux. J’ai connu un pays pauvre qui se pensait assez riche pour accueillir le pauvre. Je vois un pays riche qui se dit trop pauvre pour ouvrir sa porte à moins riche que lui.

Voilà sans doute bien des années que Noël est devenu le lieu de cette mutation. On invite l’enfant à désirer tous les biens de la terre et il se croit tout puissant jusqu’au moment où la limite de l’appétit ou de l’argent va faire de lui un frustré. On voulait en faire un riche comblé et il se retrouve un pauvre déçu.

Le Père Noël est devenu beaucoup trop riche et ne peut plus s’arrêter à l’étable où vient de naître l’Enfant-Dieu. Il me vient l’envie de lui arracher la barbe et de bloquer son traîneau au carrefour ! Pardon, je deviens violent. Empêchez- moi de faire un malheur !

Jacques Noyer - Dimanche 2 Décembre 2018, au petit matin

23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 13:38
bateau lpcUne tâche immense…
Herman Van den Meersschaut

"Je suis né le 1 avril 1985 à 13 h 47 dans la salle n° 7 de la Maternité Ste-Nitouche, 9 rue des Choux à Bioul. Tout s'est bien passé; je pesais 3,02 kg et mesurais 49,8 cm. Etaient présents : mon papa, le docteur Bonsoin et deux infirmières, madame Bonenfant et madame Bogosse. Ma maman occupait la chambre 22, lit 4 au 2e étage.

Voici des photos et une vidéo de ma naissance ; on y voit aussi mon parrain et ma marraine... etc."

Voilà ce que pourrait nous dire de sa naissance un enfant de cette fin de millénaire. Tous les éléments cités ont dù être consignés et archivés quelque part.

Lorsqu'on aborde avec des enfants (10-12 ans) la naissance de Jésus dans les textes des Evangiles, ils sont tout étonnés de n'y trouver aucun détail. Il faut dire qu'aussi bien chez Matthieu que chez Luc les textes sont d'une sobriété étonnante.

Disposer de si peu d'éléments concrets au sujet d'un personnage aussi important les surprend et les déçoit à la fois. Comment ? On ne connaît même pas la date ? Ce n'est pas le 25 décembre ? Mais alors, ce n'est pas vrai ce qui est écrit ? Est-ce qu'il a vraiment existé ?

Faire comprendre à des enfants habitués à une infonnation encyclopédique que nous n'avons aucun accès au Jésus de l’Histoire n'est pas chose aisée. Le temps est loin où nous écoutions, fascinés, le 5e évangile de Noël, qu'on nous avait si bien composé en mélangeant Luc, Matthieu et les apocryphes. Quel merveilleux souvenir pour beaucoup d'entre nous ! Tout cela nous était évidemment présenté comme parfaitement historique et nous ne nous posions pas trop de questions à ce sujet.

Mais les enfants d’aujourd'hui sont peut-être plus réalistes, en tout cas moins longtemps crédules et ne se contentent pas de réponses évasives du genre: "Ah ça, c'est un mystère !"

Et cependant, ils sont souvent tiraillés entre un besoin de croire au merveilleux et une sorte de scepticisme teinté de méfiance, exigeant des réponses claires. (C'est ce qui se passe un peu avec saint Nicolas.) On aimerait bien y croire mais il ne faut pas nous raconter des histoires qui ne sont pas vraies !

Qui est le père de Jésus? Comment Marie a-t-elle pu avoir un enfant sans avoir de rapports avec Joseph? Ce n'est pas possible ! Jésus avait-il des frères? Etc. Voilà le genre de questions qui reviennent régulièrement.

Ces questions ne me gênent plus actuellement et c'est en libre penseur que j'y réponds. Mais combien de temps ne faut-il pas passer à "détricoter" les vieilles croyances et "retricoter" le message dans un langage actuel, cohérent et intellectuellement crédible pour les enfants.

Et cela en les aidant à entrer progressivement dans cet univers des mythes, des symboles, de la poésie, de l'image écrite. Or, nos enfants sont de grands consommateurs d'images. (B.D. - Films - Vidéo)

Il y a évidemment une énonne différence entre "l'image écrite" et l'image dessinée ou filmée. La première nous permet de recréer notre image, tandis que la seconde nous impose son image. D'où, la richesse et la diversité d'interprétation de l'image écrite. Ce qui laisse, bien sûr, toute sa valeur à l'image dessinée. On peut remarquer dans cette optique la pauvreté consternante de beaucoup de films bibliques reproduisant littéralement les images du texte et n'aidant ainsi en rien à la compréhension symbolique du message.

La Bible est un immense livre d'images écrites, pour la plupart symboliques. Mais en "historicisant" globalement tous ces récits on les a rendus souvent incompréhensibles et sans intérêt, occultant ainsi leur véritable vocation : exprimer l'indicible, l'invisible.

Il y a donc tout un travail de reconstruction, de redécouverte à réaliser avec les enfants dès qu'ils sont en âge d'apprécier un texte littéraire. Leur faire découvrir par exemple qu'un récit mythique, un conte, une fiction peut être plus porteuse de vérité que n'importe quel reportage relatant des faits réels.

Mais au fait, qu'est-ce qui est vrai? Qu'est-ce que la vérité? J'aime la phrase de Maurois : "La vérité de chacun est ce qui le grandit." La Parole de la Bible peut faire grandir les enfants si nous leur en donnons les clés de lecture que nous propose l'exégèse moderne. Une lecture fondamentaliste et historicisante de ces textes ne peut les mener qu'à des impasses et des rejets ou parfois aux excès de l'intégrisme.

Saint Paul ne disait-il pas : "Lorsque j'étais enfant, je pensais comme un enfant ; maintenant que je suis un adulte, je pense comme un adulte..." Combien de chrétiens en sont restés à une foi enfantine ?

La tâche est immense et les ouvriers sont rares. Les libres penseurs sont peu nombreux dans nos églises et la force d'inertie de nos institutions est incommensurable. Nous ne sommes donc que de simples serviteurs semant humblement la libre parole de Jésus de Nazareth en espérant qu'elle puisse faire germer quelque part d'autres initiatives.

Joyeux Noël.

Herman Van den Meersschaut

23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 09:00
Christiane van den MeersschautUn Dieu proche et discret
Christiane van den Meersschaut

Durant l'exode d'Egypte, alors que le peuple d'Israël traversait le désert du Sinaï, Yahvé se fit connaître, nous dit l'Ecriture, par la tempête, le tremblement de terre et le feu.

Quoi de plus naturel, pour un peuple qui vit (et écrit son histoire) parmi d'autres qui, eux croient tous, avec crainte d'ailleurs, aux dieux de la nature ?

Il faudra attendre Elie pour avoir une autre image de Dieu. Le prophète luttant contre les prêtres de Baal provoqua un jour leur massacre. Menacé, il s'enfuit pour échapper à la colère et la persécution de la reine Jézabel. Il se rendit alors au Sinaï, revivant le chemin spirituel de son peuple. C'est ainsi qu'il entre au creux d'une caverne pour y passer la nuit. C'était aussi la nuit dans le coeur d'Elie. Son coeur était lourd comme un jour d'orage, agité comme un vent violent, brisé comme après un tremblement de terre, anéanti comme après le passage du feu du ciel. Au terme d'une véritable agonie spirituelle, il fait une toute nouvelle expérience de Dieu, découvrant Yahvé dans le souffle léger d’une brise . Notons cependant, qu'Elie a encore peur de Dieu, puisqu'il se couvre le visage avec son manteau avant de se présenter à lui.

Avec ce récit, une nouvelle image de Dieu apparaît dans le Premier Testament ; un Dieu de discrétion. Une nouvelle proposition est faite à l'homme biblique: être à l'écoute de la discrétion de Dieu.

Chaque 25 décembre, des chercheurs de Dieu tentent de quitter leur agitation intérieure, pour partir comme des voyageurs dans la nuit pour une marche pleine d'espérance vers Jésus, leur point de repère. Sentant le besoin de retrouver leur route, ils font le calme en eux et, contemplant cet enfant fragile couché dans une mangeoire, ils laissent leur coeur se remplir de ce souffle léger qui leur dit que Dieu est avec eux. La discrétion et le dénuement symbolique de la naissance de Jésus leur rappellent sa vie, ses actes, ses paroles. Ils découvrent ainsi que Dieu est chez nous chaque fois que l'on s'aime.

Les premiers chrétiens, il y a 2000 ans déjà, avaient compris que c'était là le seul chemin: "Ils s'appliquaient à vivre dans la communion fraternelle, à partager le pain, à participer aux prières, à partager ce qu'ils possédaient." (Actes, 2, 42-47)

Car Noël,

  • ... c'est Jésus qui proclame "les temps sont accomplis, le Royaume de Dieu est là".
  • ... c'est Jésus qui met l'homme debout.
  • ... c'est Jésus qui dénonce les conventions oppressantes et les faux semblants.
  • ... c'est Jésus qui relève la tête des écrasés pour qu'ils regardent avec confiance l'avenir au lieu de s'enfermer dans la culpabilité.
  • ... c'est Jésus qui tend la main à l'exclu et le rejoint dans sa misère morale et sa solitude.
  • ... c'est Jésus…

Non, Jésus ne souffle pas le vent et la tempête. Non, Jésus ne se présente pas comme un révolutionnaire politique, ni comme un chef religieux, ni comme un prince de ce monde. Jésus nous parle de Dieu d'une faç.on incroyablement neuve. Il nous dit la discrétion de Dieu qui, comme un père qui a donné la vie, veut le bonheur de son enfant. Jésus, par ses paroles lui prodigue ses conseils, par ses actes lui montre le chemin du Royaume ici-bas, mais lui laisse la liberté de son devenir. En nous disant : "Celui qui me voit, voit mon Père", il enlève à Dieu cette image vengeresse, cette apparence effrayante à travers laquelle l'homme le percevait si souvent. C'est donc bien à travers la vie de Jésus que nous pouvons discerner un Dieu d'une immense miséricorde, un Dieu dont il ne faut plus avoir peur.

La vie de chacun est un long cheminement qui peut déboucher soudain sur cette réalité. Elle permet à nos peurs de disparaître et fait voler en éclats les murs qui nous enfermaient. Ce peut être Noël alors chaque jour. Bonne fête à tous !

Christiane van den Meersschaut - décembre 1998

14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 09:00
Herman Van den MeersschautDes santons et des hommes
Herman Van den Meersschaut

On dit que les voyages forment la jeunesse. Rien ne me semble plus vrai... en ce qui me concerne en tout cas. Ainsi en fut-il de mon premier séjour en Provence, il y a plus de cinquante ans.

Ce voyage fut pour moi un véritable éblouissement et j'y ai contracté, comme beaucoup de Belges, le virus provençal, mais surtout la passion des "santons". Petit monde fascinant que celui de ces petits personnages de terre cuite. Comme nous, le santon, sorti d'un moule commun, est cependant unique. Le moule ne lui donnant que sa forme générale, c'est le façonnage final et la peinture qui le rendra à la fois semblable et unique.

Dès mon enfance, les personnages de la crèche m'étaient déjà très chers, ceux-ci figurant en bonne place dans la crèche familiale. Celle-ci était la réplique en miniature de la crèche en grandeur nature du Collège Notre-Dame de Cureghem que nous fréquentions, mes frères et moi. Cette grotte de Bethléem (en papier), dont rayonnaient une beauté et une paix extraordinaire, a enchanté mon enfance et, je crois, de nombreuses générations.

Oui, je sais, on idéalise toujours les souvenirs d'enfance. Peut-être ! Mais il ne faut pas minimiser, je pense, l'empreinte que peuvent laisser dans une âme enfantine ces moments de contemplation inexprimable devant la crèche de Noël. Il ne s'agissait pas tellement de l'émerveillement devant le merveilleux, le miraculeux, mais de savourer, comme des moments d'éternité, la douce quiétude, le silence, la paix, le bonheur simple qui se dégageait du spectacle. Il est essentiel, dans la vie d'un enfant, de l'initier à la contemplation de la beauté non seulement extérieure, mais surtout intérieure. Cela semble manquer à beaucoup de jeunes d'aujourd'hui à qui, malheureusement, on n'apprend plus la beauté, mais qu'on inonde, au contraire, de laideur, de violence et de bruit.

Ainsi les santons ont-ils toujours fait partie de ma vie et c'est avec une bonne centaine de personnages que, chaque année, je construis notre crèche. C'est devenu une sorte de "rite". On ne déballe les santons que pour Noël, le reste du temps ils dorment au grenier. Ils sont "consacrés" à jouer leur rôle dans la crèche et non à figurer dans la vitrine d'une collection.

L'ensemble se présente un peu comme un microcosme de notre société, à l'instar des grandes crèches provençales. À peu près toutes les activités humaines y sont représentées, des plus humbles aux plus prétentieuses. Nous y sommes tous, avec nos défauts et nos qualités, notre histoire toute chargée de nos désirs, nos aspirations, nos échecs.

Paul Rensonnet, santonnier wallon (1), insiste sur le fait que ses santons sont toujours "en marche". Ils ne sont jamais statiques mais en marche vers la crèche, vers l'étoile. Et pourtant, d'autres santons sont assis et même couchés ; mais peut-être ceux-là "marchent-ils dans leur tête" ?

Tout ce petit monde danse, rit, se marie, vole, triche, ment, joue, travaille surtout et pense beaucoup à l'argent... pendant que très discrètement est déjà présent, un peu à l'écart, dans l'ombre, celui qui va révéler aux hommes la Lumière qui est en eux. Et certains marchent vers "l'enfant emmailloté et couché dans une mangeoire".

Cet enfant n'est-il pas à lui seul une extraordinaire image de notre humanité naissante dans son ensemble, mais aussi de notre propre humanité toujours à naître et à renaître ? N'est-ce pas moi qui suis couché là dans la paille, souvent bien démuni devant les difficultés de la vie, avec mes espoirs, mes fragilités, ma dépendance inévitable par rapport aux autres ? N'est-ce pas nous qui sommes là, avec nos larmes, nos sourires et cette irrépressible sympathie que nous sommes capables de provoquer chez nos "alter ego", nos "autres nous-mêmes" ?

Ainsi on pourrait dire avec Bernard Feillet (2) que "Noël est autant la fête de l’Homme que la reconnaissance de la venue de Dieu au monde". C'est, sans doute, pour cela que la fête de Noël résiste si bien à la sécularisation de notre société.

Bernard Feillet dit encore que "si nous reconnaissons par la célébration de sa naissance que Jésus est un homme dont le destin fut unique et décisif pour l'approche du mystère de Dieu, nous sommes invités à porter le même regard sur le destin de tout homme (...). Se dire chrétien, en vénérant ce que fut Jésus, dispose, non pas à sous-estimer les autres hommes, mais à en découvrir la grandeur."

Noël résonne alors en chaque homme comme un appel personnel : "Au-delà de toutes tes vicissitudes de l'existence, ce que je suis et ce que je deviens est destiné à la croissance de l'homme et à l'être de Dieu, pour une part singulière que nul ne peut réaliser à ma place. Je suis né unique pour une œuvre unique (...). La foi en soi est fondatrice de toutes les autres fois (...). Si l'homme venait à perdre la foi en lui-même, aucune foi en Dieu ne serait possible."

Mais dans la crèche, avec Jésus il y a aussi Marie et Joseph, le couple humain. Y a-t-il image plus parlante que celle-là pour évoquer l'amour humain ?

La volonté des chrétiens d'affirmer l'origine divine de Jésus, en lui donnant une mère humaine et un père divin comme dans d'autres mythologies, a malheureusement écarté la figure de Joseph, le père bien humain de Jésus. (// Mt. 13, 55 : N'est-ce pas le fils du charpentier ?) Les innombrables œuvres d'art représentant Marie, aussi belles soient-elles, ont souvent faussé l'image de la femme qu'elle a été, faisant d'elle un être mièvre et désincarné.

Joseph, lui, est totalement absent, tout comme le père est de plus en plus absent de nos familles actuelles. La dévaluation de l'amour-don, de la fidélité, de l'engagement réciproque, prive les jeunes des références indispensables pour expérimenter ces valeurs sans lesquelles aucune vie commune n'est possible. Il y aurait tout un travail à faire, via les médias et notre témoignage, afin de restaurer aux yeux des enfants l'image du couple humain et de leur montrer ainsi que l'amour est possible, que cela existe et que cela se vit. C'est ce que nous crie, en silence, le couple de la crèche.

Noël et son expression populaire dans l'étable de Bethléem, nous révèlent, à travers l'image de ce couple humain penché avec respect sur notre humanité, entouré d'hommes et de femmes de toutes origines et de toutes conditions, que l'amour pour l'humanité est la valeur suprême. Jésus le répétera inlassablement jusqu'à en mourir.

Si le bonheur de tous les hommes, et particulièrement celui des plus faibles et des plus démunis, n'est pas au centre de nos préoccupations religieuses, notre foi en Dieu qui est Amour n'est que mensonge. (// Jean, 4, 20 : Si quelqu'un dit : "J'aime Dieu" et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur. ")

Le bien de l'homme, la cause de l'homme devrait être la plate-forme commune où se retrouvent toutes les spiritualités, au-delà de tous les clivages institutionnels. Ce serait cet œcuménisme du quatrième cercle qu'a déjà évoqué souvent A. Verheyen. Nous en sommes encore loin bien sûr c'est pourquoi inlassablement nous fêtons Noël chaque aimée afin de réfléchir ensemble comment construire la grande crèche qui demain verra naître une nouvelle humanité.

Paix aux hommes que Dieu aime.

Paix aux hommes qui aiment l'homme.

Herman Van den Meersschaut - LPC n°94-1999

(1) Paul RENSONNET – NATOYE (retour)
(2) Bernard FEILLET, L'ERRANCE, pp. 133-134 (DDB) (retour)