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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 10:02

 

Le climat de restauration  s’appesantit  dans l’Eglise. Le “ peuple de Dieu ” a beau poser des questions dans les synodes : Rome ne veut pas les entendre et les nonces font savoir aux évêques  qu’ils ne doivent pas les transmettre. Pareille censure fait penser aux pratiques des régimes totalitaires. La suprématie pontificale contrôle la vie des Eglises, elle nomme souvent des évêques à sa botte, elle fait fi de la collégialité épiscopale et de la sensibilité des fidèles.

 

Des milliers de chrétiens  “ s’en vont sur la pointe des pieds ” sans être écoutés pendant qu’on recherche longuement un accord avec les intégristes. Le souci prévalent de continuité avec le passé commande. N’assistons-nous pas à l’enterrement discret du concile Vatican II ?

 

Quatre cents théologiens universitaires en Allemagne, des centaines de prêtres et de diacres en Autriche, ont élevé la voix. En France, si l’on excepte un petit groupe de prêtres à Rouen, et le communiqué – non signé – de l’équipe nationale du groupe “ Jonas ”,  le silence est compact. En conversation privée, beaucoup de personnes, y compris des responsables d’Eglise, disent leur inquiétude, leur déception. Mais les mêmes ne s’expriment jamais publiquement.  Rome peut penser que ses orientations sont acceptées. L’absence de protestation cautionne, négativement, le pouvoir et les décisions de la monarchie romaine.

 

Pourquoi le silence de tant de prêtres qui ont joué leur vie sur le renouveau du Concile ? Ils ont pris de l’âge, leur capacité de résistance s’est usée devant l’inertie et la suffisance de l’appareil, une lassitude croissante pèse sur eux. “ A quoi bon ? ” Un sentiment d’impuissance les paralyse. Ils continuent à vivre proches de leurs concitoyens et de témoigner de l’évangile “ à la base ”, comme l’on dit, sans plus vouloir influer aux échelons supérieurs. Enfin ils vieillissent. On leur fait sentir parfois qu’ils ne portent pas l’avenir.

 

  Dans cette foule silencieuse de laïcs et de prêtres, que font les théologiens, les hommes de la pensée, ceux qui doivent aider les responsables hiérarchiques par leurs études et leur réflexion ? En France, à l’exception de Joseph Moingt et de Jean Rigal, ils se taisent, eux aussi. Alors qu’ils devraient exprimer et analyser le “ sensus fidei ”, ce que dit l’Esprit dans le peuple, ils demeurent muets. Est-ce le souci de préserver leur chaire, de ne pas compromettre  leur accès à des échelons supérieurs ? On est étonné de constater qu’ils ne forment pas une instance collective de réflexion et d’expression publique. Eux aussi, sans doute, si on les interrogeait, se réfugieraient derrière l’“A quoi bon ? ”. Ils attendent que le vent tourne. Ils disent parfois à tel ami qui parle haut : “ Toi, tu peux le dire, moi, je ne peux pas ”.

 

Hélas, on recueille parfois pareille réflexion sur la bouche de laïcs qui ont des rôles dans l’Eglise où ils sont parfois  permanents, employés et salariés. On parle “ mission ”, “ évangélisation ”, “ peuple de Dieu ”, sans trop savoir ce que ces mots incantatoires engagent dans la pratique. On demeure soumis, souvent dans une étonnante  papolâtrie, qui s’est établie jusque dans les esprits. On accepte, comme si elle était de droit divin, la centralisation romaine qui s’est accrue progressivement au cours des siècles. Comme on est loin des commencements, comme on est loin de la démarche libre de Jésus !

 

Concluons sereinement. L’Evangile est un volcan. On ne l’éteindra pas. Il rentrera à nouveau en éruption féconde. A l’intérieur des Eglises et en dehors d’elles.

 

Gérard Bessière.  18 Octobre 2011

               lu dans "Quelques Nouvelles" n°249.11/2011

 

 

 

 

 

 

 

Published by Libre pensée chrétienne - dans Vu dans la presse
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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 11:06

A PROPOS DE LA CRISE DE L'EGLISE

Vendredi 9. Juillet 2010   dans les news de Eglise-Wallonie

L'Avenir - toutes éditions, 08/07/2010

" Les dérapages sont dus à une sexualité déconnectée "

Gabriel Ringlet, vous êtes pro-recteur émérite de l'Université Catholique de Louvain,  mais aussi un prêtre progressiste. La transparence dont parle l'Église à propos de la
pédophilie, est-ce suffisant ?

Non ! L'Église doit réexaminer son discours sur la sexualité. Sinon, ça va
la rattraper et elle s'y perdra plus encore. Aujourd'hui, c'est soit
l'enfer, soit le paradis. L'Église juge qu'il y a trop de relativité,
qu'il faut des règles, et en même temps on ne tient pas des paroles à
hauteur d'homme et il y a un trop plein d'absolu. Or, aucun de ces
discours ne correspond à la réalité. Il faut en changer si on veut
rencontrer le problème de la pédophilie chez les prêtres et si on veut
éviter que les plus faibles ne se perdent, terrorisés qu'ils sont par un
discours démoniaque.

Une sexualité brimée chez les prêtres, c'est ça qui mène aux dérapages ?

J'ai consulté beaucoup de spécialistes. Tous me disent qu'il y a deux
types de pédophiles : les tyrans, violents, qui veulent avoir de
l'emprise sur l'enfant parce qu'ils ont eux-mêmes subi des blessures étant
jeunes, et puis ceux qui sont gentils, plus doux, dont la déviance vient
de l'immaturité sexuelle. La grande majorité des prêtres font partie de
cette catégorie. Ils cherchent leur propre enfance chez l'enfant. Et puis
ça dérape parce qu'ils ont une sexualité déconnectée. Personne dans les
séminaires ne leur permet de travailler là-dessus. Dans les années 70, je
me souviens qu'on ne nous a rien caché, par contre. Sur ce point, l'Église
a beaucoup fait marche arrière.

Concrètement, ça veut dire qu'il serait bon d'autoriser le mariage des
prêtres ?

Ça ne réglerait pas tout. On connaît des gens mariés qui sont pédophiles.
Mais, oui, j'ai toujours été partisan du libre choix du prêtre en la
matière.

Mais dans le débat sur la pédophilie, il y a plus fondamental : il faut
surtout cesser d'avoir ce rapport infantile à l'autorité, que les prêtres
soient adultes et aient un style de vie plus viril. Il faut également que
les prêtres aient un environnement relationnel réel. Ils sont trop isolés.
Enfin, arrêtons d'avoir peur des femmes. L'Église a un déficit terrible
sur ce coup-là. Elle doit faire une place à la femme, y compris jusque
dans son clergé qui doit devenir mixte.

" Ne pas rajouter de l'inhumain à l'inhumain "

Gabriel Ringlet, que faut-il faire avec les prêtres pédophiles ?

Je suis scandalisé quand on veut faire des prêtres pédophiles les derniers
des parias parmi les parias. Même eux ont le droit de s'en sortir. Ils ont
aussi besoin de compassion. Et je ne dis pas cela uniquement pour leur
bien, mais pour le bien de tous. Le pardon est indispensable à la
transformation du coupable. Il ne faut pas rajouter de l'inhumanité à
l'inhumanité. Sinon le monde tombera encore plus bas. Alors, oui,
évidemment que la Justice doit faire son oeuvre. Mais après, il faut
casser le cercle infernal. Bien sûr qu'il faut éviter qu'un prêtre
pédophile soit encore en contact avec des enfants. Mais on ne peut jamais
abandonner quelqu'un à son sort. Et ça, c'est valable pour tout le monde.

Doit-on, comme le dit le pape, renvoyer les prêtres pédophiles à la laïcité ?

Ils doivent êtres jugés. Mais surtout, il faut tout faire pour les aider à
réparer. Les victimes ont surtout besoin qu'ils reconnaissent les faits
publiquement. Ensuite, je trouve normal qu'il y ait une sanction
ecclésiastique en leur interdisant provisoirement de pouvoir administrer
les sacrements. Mais de nouveau sans les abandonner à leur sort.

Les sanctions de l'Église, c'est un peu du cosmétique. Comment la
convaincre qu'il faut attaquer le mal à la racine, changer sa manière
d'aborder le problème ?

Il faut que les catholiques d'ouverture se réveillent. Jusque dans les
plus petites paroisses, il y a des gens d'ouverture formidables. Il faut
qu'ils disent bien haut ce qu'ils pensent tout bas. La seule manière
d'aider l'Église, c'est de l'interpeller. C'est parce que nous aimons
l'Église qu'il faut oser lui parler clairement.

Vous avez l'impression que ce qui lui arrive est mérité ?

Si on parle de l'Église comme celle des baptisés, des écoles, des
mouvements, des paroisses, non. Ce qui se passe est très douloureux pour
l'Église concrète.

Par contre, si on parle du système clérical, oui, c'est mérité. Et il doit
maintenant réfléchir à ce qui lui arrive actuellement.

M. Dum.

 

Published by Libre pensée chrétienne - dans Vu dans la presse
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