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Pour un discours chrétien crédible

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Pour un christianisme sans religion - 6 - de Bruno Mori

 

bateau lpc Pour un christianisme sans religion
6
de Bruno Mori
dans la collection : Sens et Conscience
Aux éditions KHARTALA-2021
Condensé du par Guy Cordier. Fév. 2024
VI- Au-delà de la religion
32 - La nécessité de nouvelles stratégies
Abandonner le pouvoir oppresseur

La religion catholique a pu s'imposer dans le passé par le recours au pouvoir oppresseur qui oblige, impose, surveille et culpabilise. Aucune autorité aujourd'hui, du moins en Occident, n'aurait la moindre chance de réussite avec le recours à un tel pouvoir. C'est le pouvoir séducteur qui s'impose aujourd'hui en Occident pour exercer un pouvoir sur les personnes. Or, l'Église catholique refuse de recourir aujourd'hui au pouvoir séducteur dont elle aurait pourtant besoin, avec un clergé raréfié, des églises désertées, une répugnance des jeunes générations pour tout ce qui s'apparente à l'église. L'époque chrétienne et triomphale du Moyen-âge est révolue.

Récupérer le pouvoir séducteur

Les évangiles nous montrent un Jésus qui séduisait les personnes qu'il rencontrait par son attitude amicale, son regard empathique et accueillant, son discours convaincant.

Il connaissait les problèmes, les besoins, les souffrances des gens qu'il rencontrait et qu'il ne voulait finalement que des choses simples: du pain, de la santé, de la dignité, de l'espoir. C'est en leur offrant cela que Jésus a pu exercer un pouvoir séducteur dans lequel il a inséré trois ingrédients: la bienveillance, l'amour et la miséricorde.

On ne peut être séduit que par un amour qui nous est offert comme un cadeau que nous n'attendons pas: cela nous fait prendre conscience d'une beauté et d'une valeur que nous portions en nous depuis toujours et que nous n'avions jamais soupçonnées auparavant.

L'authentique pouvoir séducteur est celui qui est capable de produire éveil et prise de conscience de notre potentiel humain, de notre grandeur intérieure, de notre fondamentale bonté et des valeurs qui nous accomplissent en tant qu'être humain.

Il y a pouvoir séducteur lorsqu'il suscite en nous le désir de vivre à la hauteur de ce que nous sommes, aux yeux de la personne qui nous aime et à la hauteur de ce que nous sommes dans la profondeur de notre être.

Or, en dépit de l'indifférence croissante vis-à-vis de l'Eglise, celle-ci ne semble pas s'en préoccuper à part la brève parenthèse du Concile Vatican Il. Les écrits de l'encyclique Humanae Vitae (1968), le Catéchisme de l'Église catholique sous Jean-Paul Il, ont contribué à un puissant repoussoir de la foi catholique à l'époque moderne.

Le temps est venu pour l'église de découvrir ce que Jésus offrait de si bon pour que les gens viennent en masse se nourrir de sa parole. Pour cela, il est urgent qu'elle commence à se débarrasser de sa vision négative et pessimiste de la nature de l'homme, de sa structure hiérarchique du pouvoir, de la supériorité masculine.

Les chrétiens, conscients de leurs droits et de leur dignité, n'acceptent plus une religion qui cherche à les rabaisser, à les accuser d'être pécheurs. Ils s'attendent à ce que la religion leur dise que le Dieu de Jésus, comme le père de la parabole de l'enfant prodigue, n'a pas besoin de juger, de pardonner. " Dieu ne pardonne jamais personne" Le concept de pardon attribué à Dieu ainsi que le concept de pêcheur sont une pure invention de la religion. Dieu, qui est Amour, ne sait qu'aimer. Il est impossible qu'un être tout amour puisse se sentir offensé par les faiblesses des créatures qu'il aime.

La contribution du christianisme à la modernité pourrait être la proposition du message de Jésus. L'Église catholique sera-t-elle capable de prendre le virage de la modernité ?

33 - la Voie de Jésus : un humanisme en action

Pour les disciples de Jésus, Dieu se manifeste dans la condition de ceux qui ne sont rien.

C'est dans les petits et les faibles que la force et l'amour de Dieu sont à l'œuvre.

Cela signifie que le projet chrétien- ou le royaume de Dieu- ne se déploie pas dans le monde du sacré mais dans le monde du profane. Il ne concerne pas Dieu mais l'homme. Il n'a rien à faire d'une religion, d'une institution cléricale, des dogmes, des rites, des observances.

Dieu est là où vivent les hommes, le royaume de Dieu est parmi vous, disait Jésus. La bonté et la valeur ou non de notre vie sera déterminée, non par la pratique intensive de notre religiosité mais par notre engagement en faveur des autres, par la qualité de notre humanité.

C'est un amour désintéressé, gratuit, capable de tendresse et de compassion, au service de ceux qui sont plus limités et plus fragiles.

Pour les chrétiens, ce genre d'amour est la forme que Dieu prend dans la réalité de notre monde. Là où ce type d'amour apparaît, là apparaissent les signes d'une divine présence.

34 - Récupérer le caractère profane et laïc de la voie

Les premiers disciples de Jésus ont perçu leur maître comme un homme de Dieu, inspiré par Dieu. Pour les chrétiens du 21e siècle, la figure de Jésus pourrait devenir plus inspirante s'ils réussissaient à saisir le caractère extraordinaire du nouveau type d'humain qu'il a su incarner et proposer. Dans les évangiles, Jésus n'apparaît jamais comme le fondateur d'une religion, il n’a jamais promulgué des rituels, ni ordonné de prêtre, ni encouragé ses disciples à fréquenter les synagogues, à offrir des sacrifices, à observer le jeûne.

Le rapport de Jésus avec Dieu surgit des événements de la vie quotidienne, de la fréquentation des gens simples, des pauvres, des malades, des exclus, des pêcheurs, de la table où il mange. Ce ne sont pas les pratiques mais une façon d'agir déployée au service de l'amour du prochain, de la miséricorde.

Sa relation avec son Dieu Père surgit loin des foules dans le silence. L'image de Jésus, dans les évangiles, est celle d'un homme qui n'appartient à aucune religion. Jésus de Nazareth n'est la propriété d'aucune église. Il fait partie du patrimoine de l'humanité. La forme d'humanité qu'il a su réaliser au cours de son existence reste un motif d'émerveillement, une source d'inspiration, une raison d'espérer qu'il y a peut-être un futur pour notre monde.

Nous avons appris avec lui que notre relation avec le divin n'est possible que dans l'humain, que ce qui caractérise le christianisme, ce n'est pas sa foi en la divinité de l'homme de Nazareth mais sa foi en l'humanité de Dieu que Jésus nous a fait découvrir et connaître.

De sorte qu'être chrétien aujourd'hui ne signifie pas être particulièrement religieux, mais particulièrement humain. Pour les nouveaux chrétiens d'aujourd'hui, leur christianisme n'est pas un projet religieux de divinisation mais un projet séculier d'humanisation. Il est possible aujourd'hui d'être pleinement et véritablement chrétien sans adhérer à aucune religion.

35 - Le christianisme survivra-t-il dans la modernité ?

Nous savons aujourd'hui par les sciences anthropologiques que la contribution des religions au développement des mœurs, de la spiritualité dans les sociétés a été d'une importance capitale Les religions ont donné une cohésion, une âme à chaque société.

Pendant les quelques millénaires au cours desquels la société agraire a existé, religion et société ont marché main dans la main, ont déterminé la qualité de vie des personnes.

Aujourd'hui, ce mariage fusionnel a pris fin. La religion s'est figée au monde agraire du néolithique, la société séculière est allée de l'avant.

Ce qui est surprenant, c'est que les autorités religieuses ne semblent pas alertées par la migration massive de leurs fidèles vers l'univers de la modernité. Elles s'agrippent au statu quo, à la conformité de la tradition. La religion n'aime pas ce qui est nouveau, un intrus dont il faut se méfier, auquel il faut s'opposer.

Entre la Voie inaugurée par Jésus et la religion, il existe une opposition, une incompatibilité « mortelles » alors que le christianisme est né comme un mouvement spirituel de réaction et de contestation de la religion. Rien de vraiment novateur ne pourra sortir de l'institution ecclésiale aussi longtemps qu'elle gardera sa structure de religion à configuration impériale.

Le christianisme pourra apporter au monde moderne à condition d'avoir le courage de son identité et l'audace de son authenticité. Il ne s'agit plus de croire au Christ mais seulement de croire comme Jésus, comme l'homme de Nazareth, à conformer notre existence sur la qualité de son humanité.

36 - Quelles perspectives d'avenir pour la religion chrétienne ?

Aujourd'hui, les hommes du 21e siècle sont incapables d'accepter la présentation traditionnelle du Dieu proposé par la religion. Pour eux, c'est l'univers (la réalité) le lieu d'une révélation de Dieu, si Dieu il y a. Dieu est perçu aujourd'hui comme le mystère et source ultime de la réalité, comme la dimension la plus profonde du cosmos, comme le cœur qui le fait battre.

Aujourd'hui, la personne religieuse ne trouve plus Dieu dans les églises et leurs rites mais dans la nature et le cosmos. Il nous faudra un jour l'audace de sortir des églises si l'on veut célébrer de véritables actions de grâce et de communion et inventer des lieux qui nous aident à parcourir le chemin qui mène à l'intérieur de nous-mêmes.

Nos Eucharisties devraient devenir des célébrations de communion profonde avec l'ensemble de la création, des occasions de prendre conscience de notre commune origine, de notre lien essentiel avec la terre, de notre devoir de la respecter. Elles devraient susciter en nous le souci des autres, surtout s'ils sont en situation de pauvreté de détresse d'injustice. Les humains auront toujours besoin de se réunir, de partager, de célébrer pour nourrir leur spiritualité mais ils le feront désormais sans les structures religieuses d'autrefois.

Conclusion

Les anthropologues disent que nous vivons actuellement une situation comparable à celle vécue par l'humanité il y a environ 10000 ans lors du passage du Paléolithique au Néolithique, l'un des passages les plus complexes que l'espèce humaine ait eu à affronter. Dans cette situation nouvelle, les religions anciennes incapables de se recycler, devront faire face à leur déclin.

En Occident, un nombre croissant de croyants se rendent compte de l'urgence de repenser leur foi. Ils perçoivent le contraste entre leur rationalité, leurs connaissances et les contenus mythiques qui alimentent les doctrines et les croyances.

Comment passer d'une société historiquement agraire et structurée par la religion à une société sans religion qui a déjà commencé à exister ?

Actuellement, nous ne savons pas encore quelles seront les formes, les expressions de cette nouvelle spiritualité libérée de la religion. Il faudra les inventer.

Nous sommes passés d'une situation où la religion détenait le monopole du sens à un monde où l'individualisme, les sciences, les connaissances ont remplacé la religion dans l'orientation de l'agir humain.

Dans nos sociétés occidentales, des millions de personnes ont déjà quitté la religion soit ouvertement soit sur la pointe des pieds.

Pour un grand nombre de croyants, ce passage d'un monde à un autre constitue une expérience personnelle souvent angoissante car comment remplacer les anciennes croyances ?

Mais cette crise ne remet pas en question le christianisme en tant que Voie mais plutôt l'altération de cette voie, le déguisement religieux dans lequel cette voie a été cachée.

Jésus a été éliminé par la religion. On peut penser qu'il existe une incompatibilité congénitale entre cette Voie et la religion qui éclate au grand jour aujourd'hui.

Les cercles de la réflexion chrétienne sont unanimes aujourd'hui à penser que si l'Institution Chrétienne officielle persiste à fonctionner comme une structure hiérarchique de pouvoir avec l'imposition autoritaire de vérités définitives, elle n'aura pas une longue espérance de vie. Pour survivre, le christianisme devra renoncer à son statut de religion, se débarrasser de la plupart de ses croyances mythiques, de ses certitudes dogmatiques. Il devra, pour survivre, retrouver la source originelle et se mettre à la suite de l'homme de Nazareth.

Les chrétiens avertis ne devraient pas trop se préoccuper de la crise qui affecte la religion en Occident. Ils devraient s'en réjouir comme étant un phénomène providentiel pouvant libérer le christianisme, lui permettre de retrouver la liberté qu'il avait à l'origine.

La voie sur laquelle nous devons marcher pour aller à la rencontre de Dieu et de notre accomplissement humain est constituée par l'Évangile, la manière de vivre que Jésus nous a laissée.

La Voie de Jésus est un humanisme en action qui nous amène non pas à croire en Jésus mais à croire comme Jésus. Deux choses nous frappent dans sa personne: la qualité de son humanité et la profondeur de sa spiritualité, ce qui a poussé ceux qui l'ont côtoyé à voir en cet homme un maître et un modèle d'humanité. Avec Jésus, nous devenons capables de percevoir l'invisible au cœur de toute la Réalité, nous pouvons être humains sans être des spirituels. Tout, autour de lui, parle d'une Présence, d'une Beauté, d'une Force bienveillante qui est à l'œuvre pour élever, transformer, guérir, créer un nouveau monde. Tout semble être le résultat d'un amour caché afin de nous éveiller à une autre réalité.

Être chrétien n'est pas du tout une question de vérités à connaître, de dogme à croire, de rites à accomplir. C'est une attitude intérieure, c'est vibrer en consonance avec l'esprit de l'homme de Nazareth. C'est voir le monde avec ses yeux, c'est croire comme lui, que la seule force qui peut changer le monde et le cours de l'histoire humaine est celle de l'amour gratuit et inconditionnel. Son existence est pour un chrétien, la preuve tangible que quelque chose du Mystère ultime vit et se manifeste d'une façon unique en l'homme. Ce genre d'amour que cet homme a été capable de vivre, pour lequel il a été disposé à mourir, manifeste le divin, fait naître le bonheur.

Si aujourd'hui !'Occident chrétien a pris ses distances avec l'horizon qui l'a engendré, pour un grand nombre d'Occidentaux, Jésus de Nazareth reste un homme unique, sublime par le don de soi, par l'amour.

Être chrétien, c'est faire découvrir aux hommes la source originelle de l'amour qui, depuis toujours, les habite afin qu'ils deviennent, à leur tour, des messagers de la bonne nouvelle.

C'est en cela que réside la valeur exemplaire et universelle du maitre de Nazareth et de toute personne qui marche sur sa Voie.

Le christianisme n'est pas une religion mais un mouvement spirituel qui cherche à conduire les individus sur le chemin de leur véritable humanisation en les rendant non pas plus religieux mais plus humains.

Dernières confidences au lecteur.

Le but de ce livre n'est pas tant de démolir la religion chrétienne- impériale¬ que de montrer comment cette religion a occulte la véritable nature du mouvement spirituel (la Voie) issu de Jésus de Nazareth.

Mon intention a été de libérer Jésus du monopole et de l'emprise de la religion, de dénoncer les pratiques de l'institution en opposition avec l'esprit et l'enseignement de Jésus d'où une première partie du livre " destructrice et négative" de ma réflexion et une deuxième partie plus constructive et positive. L'abandon de la religion est la condition nécessaire et indispensable pour avoir accès au véritable esprit de Jésus. J'ai voulu que mon livre soit capable d'aider tous ces chrétiens qui, en Occident, ont quitté leur religion, à se réconcilier avec le christianisme.

J'ai la ferme conviction que Jésus de Nazareth n'a besoin d'aucune religion, d'aucune structure de pouvoir pour s'imposer, aujourd'hui encore, a !'attention et a !'affection de tous ceux et celles qui le rencontrent sur leur route.

Condensé du livre de Bruno Mori effectue par Guy Cordier -février 2024

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