Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 14:13
Alain Dupuis Pour libérer l'évangile.
à propos de l'ouvrage de Paul TIHON (1) (Ed. Cerf, 2009)…
Alain Dupuis
LPC n° 11 / 2010

L'ouvrage a le mérite de nous livrer, en peu de pages (120), en une réflexion personnelle abondamment nourrie de la lecture des meilleurs auteurs, un bilan convaincant de la situation de la religion chrétienne affrontée à la modernité et la mondialisation, puis une quête parfois audacieuse, souvent plus prudente, mais généreuse, de pistes d'avenir. On ne peut que gagner à le lire, même s'il peut laisser perplexes certains d'entre nous…

Trois remarques préliminaires.

- Le choix de ce titre, ne réclamait-il pas de l'auteur qu'il précise plus clairement d'emblée ce qu'il entend par cet Évangile qu'il conviendrait de libérer.

Au fil de la lecture, on ne sait jamais très bien s'il s'agit, comme il le dit en page 9, (d')une force vive, une lumière. Une force humanisante (…) une dynamique apportée par Jésus… capable aujourd'hui encore de faire tomber les barrières de l'égoïsme et de la violence entre les humains. Ou bien si l'Evangile est aussi ce corpus doctrinal annonçant une "rédemption" de l'humanité passant obligatoirement par ce Jésus, devenu unique sauveur universel ?

- On peut également regretter que, comme encore trop de ses pairs, dont la vie se confond avec cette institution, l'auteur semble souvent tenté de confondre christianisme et catholicisme romain, Église et Eglise romaine. L'orthodoxie peut sans doute rejoindre le catholicisme sur bien des questionnements abordés ici. Mais quid de la très vivace et multiforme tradition chrétienne réformée et de sa version évangélique, très enracinée parmi les petits et les laissés pour compte ?

- A la lecture des quelques rares évocations qu'il en fait, on ne peut s'empêcher de soupçonner, chez l'auteur, une approche généreuse, mais un peu vague, des autres religions et spiritualités mondiales et, en conséquence, une certaine sur-valorisation de la sienne.

UN BILAN et UN DIAGNOSTIC (ch. 1 et 2) (2)

Feu la chrétienté occidentale et ses illusions universalistes…

Dans un premier temps, s'appuyant, comme tout le long de son ouvrage, sur le témoignage lucide de nombreux sociologues, historiens, théologiens et pasteurs, Paul Tihon rappelle l'incontestable érosion de l'influence chrétienne (ou plutôt catholique !) en cet Occident marqué par la sécularisation.

Et ailleurs dans le monde ? Les pays où le christianisme s'est implanté, généralement par le biais des colonisations occidentales successives (Amérique latine et Afrique), montrent que cette évangélisation est bien souvent restée un "vernis superficiel" (Paul VI) (p.19). Quant à l'Asie, elle est majoritairement restée imperméable à toute forme de christianisation. (Peut-être aurait-on dû, ici, préciser que cette résistance asiatique est essentiellement due à la vigueur de traditions philosophiques, anthropologiques et spirituelles très éloignées de la nôtre ?)

Enfin, la stabilité apparente du nombre de catholiques recensés dans le monde doit plus à la démographie galopante de certaines populations qu'à une adhésion réelle.

Le long aveuglement de l'Eglise…

Il aura fallu deux siècles pour prendre conscience de ce que la culture occidentale se libérait peu à peu de la tutelle de la religion (…) et affirmait l'autonomie de la raison. Et pour reconnaître que la Bonne nouvelle destinée aux pauvres aboutissait (…) à renforcer un ordre social inégalitaire, à tranquilliser la conscience des riches, et à inculquer aux pauvres une forme de fatalisme. On s'apercevait que le message destiné à "toutes les nations" se trouvait identifié à une religion culturellement marquée, géographiquement limitée, elle-même dépassée par l'évolution rapide de (…) la modernité (ou postmodernité). Et finalement, on constatait que les aménagements institutionnels visant à l'adapter à son temps n'amélioraient que très peu son audience, et que les grandes religions de la planète lui restaient pratiquement imperméables (p.28).

Une eau vive ensablée ?

Pour l'auteur, le christianisme est devenu inaudible et illisible et donc, avec lui, le message dont il se prétend dépositaire et porteur : l'Evangile.

La nécessité pour lui de "libérer l'Evangile" vient de ce que, si l'Evangile garde toujours, à ses yeux, sa puissance propre d'interpellation et de transformation, il n'est plus accessible aux hommes. Il convient de désobstruer la source par laquelle le monde est censé être abreuvé, et donc, dans un premier temps, de mettre le doigt sur les obstacles au passage de l'eau vive évangélique.

L'Évangile "captif" d'une culture et d'une époque…

L'accueil du message évangélique se trouve aujourd'hui entravé par son identification avec une espèce particulière de religion : le christianisme, religion des occidentaux. (p.32)

De plus cette religion des occidentaux se trouve en décalage par rapport à la modernité : elle reste imprégnée par les formes qu'elle a prises durant les quinze premiers siècles de son existence, et montre aujourd'hui une énorme difficulté à rejoindre les attentes de son temps. (pp.32-33)

Le christianisme se découvre non plus comme "La" religion à vocation universaliste qu'il s'imaginait être, dans sa vision eurocentrique du monde, mais comme "une" religion parmi d'autres, affrontée à un pluralisme parfois revendicatif et à une sécularisation galopante. Finalement, comme religion, le christianisme n'apparaît-il pas comme la mythologie tribale de l'Occident auquel il est identifié (p.36), et ainsi, non seulement étranger aux autres cultures, mais aussi à l'Occident d'aujourd'hui, "comme une monnaie qui n'a plus cours que dans le milieu limité des ses adeptes" (J.Robinson) ?

DE BONNES QUESTIONS. (ch. 3 et 4)

Citant beaucoup Ghislain Lafont (Imaginer l'Église catholique), l'auteur aborde le problème de l'aptitude à la réforme d'une religion qui a hérité, dès le 4ème siècle (en particulier dans sa forme romaine), d'une vision descendante et hiérarchique de la société : une sorte d'inculturation réussie, à l'époque, du moins tant que la structure sociale était de type impérial (romain, byzantin puis carolingien) très hiérarchisé (et sacralisé). Ça aura fonctionné vaille que vaille au cours des quelque 1 500 ans de chrétienté (mais à quel prix pour l'Evangile ?).

Malheureusement, face aux menaces de la modernité naissante, depuis cinq siècles les formes anciennes d'expression de la foi ont été comme sacralisées au point (d'être encore de nos jours) considérées comme la seule manière juste de penser et de vivre le message évangélique. (p.49). De sorte que, dans le monde actuel, les porteurs de l'Évangile sont, ou bien des chrétiens occidentaux, ou bien des chrétiens "à l'occidentale", réduits (quelle que soit leur culture propre) à penser dans des catégories et à adopter des comportements… étrangers à leur propre culture. (p.52)

Comment libérer l'Evangile de cette gangue religieuse "ethnique" et obsolète ?

Y a-t-il un lien obligé entre Évangile et cette religion particulière ?

Pour Paul Tihon, aujourd'hui, une considération s'impose(…) : le fait que Jésus n'a jamais voulu fonder une nouvelle religion. Que son "mouvement" le soit devenu, c'était sans doute inévitable. Une fois quittée l'enceinte juive de son origine(…) il lui fallait bien se définir face aux "païens". Il l'a fait en prenant sur lui les caractères d'une religion particulière. Mais cette transformation inévitable (…) s'est payée d'un prix élevé" (p.54)

Bientôt, le présupposé commun (sera) que Jésus est venu fonder une religion nouvelle, la vraie, et que l'accès à la Bonne nouvelle entraîne qu'on change de religion. Or cela n'est pas évident. Au départ, les disciples juifs de Jésus n'imaginaient pas un instant qu'ils avaient à changer de religion. (p.56)

L'auteur n'esquive pas, en nous faisant parcourir l'œuvre d'auteurs comme René Marlé, Claude Geffré et Daniel Dubuisson, le débat sur la nécessité, ou non, pour l'Evangile, d'être véhiculé à travers les formes traditionnelles d'une religion.

S'il accepte avec Geffré le principe (discutable) : "pas de religion sans foi, pas de foi sans religion" (on peut en effet déplorer ici que ne soit pas précisé ce qu'on entend par "foi" : un système de croyances ou une voie spirituelle ?), il estime pertinent de poser la question de l'Évangile dans la culture moderne (sans qu'il soit obligatoire) de l'identifier d'emblée à une religion particulière : …comment faire en sorte que la force libératrice et humanisante de l'Évangile puisse (re)devenir aujourd'hui (…) une "bonne nouvelle" ? Est-il pensable que les options qui ont guidé l'enseignement et la pratique de Jésus, dans le contexte si profondément transformé du monde actuel, (puissent encore l') influencer de façon sensible (…) ? Et, pour que cela soit possible, est-il nécessaire que les gens adhèrent à la religion chrétienne sous la forme qu'elle a prise en Occident ? …Peut-on être un musulman chrétien, un bouddhiste chrétien, comme on peut être un juif chrétien ? Et, tant que nous y sommes, peut-on être un agnostique chrétien ? (pp. 61-62)

Ici, l'auteur ne devrait-il pas plutôt parler de vivre d'une spiritualité toute évangélique, sans épouser les croyances et les rituels de la religion chrétienne ? N'expédie-t-il pas de manière un peu rapide tout le problème de savoir si l'Evangile peut s'inculturer dans n'importe quelle autre culture que judéo- gréco-romaine ? L'Evangile selon Jésus se confond-il avec notre humanisme occidental ?

Une religion réformable ?

L'auteur cite Daniel Sibony : "notre époque est marquée non pas par un retour du religieux, mais par un retour aux questions de l'être et de l'origine, que les religions, à leur façon, avaient un peu confisquées. D'où une saine remise en cause des religions elles-mêmes, qui peut leur faire du bien".

Et il acquiesce : selon lui, au sein de cette remise en cause, les chrétiens ne peuvent que se sentir à l'aise. (p.68)…Pourquoi ?

En une dizaine de pages (68-77), il rappelle d'abord que Jésus ne fut pas le fondateur d'une religion nouvelle, mais un innovateur dans la tradition de ses pères.

Puis, en revenant à quelques récits des Actes, il montre comment, dès l'origine, pour répondre à des situations nouvelles, voire inédites, les premiers disciples ne cessèrent d'innover…

Enfin, il met en évidence que, dans son histoire, l'Eglise n'a jamais cessé d'innover par rapport à ses origines palestiniennes…(toujours pour le meilleur ou souvent pour le pire ?)

Selon l'auteur donc, "remise en cause" et "innovation" seraient consubstantielles à la vie de l'Église…mais dans des limites bien connues qu'il rappelle longuement. Alors, finalement, pour surmonter ces limites, l'innovation ne passe-telle pas nécessairement par des transgressions légitimes ?

La transgression, moteur incontournable d'un renouveau ?

Lorsque les changements de la société ou de la culture imposent des ajustements (mais l'auteur croit-il qu'on en soit encore au stade de simples "ajustements" ?) pour que l'Église puisse continuer (…) sa mission, les innovations requises proviennent rarement des autorités en place au plus haut niveau. Le plus souvent, en un premier temps, c'est le "sens de la foi" des communautés sur le terrain qui, avec l'aide des divers "porteurs de charismes", (…) essaient des solutions nouvelles. (p.77) Ce concept de "transgression légitime" paraîtrait fort intéressant…si l'auteur ne semblait guère avoir en tête ici que des transgressions d'ordre liturgique ou de fonctionnement, sans les étendre, à ce stade de sa réflexion, aux interrogations doctrinales de fond…N'est-on pas soudain très loin du bouddhiste chrétien ou du musulman chrétien évoqués plus haut ?

Pour notre auteur, la sauvegarde de la communion reste, parmi d'autres évoquées, la limite impérative de la légitimité d'une transgression …Mais n'oublie-t-il pas de dire qui, dans l'Eglise, doit veiller à rester en communion avec qui ? Et qui, habituellement, ex-communie les autres ? L'effort de communion doit-il toujours être à sens unique ?

INNOVER ? Soit ! MAIS POUR DIRE QUOI ?

C'est là, seulement au 5ème chapitre sur 6, que l'auteur annonce s'attaquer - enfin, serait-on tenté de dire - à la singularité du christianisme, et aux moyens de la "dire".

La divinité de Jésus, nœud du problème ?

Si Jésus n'est pas venu pour "fonder une nouvelle religion", comment penser pour aujourd'hui l'événement Jésus, de telle sorte qu'il retrouve une transparence et redevienne ( ???) même publiquement et culturellement accessible "à toutes les nations ?" (….) Au cœur de notre préoccupation, ce qui est en cause, c'est l'affirmation du caractère divin de Jésus, tel qu'il s'est trouvé formulé dans les grands conciles des premiers siècles. (p.82)

A l'évocation du Symbole des Apôtres et du Credo dit de Nicée-Constantinople, on est un peu surpris de lire les expressions suivantes : Face à l'actuelle incompréhension généralisée du message évangélique formulé dans ces termes (…) la nécessité s'impose de trouver (…) les mots qui diront de façon sensée pour des esprits contemporains, la singularité chrétienne, et celle-ci est évidemment liée à la personne de Jésus. (p.83)

L'auteur donne le sentiment que, pour lui, ces credos sont une formulation du message évangélique ! Et que ledit message concernerait la personne de Jésus.

L'auteur n'est-il pas ici victime, à son insu, de cette perspective faussée de la religion chrétienne où le culte de Jésus s'est substitué à une Bonne nouvelle où l'amour de Dieu et l'amour du frère se révèlent une seule et même voie, qui ouvre sur la Vie sans limite ?

Et l'on a envie de demander à l'auteur :

- L'"événement Jésus" impliquait-il vraiment le caractère divin de Jésus, et en pose-t-il encore obligatoirement la question ?

- La singularité chrétienne est-elle plus dans la personne de Jésus que dans ce qu'elle nous dévoile du Divin dans l'Homme ?

Jésus : une identité sujette à caution…

C'est cependant avec courage que Paul Tihon aborde la question des dérives christologiques anciennes. Il relève la manière dont les théologiens grecs des premiers siècles lisaient les Écritures en s'appuyant sur une rationalité qui, non seulement n'est plus la nôtre, mais était en porte-à-faux par rapport à la mentalité des textes (bibliques) qu'ils commentaient.

Ensuite il affirme qu'aujourd'hui, il faut oser le dire, nous connaissons mieux qu'eux le contexte historique, politique et culturel des milieux où ont été élaborés les témoignages évangéliques. (…) En conséquence, nous pouvons affirmer(…) que leur façon d'appliquer à Jésus certains concepts de la philosophie courante de leur temps était – disons – peu adéquate. (p.85)

Ainsi par exemple, de la notion grecque de Fils de Dieu, voire Fils Unique de Dieu qui relèvent d'un univers mental aussi étranger au monde biblique qu'il peut l'être au nôtre.

En conséquence, Tihon revendique la liberté de recherche d'un nouveau langage concernant Jésus. Il illustre cette démarche d'abord par des exemples de recherche communautaire de nouvelles formulations de la foi, puis, surtout, par un long survol, toujours intéressant, d'auteurs comme G.Bessière (L'enfant hérétique), Y.Burdelot (Devenir humain), A. Gesché (Dieu pour penser, t.VI) et l'incontournable J. Moingt (L'homme qui vient de Dieu). Survol impossible à résumer ici, mais où l'auteur nous rend accessible en quelques pages de nouvelles pistes de formulation de l' "événement Jésus", qui vont de la plus subjective à la plus construite théologiquement.

Une religion autour de ce Jésus ?

Au terme de ce long et dense chapitre, Paul Tihon affirme :

Pour les disciples de Jésus, la réponse au défi de l'histoire, le chemin qui peut libérer des forces de violence et de mort qui la traversent, cette réponse est donnée dans la destinée de cet homme-là, dans ce qui nous est dit de son message, de ses actes, de sa mort, et dans l'affirmation qu'il est vivant. (p. 101)

…Si le message évangélique est né dans une religion particulière (le judaïsme du 1er siècle), à l'origine, il ne se présente pas comme une religion nouvelle. Dès le début, il se montre capable de franchir les frontières de sa religion de départ, et donc, son destin ne reste pas lié à une forme religieuse déterminée (…) Même si un noyau de gestes rituels subsiste, qui le différencie des autres religions, ce noyau se réduit à très peu de chose : …le baptême et la "fraction du pain". En revanche, sa nouveauté a quelque chose de si radical qu'elle se montre capable de transformer de l'intérieur ce qu'on appelle religion, (…) ce par quoi les sociétés humaines donnent sens et consistance ultime à leur vivre–ensemble.

C'est, selon Tihon, cette nouveauté qu'il est impératif de dire dans des termes culturellement compréhensibles, mais aussi, de lui donner des traductions pratiques qui la montrent humainement désirable. (p.102)

Ici l'auteur résume, en six courtes leçons, que chacun jugera plus ou moins convaincantes, ce qu'il croit devoir guider désormais toute nouvelle recherche d'une formulation culturellement compréhensible de l' "événement Jésus". (pp.102 à104)

Ne peut-on pas cependant douter sérieusement que les esprits occidentaux, désormais totalement coupés de tout arrière-fond culturel biblique et de tout un langage spirituel, se retrouvent bien à l'aise dans ce qui nous est récapitulé ici…Quant à rejoindre, avec ce jargon, d'autres cultures, partiellement ou totalement étrangères à nos catégories culturelles, philosophiques et morales…on peut douter.

UNE "TRADUCTION PRATIQUE" humainement désirable ? (Ch. 6 et conclusion)

Paul Tihon consacre son 6ème et dernier chapitre à exposer tous les fonctionnements nouveaux qu'on pourrait imaginer pour que les disciples de Jésus puissent, "en Eglise", (il fait entre autre référence à la Paroisse libre de Bruxelles) vivre et témoigner de cet "autre monde possible" dont l'Évangile serait porteur. Il en vient finalement, non sans malice, à affirmer que, pour traduire en pratique une foi commune en Jésus, une vie fraternelle, un engagement à chercher à faire ensemble un monde plus juste et fraternel (…) dans le contexte actuel (…) les conditions (pourraient être exprimées) par les mots clés – typiquement chrétiens ! - qui ont servi de slogan à la Révolution française, à condition de les prendre ensemble et de les mettre en pratique. Il évoque ainsi des communautés de libre appartenance et de libre recherche (…), égalitaires (…) et fraternelles (p121)

(Ne court-on pas ici le risque d'une nouvelle assimilation de l'Évangile à une "mythologie de l'Occident" ?)

Dans sa conclusion, il admet que tous ces souhaits, toutes ces pistes peuvent sembler relever de l'utopie (dont il signalait d'ailleurs que la "communauté idéale" des Actes des Apôtres relevait également)… mais l'utopie est utile, pas seulement pour nourrir l'espérance, mais pour orienter l'action.

Et il admet également que son ouvrage s'adresse bien, en fait, à ceux qui croient fermement qu'on peut encore être catholique aujourd'hui, et même plus que jamais.

Selon lui, c'est le cas d'une foule d'hommes et de femmes qui ne sont ni ignorants, ni naïfs, ni dépourvus de sens critique, et qui se trouvent à l'aise dans leur Église….

Ce qui leur importe, c'est (dans ce cadre) de" libérer l'Evangile". (p.125)

D'où, peut-être, un certain malaise pour le lecteur "en marge" de cette Église…

Alain Dupuis

(1) Paul Tihon est un Jésuite belge, né à Bruxelles en 1930. Docteur en théologie de l'Université Grégorienne de Rome, il enseigna, de 1963 à 1968 au Théologat jésuite de Louvain, puis à l'Institut Lumen Vitae, centre international de catéchèse. Ceux qui l'ont connu au long de son parcours évoquent un homme ouvert, lucide et critique, mais prudent et discret, ayant su préserver, dans des publications rares, sa liberté d'esprit, sans rupture avec l'institution… (retour)
(2) Les titres et sous-titres sont de l'auteur de l'article, ainsi que tous les caractères gras. Tous les propos figurant en "italiques" sont de Paul Tihon. (retour)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Recensions