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Dimanche 1 novembre 2009

" Je ne peux rien attendre directement de Dieu pour justifier ou non l'origine d'une religion, puisque ces dernières parlent en son nom et à sa place, et qu'elles se sont ainsi attribué les pleins pouvoirs."

                                                                                  Bernard Feillet " Eveiller le désir du divin"

Par Libre pensée chrétienne - Publié dans : la pensée du mois
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Vendredi 30 octobre 2009

Essai de lecture symbolique

                                                                                                                                                                                                                   

 

"Sa maison devient son tombeau…", une expression que les journalistes utilisent parfois dans les faits divers : victime d’un détournement, d'une prise d'otage dans sa propre maison…, sa maison devient son tombeau.

Eh bien, c'est  un peu ce qui arrive à Jésus dans cet étrange récit du chapitre 2 de l'évangile de Marc.

Ce texte est, au départ, un simple récit de guérison qui, plus tard, a été retravaillé, écartelé, pour y insérer une controverse avec les docteurs de la Loi sur la remise des péchés (1).  Je laisserai celle-ci de côté pour m'intéresser uniquement à la guérison. Ce récit de miracle se supporte en effet fort bien à lui tout seul, c'est donc sur lui que portera ma recherche.

Je voudrais m'attarder particulièrement à ce qui se passe dans cette maison dont on casse délibérément le toit. N'ayant jamais trouvé d'explication satisfaisante sur ce curieux passage, je vous livre ici une interprétation personnelle très librement inspirée d'un commentaire de Jean Debruynne (2).

Comme toujours chez Marc, le décor, les personnages, les mouvements sont importants et jouent tous un rôle symbolique dans le récit. Il s'agit donc de prendre ces récits très concis au sérieux et de n'en oublier aucun élément.

 

Mais entrons dans le texte.

V. 1 et 2 : Quelques jours plus tard, Jésus revint à Capernaüm et l'on apprit qu'il était à la maison. Une si grande foule s'assembla qu'il ne restait plus de place, pas même dehors devant la porte. Jésus leur disait la Parole.

Jésus se retrouve donc chez lui dans sa ville qui, rappelons-le, veut dire "maison de la compassion" en hébreux. Dans l'évangile de Marc, la "maison" joue un rôle considérable. La maison est le lieu symbolique où Jésus fait des révélations particulières à ses disciples.

Mais imaginons la scène.

La petite maison de terre battue est littéralement envahie par une foule compacte. Quel succès ! Jésus leur parle sans doute du Royaume de Dieu. On n'entend que lui, tout le monde écoute religieusement. Tout est bien.

Et puis soudain :

V. 3 et 4 : Quelques hommes arrivèrent, lui amenant un paralysé porté par quatre d'entre eux. Mais ils ne pouvaient pas le présenter à Jésus, à cause de la foule.

Personne ne bouge, pas un mot, pas un cri, c'est l'indifférence la plus totale.

Devant ces hommes, la foule dont on ne voit que des dos, forme un véritable mur empêchant tout contact personnel avec Jésus. Ce n'est plus une maison, c'est un tombeau !

Jésus en est prisonnier, pris en otage. Il est coincé, paralysé, englouti, étouffé, enterré… Il est coupé de la réalité et ne semble pas en être conscient. Qui donc va l'en sortir ?

Mais intéressons-nous à ces quelques hommes qui forment en fait un groupe, une petite communauté dont quatre personnes portent un paralysé.

Le paralysé est celui qui n'est plus maître de ses muscles et de ses mouvements, il est comme un petit enfant : il est dépendant. Il dépend complètement des autres pour vivre.

Si nous considérons ce handicap d'un point de vue symbolique, nous constatons qu'il empêche toute action, tout engagement, toute idée de partage et d'entraide. Ce n'est donc pas seulement l'action elle-même qui est paralysée, mais surtout l'esprit, la pensée qui la commande, qui s'endort et se fige.  D'une certaine façon, nous sommes tous un peu comme ce paralysé, parce que chacun de nous est dépendant, tous nous sommes liés les uns aux autres, nous avons besoin les uns des autres.

La solidarité est donc vitale. Lorsque les membres d'une communauté se paralysent, se replient sur eux-mêmes, coincés entre quatre murs, la solidarité se meurt. N'est-ce pas le cas de cette foule ?

Mais qu'est-ce qui nous paralyse ainsi ?

Qu'est ce qui nous empêche de penser et d'agir librement ?

Sans doute d'abord l'angoisse et la peur, sources principales du mal en nous ; l'angoisse devant les défis de la vie, la peur de l'autre et de l'inconnu, la peur de la liberté… D'où nos sentiments d'impuissance, d'incompétence qui nous culpabilisent ou nous conduisent à l'indifférence par l'engourdissement de notre pensée.

Notre paralysé est, comme l'aveugle de Jéricho, une représentation symbolique de tout le tragique de l'existence que chacun de nous expérimente tôt ou tard dans sa propre vie.

 

Mais revenons à présent à notre récit.

Les hommes qui arrivent là, eux, ne sont ni aveugles, ni paralysés, puisqu'ils sont ici "les autres" pour lui. Ils le portent à la force de leurs bras, mais aussi à la force de leur amitié. Ils portent tous ensemble la souffrance de leur frère. Ils compatissent : ils souffrent avec (= Capernaüm). Ils croient que la rencontre personnelle avec Jésus peut changer la vie de leur frère et, voyant qu'ils ne pourront traverser la foule qui les ignore, ils n'hésiteront pas à contourner celle-ci et à casser cette maison qui enferme et paralyse Jésus l'empêchant de voir, d'entendre et de soulager la souffrance des hommes.

 

V. 4 : Ils ouvrirent alors le toit, au-dessus de l'endroit où était Jésus ; par le trou qu'ils avaient fait, ils descendirent le paralysé étendu sur sa natte.

Observons à nouveau cette scène étonnante.

Ces quatre hommes portant le paralysé montent le petit escalier extérieur de la maison et personne ne les remarque !! Personne ne propose de s'écarter un peu afin de les laisser passer !! Ensuite, ces hommes se mettent à démolir le toit de branchage et de terre en creusant, aux yeux de tous, un trou au-dessus de l'endroit où se trouvait Jésus !! Tout se remue-ménage ne provoque toujours aucune réaction. Etonnant tout de même ?! Nous sommes en présence, ici, d'une foule totalement aveugle, sourde, muette et paralysée.

Mettons-nous maintenant à la place de Jésus. Celui-ci, tout concentré sur son discours, voit soudain le toit se fissurer, se déchirer et… le ciel s'ouvrir. Descend alors sur lui, non pas une colombe, mais "un infirme couché sur une civière" soutenu à bout de bras par quatre hommes. Vivante image de la compassion et de la solidarité humaine. C'est un paralytique qui vient délivrer Jésus !! Un mort vivant pour ressusciter un vivant mort !! ( 2 )

Mais de quoi vient-il le libérer ?

Dans ce récit, Jésus, que cette foule enferme dans un rôle exclusif d'orateur et d'enseignant, semble s'y complaire. On peut le comprendre, l'assemblée est tellement attentive qu'elle ne voit que lui. Il en est le centre. L'irruption de ce paralysé, littéralement tombé du ciel, va le décentrer et lui rappeler brusquement pour qui il annonce le Royaume : c'est pour les malades et non pas pour les bien portants qu'il est là. C'est l'homme souffrant qui doit être au centre, pas lui.

Comme à son baptême, le ciel s'ouvre mais, ici, ce sont des hommes qui le libèrent de la paralysie que la foule lui a imposée.

 

V. 5, 11 et 12 : Quand Jésus vit la foi de ces hommes, il dit au paralysé… Tes péchés te sont remis… Je te le dis, lève-toi, prends ta natte et rentre chez toi ! Aussitôt, tandis que tout le monde le regardait, l'homme se leva, prit sa natte et partit… Tous furent frappés d'étonnement ; ils louaient Dieu : nous n'avons jamais rien vu de pareil !

La réaction de Jésus est immédiate. Il a devant lui l'illustration parfaite de son discours. Le Royaume, c'est ça : cette petite communauté portant à bout de bras la vie de leur compagnon montrant d'une façon éclatante ce que l'Esprit peut susciter en l'homme lorsqu'il écoute cette Présence au fond de lui-même, cette Voix qui l'amène à partager avec les autres, au-delà de ce qu'il croyait… impossible !

Jésus ne fera que constater et confirmer cette Présence dans ce que ces hommes vivent déjà entre eux. Le paralysé est porté par la foi des autres, c'est à cause de leur démarche qu'il va pouvoir se relever. "Tu as confiance en tes frères, ils t'ont libéré de ta culpabilité et de celle de tes pères. N'aie pas peur de ne pas être à la hauteur. Lève-toi maintenant, débarrasse-toi de ce qui encombre encore

ta vie… rentre en toi, reprends ta vie en main et ose être toi-même, malgré le jugement des autres !" Et l'homme se lève et sort. C'est une nouvelle naissance.

Comme à chaque guérison, il s'agit aussi d'une nouvelle naissance pour tous les protagonistes.

Pour la foule dont l'indifférence, l'aveuglement, la paralysie ont été ébranlés par cette démonstration lumineuse du Royaume, et qui s'offre la possibilité de mieux prendre conscience que celui-ci est à vivre et à construire, ici et maintenant, avec "tous les autres". Il ne suffit pas de connaître les Paroles de Jésus, encore faut-il les vivre pour que le Royaume advienne.

Pour Jésus, elle lui permet de sortir de ce petit monde de bien-pensants dans lequel la foule l'avait enfermé afin de rester entre gens de bonne compagnie et ne pas se rendre impur au contact des pécheurs. Dans les versets qui suivent cet épisode, Jésus fera exactement l'inverse. Allant vers le bord du lac, il prendra un repas dans la maison de Lévi le publicain, l'impur, le pécheur, et en fera un de ses disciples. (ch. 2, 13 à 17)

 

N'oublions pas que Marc écrit pour les jeunes communautés de son temps qui se rassemblent chaque dimanche pour écouter la Parole et rompre le pain. La maison est donc ici l'image de la communauté, de l'Eglise. On peut dès lors trouver dans ce récit une mise en garde contre une tendance, déjà présente à l'époque, de centrer la pratique religieuse sur des célébrations où la vénération voire l'idolâtrie du messager Jésus prend plus d'importance que la mise en œuvre immédiate du Royaume dans la communauté.

Une tendance qui n'a fait que s'amplifier avec le temps par la déification de Jésus, l'homme-Dieu…, personnage mythique, thaumaturge tout-puissant qui, à la fin des temps, viendra juger les hommes et instaurer son Royaume des Cieux. L'Eglise élaborera une savante théologie du rachat et du salut qui lui permettra d'exercer un pouvoir aussi bien temporel que spirituel en culpabilisant les foules souvent incultes. Ce personnage construit de toute pièce n'a plus rien de commun avec notre humble rabbi galiléen qui, lui, a pris la place du serviteur et a toujours mis la compassion pour l'Humain au centre de ses préoccupations. C'est, en tout cas, ce dont ont témoigné les auteurs de l'évangile de Marc, comme on peut  encore l'observer dans ce récit.

"Jésus est venu prêcher l'Evangile et c'est l'Eglise qui est arrivée"(3). Et comme nous l'écrit P. Boyer, un de nos lecteurs : "… elle a rendu impossible la fréquentation de Jésus et l'imprégnation de l'Evangile". On pourrait dire aujourd'hui que la fréquentation de Jésus rend de plus en plus problématique la fréquentation de l'Eglise institution et sa doctrine.

Je ne peux m'empêcher de voir dans cette foule et cette maison qui enferme Jésus l'image de l'Eglise hiérarchique qui, au fil des siècles, a recouvert d'une chape poussiéreuse le message de Jésus, maintenant les fidèles dans des pratiques et des rites magico-religieux comme la vénération de reliques, de la croix ou du saint sacrement. Une Eglise fossilisée, repliée sur elle-même, sur la défensive face à un monde en évolution constante.

Par contre, ces hommes de Capernaüm(4) qui vivent au plus près l'Evangile ne sont-ils pas l'expression d'une autre façon de vivre la proposition chrétienne aujourd'hui ? J'y vois volontiers les innombrables petites communautés de base qui fleurissent un peu partout et réinventent une autre manière de célébrer, mais surtout de vivre en réelle solidarité avec les plus faibles. Serait-ce la quatrième hypothèse de M. Bellet ?

Qui donc s'attellera à casser cette chape de vieilleries qui plombe l'Eglise pour que le ciel puisse s'ouvrir au-dessus d'elle et qu'elle puisse enfin entamer un véritable questionnement permanent et devenir servante ?

Et nous tous, là où nous vivons dans nos paroisses, nos groupes de partage, n'avons-nous pas à nous remettre en question ? Ne nous arrive-t-il pas souvent de ronronner gentiment ensemble pendant que nous étudions la Parole, oubliant que la foi sans les actes est une foi morte ?                                                                                              Herman Van den Meersschaut.

(1) "Commentaires de l'évangile de Marc", Jean-Pierre Charlier (1970)

(2) "Ouvrez", Jean Debruynne (1976)

(3) "Evangile et l’Eglise", Loisy

   (4) ²Capernaüm² utilisé à la place de ²Capharnaüm² dans la Bible en français courant et dans le Nouveau   

          dictionnaire biblique (Ed. Emmaüs – Cinquième édition 1983)

 

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Vendredi 23 octobre 2009

"Essaie de boire toi aussi
à la source de ton esprit.
A l'intérieur de toi-même
il y a le principal de " l'eau vive",
il y a les canaux intarissables
et les fleuves gonflés du sens spirituel,
pourvu qu'ils ne soient pas obstrués
par la terre et les déblais"

Origène ( vers 185-253)

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Mardi 20 octobre 2009

     Je me souviens de la forte impression que m'avait faite dans mon enfance la découverte de ces bus à deux niveaux auxquels nous n'étions pas habitués. 
     Il est probable que j'aurais été tout aussi étonné si cela avait été l'inverse, si je n'avais jamais vu que des bus à deux niveaux et que j'en voyais tout-à-coup un "demi"

     C'est cette deuxième situation qui symbolise la difficulté de nos contemporains croyants à accepter un monde qui ne serait plus à deux étages : la terre et le ciel. 
     En effet, c'était si beau, un ciel "au-dessus de nous", peuplé de saints qui ont des pouvoirs surnaturels.  On pouvait les prier pour une guérison, pour la réussite d'un examen...même pour éviter un accident de voiture !  Il suffisait de connaître la spécialité de chacun.

     Ce qui était remarquable, c'est qu'ils pouvaient venir se manifester sur la terre, soit par des apparitions, soit par des miracles. 
     En ce qui concerne les apparitions, on aurait dit qu'il y avait comme un accord tacite entre eux pour en laisser le quasi-monopole à la Sainte Vierge. 
     Mais pour ce qui est des miracles, c'était plus réparti et il y avait un cas particulier assez intéressant en ce qui concerne ceux qui n'étaient encore que candidats à la canonisation.  En effet, cela se passait - malheureusement, cela se passe encore ainsi - en deux sessions, une pour la béatification et une pour la canonisation et pour chacune d'elles, "il fallait un miracle".

                                                 *   *   *

     Cette vision est largement contestée par notre société sécularisée.  Mais lorsque les nostalgiques ou les conservateurs entendent "sécularisé", ils comprennent  "profane" ou "incroyante".  Or, il ne s'agit pas de cela.

     Et puisque nous étions dans les transport en commun, restons-y.  Il fut une époque où l'on trouvait normal d'avoir deux classes séparées, par exemple la première classe, plus chic et plus chère, et la deuxième classe, plus populaire.

     "Sécularisé" vient du mot latin "saeculum" qui veut dire "siècle" mais aussi le "monde" opposé aux lieux et aux modes de vie de ceux qui ont "quitté le monde" pour entrer dans la "vie religieuse".

     On voit de suite où ont pu s'opérer des glissements de sens.  Jésus disait que ses disciples sont "dans" le monde sans être "du" monde.  A une certaine époque on a cru que pour ne pas être "du" monde il valait mieux quitter le monde ("le siècle").  Il est d'ailleurs amusant de constater que cela introduisit une distinction entre clergé séculier (dans les paroisses, dans le monde, dans le siècle)  et clergé régulier (dans les monastères; qui avaient une "règle" monastique).
     Ce qui était moins amusant pour le clergé séculier c'est que l'on considérait qu'il s'agissait d'un clergé "à deux vitesses", l'un plus saint (le régulier) et l'autre plus contaminé par le monde (le séculier).  C'était l'époque où toutes les retraites pour les prêtres étaient évidemment prêchées par des religieux !
     Parmi les réactions intéressantes, il faut signeler l'oeuvre remarquable du Cardinal MERCIER pour la revalorisation d'un clergé qu'on n'appellera plus "séculier" mais "diocésain"".

     Même les chrétiens conservateurs ou traditionalistes ont eu le temps d'assimiler cette évolution où l'on n'accepte plus l' "apartheid" entre un clergé de première classe et un clergé de deuxième classe.  Il n'en va pas de même pour ce qui est de leur capacité de refuser l'apartheid entre les humains "sécularisés" (ils pensent désacralisés, profanes, incroyants...) et les autres ( les croyants, les fidèles..."les bons" quoi !).

     Et pourtant il faudra bien qu'ils y viennnent car si notre société occidentale dans son ensemble a choisi la "désacralisation" ce n'est pas pour profaner les valeurs sacrées, mais pour proclamer que les institutions religieuses ont accaparé indûment le monopole du sacré.  L'homme est sacré et toutes ses valeurs d'amour, de justice, de liberté, de vérité, etc... sont sacrées aussi en-dehors des institutions religieuses.
     Si notre société occidentale dans son ensemble a opté pour la "sécularisation", ce n'est pas pour rejeter la transcendance mais pour contester la prétention des institutions religieuses à être les seules à y avoir accès.

La société sécularisée n'accepte plus l'apartheid entre la première classe (ceux qui savent qu'ils ont la vérité et qui doivent, si possible, l'imposer aux autres) et la deuxième classe...

     Si je ne développe pas les situations historiques qui prouvent que nos institutions religieuses n'avaient vraiment pas le monopole, ni de la vérité, ni de la sainteté, c'est que ceci ne se voulaient qu'une petite digression.

                                                     André VERHEYEN  (LPC n°79 juin 1998)

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Lundi 19 octobre 2009

Libre pensée chrétienne a le plaisir de vous inviter à la

                   Conférence de Gabriel RINGLET

 
Oser la gravité chrétienne

                              Pour dépasser la crise de la transmission

 

le jeudi 10 décembre 2009 à 15 heures précises - accueil dès 14 heures 30

au Centre hospitalier Jean Titeca - Rue de la Luzerne, 11 - 1030 Bruxelles

STIB : 23/24/63 : arrêt Léopold III,  25/64/65 : arrêt Patrie     DE LIJN : 318/351/358/410 : arrêt Meiser

 

Oser la gravité chrétienne : nous sommes à un tournant. Le monde connaît une crise écologique majeure. Le christianisme saura-t-il, dans les années qui viennent, proposer une parole à hauteur des bouleversements contemporains ? Il est grand temps de laisser derrière soi les polémiques internes. Le moment n’est plus aux solutions moyennes. Il ne suffira pas d’adapter la pastorale ou de proposer un aggiornamento, même intelligent. On ne va pas en sortir à la petite semaine avec des "arrangements". La maîtrise de soi, l’attention à l’autre, y compris la tendresse la plus chaleureuse, ne suffiront pas à provoquer un nouveau commencement.

 

Dès lors, "que faut-il faire ?" D’où nous viendra quelque chose qui vaut la peine de s’y risquer et, peut-être même, de s’y perdre ? "Je suis prêt à répondre « du côté de l’Évangile » confie le conférencier, mais à condition d’en payer le prix et d’oser la gravité chrétienne."

 

Dans une première partie de son exposé, Gabriel Ringlet nous entraînera à la suite de Jésus de Nazareth, en s’interrogeant sur "le grand malentendu" qui ne permet plus à l’homme d’aujourd’hui d’accueillir la bouleversante nouveauté de l’Évangile.

 

Dans un second temps, le conférencier invitera à réinventer un lieu désintéressé où l’Évangile est vraiment proposé "gratuitement" car que signifierait, dit-il, un amour qui voudrait s’imposer ? Le but n’est pas de captiver "ceux du dehors" mais de montrer que l’espace évangélique permet encore de partager de vraies questions d’hommes.

 

La transmission : un grand souci pour beaucoup d'entre nous qui nous situons parfois à la marge de l'Institution. Bien sûr, la première transmission n'est pas un enseignement, mais un vécu, une manière de vivre à transmettre. L'enseignement scolaire, lui, reste malheureusement très traditionnel. Mais alors, comment transmettre le message de l'Evangile en tant que libres penseurs à nos petits-enfants, aux jeunes des écoles et de la catéchèse paroissiale, tout en évitant de les mettre en difficulté en les plaçant dans une situation contradictoire avec l'enseignement et les usages de l'école ou de l'église qu'ils fréquentent ?

 

Afin d’enrichir l’échange au cours de cette rencontre avec notre invité et de permettre à chacun de s’exprimer, de poser ses questions, de dire ses espoirs, de partager ses initiatives, nous vous proposons de mettre cela par écrit et de nous l’envoyer dès maintenant par poste ou par courriel. Vos messages seront transmis à Gabriel Ringlet qui pourra ainsi y répondre, voire les intégrer plus aisément dans son exposé. Ce qui n’interdira évidemment pas les interventions en direct après la conférence.

Nous espérons vous y voir nombreux, mais il est impératif de réserver vos places, le nombre de places disponibles étant limité.

 

Mail :  lpc@base.be      Tél : 02/478.36.81 (de 17 à 19 h.)     

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Mardi 1 septembre 2009
    " L'homme trouve le sens de sa vie quand il tend à façonner, en lui-même et dans les autres, ce qu'il est appelé à devenir, c'est-à-dire humain.  Le salut de chaque homme comme celui de l'histoire humaine toute entière, c'est donc la participation de tous les hommes à la venue au jour d'une authentique humanité"

                                                                      Yves Burdelot "Devenir humain" Ed. du Cerf 2002
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Dimanche 30 août 2009

Tous les sondages actuels vont dans le même sens : il y a de moins en moins de gens qui croient… et ici on peut énumérer tous les dogmes de l’Eglise catholique. La conclusion qu’on en tire logiquement est que la foi se perd massivement, surtout en Occident.

Mais quand on se met à réfléchir un peu plus à ce problème, on constate qu’il s’agit d’un certain type de foi qui est plutôt un ensemble de croyances basé sur un formidable cercle vicieux. Et ce sont les "braves gens" qui sont victimes de ce cercle vicieux. 

J’ai moi-même été éduqué dans ce système. J’étais, comme tout le monde, décidé à choisir le bien plutôt que le mal. Or, la foi était considérée comme un bien : il était mieux, plus vertueux, plus moral, d’être croyant qu’incroyant. Si des doutes ou des objections se présentaient, on avait toute une série de vertus pour les écarter : l’humilité, l’obéissance, le désir de Dieu, etc.

Il n’y a qu’une issue pour briser ce cercle vicieux : la réflexion critique, la pensée libre.

Comment cette libre pensée critique pouvait-elle basculer dans le camp du bien ? Il y avait surtout deux raisons : la première, c’était la rencontre de personnes incroyantes qui avaient autant de qualités et de vertus que les "bons catholiques" et la seconde, c’était la constatation que Jésus ne disait pas tout ce que le catéchiste ou la dogmatique lui faisait dire.

Du coup, il y avait – et ce sont encore deux de nos motivations importantes à L.P.C. – deux raisons très puissantes qui se situaient dans le camp du bien : la défense de personnes qui sont mal jugées par une sorte de nouveaux pharisiens et la fidélité au vrai projet évangélique de Jésus de Nazareth.

Pour des personnes qui découvrent ces deux motivations, il ne s’agit évidemment plus d’une quelconque perte de foi. Cette exigence de vérité et de fidélité à Jésus est tellement essentielle à une vraie foi chrétienne que leur découverte peut être considérée comme une nouvelle expérience de découverte de la foi, la foi en tant qu’adhésion enthousiaste à Jésus et à son message. Et, il se passe alors quelque chose de merveilleux qui va dans le sens de ce que j’ai appelé le "plus" de l’Evangile. En gardant toute notre ouverture œcuménique vis-à-vis des personnes qui croient sincèrement en Jésus-Christ à cause des miracles que les évangélistes racontent, nous disons à Jésus : "Seigneur, tu donnes des signes plus puissants et plus authentiques que des miracles pour provoquer notre adhésion enthousiaste.  La profondeur extra-ordinaire de ton amour qui est l’Esprit même de Dieu et qui est assez fort pour être gratuit et même pour pardonner, au-delà de la justice, sans demander de rançon"

 

Un de ces "signes" est le témoignage d’Emile Shoufani, curé arabe de Nazareth, lorsqu’il rassemble des Juifs, des Musulmans et des Chrétiens pour des gestes de pardon.  C’est parfois dans la discrétion et l’anonymat.  C’est aussi parfois sous les projecteurs des médias, comme lorsqu’ils sont allés ensemble à Auschwitz, proclamer par leur silence la dimension et l’authenticité d’une foi infiniment plus profonde que les bavardages dogmatiques.

 

                                                                         André VERHEYEN 
                                           2003  Réflexions simples pour une crédibilité  2ème partie  page 22/23

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Samedi 29 août 2009

 2. Editorial

 2. Le mot d'André Verheyen…

 3. Conférence de Gabriel Ringlet

 4. De la Chrétienté à la liberté de l’homme-Jésus - Edouard Mairlot

12. Témoignage : groupe de réflexion de Forest - Claire et René Tartarin

13. Eglise et démocratie - Christian Bassine

14. Témoignage : groupe de réflexion de Jette – Luc Bossus

15. Darwinisme et Christianisme - (partie 2) - Jacques Titeca
18. Charles Darwin et l’Eglise d’Angleterre - John Shelby Spong

19. Témoignage : groupe de réflexion de Molenbeek - Marc Gautier

20. Prier - Alain Dupuis

25. Echos des rencontres du premier samedi - Christiane Janssens -VdM

26. Histoires de Galilée (5 ème partie) - Christian Biseau

28. Quelques livres

29. Courrier des lecteurs

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Mercredi 19 août 2009

Essai de lecture symbolique

 

Au chapitre IV de son évangile, Matthieu, dans une étonnante composition symbolique nous présente, les options que Jésus de Nazareth va rejeter et surtout, mais par « sous-entendus », celles qu’il va choisir et vivre pleinement durant toute sa vie publique.

La scène décrite dans les tentations n’a pas de témoins puisque Jésus est seul dans le désert. Donc, pour imaginer ce récit il a fallu que l’auteur intègre le mieux possible la spiritualité de Jésus afin de nous faire découvrir, pour ainsi dire, « de l’intérieur » son cheminement intime, surtout, pendant  la période que l’on appelle sa vie cachée.

Période dont on ne sait rien, mais dont on peut supposer qu’elle fut une longue quête faite d’étude de la Thora, de méditations et de débats intérieurs dans la solitude et, sans doute, aussi de la fréquentation du groupe baptiste de Jean. C’est, pendant ce temps de maturation que Jésus va expérimenter, pas à pas, la présence du Divin qu’il sent vivre au plus profond de son être et qu’il appellera : Père. Parmi ses expériences spirituelles intenses, celle de son baptême par Jean sera décisive.

Aussi, avant d’aborder les tentations je voudrais m’arrêter à ce récit car tous deux sont intimement liés.

 

C’est, en effet, la première démarche publique que Jésus entreprend dans l’évangile de Matthieu au chapitre III, versets 13 à17.

 - Alors paraît Jésus : raconte-t-il. Jésus n’apparaît pas comme un super-Messie, mais, tout simplement, en se fondant humblement dans la foule de ceux qui viennent se faire baptiser en confessant leurs péchés.

-Jean voulait l’en détourner. Il ne comprend pas. Lui, il annonçait un maître de justice qui va couper et jeter au feu tout arbre qui ne donne pas de bon fruit, et voilà que celui qu’il reconnaît comme le Messie lui demande le baptême !!!. Eh! oui, Jean est ici le premier tentateur qui veut  empêcher Jésus d’accomplir  toute justice.

- Laisse faire : dit Jésus. Ainsi, en s’avouant pécheur, en s’identifiant à eux, il exprime son engagement radical pour les malades, les exclus, les mal-aimés. En confessant ses doutes, ses peurs, ses faiblesses et en plongeant dans l’eau du Jourdain il devient solidaire de ces hommes, il est un des leurs. C’est à eux qu’il rendra justice. Il se mouillera, d’ailleurs, définitivement pour eux. En se faisant baptiser par Jean, fils de prêtre, mais qui prêche hors du Temple dans le désert, Jésus affirme déjà la position marginale qui sera la sienne par rapport à l’institution religieuse.

En s’immergeant dans l’eau, en se mouillant, en passant la rivière Jésus franchit un pas décisif et prend un engagement irrévocable qui déterminera toute sa vie future. Il laisse derrière lui l’homme ancien pour revêtir l’homme nouveau comme le dit Paul.

Dans le premier Testament, on trouve plusieurs passages de rivières comme, par exemple, celui de Jacob qui, après avoir lutter toute la nuit avec l’ange, changera de nom, devient Israël et passera le Yabboq pour prendre enfin ses responsabilités en affrontant son frère Esaü. On remarque la même symbolique : le combat intérieur qui l’amène à trouver sa vérité et à passer à l’acte.

-En sortant de l’eau les cieux s’ouvrent. Dans son paysage intérieur tout s’éclaire, une voie s’ouvre à lui, Jésus sent qu’il a fait le bon choix. L’Esprit le confirme en descendant comme une colombe et venant sur lui en le  désignant comme son fils bien-aimé qui a toute sa faveur. La voix ne s’adresse pas uniquement à Jésus mais, peut-être, surtout à Jean qui semble ébranlé par la démarche de celui-ci. Chez Marc et Luc c’est à Jésus seul  que s’adresse la voix. Ici c’est ensemble qu’ils prennent conscience de la mission de Jésus.

 

Ces signes symboliques, tout en fraîcheur, en légèreté, en transparence, en tendresse que sont l’eau, la nuée, la lumière, le ciel, la colombe, la voix, sont tous des éléments aussi insaisissables que l’Esprit qu’ils symbolisent..

 

L’eau, associée ici à la rivière est une eau vive. C’est l’eau qui est à l’origine de toute vie,  qui purifie, qui vivifie, qui régénère. Mais on peut y voir aussi le fleuve de la vie, le monde des hommes qui peut nous entraîner, nous engloutir, nous noyer. Jean vit retiré du monde, Jésus s’y plongera à corps perdu, l‘aimera et y tendra la main à tous ceux qui s’y perdent.

Les cieux s’ouvrirent : La nuée symbolise le Divin qui ne peut que se deviner et ne peut ni être saisi, ni être vu. Ici, pour Jésus, la nuée s’ouvre, ce qui était encore obscur, incertain se dévoile, la lumière l’inonde, son choix lui apparaît comme évident et confirmé par le frôlement d’aile de la colombe qui vient sur lui.

La colombe : Dans le récit de la création, l’Esprit de Yahvé plane sur les eaux, image aérienne évoquant le vol majestueux de l’oiseau. La colombe est évidemment présente dans le récit du déluge comme messagère entre Yahvé et Noé.

Les anges ailés sont, eux aussi, images symboliques de l’Esprit qui souffle où il veut et dont on ne sait d’où il vient et où il va. Tout cela est en rapport avec l’air et donc avec le souffle, le vent évoquant, eux aussi, la réalité indicible et invisible de Celui-ci.
La voix : Celui-ci est mon Fils bien-aimé…Fils, en grec, signifie aussi serviteur. Jésus est donc désigné ici comme le vrai Serviteur annoncé  par Isaïe (Is.42, 1), celui qui apporte le droit, ne rompt pas le roseau broyé et n’éteint pas la flamme vacillante...autrement dit, celui qui est solidaire de tous les hommes et plus particulièrement de ceux qui sont broyés et vacillants.

En s’entendant appelé Fils bien-aimé, Jésus ressent au plus profond de lui que son choix correspond à ce que l’Esprit attend de lui, c’est-à-dire : Se plonger dans le monde,  aimer les hommes, les sauver de leurs démons et tracer avec eux la voie vers un monde plus fraternel. Son intuition se transforme en évidence. Une nouvelle vie commence, Jésus re-naît dans cet Esprit - là.
C’est alors que l’Esprit le conduit au désert, mais ça c’est une autre histoire.

Et nous, où sommes-nous dans cette histoire? Nous pouvons certainement tous nous reconnaître parmi cette foule en recherche d’autre chose que le ritualisme stérile que proposait le Temple. Nous nous retrouvons, peut-être, en Jean qui ne supporte pas de voir Jésus avouer sa faiblesse et son humanité ; un super-Messie qui ferait le ménage dans le monde, sur demande, serait tellement plus rassurant. Et enfin, pourquoi ne pas prendre la place de Jésus ? Ah oui, évidemment, c’est plus difficile .Quand lui se plonge dans nos vies, il s’y mouille et s’y salit complètement, alors que nous le faisons souvent du bout des doigts, si ce n’est du bout des lèvres. Et pourtant, lorsque nous nous mouillons de tout notre être pour quelqu’un et que c’est dur parce que si nous lâchons sa main, il coule ; il nous arrive, en un moment de grâce, de voir le ciel s’ouvrir et d’entendre, au fond de nous, la voix qui nous dit : « C’est bien, Fils, tu as fait le bon  choix »
C’est cela ma foi.

   

                                                                                                                                                      Herman VAN den MEERSSCHAUT

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Vendredi 14 août 2009

             

 

                                                                                                         "Ils m’ont abandonnée,

                                                                                                           moi,  la Source d’eau vive,

                                                                                                           pour se creuser des citernes,

                                                                                                           citernes lézardées

                                                                                                           qui ne tiennent pas l’eau"   (Jr. 2- 13)

 

 

Le texte de Jérémie cité en tête de cette réflexion appartient à tout un long discours prophétique destiné à fustiger l’empressement du peuple d’Israël à retomber dans l’idolâtrie, aussitôt sorti du désert et installé en terre promise.

Comme la "manne", autre métaphore du Dieu Présence de Vie, pourrissait au désert quand on voulait la stocker pour le lendemain, ainsi les citernes creusées pour stocker l’eau se retrouvent bientôt à sec, quand l’eau vive, elle, continue de couler généreusement. N’y a-t-il pas dans ces métaphores très parlantes une implacable mise en garde contre toutes les formes d’institutionalisation du Divin, qui, comme l’eau vive, ne se laisse jamais enfermer durablement dans aucune construction de main d’homme ?

Quant à l’eau des "citernes", qu’a-t-elle de commun avec celle de la Source ?

 

Quand la citerne commença à fuir…

 

Jusqu’à la fin du Moyen-Age, dans nos vieilles terres de chrétienté, la citerne semblait solide, et l’eau qu’elle contenait, sans reproches. Dieu occupait tout l’espace céleste et terrestre comme une évidence parfaitement installée, intégrée à l’ordre politico-social dont il était le garant : les hiérarchies civiles et religieuses étaient ses "lieutenants" sur terre. De plus, les Saintes Écritures, dont les clercs se réservaient l’interprétation, étaient réputées source et norme unique de tout savoir sur Dieu, sur l’Homme et sur le Monde. La citerne semblait pleine et bien étanche…

 

La Renaissance marqua le début du délitement de ce qui paraissait fondé pour l’éternité.

Si Dieu passait pour garant et fondement du système culturel et politico-sacré mis en place depuis quelques mille ans, il ne pouvait sortir indemne des chamboulements intellectuels, spirituels et politiques en cours, et qui ouvraient des brèches dans la belle construction.

Malgré tous les replâtrages, toutes les résistances, les contre-réformes ecclésiales, les absolutismes royaux et princiers…, la route était ouverte à la liberté de penser, de chercher, d’étudier, de connaître, hors des réservoirs bien bétonnés du dogme. Tôt ou tard devait naturellement s’imposer la liberté de croire, ou non, aux thèses de la Religion… y compris à l’authenticité du Dieu qu’elle prétendait "conserver" fidèlement.

 

En Europe, au siècle des "Lumières", Montesquieu, Voltaire, Diderot, les Encyclopédistes et Jean‑Jacques Rousseau, pour ne citer que les francophones les plus illustres, contribuèrent à ébranler sérieusement l’édifice et son contenu.

Dès la fin du 18ème siècle, les scientifiques, quant à eux, revendiquèrent de n’avoir plus guère besoin de l’hypothèse de ce Dieu-là pour avancer dans la connaissance et la maîtrise de ce monde. Que ce Dieu devienne une simple hypothèse, et, qui plus est, tout à fait superflue dans l’avancée intellectuelle de l’humanité, c’était déjà en soi un vrai séisme. Et les citernes ne supportent pas bien les séismes, c’est bien connu !

D’hypothèse inutile, ce Dieu-là fit vite figure de handicap pour un exercice rigoureux de la raison, de la liberté et de la créativité humaine.

 

Quand l’eau de la citerne fut déclarée "toxique"…

 

Ce pas fut franchi aux 19ème et 20ème siècles, avec le fort impact d’écoles de pensée dont le souci fut, plus ou moins clairement, d’affranchir l’Homme de la Religion et du Dieu dont elle se prétend la "dépositaire" attitrée.

Pour beaucoup, dès le 19ème siècle, ce Dieu n’est plus seulement inutile : il est dénoncé comme préjudiciable, voire nocif aux hommes. Selon Feuerbach (1), ce Dieu  ne serait en effet que la projection, dans un ailleurs purement imaginaire, des aspirations les plus hautes que l’homme porte en lui-même et qu’il ne tiendrait qu’à lui de réaliser. Par cette projection, l’homme se retrouverait "dépossédé de ce qui lui appartient en propre, au profit d’une réalité illusoire".

 

Marx, analysant les mécanismes d’une société où la règle serait "l’exploitation de l’homme par l’homme", dénonce, lui aussi, la Religion et son Dieu comme des illusions, mais illusions instrumentalisées par les puissants, pour mieux soumettre les faibles. La Religion et son Dieu ne sont que l’"opium du Peuple". Selon Marx, il serait inutile de se battre contre ce Dieu et la Religion : la victoire, par le seul génie humain, sur les agressions de la nature, la misère humaine et l’oppression sociale, rendra parfaitement inutile le recours à l’eau hallucinogène des citernes.

 

Freud, lui, voyait dans la Religion et son Dieu des affabulations nées de réminiscences inconscientes d’aspirations, de frustrations et de conflits intériorisés et refoulés dans la petite enfance. Le "Père tout-puissant" aurait beaucoup à voir avec la figure du "père" tout court. Le Dieu visé par Freud est sans doute d’abord le Dieu patriarcal, législateur et juge, de la religion mosaïque, dont "la représentation se confond (…) avec le Surmoi" (2). Malgré des avis dissidents exprimés par certains de ses disciples et successeurs, la psychanalyse naissante fit beaucoup pour nourrir le soupçon contre ce Dieu et les "fonctionnements" psychiques auxquels il se réfère.

 

Nietzsche, bien qu’inventeur de la formule selon laquelle Dieu serait "mort", dénoncera plutôt le christianisme, à ses yeux perverti, devenu un anti-humanisme, que le Christ, ou même Dieu. Il s’en prend à ce que ce christianisme-là aurait fait de Dieu et de l’Homme :  "La notion chrétienne de Dieu (…) est une des notions de Dieu les plus corrompues qu’on ait atteint sur terre ; (…) Dieu dégénéré en antithèse de la vie, au lieu d’être sa transfiguration et son oui éternel ! En Dieu, l’hostilité déclarée à la vie, à la nature, au vouloir vivre !" (3).

Bref, l’eau de la citerne lui semblait passablement croupie…

 

Plus proche de nous, un Albert Camus rejoint Nietzsche dans son rejet viscéral du "Dieu" chrétien tel qu’il lui apparaît : Dieu de la fuite et du rejet du monde. Sans écarter l’idée d’une "réalité ultime", il proclame : "Je ne refuse pas d’aller vers l’Être. Mais je ne veux pas d’un chemin qui s’écarte des êtres" (4). Dénonçant la souffrance omni-présente, il doute fort de l’existence d’un Dieu bon et tout-puissant qui, dans ce cas, serait "un Dieu tout-puissant et malfaisant, ou bienfaisant et stérile".

 

Sartre, lui, fut le théoricien catégorique d’un monde sans Dieu, c’est-à-dire sans autre sens que celui que l’homme s’inventera : "Il n’y a pas de déterminisme, l’homme est libre, l’homme est liberté (…), l’homme, sans aucun appui et sans aucun secours, est condamné à chaque instant à inventer l’homme." (6).

Pour lui, la citerne est vide, et l’a toujours été…

 

"Dieu" a-t-il disparu avec l’eau de la citerne ?

 

De cette "mise en examen" de Dieu dans l’Europe du 20ème siècle en tout cas, il découle, globalement, que, pour les hommes de notre temps, le Dieu de la religion judéo-chrétienne et de ses théologiens, serait, pour le moins, détrôné, et mal en point. Dans un service de "soins intensifs", les médecins parleraient de "pronostic vital engagé"…

 

Mais qui est, en réalité, ce Dieu au chevet de qui nous nous penchons ? 

Serait-ce ce concept froid, simple "Cause Première" de tout ce qui est ?

Le bouche-trou de nos ignorances, peu à peu évincé à mesure que l’homme progresse dans la connaissance des réalités de ce monde, la maîtrise de leurs fonctionnements, y compris ceux de la vie, et de la "psyché" humaine ?

Le juge suprême, origine  et garant de toute loi et de toute morale, châtiant, pardonnant et récompensant ? Un Dieu législateur dont l’influence est désormais marginale - au grand dépit des "religieux" - dans la quête de règles propres à assurer un "bon usage de la vie" (B. Besret), une juste convivialité entre les hommes et un juste rapport au reste de leur environnement ?

La "Providence" ? Ce Dieu censé intervenir dans nos vies, ou dans le cours des événements, pour les conformer soit à Son désir, soit au nôtre, suivant les jours ?

 

Comment ne pas prendre au sérieux ceux qui prétendent, aujourd’hui, que ce "Dieu-là" est d’abord une construction bien utile, née de l’imaginaire fécond et inquiet des hommes ?

Et comment ne pas voir que, dans la conscience collective de l’Occident judéo-chrétien de l’"après Auschwitz", ce "deus ex machina" qui "fait l’Histoire" et veille au destin de chacun, est mort et ne se relèvera jamais vraiment des cendres de cette atroce tragédie, ni d’ailleurs de tant d’autres, survenues avant, et depuis ?

A bien y regarder, la négation, la mort et la sortie programmée de l’Histoire de ce Dieu-là, n’était‑elle pas déjà proclamée dans le silence de plomb qui présida au martyre de Jésus le Nazôréen, broyé, comme tant d’autres avant et après lui, par l’abitraire complice des "pouvoirs" politiques ET religieux du lieu et du temps ?

Le seul Dieu réputé mort, ou disparu, ne serait-il pas précisément ce Dieu extérieur, envahissant, omni-présent, omniscient et omnipotent fantasmé par des hommes qui tentent de conjurer leur peur en se racontant tout haut des histoires, comme les petits enfants dans le noir ? Et par des hommes d’autant plus bavards que le Silence est vertigineux !

Oui, ce Dieu-là, la raison, la sécularisation, la connaissance, l’irrésistible émergence de la "personne" humaine face à tous les "collectivismes" idolâtres (et il y a un collectivisme "chrétien" !), semblent en passe d’en venir à bout. Dans cette révolution culturelle d’un monde supposé être devenu "majeur", suivant une opinion chère à Emmanuel Kant, reprise plus tard par Dietrich Bonhoeffer, le Divin semble bien devoir cesser de jouer les "UTILITÉS". Mais notre Occident n’est-il pas en train de retrouver, parfois venus d’ailleurs, les remèdes à ses stériles enfermements doctrinaux et les moyens d’un retour à la Source d’eau vive, toute de "GRATUITÉ" ?

 

Et si la Source coulait, libre, bien loin de nos citernes ?

 

Le 20ème siècle ne fut pas seulement pour notre Occident celui des drames en série et du "désenchantement du monde" (M. Gauchet), mais probablement aussi celui d’ébranlements salutaires, dont on mesure peut-être mal la portée.

 

Ainsi, par exemple, à peine sorti du vacarme et des violences inouïes de la seconde guerre mondiale, l’Occident vécut un traumatisme qui sidéra les consciences et les cœurs en la personne… du Mahâtmâ Gandhi.

Le monde occidental, imbu de ses prétendues "valeurs chrétiennes", déjà sérieusement mises à mal, prenait dans la figure l’immense gifle morale de ce petit avocat indien, très cultivé, hindouiste fervent, presque nu, ayant abandonné tout bien, tout lien, toute puissance, et qui, par sa seule force intérieure et la plus stricte non-violence, entreprit de rendre leur dignité à des millions d’indiens en mettant à genoux l’Empire colonial le plus orgueilleux !

Par son intériorité lumineuse, puisée aux sources d’une tradition spirituelle bien plus ancienne que la nôtre, et un "évangile" pris très au sérieux, Gandhi révolutionna le regard de l’homme d’Occident sur les autres cultures et la manière que Dieu pourrait bien avoir d’être au monde, dans et par les hommes ! Et si l’on devait "juger l’arbre à ses fruits", ne devrait-on pas, soudain, admettre que l’Eau Vive coule aussi en Inde ?

Et ce fut l’origine, dans notre Occident, d’un regard nouveau sur l’approche hindouiste de l’Homme et du Divin. Innombrables furent les auteurs laïcs et religieux qui firent découvrir, derrière les apparences parfois déconcertantes des dévotions populaires, une authentique tradition mystique, toute d’intériorité, où l’homme tout entier, physique et psychique, est saisi et appelé à prendre la pleine mesure de sa relation au Divin.

 

Le second choc spirituel fut, sans doute, l’irruption en Occident, suite à des circonstances parfois tragiques, du Bouddhisme, dans toute la diversité de ses écoles et traditions. Il est impressionnant de voir comment, en quelques décennies, l’Europe, mais aussi l’Amérique, se sont couvertes de pagodes, de monastères bouddhistes, tibétains, ou Zen de diverses obédiences, éveillant l’intérêt croissant et l’adhésion de millions de sympathisants et d’adeptes occidentaux.

La rencontre avec la mystique indienne a, sans aucun doute, contribué à restaurer l’unité corps‑esprit, matière-esprit, dans la vision occidentale du "spirituel".

Le Bouddhisme, surtout dans son approche Zen, a certainement contribué à restaurer la place du silence, extérieur, mais surtout intérieur, comme voie royale du cheminement spirituel. De plus, le "Silence du Bouddha" (R. Panikkar) sur la "Réalité Ultime" a beaucoup contribué à réhabiliter en Occident l’approche mystique et apophatique (7) de la "Réalité Ultime". Et enfin, la Voie bouddhiste n’est pas sans évoquer, par la méditation silencieuse, la pratique de la "pleine conscience", l’abandon progressif de toute illusion et l’appaisement en nous de toutes les contradictions, la voie hésychaste chère à l’Orient chrétien. Voies qui conduisent l’une comme l’autre, à une conscience claire, au fond de nous-même, de notre unité avec le "Tout"… ou le "Rien", comme le dira si bien, plus tard, Jean de La Croix. Vécu profond qui permet, aujourd’hui, de belles rencontres entre spirituels bouddhistes et chrétiens…

 

L’irruption de l’Asie dans notre champ culturel a clairement contribué à l’éveil d’une autre vision de l’homme, du monde et du "Divin". De plus, pour certains, la présence, nouvelle, de l’Islam à nos côtés, et sa grande tradition mystique Soufi, aura aussi chamboulé leur expérience spirituelle intérieure. Enfin, ne doit-on pas signaler, depuis des années, une attention beaucoup moins méprisante et nouvelle de notre "culture" à d’autres traditions spirituelles de l’humanité telles que le chamanisme ou l’animisme, et tout ce qu’elles nous enseignent sur notre lien profond avec le cosmos, la terre, tout le "vivant", et le mystère de ce monde. Mais il convient aussi de remarquer que l’ensemble de ces mutations de la sensibilité occidentale coïncide (de gré ou de force) avec une radicale remise en question de notre rapport à la Nature, et avec l’urgence d’une gestion respectueuse, reponsable, solidaire et durable d’une planète devenue toute petite.

 

Dieu, Source d’eau vive, gratuite, au cœur de chacun ?

 

Bien sûr, prétendre que Dieu lui-même aurait disparu, comme l’eau des citernes, au gré des bouversements géopolitiques, culturels, religieux qui affectent notre "village planétaire" à un rythme accéléré, nous semble assez puéril. Mais ne pas saisir que la perception que les hommes peuvent avoir de Lui, désormais, est en train de changer radicalement, relèverait sans doute d’un tragique aveuglement, dont certains semblent parfois frappés.

Maurice Zundel, en 1975 déjà, alertait ses paroissiens : "Nous avons une peine infinie à prendre le tournant, c'est-à-dire à intérioriser Dieu. Nous continuons presque toujours à Le situer en dehors de nous comme une puissance qui nous domine (…) alors que, justement, la nouveauté, (de l’évangile) c’est de situer Dieu au plus intime de nous-même, comme une source qui jaillit en vie éternelle." (Homélie du 23-02).

Et encore, cette remarque prophétique : "L’humanité se désintéressera de plus en plus de Dieu s’il n’apparaît pas comme ce dedans, qui nous amène à connaître notre propre intimité, qui nous apprend à découvrir l’immensité de notre aventure." (Ibidem).

 

N’est-ce pas là toute l’aventure traversée par Jésus, à laquelle il désira tant éveiller ses contemporains, et qui nous concerne tous, à notre tour ?

En 1995, Eugène Drewermann publiait "Dieu immédiat", évoquant par ce titre l’appel pour chacun à faire en soi-même l’expérience du "Divin", indépendamment des médiations religieuses institutionnelles.

Des Jean Sulivan, des Marcel Légaut, des Louis Evely, Marie-Madeleine Davy et tant d’autres ont, en leur temps, induit chez beaucoup la redécouverte de l’intériorité  comme "lieu" de l’expérience spirituelle, de la "Rencontre" promise par Jésus, au secret de la "chambre".

 

Depuis une cinquantaine d’années, il est frappant de voir le regain d’intérêt, chez les chrétiens d’Occident, pour des "spirituels" de la trempe de Maître Eckhart, Jean Tauler ou Nicolas de Cues, longtemps occultés ou écartés pour leurs "libertés" doctrinales… Ce n’est pas un hasard : l’enseignement central de ces grands maîtres (et de bien d’autres, chrétiens ou non) est que la vie spirituelle consiste, tout simplement, pour chacun, à permettre "la naissance de Dieu" en soi, ou à laisser venir à maturité la part de Divin qui nous habite, et qui ne demande qu’à transfigurer nos vies.

 

L’enfant prodigue d’Occident, mourant de soif à côté de citernes vides, et ayant dilapidé l’héritage en fausse "religiosité", ne serait-il pas en train, par mille voies inattendues, de ré-apprendre à faire silence et à "rentrer en lui-même" pour y redécouvrir du même coup et la Source d’eau vive, et la Joie de la Noce, à partager avec tous ?

 

Oui, notre Dieu a cessé d’être UTILE. Il est DON gratuit (Jn 4-10). Pour qui a goûté au DON, il est pourtant plus qu’indispensable (D. Bonhoeffer). Il est Source d’eau vive que rien n’arrête ni ne retient. Il est manne. Il est celui qu’on ne peut même pas nommer et à qui l’auteur biblique si subtile d’Exode 3-14 fait dire l’énigmatique "Je suis qui je serai…" qui traverse toute la tradition biblique et l’histoire des hommes…

L’identité-même de Dieu n’est-elle pas là : le DON GRATUIT, hier, aujourd’hui, demain ? Identité qui devient nôtre à la mesure où nous devenons Don, à notre tour. Selon la splendide devise de Pierre Ceyrac : "Tout ce qui n’est pas donné, est perdu". Qu’ajouter à cela ? 

 

Ne construisons plus de citernes. Ne devenons pas citerne nous-même : ça croupit et ça ne tient pas l’eau. Allons sans cesse à la Source vive et buvons-y avec tous les autres.                                                                                                                                                                                                                                                                                                   Alain Dupuis.

 

(1)  Ludwig Feuerbach. Philosophe Allemand (L’essence du Christianisme 1841)

(2)  Mélanie Klein. Psychanalyste autrichienne (La Psychanalyse des enfants 1932) 

(3)  Friedrich Nietzsche. Philosophe Allemand (L’Antéchrist)

(4)  Albert Camus.  Ecrivain français (Carnets)

(5)  A. Camus (L’Homme révolté)

(6)  Jean-Paul Sartre. Philosophe et écrivain français (L’existentialisme est un humanisme)

(7)  Théologie apophatique appelée aussi théologie négative :  approche le mystère de Dieu par des affirmations                                               

      négatives (exemple : Dieu n’est pas bon à la manière des hommes)

 

 

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