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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 18:40

L’ "Appel à la désobéissance"  lancé le 19 juin de cette année par un groupe de prêtres autrichiens et qui, en quelques semaines, a recueilli plus de 300 signatures, cet appel n’a pas fini de provoquer  des remous, suscitant adhésions et condamnations. Celles-ci ne viennent  pas forcément des autorités ecclésiastiques. Le cardinal Christoph Schönborn, O.P., l’archevêque de Vienne, tout en étant soucieux d’éviter des divisions dans son Église, a eu comme première réaction de dialoguer avec les prêtres en question. Il est suffisamment lucide pour savoir que les sept points contenus dans l’ "Appel à la désobéissance" rejoignent les convictions – et, pour certains d’entre eux,  la pratique – de nombreux prêtres, et pas seulement en Autriche.

 

     Rappelons-les en bref : - 1. À chaque célébration, prier pour la réforme de l’Église ; - 2. Ne plus refuser l’eucharistie aux croyants de bonne volonté, qu’ils soient divorcés remariés ou qu’ils appartiennent à d’autres églises chrétiennes ; - 3. Réduire le nombre des célébrations présidées par des prêtres parachutés dans des communautés qu’ils ne connaissent pas ; - 4. Appeler "Célébration eucharistique sans prêtre" les célébrations de la Parole avec distribution de la communion; - 5. Ne plus tenir compte de l’interdiction de prêcher fait aux laïcs formés et aux professeures de religion (Religionslehrerinnen) ; - 6. Revoir l’image du prêtre, pour que chaque paroisse ait un responsable, homme ou femme, marié ou non, à temps plein ou non ; - 7. S’exprimer publiquement en faveur de l’ordination à la prêtrise de femmes et d’hommes mariés.

 

     Pour les "acteurs de terrain", ces sept points n’ont rien de surprenant. Si les titres de la presse parlent d’un "vent de rébellion", les commentaires soulignent qu’ils jouissent d’un "large soutien dans l’opinion" - en tout cas dans nos pays. Un commentaire sur Facebook : "On attend les prêtres belges. Il est temps. Nous vous suivrons".

 

     L’initiateur du mouvement, Helmut Schüller, est un ancien vicaire général de Schönborn et curé d’une des paroisses de Vienne. Il s’est expliqué sur  ce qui a motivé cet appel public à l’insubordination. Le préambule de l’  Appel  est clair sur ce point : "Le refus de Rome d’adopter des réformes depuis longtemps nécessaires et l’inaction des évêques ne permettent pas seulement, mais exigent que nous suivions notre conscience et que nous agissions de manière autonome". On peut comprendre que, pour un nombre croissant de prêtres, il devenait impératif, en conscience, non seulement d’adopter des pratiques en rupture avec la discipline officielle, mais de les afficher, de façon à amener, si possible  la hiérarchie catholique à accepter officiellement des changements déjà largement entrés dans les faits. En effet, sur le terrain concret de la pastorale, l’application sans discernement des règles en vigueur peut en certains cas blesser gravement des personnes et des communautés et les éloigner de la communion ecclésiale.

 

      Peu de commentateurs ont pris la peine de s’interroger sur l’opportunité d’une telle initiative et sa légitimité en perspective chrétienne. Pour l’opportunité, on peut juger que dans l’actuelle tendance au recentrage qui domine au Vatican, il est salubre de se rappeler que l’Esprit souffle où il veut  et pas seulement sur les membres de l’appareil ecclésiastique. Et donc, de ne pas automatiquement considérer l’initiative comme "l’œuvre du démon".

 

     Quand  la société et la culture changent, leur évolution impose des ajustements pour que l’Eglise puisse continuer à exercer sa mission. Mais l’initiative des innovations requises provient rarement des autorités en place. D’une manière générale, dans les sociétés en changement rapide comme sont les nôtres, le droit est en retard sur la réalité des faits. Les modifications du droit sont généralement précédées par l’introduction progressive de "coutumes contraires au droit". Ces "transgressions" s’introduisent à la faveur d’une tolérance tacite des autorités, même si celles-ci, périodiquement, jugent nécessaire de rappeler les règles. Jusqu’au jour où il devient impératif de les modifier. Jusque là, "faites-le, mais ne me demandez pas ma bénédiction". Dans le meilleur des cas, la tolérance tacite prend la forme d’un feu vert assorti de limites : "D’accord, à titre d’expérience".

 

     Et la légitimité ? Les auteurs de l’Appel invoquent un devoir de conscience.  En pratique, pas mal de "chrétiens engagés" se trouvent sur des terrains où de telles transgressions s’imposent. Ils ne disposent pas toujours des repères pour s’y avancer paisiblement. Peut-être est-il bon de rappeler qu’il existe en la matière une série de critères généralement admis. Je les évoque rapidement : - la reconnaissance d’un état de besoin qui n’est pas le fait d’un individu, mais d’une communauté ;  - la volonté d’être fidèle à l’Esprit, ce qui se traduit en pratique par la disponibilité à adopter des solutions meilleures ;-  le souci de rester cohérent avec le projet initial ; - enfin, la volonté de sauvegarder la communion, quitte à accepter de passer par une phase conflictuelle. 

 

   On imagine bien que, dans la pratique, de tels choix de transgression n’excluent pas la prise de risques. Y compris celui de l’échec. En un temps où l’avenir du christianisme à l’occidentale est plein d’obscurités, la prise de risque est nécessaire. C’est là qu’intervient le critère finalement décisif : la "réception" ou non-réception de l’innovation qui transgresse les règles en vigueur – ce qui demande parfois du temps. Sur ce point, nous ne pouvons que faire confiance à la sagesse de ceux et celles qui nous suivront et "recevront", ou non, nos essais plus ou moins tâtonnants.

                                                

 Paul Tihon, prêtre jésuite, théologien belge

 version complète d'un article paru dans" La libre Belgique du 16 novembre 2011"

 

    

 

 

 

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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 11:56

2.  Editorial - Herman Van den Meersschaut

 

3.  Le mot d' André Verheyen

 

4.  Evangiles et dogmes : la part de l'histoire - Etienne Godinot

 

9.  Rendre à Jésus sa juste place ?  "Pourquoi m'appelles-tu bon ?  Nul n'est bon sinon Dieu seul" - Alain Dupuis

 

13.Quelques livres :

         - L'invention du christianisme de Roger Parmentier. Ed. L'Harmattan 2011

         - Un autre Christianisme est possible de Roger Lenaers. Ed. Golias 2011

           (voir aussi LPC 14/2011. pp13-16) 

         - Translation de Maurice Bellet.  Ed. Bayard 2011

 

14 .Redonner corps à l'homme Jésus et à son message - Jacques Musset

 

21. A lire : Croire en un Dieu qui n'existe pas de Klaas Hendrikse par Marie-

      Jeanne De Pauw

 

24. Echos des rencontres LPC du premier samedi du mois :

         - Matthieu 21,28-32. La parabole des deux fils - rapporteur Christiane Van

           den Meersschaut - Janssens

         - Matthieu 22,34-40. Le plus grand commandement - rapporteur Christiane

            Van den Meersschaut - Janssens 

         - Matthieu 25,14-30.  La parabole des talents - rapporteur Marie-Jeanne De

           Pauw

 

28. Courrier des lecteurs

 

31. Réabonnons-nous - Yves Janssens    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 22:57

" Si vous croyez à la prière : priez pour que les gens aient la force de changer les choses. Priez et bougez vos pieds" 

Al Gore

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Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 22:48

FRAPPEZ… ON VOUS OUVRIRA,

DEMANDEZ… ON VOUS DONNERA,

CHERCHEZ… ET VOUS TROUVEREZ (MT7,7)

 

Nous savons qu’à l’aube de l’humanité, l’homme très vite se pose des questions par rapport aux forces naturelles qu’il ne peut contrôler. Il croit qu’il y a une force secrète derrière chaque chose qui est bienveillante quand elle donne et malveillante quand elle prend. Cette force secrète, il va l’appeler dieu, le dieu de l’eau, le dieu de la terre… Mais ce dieu peut être la pire des choses quand il envoie une tornade ou un incendie et la meilleure des choses quand il envoie une pluie fertilisante ou un feu qui réchauffe. Il faut donc s’attacher les dieux pour qu’ils soient favorables aux hommes. Pour cela, il faut les connaître, les nommer, les situer et donc leur donner une histoire et un lieu de vie. La plupart de ces forces naturelles viennent des cieux, qui sont inaccessibles à l’homme, c’est donc là qu’habitent les dieux, pense-t-il. Quand à leur histoire, il s’inspirera tout simplement de sa propre histoire pour écrire celle des dieux. C’est ainsi que l’homme donne aux dieux ses qualités et ses défauts, mais à la super puissance. A ceux-ci rien n’est impossible, ni dans le don, ni dans la vengeance. Il faut donc vivre en harmonie avec eux, et pour cela, il vaut mieux ne pas attendre leur intervention, mais infléchir leur volonté. C’est ainsi que l’homme créera des rites pour parler aux dieux et des sanctuaires pour officier. Il invente les incantations et les prières, les sacrifices allant de l’offrande du végétal, en passant par le sacrifice animal pour arriver au sacrifice humain. C’est que le dieu finira toujours par répondre en envoyant enfin la pluie, la paix… tout finit toujours par arriver, mais parfois cela dure et c’est pourquoi l’homme donnera chaque fois aux dieux quelque chose qui lui est de plus en plus cher jusqu’au moment où il sera exaucé.

Le judaïsme à travers le personnage d’Abraham choisira de donner sa confiance à un seul Dieu, créateur de toutes les forces naturelles. Il découvrira qu’il ne peut aimer un dieu sanguinaire qui demande des sacrifices humains et nous donnera l’image d’un dieu qui veut la vie et non la mort. Quel grand tournant pour l’histoire de l’humanité ! Plus tard encore, Jésus par son enseignement induira l’idée à ceux qui deviendront chrétiens après sa mort, d’abolir les sacrifices d’animaux. Nouveau pas en avant dans la civilisation !

Pour nous chrétiens, il nous reste donc la prière, les rites, les sanctuaires et sans doute pour nombre d’entre-nous l’héritage d’une façon de penser et d’agir comme nos lointains ancêtres. C’est-à-dire demander tout à Dieu et prier sans cesse pour obtenir ce que l’on désire, en utilisant des enchères. Non plus des sacrifices d’animaux ou d’humains, mais des mortifications, des privations, des offrandes de bougies, des pèlerinages, des recherches d’indulgences… en allant même jusqu’à payer des congrégations priantes afin d’avoir une valeur ajoutée à nos demandes.

Mais qui est ce Dieu que l’homme prie aujourd’hui ?

Comme le disait souvent André Verheyen " la bible nous impose de ne pas faire d’images de notre Dieu, et pourtant la même bible n’arrête pas d’en faire." Oui, nous ne savons rien de Dieu et plus nous avançons en âge, moins nous en savons. Cependant tout au long du Livre, des hommes nous parlent de leurs expériences de Dieu et ne peuvent l’exprimer que par des images. C’est ainsi qu’Abraham nous fait découvrir un Dieu qui refuse les sacrifices humains, qu’à travers Joseph nous trouvons un Dieu qui demande le pardon plutôt que la vengeance, que Moïse nous montre un Dieu se préoccupant des plus faibles au lieu d’accréditer les puissants, qu’avec Amos nous découvrons un Dieu qui veut une justice sociale… pour arriver enfin à Jésus qui nous montre un Dieu Père, un Dieu d’Amour.

Toutes ces perceptions de Dieu qui ont évolué tout au long des siècles sont évidemment conditionnées par le lieu de vie et la culture de l’époque. Elles devront donc nécessairement encore évoluer avec les futures découvertes. C’est ainsi que nous savons aujourd’hui que le Dieu de Jésus qui est aux cieux, ne peut effectivement habiter là-haut. Et, si nous prenons "les cieux" au sens symbolique aujourd’hui, ce n’est certainement pas ce sens là que Jésus lui donnait.

Aujourd’hui de nombreux théologiens, comme de nombreux hommes de la rue ont plutôt l’intuition d’un Dieu intérieur à l’homme. C’est aussi mon sentiment, mais humainement, j’aime aussi comparer l’attitude de Dieu à une mère et un père de famille qui viennent de mettre un enfant au monde. Le tenant dans leurs bras, les parents ne peuvent que lui souhaiter tout ce qu’il y a de meilleur : une vie harmonieuse sans problèmes relationnels, médicaux, ou sociaux. Pour cela, tout au long de sa vie, ils vont donner à l’enfant chéri des conseils, des règles à suivre, des attitudes à prendre. L’enfant, lui en définitive écoutera ou n’écoutera pas, fera son propre bonheur ou son propre malheur. Les parents ne pourront que resplendir du bonheur de leur enfant ou souffrir intensément de leur impuissance devant son malheur. Le plus beau cadeau que l’enfant a reçu, sa liberté, sera pour lui la meilleure ou la pire des choses. En cas de malheur, bien sûr il pourra revenir au bercail pour demander de l’aide à ses parents, mais ceux-ci ne pourront que l’accueillir, l’écouter, lui redonner leurs conseils, mais ils ne pourront jamais faire son bonheur à sa place. Ils ont donné la vie, la liberté mais restent impuissants face à l’accomplissement de cette vie.

C’est ainsi que je vois ma relation à Dieu dans la prière, il ne peut rien faire à ma place, mais je peux être éclairée par son Esprit. Je ne peux attendre que cela : l’éclairage pour vivre selon l’Esprit qui pour moi nous fut révélé par Jésus. J’ai choisi librement de suivre le chemin d’amour, que me montre Jésus, comme but de ma vie. Mes prières, que je préfère appeler méditations sont donc aussi souvent des prises de consciences des écarts qui m’éloignent de l’Amour, mais aussi des recherches de paroles bibliques qui me donneront un nouvel éclairage, des clés pour avancer mieux, des louanges pour les actes d’amour de l’humanité. J’ai cessé toute prière de demande.

En effet, je ne peux que constater que pour des choses essentielles, comme l’enfance violée, la maltraitance, la famine, la pauvreté, la guerre… Dieu n’intervient pas. C’est l’homme qui viole, qui maltraite, qui ne partage pas, qui attaque… …et c’est encore l’homme qui doit changer de comportement. L’homme ne peut que méditer, réfléchir afin de se mettre en condition de choix et de se décider à suivre l’Esprit dans la clarté, plutôt que de suivre le mal dans sa sombre attraction.

Dans notre éducation religieuse, on s’appuyait toujours sur les extraits de Mt7, 7-11 ou de Lc 11, 5-13a pour nous convaincre que " notre Père qui est dans les cieux donnera de bonnes choses à celui qui les demande, que tout homme qui demande reçoit. " On ne nous parlait pas des deux versets Mt 7, 12 ou Lc 11, 13b qui en conclusion de chapitre nous disait chez Mathieu " Faites pour les autres ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous : c’est là ce qu’ordonnent la loi de Moïse et les livres des prophètes " et chez Luc "Le Père qui est au ciel donnera le St Esprit à ceux qui le demandent. " Ce n’est que dans les années 80 que j’ai entendu dire publiquement lors d’une homélie que les textes sont toujours commentés en omettant les finales, mais que c’est cette finale qui est importante. Ce que nous recevons : c’est uniquement l’Esprit et le reste, c’est le comportement que nous devons avoir envers notre prochain. C’est nous qui devons ouvrir la porte, accueillir, écouter, donner et pour arriver à cela nous avons besoin de vivre de l’Esprit.

Je ne peux que constater que face aux forces naturelles, comme les tsunamis, les ouragans, les éruptions volcaniques… Dieu n’intervient pas. C’est l’évolution de la planète, et parfois la main de l’homme qui contrecarre la nature. La prière ne peut modifier l’ordre de la création mais la méditation peut décider l’homme à suivre l’Esprit dans sa solidarité plutôt que de suivre l’égoïsme dans son noir dessein.

Je ne peux que constater que face à la maladie, à la mort, Dieu n’intervient pas. Ce serait tout à fait injuste d’empêcher celui-ci de mourir et pas celui-là, de guérir celui-ci et pas celui-là. De faire naître celui-ci en bonne santé et celui-là handicapé. La prière ne pourra modifier les évènements de la vie mais la méditation peut apaiser l’homme dans la confiance qu’il mettra à accepter d’être porté dans la douleur par les autres ou le décider peut-être de suivre à son tour l’Esprit dans sa tendresse et son réconfort plutôt que de vivre dans l’indifférence.

Je ne peux que constater qu’il est très difficile de dire Merci pour tous les bonheurs que l’on reçoit, alors que dans le même moment, des familles vivent l’horreur. Si le Dieu de Jésus est un père aimant, comme cela doit lui faire mal de voir ses enfants, les uns ayant tout, les autres n’ayant rien. Mais par la méditation l’homme peut prendre conscience que l’autre est son frère et que vivre de l’Esprit du Royaume doit commencer par sa renaissance à une autre vision de Dieu. Alors, il ne dira plus merci pour sa chance, mais merci d’avoir de quoi partager.

En fait, je crois qu’on ne peut aimer Dieu que dans une prière-méditation qui est action. Seules nos actions pour mettre l’autre debout, comme Jésus n’a pas cessé de nous le montrer, sont les plus belles des prières et peuvent être agréable à Dieu me semble-t-il. Bien sûr, cette façon de fonctionner est très, très inconfortable. Comme l’enfant devra prendre son envol, quitter le nid pour VIVRE, il nous faut quitter cette idée sécurisante que Dieu tire les ficelles du monde et que l’on puisse l’influencer par nos prières. Pourtant, il n’y a que de cette façon que nous pouvons DEVENIR ce qu’il espère pour nous quand il dit : " Fils d’homme, mets-toi debout ! " (Ez 2,1)

Notre vocation ne serait-elle pas de devenir autonome ?

ChristianeVan den Meersschaut

 

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Mercredi 26 octobre 2011 3 26 /10 /Oct /2011 11:02

 

Le climat de restauration  s’appesantit  dans l’Eglise. Le “ peuple de Dieu ” a beau poser des questions dans les synodes : Rome ne veut pas les entendre et les nonces font savoir aux évêques  qu’ils ne doivent pas les transmettre. Pareille censure fait penser aux pratiques des régimes totalitaires. La suprématie pontificale contrôle la vie des Eglises, elle nomme souvent des évêques à sa botte, elle fait fi de la collégialité épiscopale et de la sensibilité des fidèles.

 

Des milliers de chrétiens  “ s’en vont sur la pointe des pieds ” sans être écoutés pendant qu’on recherche longuement un accord avec les intégristes. Le souci prévalent de continuité avec le passé commande. N’assistons-nous pas à l’enterrement discret du concile Vatican II ?

 

Quatre cents théologiens universitaires en Allemagne, des centaines de prêtres et de diacres en Autriche, ont élevé la voix. En France, si l’on excepte un petit groupe de prêtres à Rouen, et le communiqué – non signé – de l’équipe nationale du groupe “ Jonas ”,  le silence est compact. En conversation privée, beaucoup de personnes, y compris des responsables d’Eglise, disent leur inquiétude, leur déception. Mais les mêmes ne s’expriment jamais publiquement.  Rome peut penser que ses orientations sont acceptées. L’absence de protestation cautionne, négativement, le pouvoir et les décisions de la monarchie romaine.

 

Pourquoi le silence de tant de prêtres qui ont joué leur vie sur le renouveau du Concile ? Ils ont pris de l’âge, leur capacité de résistance s’est usée devant l’inertie et la suffisance de l’appareil, une lassitude croissante pèse sur eux. “ A quoi bon ? ” Un sentiment d’impuissance les paralyse. Ils continuent à vivre proches de leurs concitoyens et de témoigner de l’évangile “ à la base ”, comme l’on dit, sans plus vouloir influer aux échelons supérieurs. Enfin ils vieillissent. On leur fait sentir parfois qu’ils ne portent pas l’avenir.

 

  Dans cette foule silencieuse de laïcs et de prêtres, que font les théologiens, les hommes de la pensée, ceux qui doivent aider les responsables hiérarchiques par leurs études et leur réflexion ? En France, à l’exception de Joseph Moingt et de Jean Rigal, ils se taisent, eux aussi. Alors qu’ils devraient exprimer et analyser le “ sensus fidei ”, ce que dit l’Esprit dans le peuple, ils demeurent muets. Est-ce le souci de préserver leur chaire, de ne pas compromettre  leur accès à des échelons supérieurs ? On est étonné de constater qu’ils ne forment pas une instance collective de réflexion et d’expression publique. Eux aussi, sans doute, si on les interrogeait, se réfugieraient derrière l’“A quoi bon ? ”. Ils attendent que le vent tourne. Ils disent parfois à tel ami qui parle haut : “ Toi, tu peux le dire, moi, je ne peux pas ”.

 

Hélas, on recueille parfois pareille réflexion sur la bouche de laïcs qui ont des rôles dans l’Eglise où ils sont parfois  permanents, employés et salariés. On parle “ mission ”, “ évangélisation ”, “ peuple de Dieu ”, sans trop savoir ce que ces mots incantatoires engagent dans la pratique. On demeure soumis, souvent dans une étonnante  papolâtrie, qui s’est établie jusque dans les esprits. On accepte, comme si elle était de droit divin, la centralisation romaine qui s’est accrue progressivement au cours des siècles. Comme on est loin des commencements, comme on est loin de la démarche libre de Jésus !

 

Concluons sereinement. L’Evangile est un volcan. On ne l’éteindra pas. Il rentrera à nouveau en éruption féconde. A l’intérieur des Eglises et en dehors d’elles.

 

Gérard Bessière.  18 Octobre 2011

               lu dans "Quelques Nouvelles" n°249.11/2011

 

 

 

 

 

 

 

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Samedi 8 octobre 2011 6 08 /10 /Oct /2011 11:14

" Tout chemin est seulement un chemin.  Il n'y a pas offense envers soi-même ou les autres à le quitter si le coeur t'en dit.  Regarde chaque chemin séparément et délibérément, essaie-les autant de fois qu'il te paraît nécessaire, puis, demande toi, et à toi seul : ce chemin a-t-il un coeur ?  S'il en a, le chemin est bon, s'il n'en a pas, le chemin n'est d'aucune utilité"

 

Carlo Castanedo  

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Dimanche 18 septembre 2011 7 18 /09 /Sep /2011 19:50

 2.  Éditorial - Herman Van den Meersschaut    

 3.  Le mot d'André Verheyen

 4.  Comment concevoir Dieu?  Théisme ou panenthéisme - Marcus Borg

 5.  Une autre approche de Dieu –  Jacques Musset

12. Des grenouilles et de leur bénitier… -  Alain Dupuis

14. Du coté des Prophètes – Antoine Harmant

16. Esprit, es-tu là ? – Marc Dandoy

17. Échos des rencontres du premier samedi du mois :

             Les paraboles du trésor caché, de la perle, du filet, des richesses nouvelles et anciennes

             en Matthieu 13,44-52   - Christiane Van den Meersschaut-Janssens

19. 20e Anniversaire : Mot de bienvenue - Herman Van den Meersschaut

20. Petit historique de LPC – Christiane et Herman Van den Meersschaut

22. Témoignage –  Luc Bossus

25. Témoignage Jean Legein

26. Acte de présence épistolaire à la fête des 20 ans – Alain Dupuis

28. Courrier des lecteurs

NB.Si un article ou si la revue vous intéresse, faites-en la demande à lpc@base.be.  C'est gratuit par internet

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Dimanche 11 septembre 2011 7 11 /09 /Sep /2011 10:54

"Est fanatique celui qui est sûr de posséder la vérité.  Il est définitivement enfermé dans cette certitude; il ne peut donc plus participer aux échanges; il perd l'essentiel de sa personne.  il n'est plus qu'un objet prêt à être manipulé.  C'est là le péché fondamental des religions: faire des adeptes qui ne posent plus de questions" 

 

Albert JACQUARD " Petite philosophie à l'usage des non-philosophes "  

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Vendredi 26 août 2011 5 26 /08 /Août /2011 14:57

 

Deux poids deux mesures : l'avortement pardonné à Madrid

 

C'est avec beaucoup d'angoisse que beaucoup de femmes catholiques liront l'information publiée dans différents journaux cette fin de semaine, information selon laquelle l'archidiocèse de Madrid avec l'approbation papale a donné le pouvoir de pardonner avec indulgence plénière aux femmes qui, à l'occasion de la visite du pape, confesseront avoir avorté. L'impression que nous avons éprouvée est que le pape, le Vatican et certains évêques s'amusent à des jeux de mauvais goût avec les femmes. Nous ne savons pas dans quel monde ces hommes vivent, qui ils pensent être et qui ils pensent que nous sommes !

 

Premièrement, ils accordent le pardon à qui peut voyager pour assister à la Messe du pape et passer par le "confessionodrome" ou par l'ensemble des deux cents confessionnaux blancs installés sur la grande place publique de Madrid appelée "Parc de la retraite". Ils accordent le pardon de ce "péché" à un lieu, un jour et une heure fixés : il en coûte seulement un voyage à Madrid pour se trouver face au pape ! Qui reculerait devant cet effort pour un si grand privilège ?! Il suffit d'avoir l'argent pour le voyage et pour payer le séjour dans un hôtel de Madrid et le pardon sera obtenu. C'est pourquoi nous demandons : quelles alliances la pratique du pardon dans l'Eglise a-t-elle avec le capitalisme actuel ? Comment peut-on vivre un tel réductionnisme théologique et existentiel ? Qui retire un bénéfice de ce comportement ?

 

Deuxièmement, il est étrange d'affirmer que le pardon de ce "crime abominable" est accordé seulement à l'occasion de la visite du pape afin qu'en cette même occasion, les fidèles pécheresses obtiennent "les fruits de la grâce divine" en confessant leur péché. Comment peut-on comprendre qu'une faute est pardonnée seulement quand l'autorité suprême est présente ? N'est-on pas en train de renforcer l' antique et décadent modèle impérial de la papauté ? Quant l'imperator est présent, tout est possible y compris l'expression de la contradiction à l'intérieur de son propre système pénal.

 

Je ne peux pas rappeler dans une réflexion brève comme celle-ci les arguments que beaucoup d'entre nous, femmes sensibles à nos propres douleurs avons répétés au long de beaucoup d'années.(NDLR : voir "Le mal au féminin" chez l'Harmattan). Mais cet événement papal madrilène montre malheureusement une fois de plus un aspect encore bien vivant au Vatican, à savoir l'aspect des querelles médiévales dans lesquelles des questions absolument sans intérêt pour la vie humaine étaient discutées. Plus encore,  il fait la preuve de sa méconnaissance des souffrances des femmes, de sa méconnaissance des drames que les situations de violence provoquent dans nos corps et nos cœurs. En concédant le pardon au "crime d'avortement" comme ils l'appellent toujours, ils montrent, à leur manière élitiste, le visage ambigu d'une institution religieuse capable de céder à l'appareil triomphaliste quand sa crédibilité est en jeu.  Ils peuvent bénir des troupes qui vont tuer des innocents, envoyer des prêtres comme aumôniers militaires dans des guerres toujours sales, faire des déclarations publiques en faveur de l'institution en condamnant les femmes pauvres et opprimées, ouvrir des exceptions à la règle de leurs comportements pour attirer des jeunes - auxquels les grands problèmes de monde sont étrangers - dans le troupeau du pape.

La liste des us et coutumes "transgresseurs" de leurs propres lois est énorme...

 

Pourquoi réduire la vie chrétienne au pain et au cirque ?  Pourquoi donner un spectacle de magnanimité au milieu de la corruption des coutumes ? Pourquoi créer l'illusion du pardon alors que le quotidien des femmes est plein de persécutions et  d'interdictions de leurs choix et capacités ?

 

Nous sommes invité/e/s à réfléchir à l'aspect néfaste de la position du pape et des évêques qui le soutiennent. Le pape n'a pas accordé pardon et indulgence totale et entière "urbi et orbi" c'est à dire à toutes les femmes qui on avorté mais seulement à celles qui se sont confessées à ce moment précis et à l'occasion de sa visite en Espagne…  N'est-ce pas une fois de plus utiliser les consciences, en particulier celles des femmes à des fins d'expansionnisme de leur modèle pervers de bonté ? N'est-ce pas une fois de plus ouvrir des concessions en obéissant à une logique autoritaire qui veut restaurer les antiques privilèges de l'Eglise dans quelques pays européens ? N'est-ce pas une façon d'acheter les femmes en les humiliant devant la soi-disant magnanimité des hiérarques ?

 

Les autorités constituées dans l'Eglise catholique et dans d'autres Eglises sont-elles encore chrétiennes ? Suivent-elles encore les valeurs éthiques humanistes qui exigent le respect de toutes les vies et spécialement de la vie des femmes ?

 

Je crois qu'une fois de plus, nous sommes convoqué/e/s à exprimer publiquement notre sentiment de rejet devant l'utilisation de la vie de tant de femmes comme prétexte de la magnanimité du cœur du pape.

 

Nous sommes convoqué/e/s à être le corps visible de nos croyances et de nos choix.

En faisant cela, nous ne sommes meilleurs que personne. Nous sommes tous et toutes pécheurs et pécheresses capables de nous frapper l'un l'autre, capables d'hypocrisie, de mensonge et de cruauté raffinée. Mais nous sommes aussi capables de partager notre pain, d'accueillir celle qui est abandonnée, de vêtir celui qui est nu, de visiter le prisonnier. Nous sommes ce mélange, expression de notre moi, de nos dieux, des épines dans notre chair qui nous invitent et nous convoquent à vivre au-delà des façades derrière lesquelles nous aimons nous cacher.

 

Ivone Gebara, écrivain, philosophe et théologienne pour Adital, 22 août 2011

texte traduit par Marie-Paule Cartuyvels.

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Mercredi 13 juillet 2011 3 13 /07 /Juil /2011 19:22

" Comme dans les sciences de la nature, en théologie aussi la conscience d'une crise croissante est le plus souvent le point de départ conduisant à un changement radical dans les présupposés fondamentaux admis jusque-là, et finalement à l'irruption d'un nouveau modèle de pensée : dès lors que les règles et méthodes mises en oeuvre jusque-là défaillent, elles coduisent à explorer des voies nouvelles"

 

Hans Kung.  Une théologie pour le troisième millénaire

Par Libre pensée chrétienne - Publié dans : la pensée du mois
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