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Mercredi 25 août 2010 3 25 /08 /2010 17:11

Maurice Bellet, philosophe, théologien et psychanalyste nous donne quelques réponses lors d’une conférence organisée par les "Semaines sociales" à Paris en 2005. Conférence relatée par Myriam TONUS dans "Entrées libres 3/2005" et reprise ici très librement.

 

"L’être humain, une fois né, doit pourtant encore naître à son humanité".  Est-ce une "affaire de pédagogie, de bonnes méthodes éducatives, de judicieux programmes ?  Sans doute.  Mais tout cela est second, absolument second, par rapport à la question primordiale : qu’est-ce qui fait notre propre vie, qu’est-ce qui lui donne goût et force ?

Savoir lire permet de lire, savoir raisonner permet de circuler dans les sciences, parler plusieurs langues permet d’entrer dans des univers différents, etc..  Dans la diversité même des cultures et les limites inévitables, n’est-ce pas là comme une première communion humanitaire ? "

 

Cependant la culture, les connaissances ne sont pas des garanties d’humanité. Maurice Bellet nous rappelle la pensée du philosophe George Steiner : la culture ne protège pas de la barbarie.  " Il y avait chez les nazis, de bons musiciens, d’excellents scientifiques, des médecins compétents.  Et il se trouve, aujourd’hui même, d’éminents spécialistes dont l’inhumanité est elle aussi éminente : incapables d’écouter et d’entendre, féroces envers leurs proches,  manipulateurs, avides de pouvoir et d’argent, apprentis sorciers que la fabrication du pire n’effraie pas, si elle leur donne la joie de la découverte et des moyens de réussite".

A ces propos pessimistes, Maurice Bellet ajoute cependant que "l’humain n’a pas disparu ; il vit et se transmet, et fait que parmi les jeunes générations, il y a autant d’espoir de vie, de vie humaine, que naguère ou autrefois".

Mais il faut rester lucide : "Le train où va le monde risque bien de nous mener vers un mur ou vers un trou, et il y a assez de symptômes de la fragilité de ce monde actuel pour s’en inquiéter".

 Il pointe alors une forme de mal-être diffus, larvé, à l’œuvre souterrainement dans bien des vies, y compris les plus réussies en apparence. "C’est là. Mais, par rapport à d’autres périodes, c’est comme sous anesthésie.  Même si ça déferle dans les médias, information ou fiction, c’est comme si cela n’entamait pas le joyeux entrain du jeu universel".  Le bonheur comme religion unique est devenu une forme d’évidence : "C’est toute la puissance de la religion sans la référence à Dieu, à moins qu’on ne le nomme comme en l’Évangile : Mammon, l’Argent.  Cette religion-là, bien sûr, a son credo, son culte, sa morale.  Elle veut, en particulier, que nous soyons heureux, c’est-à-dire que nous devons en tout cas en avoir l’air et que les détresses métaphysiques comme les questions abyssales relèveraient désormais de la pathologie ou de la préhistoire"

 

Dans ce contexte "le retour du religieux" est un symptôme parmi d’autres, celui d’un besoin plus fondamental.  "Nous habitons un monde désenchanté ; et le réenchanter avec nos théories et nos produits ne va pas de soi.  La faim en l’homme n’est pas seulement faim de pain ou de viande, mais d’une parole qui l’autorise à être" Dans une société de compétition féroce, comment être humains ?  Tel est en effet le besoin premier, présent au cœur de tout homme, de toute femme.  "Qu’est-ce qui fait humaine la vie humaine ?  C’est que l’être humain soit accepté, reconnu, écouté, nourri de présence, d’affection, de parole ; enfin, lâchons le mot parce qu’il n’y en a pas d’autre, ce dont l’être  humain a besoin, c’est d’amour.  Ce que nous avons à transmettre, ce n’est pas seulement tel bien, tel savoir, telle conviction, telle technique.  C’est une relation, qui court parmi les humains, qui passe de génération en génération, comme le bâton témoin dans une course de relais" L’amour dont il est ici question  n’a rien du "bavardage sentimental»  "C’est le tout à fait minimum : que chaque humain soit considéré comme humain, et non comme une bête, une chose, mais c’est aussi le maximum : une humanité faite d’humains qui sont les uns pour les autres accueil, bienveillance, respect, écoute réciproque, tendresse mutuelle, non-jugement…".  Et il ajoute : "L’amour vous paraît simple et niais ?  Essayez donc de vous y mettre, dans cette dimension-là…".

 

Dans cette œuvre d’humanisation, la mémoire occupe un rôle central : "Nous savons désormais qu’il n’est d’avenir qu’à proportion de la mémoire qu’on sait garder ; sinon le temps compressé, haletant, devient cette surface glissante où ne compte plus que l’immédiat, le court terme"  C’est là que peut trouver place et sens ce que Maurice Bellet appelle les grandes paroles initiatrices.  Celle de l’Évangile, bien évidemment, mais elle n’est pas la seule.  Qu’y a-t-il, par là, qui ne doit pas mourir, qu’il faut absolument transmettre ?  Et pas comme un contenu à répéter, mais bien comme une source à redécouvrir…L’enjeu n’est pas la survie de telle ou telle religion, mais bien  de trouver, dans ces paroles premières, de quoi penser le développement de l’humain en l’homme.  "Nous devons avoir le courage de dépasser les remuements de la surface, de risquer le long et le très long terme.  C’est-à-dire : nous devons avoir le courage de penser, dans une société où il semblerait, à certains symptômes, que penser, ce qui s’appelle penser, devienne de plus en plus difficile".  Plaidoyer pour un travail de la raison, non seulement dans le champ des savoirs, mais encore dans tout ce qui concerne l’humain.  Notre monde est apparemment régi par deux principes : "Tout est possible, tout est permis : principes ô combien séduisants mais qui, si nous y sommes livrés sans reste, sont proprement délirants"  C’est pourquoi, l’œuvre d’éducation s’apparente désormais à une forme de résistance critique.  Et dans cette œuvre, l’école à un rôle fondamental à jouer.  S’il ne s’agit pas de nourrir une adhésion aveugle au monde tel qu’il va, il ne s’agit pas davantage de le mépriser.  L’éducation se doit désormais d’envisager le long terme.  Ce qu’il faut transmettre, c’est essentiellement "une attitude, l’attitude juste.  C’est d’abord, la lucidité ; le courage, sans faiblesse, de faire la vérité, de voir ce qu’il en est.  C’est aussi, dans ce qui reste de marge, faire tout ce qui est dès maintenant possible, par rapport aux grandes exigences du respect de la nature, du respect de l’homme, de la solidarité, de la préservation de l’avenir – et il apparaît que nous pouvons sans doute faire beaucoup plus que nous ne croyons"

 

Pour terminer, Maurice Bellet trace la voie en trois propositions : réaliser le possible, préparer le souhaitable, discerner le nécessaire.  "Le problème-clé de la transmission, c’est que nous soyons capables d’avenir, vivant non seulement au jour le jour et résignés au train des choses, mais portant une espérance qui sera ressentie comme ce qui donne le goût de vivre".

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Lundi 23 août 2010 1 23 /08 /2010 10:52

"Lorsque, en tous domaines, une chose vraiment neuve commence à poindre autour de nous, nous ne la distinguons pas, pour la bonne raison qu'il nous faudrait voir dans l'avenir son épanouissement pour la remarquer à ses débuts.  Et quand, cette même chose ayant grandi, nous nous retournons pour en retrouver le germe et les primes ébauches, ce sont ces premiers stades qui se cachent, détruits ou oubliés."

 

Teilhard de Chardin

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Samedi 24 juillet 2010 6 24 /07 /2010 10:04

"Ce n'est pas seulement la question qui s'est trouvée abîmée par trop de réponses, qui ont prétendu atteindre la perfection de la vérité, mais c'est l'homme lui-même, dont la quête a été brisée".

 

Bernard Feillet

Par Libre pensée chrétienne - Publié dans : la pensée du mois
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Mardi 13 juillet 2010 2 13 /07 /2010 12:06

A PROPOS DE LA CRISE DE L'EGLISE

Vendredi 9. Juillet 2010   dans les news de Eglise-Wallonie

L'Avenir - toutes éditions, 08/07/2010

" Les dérapages sont dus à une sexualité déconnectée "

Gabriel Ringlet, vous êtes pro-recteur émérite de l'Université Catholique de Louvain,  mais aussi un prêtre progressiste. La transparence dont parle l'Église à propos de la
pédophilie, est-ce suffisant ?

Non ! L'Église doit réexaminer son discours sur la sexualité. Sinon, ça va
la rattraper et elle s'y perdra plus encore. Aujourd'hui, c'est soit
l'enfer, soit le paradis. L'Église juge qu'il y a trop de relativité,
qu'il faut des règles, et en même temps on ne tient pas des paroles à
hauteur d'homme et il y a un trop plein d'absolu. Or, aucun de ces
discours ne correspond à la réalité. Il faut en changer si on veut
rencontrer le problème de la pédophilie chez les prêtres et si on veut
éviter que les plus faibles ne se perdent, terrorisés qu'ils sont par un
discours démoniaque.

Une sexualité brimée chez les prêtres, c'est ça qui mène aux dérapages ?

J'ai consulté beaucoup de spécialistes. Tous me disent qu'il y a deux
types de pédophiles : les tyrans, violents, qui veulent avoir de
l'emprise sur l'enfant parce qu'ils ont eux-mêmes subi des blessures étant
jeunes, et puis ceux qui sont gentils, plus doux, dont la déviance vient
de l'immaturité sexuelle. La grande majorité des prêtres font partie de
cette catégorie. Ils cherchent leur propre enfance chez l'enfant. Et puis
ça dérape parce qu'ils ont une sexualité déconnectée. Personne dans les
séminaires ne leur permet de travailler là-dessus. Dans les années 70, je
me souviens qu'on ne nous a rien caché, par contre. Sur ce point, l'Église
a beaucoup fait marche arrière.

Concrètement, ça veut dire qu'il serait bon d'autoriser le mariage des
prêtres ?

Ça ne réglerait pas tout. On connaît des gens mariés qui sont pédophiles.
Mais, oui, j'ai toujours été partisan du libre choix du prêtre en la
matière.

Mais dans le débat sur la pédophilie, il y a plus fondamental : il faut
surtout cesser d'avoir ce rapport infantile à l'autorité, que les prêtres
soient adultes et aient un style de vie plus viril. Il faut également que
les prêtres aient un environnement relationnel réel. Ils sont trop isolés.
Enfin, arrêtons d'avoir peur des femmes. L'Église a un déficit terrible
sur ce coup-là. Elle doit faire une place à la femme, y compris jusque
dans son clergé qui doit devenir mixte.

" Ne pas rajouter de l'inhumain à l'inhumain "

Gabriel Ringlet, que faut-il faire avec les prêtres pédophiles ?

Je suis scandalisé quand on veut faire des prêtres pédophiles les derniers
des parias parmi les parias. Même eux ont le droit de s'en sortir. Ils ont
aussi besoin de compassion. Et je ne dis pas cela uniquement pour leur
bien, mais pour le bien de tous. Le pardon est indispensable à la
transformation du coupable. Il ne faut pas rajouter de l'inhumanité à
l'inhumanité. Sinon le monde tombera encore plus bas. Alors, oui,
évidemment que la Justice doit faire son oeuvre. Mais après, il faut
casser le cercle infernal. Bien sûr qu'il faut éviter qu'un prêtre
pédophile soit encore en contact avec des enfants. Mais on ne peut jamais
abandonner quelqu'un à son sort. Et ça, c'est valable pour tout le monde.

Doit-on, comme le dit le pape, renvoyer les prêtres pédophiles à la laïcité ?

Ils doivent êtres jugés. Mais surtout, il faut tout faire pour les aider à
réparer. Les victimes ont surtout besoin qu'ils reconnaissent les faits
publiquement. Ensuite, je trouve normal qu'il y ait une sanction
ecclésiastique en leur interdisant provisoirement de pouvoir administrer
les sacrements. Mais de nouveau sans les abandonner à leur sort.

Les sanctions de l'Église, c'est un peu du cosmétique. Comment la
convaincre qu'il faut attaquer le mal à la racine, changer sa manière
d'aborder le problème ?

Il faut que les catholiques d'ouverture se réveillent. Jusque dans les
plus petites paroisses, il y a des gens d'ouverture formidables. Il faut
qu'ils disent bien haut ce qu'ils pensent tout bas. La seule manière
d'aider l'Église, c'est de l'interpeller. C'est parce que nous aimons
l'Église qu'il faut oser lui parler clairement.

Vous avez l'impression que ce qui lui arrive est mérité ?

Si on parle de l'Église comme celle des baptisés, des écoles, des
mouvements, des paroisses, non. Ce qui se passe est très douloureux pour
l'Église concrète.

Par contre, si on parle du système clérical, oui, c'est mérité. Et il doit
maintenant réfléchir à ce qui lui arrive actuellement.

M. Dum.

 

Par Libre pensée chrétienne - Publié dans : Vu dans la presse
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Dimanche 6 juin 2010 7 06 /06 /2010 23:36

Il est légitime que le monde nous demande à quoi nous servons, nous, chrétiens.

Je crois que la seule réponse que nous puissions lui faire est celle-ci : à puiser dans notre foi l'énergie de créer un peu plus d'humanité autour de nous.

Oui, on peut encore être chrétien aujourd'hui, si notre foi nous conduit à humaniser le monde qui nous entoure.

 

Olivier Le Gendre dans "Confessions d'un cardinal"

Par Libre pensée chrétienne - Publié dans : la pensée du mois
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Lundi 31 mai 2010 1 31 /05 /2010 11:00

 2.   Editorial - Herman Van den Meersschaut

 3.   Le mot d'André Verheyen…

 4.   Chemin de vie sans Dieu - Bernard Baudelet

12.  Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous  -  Michel Fortun

15.  La définition théiste de Dieu - John Shelby Spong

16.  André Myre : Pour l’avenir du monde.  La résurrection revisitée - Un groupe Marcel Légaut

20.  Qui sème le vent… - Alain Dupuis

24.  Echos des rencontres :

          La femme adultère : Jean 8,1-11 - Christiane Janssens-VdM

          La résurrection de Jésus : Matthieu 28, 1-10 – Monique Levie    

26.  A lire… :

          Hans Jonas : Le concept de Dieu après Auschwitz Marie-Jeanne De Pauw

27.  Témoignage : CLP, groupe de réflexion de Braine-l’Alleud – Suzanne Veldeman

28.  Résurrection de Jésus et tombeau videPaul Abéla

29.  Prière : Notre PèrePaul Abéla

30.  Courrier des lecteurs     

 

Par Libre pensée chrétienne - Publié dans : SOMMAIRES REVUES
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Mercredi 19 mai 2010 3 19 /05 /2010 11:43

La Pentecôte, du grec "pentècostè (hèméra)": cinquantième (jour) nous indique que la fête célébrée ce jour-là a bien lieu cinquante jours après la Pâque.

 

Pour nos ancêtres dans la foi, le sens de cette fête a évolué d’après leur histoire, avant que les chrétiens à leur tour, après l’événement pascal, lui donnent un sens nouveau.

 

Originellement, dans l’ancien Israël, c’était la "Fête de la Moisson"( Ex 23,16 ;34,22), jour de joie et d’action de grâce (Nb28,26 ;Lv23,16ss).  On y offre les prémices de ce que la terre a produit, et cela, sept semaines après la Pâque et l’offrande de la première gerbe (Lv23,15).  D’où, l’origine du nom de la fête juive "Chavouoth », qui veut dire semaine.  Symboliquement, les sept semaines évoquent une plénitude, un renouvellement complet.

 

Plus tard, la fête évolue.  En effet, on se rappelle que c’est une cinquantaine de jours après la sortie d’Egypte (célébrée par la Pâque) que les ancêtres avaient écouté Moïse proclamer les dix paroles dont il venait de recevoir la révélation.  C’est alors que le peuple réuni au pied du mont Sinaï avait conclu l’Alliance avec Yahweh.  La fête de Chavouoth devint naturellement l’anniversaire du "Don de la Torah".

 

L’association de la "fête de la Moisson" et du "don de la Torah" semble remonter au IIe siècle  avant Jésus-Christ d’après le livre des Jubilés, un écrit de cette époque.  Ce sens se généralise au début de notre ère, d’après les écrits rabbiniques et les manuscrits de Qumrân.

 

Albert Guigui, Rabbin de Bruxelles, nous dit qu’aujourd’hui encore, à la fête de Chavouoth :

"…les Juifs commémorent le jour de la révélation du Sinaï, par l’étude des rites, par la lecture des livres bibliques et par les actes : une infinie responsabilité dans chacune de leurs actions︠".

 

Une vieille légende disait que, le jour du don de la Loi que Dieu fit à Moïse, sur le mont Sinaï, l’Esprit de Dieu était descendu sur septante familles hébraïques sous la forme de feu.  Or, les Juifs, pensant qu’il n’y avait que septante nations dans le monde, y voient le signe que leur Loi devait s’étendre comme un feu aux autres nations du monde.

 

Est-ce cette idée de révélation spirituelle destinée à toute l’humanité qui incite Luc à ajouter un troisième sens au "cinquantième jour" du calendrier juif ?  Pour lui, cette fête doit nous rappeler le don de l’Esprit promis et la naissance de l’Eglise universelle.

 

Si Jean lie en un seul événement la Résurrection, l’Ascension et le don de l’Esprit, nous pouvons remarquer par ailleurs que ni Paul, ni Marc, ni Matthieu ne connaissent l’existence d’une Pentecôte chrétienne.  Luc lui-même n’en parle pas dans son évangile, mais nous donnera dans un récit tardif : les Actes des Apôtres, le récit de la"Pentecôte chrétienne".  Son texte de l’effusion de l’Esprit est émaillé d’images bibliques et symboliques traditionnellement associées à une manifestation divine.

 

Hans Kung nous fait remarquer : " Il est aujourd’hui difficile de dégager les éléments historiques cachés derrière son récit.  Lors de la première Pentecôte, après la mort de Jésus, de nombreux pèlerins sont sans doute venus à Jérusalem.  Il est parfaitement possible que la première assemblée des adeptes de Jésus, revenus en majorité de Galilée à Jérusalem, se soit tenue à cette occasion et qu’elle se soit constituée en communauté eschatologique dans un enthousiasme charismatique favorisé par l’atmosphère ambiante.  Il se pourrait que Luc ait rattaché à la Première Pentecôte une tradition relative à la première manisfestation d’une extase collective inspirée qui aurait eu lieu à Jérusalem".

 

Les premiers chrétiens ne célèbrent pas une Pentecôte chrétienne, mais c’est en grande allégresse qu’ils fêtent Pâques pendant 49 jours.  Saint Athanase ( 295-373), Père de l’Eglise, appelait cette période "le grand dimanche".  En effet, au IIIe siècle, quand on parle de Pentecôte dans l’Eglise, c’est pour désigner la durée de ces 49 jours et non la fête du

"cinquantième jour".  Au cours de la liturgie, on ne priait que debout et non à genoux, on ne jeûnait pas et on chantait l’Alléluia à profusion.  Au IVe siècle, on se met à célébrer le

"cinquantième jour", mais…c’est pour y fêter l’Ascension !

 

L’unique mention d’une Pentecôte chrétienne dans les Actes de Luc, s’est cependant très fortement imposée à la conscience de l’Eglise, puisqu’à partir du Ve siècle, on a commencé à célébrer le cinquantième jour après Pâques, lors d’une fête bien distincte.  Dès lors, une nouvelle conception historicisante de la fête est apparue à l’encontre de la période de cinquante jours de joie pendant laquelle on célébrait ensemble comme un même événement : la Résurrection, l’Ascension et l’envoi de l’Esprit.  De nos jours, dans la liturgie, c’est en éteignant le cierge pascal au soir de la Pentecôte que l’on veut signifier que le temps pascal est clos.

 

Si Luc mentionne le"parler en langues" ou "glossolalie" c’est que cela arrivait fréquemment  dans les premières communautés chrétiennes fondées par Paul, et cette attitude remontait bien avant la date présumée de la composition des Actes.  Toutefois, ce phénomène n’impliquait pas la capacité de parler en langues étrangères, il consistait à émettre des "sons extatiques, inintelligibles, incompréhensibles pour les autres" et qui allaient parfois jusqu’à suggérer la démence.  Luc semble d’ailleurs y faire allusion lorsqu’il note que, parmi les spectateurs, certains  pensaient que les Apôtres étaient ivres (Act2,13).  Quand aux références ultérieures à la glossolalie (Act10,46 ;19,6), elles ne font pas allusion  à des langues étrangères.

 

Ce récit de Luc a engendré, au fil des ans, de nouvelles communautés qui vont "parler en langues".  C’est au début du XXe siècle qu’est né le "Pentecôtisme" dans les milieux protestants américains.  "Parler en langues" est pour eux une manière de rendre le culte. Ce mouvement n’a pas été accueilli par les Eglises et a continué à vivre hors d’elles.  Il est considéré comme une secte.

 

Un Néo-Pentecôtisme a vu le jour vers 1950 dans les milieux protestants américains et a pris une orientation largement œcuménique.  Il s’est développé en particulier, dans les milieux catholiques américains d’abord, puis européens pour arriver en France en 1971.  Ce courant spirituel nomme les adhérents : "charismatiques" (du mot grec signifiant : don) car ils utilisent les dons de l’Esprit.  Ils pensent que l’Esprit ne cesse de distribuer ses dons selon sa volonté et accorde des dons différents à chacun.  Ils sont persuadés que par la prière ils peuvent provoquer l’effusion de l’Esprit dans le groupe et ils affirment que l’Esprit authentifie leurs paroles et leurs actes d’évangélisation par des signes visibles : guérison, parler en langues, interpréter le "parler en langues", prophétiser, avoir le discernement des esprits, libérer des esprits mauvais, faire des miracles.

 

Ce mouvement est encouragé par Paul VI dès 1975 et plus tard par Jean-Paul II.  Il se vit le plus souvent en groupes de prière se réunissant une fois par semaine sous la conduite d’un responsable appelé "Berger".  Chaque groupe a sa physionomie propre marquée par son histoire et par des signes perçus comme venant de Dieu.  Ils croient en l’immédiateté de Dieu dans leur vie et lisent généralement les textes bibliques de façon littérale et historicisante.  Si nous sommes souvent admiratifs devant leur générosité et leur attention aux souffrants, nous regrettons par ailleurs la faiblesse de leur sens critique dans leur approche théologique.

 

La Pentecôte 1991 a vu naître notre mouvement "Libre Pensée Chrétienne"  Et comme on le voit, l’Esprit, en tout temps, souffle où Il veut.  De la sorte, les Actes qui traitent de la croissance du peuple de Dieu et qui soulignent le rôle essentiel de l’Esprit dans nos vies est bien d’actualité et parole de Dieu pour nous aujourd’hui.

 

Christiane Van den Meersschaut-Janssens

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Vendredi 7 mai 2010 5 07 /05 /2010 09:47

" Nous ne savons rien de Dieu en dehors de la connaissance de notre propre humanité.  Si nous acceptons ce point de départ comme une évidence, nous ne pouvons éviter d'en tirer les enseignements.  La première conséquence, puisque l'humanité change, c'est que le mystère de Dieu connu en notre humanité se transforme aussi.  Si l'humanité échappe à ses archaïsmes primitifs, le mystère de Dieu échappera aussi à ses représentations archaïques. Et si l'humanité prend conscience de son universalisme, le mystère de Dieu sera reconnu comme universel.  La deuxième conséquence est que si Dieu n'est jamais atteint, son mystère ne cesse d'être le sujet de notre exploration.  Nous avons pour poursuivre cette exploration toute l'histoire à venir de l'humanité.  Comme notre histoire n'est pas close, le mystère de Dieu ne peut être circonscrit dans une parole qui se prétendrait définitive.Toute parole sur le mystère de Dieu ne peut être que parole ouverte sur une autre parole"

 

Bernard Feillet, l'étincelle du divin, DDB,2006

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Mercredi 31 mars 2010 3 31 /03 /2010 23:57

"La manière du Christ ressuscité c'est de s'effacer des yeux de la chair pour les yeux de la conscience, présence à l'intérieur des consciences, présence dynamique et qui rassemble."

 

Philippe Bacq ( Conférence 03.04.2003 >Salle Excelsior, Jette)

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Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /2010 18:37

      Jésus dans cette belle parabole est d’abord présenté comme "le Bon Berger" et ensuite comme "la porte des brebis"

 

      Jean commence par évoquer les faux bergers : ces voleurs et ces brigands qui passent par-dessus le mur.  Je reconnais volontiers en ceux-ci tous les violeurs de conscience et les manipulateurs de toutes les institutions religieuses ou politiques qui enferment dans leurs bergeries les gens crédules et fragilisés, les garants de croyances infantilisantes mais souvent rassurantes et consolantes, ce qui fait, sans doute, leur succès relatif.

      Voilà bien l’image, souvent critiquée, du troupeau bêlant de fidèles obéissant sans réfléchir à leur gourou.  Les gourous, ce n’est pas seulement les sectes.  Et les sectes, ce n’est pas seulement les petites sectes.  Il y a des sectes dans toutes les Eglises, dans toutes les religions.  S’y retrouvent tous les nationalistes, les intégristes de tous poils, les terroristes Talibans et autres, mais aussi la pensée unique du grand capital.  Ces faux bergers-là, LPC les a toujours fuis et dénoncés.

 

      Le Bon Berger, dit Jean est celui qui entre par la porte et qui d’emblée annonce la couleur et s’adresse à la conscience de l’homme avec un respect infini.  Il ouvre la porte et parle à ses brebis personnellement par son nom et les mène toutes dehors.  Dehors ! Bien sûr, parce que la conscience ne peut être enfermée !

       Encore et toujours Jésus "fait sortir" chaque homme, non pas la masse informe du troupeau, non, chaque homme en tant qu’être unique et irremplaçable, pour qu’il vive sa vie, son chemin

 

       Il était triste de voir, il y a quelques années, les moutons anglais, prisonniers de la fièvre aphteuse, patauger dans le cloaque qu’était devenu leur vert pâturage.

        Le mouton a besoin de grands espaces pour se nourrir et s’épanouir.  Ainsi l’homme a besoin de liberté, de rencontre, de dialogue, mais les autorités religieuses de tous bords ont toujours su trouver des bons arguments pour enfermer et ainsi protéger leurs troupeaux contre les dangers des fièvres aphteuses que sont l’utilisation de la raison, la lecture symbolique des Ecritures, la confrontation des idées, la laïcité, la diversité des expressions religieuses et philosophiques.  LPC, quant à elle, a toujours refusé le repli frileux et a, au contraire, toujours prôné le dialogue le plus large possible

 

        N’est-ce pas magnifique de voir Jean identifier Jésus à la porte de la bergerie : " Je suis la porte des brebis.  Celui qui entre par moi sera sauvé ; il pourra entrer et sortir et il trouvera sa nourriture".  Y a-t-il formule plus claire que celle-là pour exprimer l’invitation à la liberté dans notre recherche de nourritures spirituelles ?

        Jésus : le Bon Berger-Porte.  Quelle image !  Un Berger qui vous invite à le "traverser", à dialoguer avec lui, à vous nourrir de lui et, enfin, à sortir et à aller votre chemin.  Jésus nous révèle un Dieu infiniment respectueux de notre liberté.  J’aime voir Jésus comme "révélateur" du Dieu d’Amour en nous, comme l’image photographique qui apparaît doucement lorsqu’on passe le papier sensible dans le révélateur.  Bien sûr, comme le dit St Paul, pour le moment nous voyons "comme dans un miroir", un peu flou et à notre image.  Mais un jour, sans doute…

        Ainsi, si nous la traversons, la Porte-Jésus ouvre un chemin dans l’océan de nos vies, océan où chacun d’entre-nous a son chemin à tracer.  C’est le chemin de l’Amour (Agapè) où chacun devient berger, porte, brebis, révélateur pour ses frères et sœurs.

 

         C’est ce que nous essayons de vivre un peu à LPC.  Je peux dire sincèrement que pour moi et pour beaucoup d’entre-nous, je pense, LPC est une porte ouverte sur la découverte émerveillée des richesses des Ecritures, mais aussi une bouffée d’air frais venu du large, balayant souvent dogmes et croyances d’un autre âge.

         Le cheminement vers une pensée libre, tout en restant chrétienne, n’est pas facile.  La rencontre d’autres chrétiens en recherche nous aide beaucoup et conforte notre démarche, car cela n’a rien de confortable ni de rassurant de naviguer à vue, en dehors des grandes croisières officielles de notre Eglise.  Mais quelle belle traversée !

                                                            Herman Van den Meersschaut

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