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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 16:00
bateau lpcEt tu trouveras le trésor qui dort en toi
Laurent Gounelle

Jacques Famerée nous propose un extrait d’un livre de Laurent Gounelle : « Et tu trouveras le trésor qui dort en toi » publié aux Editions Karo. (de la page 314 à 318)

Dans une église, l’assemblée attend avec impatience le père Jérémie qui doit célébrer la messe. Celui-ci est, en fait, volontairement retenu à l’évêché afin de perturber son travail pastoral jugé trop progressiste, trop " hors normes" par les autorités ecclésiastiques. Une personne réagit et s’adresse à l’assistance.

……

Je m’appelle Alice, je suis une amie d’enfance du père Jérémie. Bien que l'ayant souvent vu à l'œuvre, je ne suis pas sûre de savoir respecter tous les codes de la messe mais...

- Croyez-vous en Dieu, au moins ?

La voix tonitruante déchira le calme de l'édifice et les vibrations résonnèrent de toutes parts. Stoppée net dans son élan, Alice regarda vers sa gauche, d'où avait fusé la question.

Elle ne repéra pas l'homme qui l'avait prononcée. A sa voix, il devait avoir une soixantaine d'années. Sans doute un voisin connaissant la réputation athée de sa famille.

Embarrassée Alice chercha ses mots, et son absence de réponse immédiate provoqua une nouvelle onde de murmures dans l’église.

Elle leva de nouveau les yeux dans la direction de l'inconnu.

- Dites-moi qui est Dieu et je vous dirai si j'y crois.

Un nouveau bourdonnement parcourut la nef, puis le silence revint.

Tous les visages se tournèrent dans la direction de l'homme. Mais la réponse ne vint pas. Celui qui avait été si prompt à interpeller Alice sur sa croyance en Dieu ne semblait pas capable de dire qui il était.

Elle prit alors son inspiration et se lança.

- Je me suis longtemps considérée athée, puis j'ai découvert la valeur des paroles de Jésus que j'ai alors perçu comme un grand sage. J'ai appliqué ses préceptes pour les expérimenter moi-même, et j'ai été troublée par ce que j'ai alors vécu. J'ai compris qu'ils me guidaient vers la libération de mon ego, et les rares fois où j'y suis effectivement parvenue pendant quelques instants, j'ai touché du doigt ce qui ressemble à une autre réalité, un monde où je ne cherche plus compulsivement à exister indépendamment des autres, un monde où je me sens au contraire connectée aux autres, au point de fusionner avec eux, avec l'univers, avec tout. Peut-être est-ce un aperçu de ce que Jésus appelait « le Royaume des cieux »? Je n'en sais rien. Peut-être est-ce une connexion à la part de divinité présente en nous? J'ai en effet souvent entendu qu'au fond de nous, il y a le péché. Aujourd'hui, je sais que c'est faux : au fond de nous, il y a le divin. Le péché n'est que ce qui nous en détourne. Alors est-ce que Dieu existe ? J'ai longtemps ri à l'idée d'un vieux barbu sur un nuage, doté de pouvoirs exceptionnels. Les Juifs ont sans doute raison de refuser de nommer Dieu. Nommer met des images dans notre esprit, personnifie ce qui n'est pas une personne, transforme en matière ce qui est immatériel. Le simple mot « Dieu » m'évoque en effet un personnage ayant une existence palpable, doté de pouvoirs absolus, qui régenterait tout, des naissances aux morts en passant par les destins de chacun et la marche de l'univers. En cela je ne peux croire. En revanche, il existe peut-être une force créatrice, une énergie, une conscience dont nous serions sans le savoir un élément, une fraction, un chaînon. Tout comme notre corps est une poussière d'étoiles, un fragment de l'univers, notre conscience serait un fragment d'une conscience universelle et d'une force créatrice auxquelles on appartiendrait tout en s'en croyant détaché et indépendant, parce que jouissant en plus d'une conscience individuelle.

Elle balaya du regard l'assemblée des fidèles.

- Notre conscience individuelle nous ferait oublier cette conscience universelle qui est aussi nôtre, et notre ego nous en couperait en nous poussant à nous désunir, nous séparer pour se distinguer individuellement.

Elle reprit son inspiration quelques instants.

- Si c'est cette énergie impalpable, cette force créatrice, cette conscience universelle que l'on appelle Dieu, alors Dieu n’est pas une puissance extérieure que l'on doit implorer pour obtenir des faveurs comme si l'on s'adressait à un maître de l'univers.

Ce serait plutôt une force cosmique mais aussi intérieure à laquelle on peut se connecter et à travers laquelle on peut revivre, à la manière d'un retour au bercail, en se libérant de ce qui nous en sépare, c'est-à-dire notre ego. Au Xlll° siècle, Maître Eckhart disait : « L'homme doit être libre de cette manière qu'il oublie son propre moi et reflue, avec tout ce qu'il est, dans l'abîme sans fond de sa source. » Même s'il n'employait jamais ce terme, Jésus invitait sans cesse à se libérer de l'ego. J'ai personnellement tout essayé pour y parvenir, et n'ai réussi que de façon très ponctuelle. Plus on veut s'en libérer, et plus il résiste, en effet, et cela explique l'échec de la culpabilisation à laquelle se sont livrés les chrétiens pendant des siècles. La résistance de l'ego est sans doute illustrée dans les Évangiles par la grande difficulté qu'ont les apôtres à appliquer les préceptes de Jésus, à éveiller le divin qui sommeille en eux. En fait ils n'y parviennent guère et Jésus s'en lamente tout du long, jusqu'au dernier soir avant son arrestation, où il leur demande de veiller et aucun n'y parvient: tous s'endorment malgré leur bonne volonté ce qui fait dire à Jésus : « L'esprit est bien disposé mais la chair est faible. » Mais il existe un secret.

Elle marqua une pause, et quand sa voix eut fini de résonner dans la nef, un profond silence emplit l'église tout entière.

- Il existe un secret et Jésus lui-même semble l'avoir découvert vers la fin de sa vie, puisque c'est surtout là qu'il le répète, allant jusqu'à dire, au final, que s'il n'y avait qu'une seule chose à retenir, ce serait celle-là. Ce secret, je viens de comprendre qu'il avait le pouvoir de nous faire évader de l'enfer de l'ego pour nous conduire au paradis de la vie éveillée.

Ce secret... c'est d'aimer. Quand on aime, quand on ressent de l'amour, que ce soit pour un être humain, un animal, une fleur ou un coucher de soleil, on est porté au-delà de soi. Nos désirs, nos peurs et nos doutes se dissipent. Nos besoins de reconnaissance s'évanouissent. On ne cherche plus à se comparer, à exister plus que les autres. Notre âme s'élève tandis que nous sommes tout entier emplis de ce sentiment, de cet élan du cœur qui s'étend alors naturellement pour embrasser tous les êtres et toutes les choses de la vie. Alain, le philosophe, disait que l’amour est un merveilleux mouvement pour sortir de soi. C'est aussi un merveilleux mouvement pour se retrouver, en fusionnant avec l'univers, à la source de soi-même, là où nos problèmes n'ont plus cours et où règne la joie.

Alice balaya une fois de plus du regard l'assemblée des fidèles. Ils écoutaient, mais parvenait-elle vraiment à leur transmettre ce message qu'elle savait essentiel pour être heureux et réussir sa vie ?

- Aimer, c’est déjà s’aimer soi-même. S’aimer nous donne la force de ne pas être blessé par les piques décochées par l'ego des autres, et de ne pas les laisser activer le nôtre en retour. Aimer, c'est aimer l'autre en parvenant à discerner la personne derrière un ego parfois déplaisant, et voir alors ce dernier se dissoudre. Aimer, c'est trouver la force de parvenir à aimer ses ennemis, et les transformer en alliés.

Aimer, c’est aimer la vie malgré les tracas et les coups durs, et découvrir qu'ils ne sont que les outils de notre lâcher-prise, de notre évolution, de notre éveil. L'amour est la clé de tout. Le secret du monde.

Ses mots résonnèrent dans l'église, sous les hautes voûtes baignées de lumière.

Elle reprit son inspiration, puis continua la messe.

Ensuite, elle procéda au baptême.

Laurent Gounelle

Published by Libre pensée chrétienne - dans Foi et croyance Témoignages
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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 14:31
Francis VAN DAM André Verheyen et la musique
Francis VAN DAM
LPC n° 33 / 2016

André Verheyen associait, à n’en pas douter, un goût prononcé pour la musique à sa célébration spontanée du sacré et de la foi.

Il avait trois frères dont l’un, Julien, fut intimement lié à la mise en route de LPC avec André Hannaert et Sœur Simone, réalisée par André Verheyen.

Très tôt, la maison fut emplie de musique et les quatre garçons prenaient plaisir, paraît-il, à marcher au pas autour de la table familiale au son de l’ouverture sémillante du "Barbier de Séville" de Rossini !

Un peu plus tard, Mozart apparut à leurs oreilles, qu’ils confondirent tout d’abord avec le précédent : c’était le début d’une aventure – et de réjouissances – musicales qui n’allaient plus quitter le "quatuor", puisqu’ici cette désignation est toute justifiée.

Car le dépistage des compositeurs allait devenir un "sport" au point que des cassettes se voyaient enregistrées alternativement par tel ou tel frère, sans mention de l’identité du compositeur mais avec pour consigne que le reste de la fratrie découvre le musicien-mystère. C’est que, entretemps, Julien avait obtenu sa licence en musicologie et qu’André réussissait à s’entourer de passionnés, parfois professionnels, parfois virtuoses même, tout en pratiquant à son échelle – modeste comme il l’était en tout – diverses expressions de son art favori.

Il avait connu le séminaire – encore à Malines – et plus tard, sous l’occupation, le travail obligatoire où déjà la musique avait dû lui faire escorte. Mais c’est comme professeur à l’Institut St-Boniface à Ixelles, sa première affectation, qu’il reprit la direction d’une chorale, inaugura un concours encourageant de jeunes instrumentistes et se remit lui-même à jouer du violon, toujours trop imparfaitement à son goût de mélomane averti, évidemment. C’était souvent l’occasion pour lui de faire, pour ses élèves du secondaire, des "master classes" en les initiant au jeu d’ensemble ou en les introduisant à l’écoute et à l’analyse de partitions de valeur. Eclectique, mais sans aucune rigidité, il collectionnait les 33 tours de valeur où se glissaient des répertoires de jazz et des musiques du monde, abordait avec ses choristes des œuvres peu à peu plus ambitieuses à quatre voix (la messe du Couronnement tout entière par exemple), organisait des initiatives "dans le vent" comme d’inviter un groupe alors très prisé des ados, les Djinns (Paris) en la salle St-Michel, etc.

En tant que vicaire à la paroisse St-Augustin (Forest), ensuite, il constitua à nouveau une chorale d’adultes cette fois, et organisa à nouveau des mini-récitals pour encourager les jeunes talents.

Là, j’avoue pour ma part avoir un peu perdu de vue la pastorale de mon ancien professeur, vu mon domicile plutôt éloigné, jusqu’au jour où, conquis par un rapprochement inattendu avec son frère Julien et avec LPC naissant, je fus notamment sollicité – et consentant ! – pour rédiger une note sur le parallélisme entre l’abandon de la pratique religieuse et celui de l’intérêt pour la musique classique. Ce qui pourrait paraître comme une corrélation assez banale voire insignifiante révélait chez lui une préoccupation authentique, car la musique était une porte ouverte vers le sacré et en même temps une incarnation de l’appel supérieur qui réside en nous.

L’intelligence qu’avaient les deux frères Verheyen à l’égard de la musique s’étendait à une connaissance et une réceptivité très grandes en fait de création contemporaine (avec des auteurs difficiles comme Messiaen, Penderecki ou Boulez) mais, de plus, en matière de "petite histoire" des œuvres et des grands musiciens. Julien détenait une collection rare d’enregistrements fabuleux, comme celui du concert d’adieu, en 1967, du pianiste Gérald Moore, où s’étaient réunies les divas qu’il avait accompagnées divinement, Elisabeth Schwarzkopf et Victoria de los Angeles, en plus de Dietrich Fischer-Dieskau, lui aussi demeuré inégalé. De tous ces enregistrements, Julien Verheyen donnait des commentaires vivants et hautement documentés. Il aurait fait un programmateur extra de Musique 3 ou de Klara, car – j’allais l’oublier – la famille était bilingue, ayant résidé au Limbourg (avec un amour avoué pour l’abbaye d’Averbode) et ensuite à Mons.

En marge d’une vocation sacerdotale marquée du sceau de la fidélité non dénuée de sens critique (comme on dira de ses émules le chanoine de Locht ou Gabriel Ringlet), André nous laisse, avec son frère Julien, l’image d’un attachement sans faille à ces évangélistes que sont, à leur manière, des musiciens inspirés comme Bach ou Franck et tant d’auteurs de cantates, de motets et d’oratorios.

Francis VAN DAM

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 13:37
Edouard Mairlot Des "indignés" espagnols (MOCEOP) qui se reconnaissent en Jésus de Nazareth.
Edouard Mairlot
LPC n° 23 / 2013

Nous étions une centaine de chrétiens, hommes et femmes, appartenant à des "communautés de base" et tous engagés socialement, pendant nos deux journées d’assemblée et de réflexion, celles de l’association de prêtres mariés espagnols ; le MOCEOP.

Lors de la célébration finale qui comportait le "partage du pain et du vin", l’un d’eux a pu faire ces deux apports successifs qui sont reproduits ci-dessous.

La société à laquelle Jésus appartenait était occupée par l’empire romain : un pouvoir qui la pressurait de ses richesses et l’écrasait de son autorité. Les riches parmi les juifs de ce temps ainsi que les prêtres du temple partageaient aussi ce pouvoir sur le peuple ordinaire et en profitaient pour s’enrichir davantage…

Jésus, après un temps passé avec Jean Baptiste et son séjour de silence au désert, se retrouvant lui-même face au mystère qui l’habitait se découvrit appelé à aimer autrui, à l’aider à grandir, à se libérer et se mettre debout. Il soulageait les corps et les esprits…

Il découvrit rapidement que bien des misères que vivaient ces gens de Galilée étaient liées au système de pouvoir qui les opprimait.

Dévoilés, ces riches et puissants, ne purent le supporter. C’est pour cela qu’ils l’ont éliminé. "C’est pourquoi ils l’ont tué ! ", disent les latino-américains forts de leur expérience et de leurs martyrs.

Nous ne découvrons pas autre chose aujourd’hui dans ce que nous vivons, engagés que nous sommes auprès des petits de notre société : les expulsés de leur maison, les sans travail et sans plus aucune aide du système de chômage, celles et ceux qui ont faim, de plus en plus nombreux, spécialement des familles avec enfants …

Et nous avons découvert que c’est le pouvoir de l’argent qui commande "le Système" d’aujourd’hui : l’ultralibéralisme… De plus, la corruption est omniprésente. Nous connaissons de mieux en mieux leurs noms et leurs façons d’agir ou de nous imposer leurs lois. A notre tour, nous gênons le pouvoir en place. Ses représentants, du monde politique ou non, manipulent l’opinion contre nous, ils cherchent aussi à nous faire taire, à nous éliminer… comme ils l’ont fait pour Jésus en son temps.

Puissions-nous chacun continuer à nous nourrir en entrant en nous-mêmes, en notre intériorité, comme le faisait si souvent "l’homme Jésus".

Nous y trouvons la paix et la liberté intérieure, qui nous permettent, à chacun dans notre propre vécu, d’être vrais, plus humains et plus proches de celles et ceux avec qui nous luttons. Cela nous rend aussi plus lucides sur ce qui se joue plus en profondeur dans nos engagements.

Edouard Mairlot

Parler de Jésus aujourd’hui, c’est découvrir un monde aussi pourri que le sien, une religion aussi loin de son Parent (Dieu père-mère) que la sienne, des pauvres aussi opprimés qu’à son époque, des grands aussi insensibles et déshumanisés qu’en son temps.

Parler de Jésus aujourd’hui, c’est rencontrer en soi une Colère qui ne se calme pas, des trésors de tendresse et une espérance indéfectible que rien de ce qui arrive ne restera caché.

Parler de Jésus aujourd’hui, c’est rencontrer des regards noirs de refus et découvrir des sœurs et des frères humains émouvants de compassion.

Parler de Jésus aujourd’hui, c’est dire sa conviction qu’un jour tout sera découvert, tout sera dévoilé, tous seront vus et se verront comme ils sont."

La source des paroles de Jésus. André Myre. Ed. Bayard mars 2012(p.58)

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 16:11
Au ciel comme sur la terre ? (11)
Michel Habran
LPC n° 19 / 2012

Depuis ma plus tendre enfance, j’ai gardé dans ma mémoire une chanson que ma mère chantait ou fredonnait au moins une fois par jour : "Le petit ballon rouge" (1) !

Comme beaucoup de chansons composées entre les deux guerres, "Le petit ballon rouge" racontait une histoire romancée. Une enfant, à qui sa maman avait acheté un ballon rouge à la foire, l’avait lâché volontairement afin qu’il s’en aille rejoindre, "dans l’ciel là-haut", sa petite sœur décédée peu de temps auparavant.

Longtemps, je me suis demandé où et comment le ballon avait pu aboutir dans les mains de la petite sœur et combien d’heures avait nécessité le trajet.

Il devait bien y avoir un monde quelque part là-haut pour accueillir la petite sœur et le ballon, et je l’imaginais avec un Dieu comme roi, seul, sans épouse, mais avec sa mère, les morts "rappelés par lui" et des myriades de légions d’anges ailés, toujours prêts à intervenir à son éventuel appel.

Dans ma tête d’enfant, ces personnages surnaturels devaient être tout puissants, fort influents et magiciens.[…]

Longtemps, je suis resté avec cette image de deux mondes dans mon esprit : l’un, notre terre et ses habitants régi par l’autre : le ciel, son roi, ses acolytes, anges et saints qui tirent à leur guise ou à la demande les ficelles comme dans un spectacle de marionnettes. On peut le solliciter à souhait pour se voir octroyer des bienfaits éventuels très personnels voire exclusifs. Comme une petite délicatesse individuelle.

Parfois, des contreparties sont utiles et nécessaires pour entrer en ligne de compte dans les bonnes grâces ; prières, bougies, bouquets de fleurs, mortifications, marches "pèlerines", offrandes sonnantes et trébuchantes, promesses diverses conditionnées : "Si mon mari guérit, j’irai à Beauraing sur les genoux", mais le résultat reste aléatoire et soumis au bon vouloir des maîtres du jeu. Cela n’avait pas empêché la famille d’invoquer sainte Claire pour un des enfants de ma cousine Rose qui, un peu timide, bégayait quand le maître l’interrogeait en classe.

Toutefois, ce monde "d’en-haut" ne faisait pas que du bien très ponctuel, il lançait aussi des interdits ou forçait à des obligations.

Par exemple, il s’était faufilé de manière leste, tel un satrape libidineux, dans la chambre à coucher de mon père et de ma mère pour leur indiquer comment s’y prendre et quand. Si vous voyez ce que je veux dire….

Après le décès de ma grand’mère, nous avons liquidé et donné à une association de bienfaisance l’ensemble de ses linges de maison et habits de toutes sortes. Les culottes de dessous – la lingerie intime– comportaient de longues jambes et de la dentelle en frou-frou. Sur plusieurs de celles-ci, grand’mère avait brodé à la main à l’endroit ad hoc l’aphorisme "absolu" venu du ciel "Dieu le veut". Pas de discussion, afin de ne pas être exposée à sa colère voire à sa vindicte.

Le monde "d’en-haut" avait aussi, semble-t-il, suivi discrètement mais assidûment l’invention, sur terre, de conceptions politiques et de l’idée de liberté. Aussi interdisait-il aux humains de s’organiser, ici-bas, de manière socialiste, d’avoir des opinions variées et différentes des siennes, de lire ce que bon leur semblait ou encore de s’octroyer, à eux-mêmes, des droits. Ceux-ci ne pouvaient se voir accordés que par lui.

Au crépuscule de la vie, je me dis qu’il est déraisonnable d’encore fonctionner comme cela et que ce "deuxième monde, là-haut" de ma prime jeunesse ne doit certainement pas exister !

Affirmation légère ? Bien des chrétiens, heureusement pas tous, se comportent, aujourd’hui encore, de cette façon et se pensent dépendants du ciel "là-haut", comme au Moyen-Age les serfs de village à l’égard du Seigneur du lieu dans son château ou la jeune fille lâchant le ballon pour sa petite sœur "dans l’ciel là-haut".

Il y a pourtant des domaines où des requêtes collectives adressées au ciel sont inexistantes ou jamais entendues et prises en compte, c’est selon. Sauf si chacun s’indigne et veut y mettre du sien et s’impliquer dans la répartition équitable des richesses, la justice distributive, ici et là-bas au sud, l’égalité de droit entre hommes et femmes, le respect de tout l’humain et de ses droits, un autre monde nécessaire, et pourquoi pas la revendication "d’un vaticanais" (2) intelligible ?

Les philosophes grecs déjà avaient développé un type de questionnement un peu semblable.. Ainsi, "l’intention de Protagoras est de tenir les dieux à distance pour aménager sans eux, du mieux possible, un espace humain désacralisé, centré sur la vie en société. C’est une attitude que nous appellerions aujourd’hui (…) laïque" (3) .

Durant les premiers siècles de notre ère, l’Eglise se trouvait confrontée à la persistance de pratiques cultuelles dites païennes qu’elle voulait voir disparaître pour imposer le dieu et la religion uniques en les éradiquant, mais "elle pouvait interdire les rubans attachés aux arbres en guise de prières, les monnaies, les petites lampes ou d’autres offrandes jetées dans les lacs et les sources à la manière païenne. Il n’empêche, chrétiens et païens continuaient d’envoyer ces messages de supplication à toutes les Puissances possibles et imaginables sans écouter les avertissements lancés du haut de la chaire, parce qu’il fallait un remède aux dures réalités de la vie, et que l’enseignement des chefs de l’Eglise ne suffisait pas à répondre aux exigences.(…) Au bout de quelques siècles, certains de ces usages furent supprimés, d’autres autorisés à contrecœur, d’autres encore absorbés volontiers dans le christianisme officiel" (4).

Dans l’analyse qu’il a développée en 2003 sur la nouvelle spiritualité occidentale, Frédéric Lenoir note que l’époque actuelle est marquée aussi par une espèce de désir de "réenchantement du monde aux accents de religiosité cosmique et archaïque" (5) Le culte des saints dans le catholicisme et l’orthodoxie, a toujours manifesté ce besoin de se relier à des êtres supérieurs plus proches que ce Dieu lointain (les rois sont peu accessibles - c’est moi qui commente - ) Le christianisme populaire a réinvesti à travers ce culte, les croyances païennes anciennes en des génies, des entités élémentaires, des esprits. Mais dans le contexte chrétien, les saints sont davantage perçus comme des intercesseurs entre l’homme et Dieu, des êtres intermédiaires entre l’humaine condition et la divinité inaccessible.(6)

En constatant qu’un bon nombre de chrétiens en arrivent aujourd’hui "à corriger l’idée d’un Dieu créateur qui interviendrait à tout moment et de l’extérieur (à partir de l’autre monde - c’est moi qui précise - ) dans son œuvre" (7), Christoph Théobald rappelle que la liberté des humains est confrontée à un ultime défi : "rien ne nous oblige plus à faire intervenir Dieu dans la gestion de nos existences individuelles et collectives ; son in-évidence renvoie chacun à la liberté de sa conscience. Mais si nous nous référons à Lui nous ne pouvons le faire en dehors d’un engagement dans une histoire d’humanité dont les limites sont désormais posées"(8)

Et de citer, entre autres, comme limite le fait que "tout nous est enfin confié" (9) avec notre terre unique, dans le silence total et assourdissant de Dieu.

Ne sommes-nous pas ainsi remis en face de notre responsabilité tant individuelle que collective ? "Ce que nous les êtres humains ne penserons pas et n’oserons pas, ce que nous ne déciderons pas et ne construirons pas, Dieu (et ses saints -c’est moi qui ajoute-) ne vont pas y suppléer"(10)

Michel Habran

(1) Chanson interprétée par Berthe Sylva, sur une musique de Louis Izoird et des paroles de Louis Bosquet. (retour)
(2) Tous les effets de langage et de communication utilisés par le Vatican à destination des chrétiennes et chrétiens ou autres individus du monde d’en bas…. et qu’ils ne comprennent pas. (retour)
(3) Jean SOLER, La violence monothéiste, Editions du Fallois, Paris p 67 (retour)
(4) Ramsay MACMULLEN, Christianisme et paganisme du IVe au VIIIe siècle, Perrin-tempus, Paris pp 240 et 241. (retour)
(5) Frédéric Lenoir, Les métamorphoses de Dieu, Plon, Paris 4e de couverture (retour)
(6) Ibidem p 348 (retour)
(7) Christoph THEOBALD, Doctrine de Dieu à la fin du XXe siècle in Le christianisme est-il un monothéisme ?, sous la direction de Gilles Emery et Pierre Gisel, Labor et Fides, Genève p330 (retour)
(8) Ibidem, p 331. (retour)
(9) Ibidem p 330. (retour)
(10) Juan Luis HERRERO, La religion sans magie, Golias, Villeurbanne pp 367 et 368, traduit de l’espagnol par Francine Vaniscotte et Michèle Parmentier. (retour)
(11) Extrait d'un article plus largement illustré dont vous pouvez obtenir une copie en son entier auprès de l'auteur Michel Habran : m.habran@skynet.be (retour)
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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 16:39
Vous avez dit "l'Ultime" Mais quel ultime au bout d'un si long chemin ? (1)
Roger Rabu
LPC n° 18 / 2012

Rappelez-vous Christiane Singer : "Il n’y a aujourd’hui qu’une manière de parler de spiritualité, c’est de l’allier à l’humour, à la légèreté, à la poésie, à une philosophie au pied vif. Ce qui est lourd n’a pas d’avenir." (Derniers fragments d’un long voyage – Albin Michel p.131)

Comment, sans être lourd, long et compliqué, vous laisser deviner la dernière étape – encore provisoire, qui sait ? – d’un parcours tellement imprévu ? …

- "Passer ta vie à 'charruer les crapauds'" - ainsi parlait mon père pour dire son dur métier de cultivateur breton – "tu peux faire mieux que ça… entrer aux Chemins de fer comme Alexandre Digue et Roger Hamon. Quand tu seras vieux, tu auras une bonne retraite…"

Rien pourtant ne l’aurait plus honoré que de voir son gars prendre la suite… La suite de combien de générations de journaliers, de valets de ferme, de "laboureurs à bras" et enfin de petits paysans.

- "Pourquoi pas le cours complémentaire à Chateaubriand, plus tard le lycée et l’école normale : tu ferais un bon instituteur…" pensait Monsieur Vince.

- Le missionnaire est passé. Pas par quatre chemins. Il a raflé la mise : "Mon petit Roger, tu seras sauveur d’âmes ! …Et qui sait : toi aussi, peut-être, iras-tu 'planter la croix sur les Andes'… à moins que tu n’aimes mieux aller baptiser les 'petits noirs' au Niger ou en Haute-Volta …"

En ces temps-là, les choses n’étaient pas compliquées. Il suffisait de ne pas "perdre sa vocation". Une "consécration à la Ste Vierge" répétée chaque année le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, et quelques dizaines de chapelet les bras en croix dans l’ombre de la chapelle de Mouscron pendant le temps libre du dimanche soir, y contribuaient…

Le plan de Dieu, lui aussi, était simple. Qu’en ai-je appris pendant ma première jeunesse ?... Émergent seulement quelques-uns de mes petits rituels destinés à contenir, amadouer et me rendre favorable ce Dieu qui n’ignorait rien de mes faits et gestes, de mes pensées les plus secrètes…

Plus tard l’enseignement biblique fut sérieux. "Les idées maîtresses de l’Ancien Testament" n’étaient pas qu’un beau livre. Et le Dieu de l’Alliance, manifesté tout au long de l’histoire d’Israël, nous parlait encore. Qu’on ne le réduise pas à ce va-t-en-guerre qui faisait s’écrouler les murs de Jéricho au son des trompettes, ou soutenait le bras de Josué égorgeant les Cananéens … Non le Yahvé de mes 20 ans, c’était certes celui de Job, qui met à l’épreuve et n’a pas de comptes à rendre, qui donne la vie et la reprend… Mais c’était aussi celui du berger Amos dénonçant ceux qui tondaient les pauvres et n’avaient de cesse d’ajouter un champ à un champ. C’était celui d’Isaïe et de Jérémie criant leurs quatre vérités au roi et à ses sbires tout comme aux gardiens du Temple : "Vos sacrifices de béliers et de veaux, de taureaux et de boucs, me soulèvent le cœur… Lavez-vous les mains et purifiez-vous. Apprenez à faire le bien, recherchez le droit. Secourez l’opprimé, soyez justes pour l’orphelin, plaidez pour la veuve… !" (cf. Isaïe. 1. 11-17)

C’était aussi le Dieu d’Ézéchiel, qui finira par mettre la main à la pâte : «Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre poitrine votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair". (cf. Ezék. 36. 25-28)

Et celui des Psalmistes qui se tournaient vers leur "berger" ou leur "rocher" avec toute la gamme des passions et des sentiments humains.

Mais c’était surtout celui du prophète Osée. Je n’avais pas 20 ans pour rien. Ma bible, celle qui m’a toujours suivi, je l’avais emportée en Algérie : "sergent, écoutez ça : " "Je vais la séduire, l’emmener au désert et parler à son cœur… Je te fiancerai à moi pour toujours. Je te fiancerai dans la justice et le droit, dans la tendresse et l’amour. Je te fiancerai à moi dans la fidélité et tu connaîtras Yahvé…» (cf. Osée 2. 16-25) ¨ […]

Le nouveau testament n’était que l’accomplissement inespéré du premier.

Après avoir été l’ami de l’adolescent, le Christ – en ce temps-là Jésus n’était que le "Petit Jésus" des enfants – devenait le compagnon de route d’un jeune adulte à la foi pourtant mal assurée. Une théologie ouverte et assez bien assimilée la confortait … ou en tenait lieu.

Par delà bien des ruptures, j’allais en vivre jusqu’aux premières années de ma rencontre avec Monique, il y a seize ans.

Mon Dieu était éminemment personnel. Il connaissait et appelait chacun par son nom. Comme chacun de ses enfants, il m’aimait et avait son projet sur moi.

Monique ne croyait guère à cette belle construction. Peu à peu, chez moi aussi, elle s’effrita.

Le "Divin" de Bernard Feillet est arrivé à point pour prendre le relais. Un temps j’ai été séduit par sa pensée sur l’"émergence du divin", "l’humanité matrice du divin". Je sais que, pour son propre compte, il ne se paie pas de mots : "Je ne doute pas de ce qui me fait vivre". "Comme Pascal, je tiens pour une évidence que "l’homme passe l’homme". (Rencontre de Corcelotte – mai 2005)

À l’appui de sa pensée, j’avais déjà découvert ce très beau texte de Rilke : (Lettres à un jeune poète. Éd. GF. Flammarion p. 71-72) "Pourquoi ne pensez-vous pas que Dieu est celui qui vient, qui est devant nous de toute éternité, qui est à venir, l’aboutissement et le fruit d’un arbre dont nous sommes les feuilles ? Qu’est-ce qui vous retient de rejeter sa naissance dans les temps en gestation, et de vivre votre vie comme un jour douloureux et beau dans l’histoire d’une immense grossesse ? (…)

N’est-ce pas lui qui doit être le dernier s’il faut que tout soit contenu en lui, et quel sens aurions-nous si celui dont nous avons soif avait déjà été ? De même que les abeilles composent le miel, de même nous allons prendre en chaque chose ce qu’il y a de plus doux et nous allons le construire.

C’est même avec l’infime, avec l’insignifiant pourvu qu’il advienne dans l’amour, que nous débutons ; avec le travail, et le repos qui le suit, avec le silence qu’on garde ou une petite joie solitaire, avec tout ce que nous faisons seuls, sans partisans ni participants, nous le commençons,

Lui que notre vie ne verra pas, pas plus que celle de nos ancêtres ne nous a vus, (…)

Existe-t-il quelque chose qui puisse vous enlever l’espoir d’être un jour en Lui, le lointain des lointains, l’extrême des extrêmes ?

Autrement dit l’Ultime.

Me revenaient aussi l’une ou l’autre formule choc de Maître Eckhart : "On ne doit pas considérer Dieu en dehors de soi, mais comme ce qui est soi-même" (S.6). "Le fond de Dieu est mon fond, et mon fond est le fond de Dieu. Là je vis selon mon être propre, comme Dieu vit selon son être propre"

Mais, écrite lorsqu’il avait 27 ans, la lettre de Rilke témoigne en réalité de questions jamais résolues. Sa seule certitude demeurera que rien ne peut venir que du fond de soi. […]

C’est donc assez vite que la pensée de B. Feillet, peut-être insuffisamment approfondie, m’a laissé insatisfait : fallait-il appeler "divin" ce que d’autres nomment "l’humain dans toutes ses dimensions" ? Qu’en est-il aujourd’hui de sa propre pensée ? Lorsque j’ai rédigé ce texte je n’avais pas connaissance de sa conférence à Marsanne en octobre 2007, intitulée : "l’Ultime : quête spirituelle et questionnement infini". Depuis, je l’ai lue attentivement, j’ai même éprouvé le besoin de m’en faire un libre condensé et nous avons partagé nos réflexions à son sujet, à Paris, au printemps. Bernard, conscient d’approcher du terme d’un itinéraire de libre penseur croyant – qui fut extrêmement créatif – aborde ce qui semble en être la dernière étape.

Après avoir rappelé qu’il n’y a pas d’homme sans croyances, et bien montré comment nos croyances se déplacent selon l’évolution du monde et de nos personnes, il en arrive à évoquer une sorte de seuil infranchissable qu’il nomme l’Ultime. En direction de notre désir mais hors de notre atteinte. D’un tout autre ordre apparemment que le Dieu de notre "autrefois", mais peut-être aussi que ce "divin" dont il ne dit mot ici. Faut-il rapprocher cet "Ultime" du "Tout Autre" de mes années de théologie ? Je ne sais. Quoi qu’il en soit, B. Feillet lui-même, quand il avait su le sujet de notre rencontre, nous avait envoyé un petit billet où il nous recommandait de bien "nous garder de définir cet Ultime, mais de tenter de l’explorer en nous et en tout homme". Cette double recommandation me convenait tout à fait. Je vais donc seulement essayer de vous dire dans quelle direction bien terre à terre je me suis senti porté à continuer de chercher.

Une simple indication typographique : B. Feillet écrit l’Ultime avec une majuscule, le mien n’a droit qu’à une minuscule.

Il y a longtemps que la célèbre formule de Légaut "ce qui monte en moi, qui est de moi, qui ne saurait être sans moi, mais qui n’est pas que de moi" me laissait, elle aussi, insatisfait. Quand on lui demandait de l’expliciter, Légaut répondait que bien entendu ce "qui n’est pas que de moi" désignait Dieu, mais qu’il n’aimait guère employer ce terme trop lié à ce qu’il appelait la "religion de père Cro-Magnon". Il me serait facile de caricaturer le dieu du père Cro-Magnon. Je trouve plus juste, et plus satisfaisant aussi, de laisser la parole à Giono, tel qu’il faisait parler son propre père dans "Jean le Bleu": "Nous étions assis sous le tilleul. Il mit sa main sur mon bras :

- Fiston, dit-il, il faut que je te parle un peu :

- … ça n’est pas difficile de vivre seul, fiston. Le difficile c’est de souffrir seul. C’est pourquoi il y en a tant qui cherchent Dieu. Quand on l’a trouvé on n’est plus seul, plus jamais seul. Seulement, écoute bien, on ne le trouve pas, on l’invente.

Ce qu’on veut, au fond du cœur, même quand on souffre beaucoup, c’est continuer. Quoi ? A vivre. Même quand on meurt on veut continuer. Oui, à vivre : continuer à vivre. Une autre vie. La vie de l’au-delà, le paradis, n’importe quoi. Oui, à l’endroit où la route rentre dans l’ombre, nous mettons un miroir. Au lieu de regarder ce qu’il y a après, de nous habituer à l’ombre, nous mettons une glace. Dans cette glace, c’est ce côté-ci de la vie qu’on voit, le chemin qu’on vient de faire et qui paraît se continuer de l’autre côté de la glace. C’est un peu tremblant, c’est un peu mystérieux, un peu effacé, comme tous les reflets de miroir. Cela imite bien l’au-delà. Il y a des arbres, du ciel, de la terre, des nuages, du vent, de la vie. De la vie. C’est ça qu’on veut.

Ça, ça peut servir tant qu’on est de ce côté-ci de la glace. Mais dès qu’on passe (…), dès qu’on fait un pas de l’autre côté, alors, d’un coup on sait. On sait que c’est mensonge, tromperie, on crie… C’est ce qu’on dit parfois : " il a eu une agonie terrible". Ce qu’il y a de l’autre côté ? Je ne sais pas. Je pourrais te dire : rien. Je ne crois pas qu’il n’y ait rien. Au moment où on sait, on hurle, et puis voilà. Là n’est pas la question.

Quand on réussit à inventer Dieu, voilà le dieu qu’on invente. Il est à côté de toi. Il te surveille, il te caresse. Tu es le plus beau. Il semble que tu sois le seul au monde. Il est ton père et ta mère. Quand tu fais mal, il te corrige. Quand tu fais bien, il met des bonbons dans une boîte et il te dit : ça, plus tard, tu l’auras. C’est comme celui qui marche devant les bœufs avec une poignée de sel pour les faire avancer dans les labours pénibles, et qui les mène à l’abattoir avec la même poignée de sel. On invente un dieu comme ça. Il te promet tout. Fiston, le miroir aussi te promet.

Seulement tout le temps que tu passes à côté de ton invention, c’est agréable. Je reconnais que c’est agréable de pouvoir parler à quelqu’un, de pouvoir se plaindre, de demander, de gémir. Et je ne sais pas si, au bout du compte, il ne vaut pas mieux, s’il ne vaut pas mieux inventer Dieu, fermer les yeux et les oreilles, dire mille fois et mille fois " C’est vrai, c’est vrai, il existe." Et puis y croire. Je ne sais pas. Parce que, fiston, le terrible, c’est de souffrir seul. Tu le sauras plus tard." ("Jean le Bleu" - Éd. Du club des femmes – Grasset 1932-P. 247-8)

Il est sûr que ce Dieu-là n’avait rien à voir avec le sien, mais Légaut était le premier à reconnaître que, dans les coups durs de la vie, c’est lui qui bien souvent réapparaît, et que nous sommes prêts à l’appeler à la rescousse.

Si la formule de Légaut m’avait plu au premier abord, c’est qu’elle était censée donner audience à la petite voix d’un Dieu tout intérieur appelant chacun à grandir de plus en plus en son humanité. […]

Légaut parlait alors d’exigences intimes et ne cessait de répéter, se référant à son propre vécu, que la fidélité à ces exigences en engendrait sans cesse de nouvelles : plus fines, plus personnelles et plus aptes à nous humaniser en nous engageant de plus en plus profondément dans ce qu’il appelait notre "mission". […]

Je parlerai plutôt d’appels intimes.

Mais d’où viennent-ils s’ils ne sont pas que de moi ? De quel ultime m’arrivent-ils ? À la fin de son dernier livre "Vie spirituelle et modernité", écrit à deux voix avec Thérèse de Scott, Légaut s’interroge : "Pourquoi écrire ? Pour mieux penser. Mais penser c’est souvent remettre en question ce qu’on a jadis pensé. Et jusqu’où cela va-t-il aller ? Que nous restera-t-il à la fin si tout sans cesse se remet en question ?" Je ne connais pas son "ultime" réponse, même s’il avouait que ses écrits étaient toujours un peu en retard sur son vécu.

La mienne, au bout de l’itinéraire brièvement suggéré tout à l’heure, m’a fait peur : faut-il m’avouer agnostique, athée peut-être ? Ce dernier mot surtout semble coller si peu avec tout mon passé qu’il m’a effrayé, comme un "gros mot" à ne pas dire. J’ai pourtant fini par le regarder en face. Oh certes, je ne suis pas du genre à l’inscrire sur une bannière ou une banderole de "manif" !

L’important n’est pas le mot. Simplement il est vrai que, pour le moment, je ne vois pas que ces appels en moi à un peu plus d’humanité dans le ras des pâquerettes du quotidien, me viennent d’un ultime que je pourrais nommer Dieu ou même le divin. Au risque de vous paraître bien nombriliste, je ne vois pas d’où pourraient monter ces appels, émerger ces intuitions, si ce n’est de mon propre fond, connu et inconnu, conscient et inconscient.

Le ridicule a des limites : je ne me suis pas fait et ne continue pas de me faire tout seul. Il est bien clair que l’ultime qui me sollicite s’est à la fois lentement déposé en moi et y demeure sans cesse en mouvement. Fruit d’un ensemencement multiple et immense, passé, présent et toujours à venir.

Fils, en mes gènes et mon sang, en mon caractère et mes humeurs, non seulement de mes parents et grands-parents mais d’une infinité d’ancêtres inconnus… À la fin du texte cité tout à l’heure, Rilke ajoutait : "Ils sont en nous, ceux qui s’en sont allés depuis longtemps, ils sont nos dispositions. Ils pèsent sur notre destin, ils sont le sang qui gronde en nous, et le geste qui monte des profondeurs du temps". […]

En chacun tout peut être appel, et l’ultime qui me sollicite est fait de tout cela. Il reste à hauteur d’homme, mais il est aussi vaste et aussi profond que notre monde humain.

N’y voyez donc pas quelque matérialisme grossier, même si rien n’existe sans notre chair vivante.

À notre insu, "chaque instant ne contient-il pas tous les autres", comme le dit si justement Christian Bobin (cf."La Vie" - Noël 2007), "visites minuscules" d’un ultime qui nous vient de partout, et qu’il n’est pas nécessaire de chercher dans un au-delà, puisque ceux-là même qui ne sont plus, nous sont intimement présents.

Et c’est bien cet ultime horizontal qui m’appelle, jour après jour, avec mes hauts et mes bas, à cultiver une bienveillance qui ne m’est guère spontanée : deviner partout un peu de bonté, m’en émerveiller, la laisser me pénétrer, germer, s’enraciner, pousser, mûrir et si possible s’égrener.

Cette bonté n’est-elle pas l’ultime vécu dont Bobin voudrait faire le fond de son présent :

"J’essaie d’avoir le souci du présent, de qui me parle ou de qui se tait devant moi. Je cherche dans le plus tremblé du présent ce qui ne glissera pas, comme tout le reste, dans les ténèbres.

Le ciel est ce qui s’éclaire dans le face à face. Le fond de la vie, et c’est le fond même des évangiles, c’est que tout ce qui compte se passe toujours entre deux personnes (…).

La sensation d’une bienveillance tramée dans le tissu, parfois déchiré, du quotidien. Cette sensation n’a jamais cessé de courir par-dessous les fatigues, les lassitudes et même les désespérances. Je tourne autour d’un mot : la bonté. C’est la bonté qui me stupéfie dans cette vie, elle est tellement plus singulière que le mal !" (cf. "Le Monde des religions" - sept.-oct. 2007)

La bonté comme ultime vécu, "cette bonté tellement plus singulière que le mal", Péguy l’avait ressentie et exprimée en des mots très proches, plus concrets peut-être. "La cruauté n’est point, tant s’en faut, ce qu’il y a de plus profond. Elle n’est point le profond du cœur, elle n’est point la profondeur de l’homme. Il y entre souvent beaucoup de vanité. La charité va infiniment plus profond (…). Le saint est infiniment plus marqué que le cruel. Il est infiniment plus dévoré de charité que le cruel n’est mordu de cruauté". (in "Victor Marie, comte Hugo", Pléiade, P. 779)

La bonté comme ultime vécu. Quelle parenté d’esprit et de cœur entre ces poètes et le grand philosophe protestant Paul Ricoeur : "Ce que je viens chercher à Taizé ? Je dirais une sorte d’expérimentation, à savoir ce que la religion a à faire avec la bonté. Les traditions du christianisme l’ont un peu oublié… J’ai besoin de vérifier ma conviction que, aussi radical que soit le mal, il n’est pas aussi profond que la bonté. Et, si la religion, les religions ont un sens, c’est de libérer le fond de bonté des hommes". (in "Les Essentiels" dans "La Vie" - Noël 2007)

La bonté comme ultime vécu. "Le mal pas aussi profond au cœur de l’homme que la bonté" : Etty Hillesum, Édmond Michelet, le Père Kolbe et combien d’autres "croyants au ciel ou non" ont su le vivre dans la pire cruauté et déshumanisation des camps nazis…

Il ne vous a pas échappé que Bobin avait noté au passage que selon lui la seule chose "qui ne glisserait pas, comme tout le reste, dans les ténèbres" serait cette bienveillance, cette bonté…

Il n’est pas possible de tenter d’approcher l’ultime sans évoquer la mort. Rappelez-vous Giono. Pour le moment, je n’imagine rien au-delà du miroir. Je confesse en avoir peur et, plus encore, douleur d’avoir à quitter la vie. J’admire les incroyants, comme on dit, qui l’attendent en paix et sérénité. À la veille de mourir à 51 ans, Xavier Grall terminait son hymne à la vie avec une immense nostalgie : "Comme la vie était jolie en ma Bretagne bleue !"

Le détachement des visages aimés, de la nature, des choses simples et belles n’est pas pour demain.

Au cours d’une émission sur France Culture, Régis Debray se définissait comme "un chrétien athée". André Comte-Sponville ne dit pas autre chose, de même Albert Jacquart, dont la réflexion et la pratique sont un grand, si grand témoignage d’humanité ! Christian Bobin, lui, quoiqu’il s’en défende, n’en finit pas de ramener Dieu et de le mettre un peu à toutes les sauces. Je me suis souvent demandé ce qu’il mettait sous ce mot. C’est un poète, n’allez pas lui demander quelque définition métaphysique ou théologique. Vers la fin de son roman "Louise Amour", j’ai pourtant trouvé ceci : "La mort, sublime enseignante, me montrait la même chose que je ne pouvais plus éviter de voir : il n’y a pas d’autre grâce que le réel. Tout ce que nous imaginons et tout ce que nous rêvons (pensez au miroir de Giono) nous éloigne de Dieu, donc de nous-mêmes – Dieu n’étant rien d’autre que le meilleur de nous." (Gallimard. P. 131-132).

Charles Juliet, s’il est possible, est plus explicite encore : "les mystiques chrétiens disent l’importance de la rencontre d’un Autre qu’eux-mêmes pour accéder à leur source. Ils parlent d’une altérité en eux. Mais à mon avis ce dieu dont ils postulent l’existence n’est autre que ce que l’on appelle le soi. Quand ils écrivent que Dieu leur parle, qu’il leur donne des instructions ("ce qui n’est pas que de moi"), les met en garde contre la tentation, il est manifeste qu’ils prennent pour la voix de dieu leur propre voix intérieure" ("Ce long périple"- Bayard. p. 67).

Personnellement j’aimerais préciser que ce "soi" est aussi le point de convergence et d’interférence d’un immense "entre-soi" connu et inconnu.

Pour le moment c’est donc de cette famille-là que je me sens le plus proche. Mais, pour moi comme pour tous ceux que je viens de nommer, il est bien évident que Jésus, les Évangiles et tout ce qui touche au meilleur des traditions bibliques et chrétiennes, font partie de mon être même. Je ne revendique, après tant d’autres, que le droit de choix, de relecture et de réinterprétation.

Et à titre d’exemple, ce que j’ai essayé de vous dire de mon approche de l’ultime peut très bien être vu comme une relecture de ce que nous appelions "la communion des saints", une communion qui englobe les vivants et les morts, tous ces morts qui, d’une manière consciente ou non, "sont en nous" comme le disait Rilke, une communion qui rassemble aussi tout le cosmos.

Dans la même ligne je dirais ceci : si la phrase de Jean "Dieu est Amour", combien neuve en son temps, est usée jusqu’à la corde et ne nous dit plus rien, pourquoi ne pas la retourner ? L’amour vécu ne serait-il pas Dieu ou du moins l’ultime de l’humain ?

Y ferait écho une très vieille hymne (fin 8ème siècle) chantée autrefois le jeudi saint pendant le lavement des pieds. J’aime l’entendre dans ma mémoire : "Ubi caritas et amor, Deus ibi est - là où sont la charité et l’amour, Dieu est". J’aimerais la réentendre avec un petit coup de pouce à la traduction, "là où sont charité et amour, c’est Dieu, c’est l’ultime des humains".

Je voudrais vous dire aussi que je suis et que j’essaierai toujours d’être attentif et accueillant à la pensée, au vécu et à l’être de chacun. J’ai une horreur quasi viscérale de la pensée unique. Je l’ai connue dans les années 70, à l’hôpital psy où je travaillais. Rien n’est pire qu’une sorte de terrorisme intellectuel. C’est dire qu’il importe au plus haut point que chacun puisse être totalement lui-même.

C’est dire enfin que, dans un groupe, le plus important à mon idée, c’est le chemin de chacun et non ce qu’il peut en nommer et en transcrire : ça, chacun le fait à sa manière, la plus vraie possible. Mais la Vérité, pour moi comme pour Jacques Musset, c’est le chemin… et "le but du chemin, c’est encore le chemin".

Pour terminer, ou plutôt nous renvoyer chacun à nous-mêmes, je me suis souvenu que Christiane Singer, nous avait recommandé de ne pas séparer l’humour de la spiritualité. En mémoire d’elle, et pour honorer son judicieux conseil, quelques lignes de Christian Bobin (encore lui !) à la fin d’un conte poétique que j’aime bien : "Tout le monde est occupé". Ariane, le personnage principal, vient enfin de se marier avec Monsieur Armand, le père de son 3ème enfant : "Ils (les invités) ont dansé, toute la nuit… Ils ont bu toute la nuit, même Melle Rosée (qui, aux dernières nouvelles, déçue en amour, songeait à se faire religieuse), ce qui explique peut-être qu’elle se retrouve au petit matin sur les genoux de Monsieur Lucien…

- "Parlez-moi encore de Dieu", demande M. Lucien (un athée pur et dur) à Melle Rosée, en l’embrassant dans le cou. "Vous avez une voix douce quand vous parlez de ce qui n’existe pas".

- "Oh, mais, mon petit bonhomme", dit Melle Rosée en rajustant la bretelle de son soutien-gorge, "je ne cherche pas à vous convaincre de l’existence de Dieu. Si vous saviez comme il s’en fiche que vous croyiez en lui ou non ! Dieu, mon petit bonhomme, c’est aussi simple que le soleil : le soleil ne nous demande pas de l’adorer ; il nous demande seulement de ne pas lui faire obstacle et de le laisser passer, laisser faire" (folio, p. 113-114)

D’où que nous viennent les rayons, d’où que montent et appellent les "petites voix" pour un peu plus d’humanité, de bienveillance et de bonté, l’important n’est-il pas en effet, de ne pas leur faire obstacle, de les laisser passer, de les laisser faire ? …

Ce poème de François Cheng résume assez bien ma propre pensée.

Le vrai toujours est ce qui naît d’entre nous et qui sans nous ne serait pas

Né d’entre nous selon le souffle du pur échange

Le vrai toujours est ce qui tremble entre frayeur et appel entre regard et silence

L’infini n’est autre que le va-et-vient entre ce qui s’offre et ce qui se cherche

Va-et-vient sans fin entre arbre et oiseau entre source et nuage

Roger Rabu

(1) Le texte que Roger Rabu nous a envoyé, a paru intégralement dans "Jésus simplement" en 2008 (retour)
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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 23:45
Week–end des "Amis de Marcel Légaut".
Christiane van den Meersschaut
LPC n° 14 / 2011

Comme chaque année, différents groupes des "Amis de Marcel Légaut" se sont retrouvés à Ave et Auffe, les 1,2 et 3 avril 2011, pour leur rencontre annuelle. Le thème des échanges, choisi par les participants à la fin de la session 2010, était : "Les rencontres de Jésus dans l'Évangile".

Chaque participant(e) invité(e) à choisir dans les évangiles une rencontre de Jésus interpellante pour lui/elle, partagea avec le groupe son interprétation du texte choisi. C'est ainsi que Thérèse nous commenta la rencontre de Jésus avec l'homme paralysé de la piscine de Bethzatha, Guy nous partagea ses sentiments sur la rencontre de Jésus avec Jean-Baptiste, Yvonne s'interrogea sur le dilemme du choix de la place à prendre par Marthe et Marie dans leur rencontre avec Jésus.

Grand randonneur, Christian, dit se reconnaître assez bien dans la rencontre des disciples d'Emmaüs, ayant vécu de temps en temps ce genre de situation avec des amis lors de périples brabançons. Il nous dit aussi comment cette rencontre avait inspiré un de ses tableaux majeurs, Marie-Jeanne touchée par la rencontre de cœur à cœur entre la femme syro-phénicienne et Jésus, nous parla de cette rencontre qui devait transformer la vie tant de Jésus que de la femme et qui incita Jésus à élargir sa mission aux "Gens des Nations". Marc, à propos de la rencontre du jeune homme riche avec Jésus nous brossa avec beaucoup d'humour et de pudeur le portrait d'un jeune homme riche du vingtième siècle. Mijo nous dit que, dans la "parabole" de Jésus au désert, Jésus est confronté à lui-même. Cette rencontre avec ce qu'il est au plus intime va être décisive pour les choix de sa vie ultérieure. Cet épisode illustre à ses yeux qu'avant toute action, il y a des choix décisifs à faire irrémédiablement et que la volonté d'aller jusqu'au bout de ses choix, fidèlement, est inéluctable. Antoine nous parla des rencontres de Jésus avec les grands prêtres, les scribes et les anciens, opposant le fonctionnement autoritaire, légaliste et ritualiste de ces derniers à l'ouverture d'esprit de Jésus.

Les témoignages furent très riches et se prolongèrent chaque fois par des échanges montrant des échos différents d'un même texte selon nos diverses sensibilités, tantôt en accord, tantôt en contradiction, mais toujours dans le respect de l'autre.

Après avoir rompu la parole, notre petite communauté se mit à rompre le pain. Chacun avait à dire ce que signifiait pour lui "Rompre le pain" Une intense communion nous unissait pendant que chacun à tour de rôle rompait le pain et le donnait à son voisin en prononçant une parole de vie pour eux deux. Réunis à plusieurs au nom de Jésus, nous le sentions vivant parmi nous. On récita tous ensemble le credo écrit par Paul Abela et le Notre Père écrit par Louis Evely. Ce fut un moment très dense de notre rencontre !

Herman et moi avions été invités à nous joindre au groupe afin de témoigner, lors de la soirée du samedi, de ce qu'est "La Libre Pensée Chrétienne". Nous fûmes heureusement surpris d'observer que sur les 25 participants à ce week-end, 16 étaient des abonnés de notre revue. Nous avons passé 48 heures conviviales, enrichissantes, dans le calme d'une maison de retraite et dans une nature printanière. Nous sommes repartis dynamisés pour continuer notre route pour d'autres rencontres.

Merci aux Amis de Marcel Légaut pour cette invitation, pour cette rencontre de partage.

Christiane van den Meersschaut

Jésus m'est apparu comme l'homme ayant accompli avec une perfection et dans une totalité uniques ce qu'il était humainement en puissance de devenir, beaucoup plus que comme le Dieu venu sur terre qui s'est fait homme pour nous enseigner les voies qui conduisent à son Père et "nous racheter par les mérites de sa passion et de sa croix".

Pour moi, Jésus est d'abord, si on sait l'accueillir à ce niveau, le révélateur de ce que chacun de nous a à devenir pour être totalement soi-même. C'est ainsi que Jésus est révélateur de Dieu.

Marcel Légaut

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 14:20
Un groupe de chrétiens de Liège.
Michel Fontaine
LPC n° 13 / 2011

"Comme Jésus nous a dit de le faire …"

Qui sommes-nous ? :

Simplement des hommes et des femmes qui, se sentant habités par une transcendance et ayant par ailleurs entendu la parole de Jésus, essaient tant bien que mal de la vivre au jour le jour. C'est cela qui nous réunit autour de la table. C'est cela que nous célébrons ensemble une fois par mois.

Notre réflexion :

Un des quatre axes mis en avant par la communauté paroissiale de St François de Sales est : "une liturgie signifiante".

Il y a dans toute communauté de chrétiens autant de cheminements de foi différents qu'il y a de chrétiens. Jésus ne dit pas "Va, la foi t'a sauvé" mais bien "Va, ta foi t'a sauvé" et il s'émerveille de la foi du centurion.

Pour un certain nombre de chrétiens de notre communauté – mais aussi d'autres communautés – la foi a changé. Dès lors, non seulement la liturgie actuelle renferme des points qui ne signifient plus rien pour eux, mais, plus grave, elle met en avant une série de points qui ne sont plus du tout en accord avec leur foi ou détournent les participants de ce qui leur paraît essentiel : le message de Jésus. Cette situation entraîne le départ de nombreux croyants qui ne se reconnaissent plus dans les célébrations dominicales. Elle entraîne aussi souvent l'abandon de la foi par nos enfants.

Bien évidemment – et il est essentiel de le dire parce que là se trouve la clé du problème - il ne s'agit pas que de la liturgie (forme) mais surtout des dogmes (fond) qu'elle est censée signifier, que l'Institution refuse de remettre en question et auxquels ces chrétiens ne croient plus.

Réfléchissant sur cette situation, le CIL (1) et l'ACI (2) ont fait une enquête qui nous donne des pistes émanant de la réflexion du peuple de Dieu en marche.

À St François de Sales, notre démarche a donc été la suivante : plutôt que de dire "cette célébration ne me correspond plus, ne me nourrit plus, donc je m'en vais", nous (trois foyers de la paroisse) avons entamé une réflexion en lien avec nos prêtres.

La proposition qui a découlé de cette réflexion est la suivante : création d'un groupe qui prendra en charge l'animation d'une célébration mensuelle ouverte à tous, centrée sur la partage de la vie, de la parole et, pour terminer, du pain et du vin sous forme de repas fraternel.

Partage de la vie : joies, souffrances, succès et échecs, doutes et certitudes, tout ce qui fait la trame et la grandeur de notre vie quotidienne et que nous souhaitons mettre en commun au début de la célébration.

Partage de la Parole : comment elle résonne en nous et nous interpelle pour notre vie de tous les jours. Richesse de la Parole redite et traduite par chacun pour tous.

Partage du pain et du vin, "comme Jésus nous a dit de le faire" parce que, par ce geste éminemment symbolique, nous croyons que Jésus a voulu nous donner en testament un signe de ce qu'il a voulu faire de sa vie et nous inviter à faire de même à sa suite. Nous expérimentons en effet que seuls la parole et l'exemple de vie que Jésus nous propose peuvent donner sens à notre vie.

Il s'agira donc de pain et de vin partagés par des laïcs en mémoire de lui et avec toute la dimension symbolique que nous voulons donner à ce geste. Nous n'appellerons pas "eucharistie" cette célébration signifiante centrée sur le partage. Il s'agira simplement de vie, de parole et de pain partagés autour de la table des laïcs, en mémoire de Jésus, comme Il nous a demandé de le faire et en accord avec la réflexion de Vatican II. Ce seront des "célébrations de partage"

Ce n'est donc pas essentiellement parce que nous risquons de ne plus avoir de prêtres pour consacrer des hosties que nous souhaitons cette forme de célébration de partage, mais parce que cela correspond à ce que nous croyons aujourd'hui et parce que la liturgie actuelle implique une dynamique à laquelle nous ne correspondons plus. C'est aussi parce que nous croyons que l'esprit souffle où il veut et que la parole qui sort du cœur de chacun doit pouvoir être donnée et reçue par tous et non circuler toujours de haut en bas.

Nous serons donc réunis par et à cause de notre foi (confiance) en la parole de Jésus et par notre volonté d'incarner cette parole, de la rendre vivante dans notre vie et d'entrer dans la dynamique active de partage que Jésus nous propose.

Ce groupe veut être ouvert à tous car nous pensons que ce chemin peut être une espérance pour d'autres chrétiens, eux aussi en panne de sens, et nous souhaitons pouvoir leur dire "venez et voyez".

Nous pensons qu'au delà de 14 personnes, le groupe est appelé à se scinder.

Il n'entend pas remplacer l'Assemblée paroissiale du dimanche.

Les participants souhaitent, jusqu'à présent, rester en communication avec la Communauté paroissiale et l'Église.

Regardant l'avenir, nous pensons qu'il est vain d'attendre un changement de la part de l'Institution. Or, nous voulons autre chose et, comme cela ne viendra pas d'en haut, il nous faut démarrer sans plus attendre.

"Pars vers le chemin que je te montrerai". C'est à cette confiance-là que Jésus nous invite encore aujourd'hui. Le chemin se fait en marchant. Nous avons donc mis cette idée à l'essai depuis plus d'un an et tous en sont heureux.

En pratique, nous sommes actuellement entre 8 et 14 présents. Mais, le groupe étant ouvert, il est appelé à s'étendre et à se diviser.

Accueil le dernier samedi du mois à 11h15. On met la table et on démarre à 11h30

Au début de chaque célébration, nous mettons donc l'accent sur deux choses :

1. Ce qui nous réunit, notre dénominateur commun, c'est qu'ayant entendu la parole de Jésus, nous lui avons fait confiance et nous essayons d'en vivre. Rien d'autre et surtout rien au sujet de Dieu, car il y a toujours autant de notions de Dieu qu'il y a de personnes à table.

2. Nous précisons que le partage n'est pas une discussion ni un échange d'idées, mais l'expression du ressenti de chacun, que chacun partage et dont il nous fait cadeau. On discute une idée, on ne discute pas un sentiment partagé.

Ensuite :

A. Partage de la vie : qu'est-ce que je voudrais partager avec vous depuis le mois dernier ?

B. Lecture de la parole (2 fois) puis partage de la parole :

Qu'est-ce que j'ai envie de mettre à la poubelle dans ce texte, qu'est-ce que je rejette ?

Qu'est-ce qui me parle pour ma vie spirituelle ?

Quoi d'autre ?

C. Prière de mémoire

D. Partage du pain et du vin (c'est le repas)

E. Il y a un panier pour le service social de la paroisse.

On a fini vers 13h30-14h.

Une personne est au service du bon déroulement de la célébration ; une autre est responsable du partage.

Nos célébrations ont lieu tous les derniers samedis du mois à 11h15, 34/A rue Jacob Makoy à Liège, quartier du Laveu. (On apporte ses tartines.)

Contact : M. et Ch. Fontaine : 043.68.78.79

Michel Fontaine

(1) Conseil Interdiocésain des Laïcs (retour)
(2) Agir en Chrétiens Informés (retour)
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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 13:52
Christiane Janssens - Van den Meersschaut Une redécouverte : Louis Évely, un précurseur !
Christiane van den Meersschaut (1)
LPC n° 13 / 2011

"… Tâchez de trouver en vous cette présence
qui elle seule vous donnera le sens de votre vie …"

Louis Évely né à Bruxelles le 5 novembre 1910 est ordonné prêtre en 1938. En dépit de ses brillantes études prometteuses d’une carrière universitaire de haut niveau, son franc-parler le relègue dans un collège dont il deviendra directeur. Il montre sa passion pour une pédagogie concrète et réforme profondément le collège en mettant l'accent sur la responsabilité personnelle de ses élèves. Aumônier d'un groupe de jeunes foyers, il fonde avec un groupe d'amis la première cellule belge des Fraternités séculières Charles de Foucault.

Mobilisé au début de la guerre, il est fait prisonnier et libéré peu après. Tout en restant professeur au collège, il rejoint la Résistance et devient aumônier du maquis des Ardennes.

Plus tard, il anime régulièrement des retraites et prononce des conférences où la profondeur de sa spiritualité s'exprime dans un langage nouveau et proche de l'expérience vécue de ses auditeurs.

Ces retraites, ainsi que les nombreuses prédications qui lui sont demandées, remportent un tel succès que ses amis décident d'en faire publier les textes. C'est ainsi que paraît en 1956 "Notre père" dont l'audience ne se dément pas. Suit l'année suivante le livre qui restera son best-seller : "C'est toi cet homme" qui, traduit en 25 langues et tiré à des centaines de milliers d'exemplaires, fait de lui un "phénomène de l'édition".

Dans le même temps, la hiérarchie catholique s'inquiète de sa liberté de ton et lui demande de ne plus publier. Louis s'incline et se retire quelques années dans un monastère de trappistes, envisageant même d'y prononcer ses vœux. Mais, perspicace, le père abbé l'invite à reprendre son bâton de pèlerin car, sans nul doute, sa vocation est d'annoncer la parole de Dieu !

Du reste, avec le Concile Vatican II (1962-1965), la doctrine catholique officielle reprend un certain nombre d'idées qui avaient été reprochées à Louis Évely dix ans plus tôt.

Ses prédications le conduisent en Suisse, en Italie, en Algérie, au Cameroun, au Canada, en Espagne. Dans ce dernier pays, une de ses conférences est interrompue par un commando de catholiques traditionalistes. Mais il en faut plus pour émouvoir le résistant qu'il fut.

Ses inquiétudes sont ailleurs. Comme tant d'autres, Louis Évely trouve un goût amer aux lendemains du Concile. Après le grand vent de printemps qui a secoué l'Église catholique, l'Institution retrouve ses mauvaises habitudes et sa frilosité.

Il est placé en porte-à-faux entre un public de lecteurs et d'auditeurs qui affirme retrouver enfin, grâce à son enseignement, les chemins de la foi et les représentants d'une Église pour laquelle il conservera toujours une profonde affection : "Elle est, disait-il, ma mère parce qu'elle m'a donné l’Évangile, mais aussi ma fille que je dois "ré-engendrer" sans cesse".

Finalement, en 1968, il décide de demander son retour à l'état laïc afin, dit-il, de prêcher l'Évangile en son nom propre, et non comme représentant d'une Église qui conteste ce qu'il enseigne. Et il s'accorde un nouveau temps de réflexion pendant lequel il écrit ce qu'il considère comme son livre essentiel : "La prière d'un homme moderne".

Trois ans plus tard, il épouse Marie-Cécile Van der Meersch , artiste peintre belge, mère de trois enfants, qu'il connaît depuis vingt-cinq ans.

En 1982 ils fondent, avec l'aide de leurs nombreux amis, l'Aube, en Drôme provençale un centre de stages, de séjours et de rencontres, où chacun est invité à vivre sa foi dans le respect, l'amitié, la tolérance.

Louis Évely s'éteint à l'âge de 75 ans.

Christiane van den Meersschaut

(1) D'après la biographie complète; louisevely.com (retour)
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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 14:42
La communauté du St Curé d'Ars à Forest. Témoignage : La communauté du St. Curé d'Ars à Forest
Raymonde, Muriel, Gerda, Antoine
LPC n° 11 / 2010

En mars 2010, notre petite communauté du St. Curé d'Ars, attentive à lire les signes des temps et à vivre l'évangile, a fêté ses dix ans d'expérience d'un autre rôle du prêtre en paroisse. Grâce à Pierre Arnould (curé titulaire de 1959 à 1990) et à Henri Solé (curé titulaire de 1990 à 1999), les laïcs ont pu progressivement développer leurs responsabilités et leurs engagements. Communauté paroissiale au départ, sur base principalement de deux cités, elle s'est élargie, grâce à son dynamisme.

Dans un véritable esprit démocratique de coresponsabilité, nous tentons lentement mais sûrement de sortir du cléricalisme. Sans curé titulaire, notre communauté bénéficie de la collaboration de six prêtres qui ont choisi de s'impliquer dans notre projet et qui se déclarent heureux de le faire. Chacun d'entre eux est engagé dans de nombreuses autres activités. Nous nous réunissons de temps à autre avec eux, afin de faire le point sur notre évolution et d'écouter leurs suggestions.

Pour illustrer ce fonctionnement démocratique, commençons par l'Assemblée paroissiale, le lieu majeur de décision dans la paroisse. Elle se réunit trois fois par an. Cette fréquence nous semble nécessaire afin que tout le monde soit informé et se sente concerné quant aux décisions importantes à prendre. L'assemblée paroissiale rassemble régulièrement un tiers voire la moitié de la communauté.

Vient ensuite l'Equipe pastorale qui se réunit tous les quinze jours. Elle est élue par l'ensemble des paroissiens pour un mandat de quatre ans. Afin d'assurer une rotation, la moitié de l'équipe est renouvelée tous les deux ans. L'Equipe pastorale est en fait l'exécutif des décisions prises en assemblée. Elle gère aussi les questions qui se posent entre deux assemblées et prépare celles-ci.

Un Comité du temporel assure l'équilibre financier de la paroisse sous la responsabilité du gestionnaire de section. Ce comité rassemble tous ceux qui sont responsables de mouvements d'argent, que ce soit en recettes ou en dépenses. Il se réunit tous les trois mois. Un Bureau du temporel se réunit mensuellement. Il est l'exécutif du comité et gère les affaires courantes.

Une Equipe liturgique réfléchit aux moments forts des temps liturgiques et assure l'animation des assemblées dominicales. Ces dernières sont préparées en tandem laïc(s) - souvent en couple - et prêtre. L'équipe liturgique réfléchit également aux grandes questions issues des célébrations, avec la volonté de privilégier la pratique à la théorie !

Nos célébrations reflètent notre désir de vivre l'évangile et traduit notre engagement pour un monde plus juste et plus solidaire. Nous avons décidé de faire de la liturgie de la Parole un temps de partage des savoirs et des expériences vécues, un temps de communion qui aide à la compréhension des textes et qui nourrit. Les questions récurrentes sont les suivantes : Que me dit la "Parole de Dieu" aujourd'hui ? Marcher sur les pas de Jésus, c'est quoi aujourd'hui ? Quelles résonances ses paroles ont-elles dans ma vie quotidienne ?

Une Equipe de catéchèse prend en charge la formation des enfants. Depuis cinq ans, une catéchèse intergénérationnelle rassemble, cinq fois par an, enfants et adultes qui lisent tantôt ensemble, tantôt par groupes d'âge, des textes bibliques et les actualisent par des actions concrètes et solidaires. Cette catéchèse touche des familles qui ne sont pas nécessairement présentes aux célébrations dominicales. Ces rencontres sont, pour elles, un moyen de vivre leur foi de façon alternative et vivante.

Il y a bien sûr une Fabrique d'église qui assure les besoins du culte, ainsi que différents groupes de volontaires (groupes de solidarité Nord- Sud mais aussi solidarité de proximité, groupes de lecture biblique, de foyers…). Tous ces différents groupes de volontaires, inspirés par les valeurs qui font vivre notre communauté, sont soutenus par l'Equipe pastorale mais fonctionnent de manière autonome, sans directive venant "d'en haut" !

Comme on peut le constater, notre communauté de foi fonctionne grâce au sens de la responsabilité et à l'engagement de chacun de ses membres.

Quelles sont les valeurs qui nous font vivre ?

Nous sommes une communauté chrétienne heureuse de vivre et d'avancer sur les chemins proposés par les évangiles.

Vivre l'évangile c'est pour nous établir une cohérence entre notre foi et notre engagement dans la vie sociale. Le désir de grandir ensemble en humanisation nous pousse à privilégier l'écoute, le partage, le sens de la convivialité mais aussi la solidarité en actes (accueil des sans papiers, prêts sans intérêt à des personnes en difficulté, création de partenariats avec d'autres communautés, que ce soit sur le plan local ou sur un plan plus large).

Dans son témoignage sur le rôle du prêtre, Antoine insiste sur l'importance de nommer les ministères qui s'exercent de fait et de les reconnaître, si petits soient-ils. Il nous invite à concrétiser les intuitions de la Bible dans notre vécu, afin d‘écrire le troisième Testament avec nos vies. Il nous tourne résolument vers l'avenir et n'a pas peur de dire : "Le passé ne reviendra plus et vouloir son retour est mortifère. La tradition doit être source jaillissante d'avenir".

En conclusion, nous pouvons dire que tout en ayant la volonté de tenir ensemble la singularité de notre expérience, nous gardons un réel désir de communion avec l'Eglise dont nous nous sentons membres à part entière. Nous voulons poursuivre la dynamique "recherche et développement" au service de l'Eglise, sans nous marginaliser.

Raymonde Escoyez, membre de l’Equipe pastorale, Muriel Dejemeppe, une des responsables de la catéchèse, Gerda Compère, une des responsables de la liturgie, Antoine Harmant, prêtre-ouvrier, engagé à la paroisse

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 11:02
CLP, groupe de réflexion de Braine-l'Alleud.
Suzanne Veldeman
LPC n° 10 / 2010

Voici un texte qui rend compte de l'aide que nous pouvons nous apporter les uns aux autres :

Il s'agit ici d'un compte rendu de deux de nos réunions au cours desquelles nous avons pris comme base d'échange, le texte d'Alain Dupuis "Prier aujourd'hui" du n° 7 de LPC.

Nous avons trouvé que c'était un juste retour des choses que de vous communiquer ce que nous avions tiré de ce partage. Qu'Alain Dupuis en soit remercié ainsi que la LPC dont nous apprécions beaucoup le travail de publication.

La Communauté Libre de Partage (CLP), qui est une émanation de la Paroisse Libre de Bruxelles, se réunit deux fois par mois à Braine-l'Alleud, durant une matinée du dimanche, au cours de laquelle nous célébrons la cène.

Lors de nos deux dernières rencontres nous avons pris comme base d'échange un article du n° 7 de Libre Pensée Chrétienne, celui d'Alain Dupuis " Prier". Ce partage nous a conduits à regarder et à exprimer chacun notre manière de concevoir la prière. Les points communs mais aussi la diversité de nos approches, de nos manières de la pratiquer. Et l'éventail s'est révélé large et riche, presque à notre surprise.

Il se dégageait que la démarche est d'abord un état d'ouverture, une attention intérieure à plus grand que nous dans un mouvement de foi. Certains ont préféré le mot "confiance". Pour plusieurs, la prière prend essentiellement appui sur l'action, l'engagement, les rencontres au quotidien. L'une d'entre nous dit que c'est sa manière de prier. Pour d'autres la démarche implique un arrêt, un recentrage, un recueillement.

Tout en remettant aussi en cause, comme dans l'article, l'attitude "quémandeuse", nous n'avons pas tous écarté la prière de demande. Non pas orientée vers un résultat précis, mais plutôt vers l'appel de la force, de l'aide, du soutien pour traverser les étapes difficiles de la vie.

Un accent a aussi été mis sur la prière spontanée qui surgit devant la beauté, dans l'émerveillement.

Une divergence exprimée. Il y a ceux qui associent prière et méditation en un même mouvement. D'autres qui y voient deux démarches précieuses mais différentes. L'une davantage centrée sur la réflexion, l'autre sur la mise en présence qui implique une relation.

Il nous a aussi semblé que s'il n'y a pas de "désir" de prière, s'y obliger a peu de chance de nous nourrir.

A l'issue de ce parcours, et au-delà de cette diversité, nous avons ressenti l'importance de la démarche personnelle, intérieure, mais aussi le précieux de la prière commune. Plus difficile car (est-ce notre génération qui en est la cause ?) une certaine inhibition peut nous retenir de nous exprimer. Très simplement cependant et très librement nous confions au Tout-Autre et au groupe les joies et les difficultés que nous vivons ou que ceux qui nous sont chers ont à vivre.

Un temps de profond silence vécu ensemble après un échange essentiel se révèle intense, un vrai silence de communion qui dégage un sentiment de paix et de réconfort.

Suzanne Veldeman

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