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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 14:12
John Shelby Spong Prier… quand Dieu n'est plus aux cieux (1)
John Shelby Spong (2)
LPC n° 17 / 2012

J'ai toujours désiré être un homme de prière. Je voulais ressentir ce contact direct avec le divin. Cependant, pendant une période plus longue que je ne voulais le reconnaître, même à mes yeux, les prières adressées à un être suprême extérieur n'avaient que peu ou pas de signification pour moi.

Si la prière doit continuer à faire partie de ma vie, il me faut prendre un autre point de départ et définir, avant tout, une nouvelle façon d'envisager Dieu.

Rencontrer en soi une présence

Dans mon effort pour reconstruire et recréer l'expérience de la prière, j'ai commencé par affirmer qu'il y a, au fond de moi et, je suppose, au fond de chacun, quelque chose qui a besoin de communier à la source de vie. Peut-être est-ce ce que l'hymnographe (3) appelait l'amour "qui ne m'abandonnera pas". Peut-être est-ce une illusion, mais, illusion ou réalité, nous connaissons sa présence. C'est comme un centre mystique de vie qu'on ne peut décrire ni démentir. C'est quelque chose qui est au-delà de moi, mais qui cherche toujours à me rencontrer dans les profondeurs de mon être. C'est une présence qui m'invite à la plénitude. C'est quelque chose de puissant qui se heurte à ma conscience et semble m'inviter au-delà des frontières de ma sécurité, et même au-delà des frontières de mon humanité. C'est quelque chose qui m'incite à la solidarité et à l'amour des autres. Je dis TU à cette présence, non parce que c'est un être personnel mais parce qu'elle semble toujours m'appeler à une plus profonde individualité. Si j'essaie de parler sensément de cette présence, les mots me font défaut, alors je reviens au portrait de Jésus de l'Évangile. Je n'y cherche cependant pas ses instructions verbales sur la prière, je cherche plutôt cet aspect de sa vie qui lui a donné ce sentiment de vivre avec le sacré. Je cherche à comprendre comment cette présence s'est exprimée en lui.

Je découvre dans ces textes que Jésus fut aussi une espèce d'exilé du premier siècle. Apparemment, lui aussi dépassa les formules liturgiques de son temps ou, du moins, en sortit. Je l'entends annoncer au monde que, dans sa vie, le Royaume de Dieu vient ou est déjà là. (Mc 1,15 ; Lc 4,43). Plus loin, je l'entends suggérer que ce Royaume est peut-être en ceux d'entre nous qui incarnent les principes de ce Royaume (Lc 17, 21). Je le vois enseigner que les signes du Royaume ne sont pas la victoire et la justice, mais plutôt la disparition de ces symptômes de notre humanité brisée. Dans le Royaume de Dieu, a-t-il dit, les sourds entendront, les aveugles verront et les estropiés marcheront (Lc 7, 18-23 ; Es 35, 5-7).

Prier c'est vivre et rencontrer

C'est un portrait de la présence de Dieu dans la vie humaine qui se manifeste en plénitude. "Voilà ce qu'est Dieu, et la prière est cette expérience de rencontre avec Dieu", me semble-t-il. Prier, c'est vouloir se rattacher aux profondeurs de la vie et de l'amour et, de ce fait, aider l'autre à atteindre la plénitude de l'être. Prier, c'est offrir sa vie et son amour, en partageant son amitié et son accueil. La prière, c'est mon être rencontrant l'être d'un autre et lui donnant le courage d'oser, de risquer, et d'être d'une façon totalement nouvelle, peut-être, dans une dimension nouvelle de vie. La prière, c'est aussi mon opposition active à ces préjugés et stéréotypes qui diminuent l'individualité et l'être des autres. C'est choisir l'action politique propre à bâtir une société où les chances deviendront égales et où nul ne sera obligé d'accepter le statu quo comme destin. C'est reconnaître activement qu'il y a une essence sacrée dans toute personne et qu'elle est inviolable. C'est faire face aux exigences de la vie, ce qui implique que, tous, nous prenions conscience qu'elle est soumise à un éventail de circonstances sur lesquelles nous ne pouvons rien. Prier, c'est ne pas trembler devant elles, mais se préparer à les affronter avec courage. Prier, c'est pouvoir regarder en face la fragilité de la vie et la transformer, même lorsque nous en sommes victimes ou qu'elle nous détruit. Prier, c'est se dépouiller de l'illusion que nous sommes le centre de l'univers et que notre vie compte tant, pour une divinité extérieure, qu'elle interviendra pour nous protéger. La prière est un appel à sortir d'une dépendance infantile pour entrer dans la maturité spirituelle. J'en suis arrivé à confondre prier et vivre de manière riche, profonde et complète. Peut-être, pour conclure, est-ce cela que voulait dire l'apôtre Paul, quand il s'écriait : "Priez sans cesse" (1TH5,17) ou constamment". Il faut vivre comme si tout ce que nous disons ou faisons était une prière, invitant les autres à la vie, à l'amour et à l'être.

John Shelby Spong

(1) Extrait d'un chapitre de "Why Christianity must change or die" de John Shelby Spong, traduit en français par Maryvone Orliac. (retour)
(2) John Shelby Spong est évêque épiscopalien émérite de Newar (New York). Il n'élabore pas une pensée théologique personnelle ou nouvelle. Il se contente de présenter, de manière précise et interpellante, les conceptions émises depuis plusieurs décennies par les théologiens libéraux et il rejoint en général ce qu'une bonne partie des gens pensent plus ou moins secrètement. (retour)
(3) Tout le chapitre à paru dans le dossier "Cahier-Prier?" de la revue " Évangile et liberté" n° 191 septembre-octobre 2005 personne qui compose des hymnes (retour)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Prier - prières - méditations