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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 14:31
Francis VAN DAM André Verheyen et la musique
Francis VAN DAM
LPC n° 33 / 2016

André Verheyen associait, à n’en pas douter, un goût prononcé pour la musique à sa célébration spontanée du sacré et de la foi.

Il avait trois frères dont l’un, Julien, fut intimement lié à la mise en route de LPC avec André Hannaert et Sœur Simone, réalisée par André Verheyen.

Très tôt, la maison fut emplie de musique et les quatre garçons prenaient plaisir, paraît-il, à marcher au pas autour de la table familiale au son de l’ouverture sémillante du "Barbier de Séville" de Rossini !

Un peu plus tard, Mozart apparut à leurs oreilles, qu’ils confondirent tout d’abord avec le précédent : c’était le début d’une aventure – et de réjouissances – musicales qui n’allaient plus quitter le "quatuor", puisqu’ici cette désignation est toute justifiée.

Car le dépistage des compositeurs allait devenir un "sport" au point que des cassettes se voyaient enregistrées alternativement par tel ou tel frère, sans mention de l’identité du compositeur mais avec pour consigne que le reste de la fratrie découvre le musicien-mystère. C’est que, entretemps, Julien avait obtenu sa licence en musicologie et qu’André réussissait à s’entourer de passionnés, parfois professionnels, parfois virtuoses même, tout en pratiquant à son échelle – modeste comme il l’était en tout – diverses expressions de son art favori.

Il avait connu le séminaire – encore à Malines – et plus tard, sous l’occupation, le travail obligatoire où déjà la musique avait dû lui faire escorte. Mais c’est comme professeur à l’Institut St-Boniface à Ixelles, sa première affectation, qu’il reprit la direction d’une chorale, inaugura un concours encourageant de jeunes instrumentistes et se remit lui-même à jouer du violon, toujours trop imparfaitement à son goût de mélomane averti, évidemment. C’était souvent l’occasion pour lui de faire, pour ses élèves du secondaire, des "master classes" en les initiant au jeu d’ensemble ou en les introduisant à l’écoute et à l’analyse de partitions de valeur. Eclectique, mais sans aucune rigidité, il collectionnait les 33 tours de valeur où se glissaient des répertoires de jazz et des musiques du monde, abordait avec ses choristes des œuvres peu à peu plus ambitieuses à quatre voix (la messe du Couronnement tout entière par exemple), organisait des initiatives "dans le vent" comme d’inviter un groupe alors très prisé des ados, les Djinns (Paris) en la salle St-Michel, etc.

En tant que vicaire à la paroisse St-Augustin (Forest), ensuite, il constitua à nouveau une chorale d’adultes cette fois, et organisa à nouveau des mini-récitals pour encourager les jeunes talents.

Là, j’avoue pour ma part avoir un peu perdu de vue la pastorale de mon ancien professeur, vu mon domicile plutôt éloigné, jusqu’au jour où, conquis par un rapprochement inattendu avec son frère Julien et avec LPC naissant, je fus notamment sollicité – et consentant ! – pour rédiger une note sur le parallélisme entre l’abandon de la pratique religieuse et celui de l’intérêt pour la musique classique. Ce qui pourrait paraître comme une corrélation assez banale voire insignifiante révélait chez lui une préoccupation authentique, car la musique était une porte ouverte vers le sacré et en même temps une incarnation de l’appel supérieur qui réside en nous.

L’intelligence qu’avaient les deux frères Verheyen à l’égard de la musique s’étendait à une connaissance et une réceptivité très grandes en fait de création contemporaine (avec des auteurs difficiles comme Messiaen, Penderecki ou Boulez) mais, de plus, en matière de "petite histoire" des œuvres et des grands musiciens. Julien détenait une collection rare d’enregistrements fabuleux, comme celui du concert d’adieu, en 1967, du pianiste Gérald Moore, où s’étaient réunies les divas qu’il avait accompagnées divinement, Elisabeth Schwarzkopf et Victoria de los Angeles, en plus de Dietrich Fischer-Dieskau, lui aussi demeuré inégalé. De tous ces enregistrements, Julien Verheyen donnait des commentaires vivants et hautement documentés. Il aurait fait un programmateur extra de Musique 3 ou de Klara, car – j’allais l’oublier – la famille était bilingue, ayant résidé au Limbourg (avec un amour avoué pour l’abbaye d’Averbode) et ensuite à Mons.

En marge d’une vocation sacerdotale marquée du sceau de la fidélité non dénuée de sens critique (comme on dira de ses émules le chanoine de Locht ou Gabriel Ringlet), André nous laisse, avec son frère Julien, l’image d’un attachement sans faille à ces évangélistes que sont, à leur manière, des musiciens inspirés comme Bach ou Franck et tant d’auteurs de cantates, de motets et d’oratorios.

Francis VAN DAM

Published by Libre pensée chrétienne - dans Témoignages